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Jean-Claude Dubois : Une chose pour quoi je suis né (Cheyne)

publié le 10 janvier 2020 , par Jacmo dans Accueil> Repérage

 
 

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Reconstituer sa vie à partir de, (c’est le sous-titre) : « photographies…, en vue d’obtenir de …vraies fictions et semi-vérités  », (fin du sous-titre). Voilà ce à quoi s’est attelé Jean-Claude Dubois dans ce volume. Et j’ai tendance à croire que c’est la vérité entière qui l’a emporté. L’ordre des photos suit la chronologie, alternant autoportraits et albums : de l’enfance, de la maturité, de la vieillesse.

Cyanotypes de Jean-Marie Perrot.

Une photo de soi est immanquablement floue, ambiguë, équivoque.

Jean-Claude Dubois note aussi que celui qui prend le cliché n’est pas dessus, (loin de la déferlante selfie) : C’est terrible de savoir que quelqu’un manque à ce point et de souffrir de son absence alors qu’on le sait juste en face de soi. Il n’y a que le deuil qui ait cette âcreté. C’est l’enjeu fondamental, les personnes dans le cadre et celles qui n’y figurent pas. C’est peut-être à ce genre de détail qu’on reconnaît un fils unique et un orphelin de père. Qu’il évoque ailleurs par ces mots : Le même silence que celui qui m’a servi de père.

L’instant est résumé, délimité, serré dans le carré aux bords dentelés. Chaque photo, il y en a une vingtaine, est décrite minutieusement. Les mots et les phrases sont simples, l’auteur se penche avec sérieux sur ces secondes figées de lui-même. Retraçant les ramifications et les nervures tout autour du moment exact. Ainsi se construit l’évolution de l’auteur, selon son âge, le lieu, avec ce que cela évoque par rapport à sa famille, le grand-père ancien mineur, - on est dans le Nord, l’oncle et la cousine, - tante et marraine à la fois, les vacances, les photos de classe, les copains, le professeur, puis le travail, les collègues, le mariage… L’amour m’était un sacre ce jour-là. Dire ça comme ça, ça fait sûrement ballot mais je ne sais pas le dire autrement. Je ne cherche d’ailleurs pas à le dire autrement. Photos qui entrainent anecdotes, récits et souvenirs précis.

La dernière partie est amorcée par une déflagration due à un infarctus et une douleur aiguë qui marque bien l’entrée dans une nouvelle période de la vie. Photos d’Espagne, d’Italie pour finir. Avec ses propres enfants. Retour à la grand-mère, cent ans, et à l’apprentissage de l’enfance comme on ferme une boucle.

Il répond enfin à l’espèce de question du titre : « Une chose pour quoi je suis né », en observant des portraits d’enfants : la preuve d’avoir été heureux. « Banalité », dit lui-même Jean-Claude Dubois, mais raison impérieuse de vivre aussi certainement. L’album d’une vie en mots.


23 €. Editions Cheyne - 07320 Devesset.
Cyanotypes de Jean-Marie Perrot.