I.D n° 391 : Où ça recommence, tout

publié le 10 mai 2012 dans Accueil> Les I.D

 
 

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Ariane Dreyfus avance, comme ingénue, étonnée toujours, à travers le monde, prenant souvent de livre en livre appui sur d’autres arts : la danse, le cirque, le cinéma. Dans un précédent I.D (n° 272 ) où je saluais La Terre voudrait recommencer (Ed. Flammarion), je soulignais la cohérence d’une œuvre qui depuis longtemps tisse et croise les fils de l’amour, de l’art et de la poésie. Qu’avec son dernier livre, Nous nous attendons (Le Castor astral éd.), Ariane Dreyfus se tourne vers la peinture, l’adresse en Reconnaissance à Gérard Schlosser (c’est son sous-titre), pourrait paraître dans l’ordre prévisible des choses, à ceci près, objecte l’auteur, que « de tous les arts, la peinture est le plus éloigné de moi ». Et il apparaît en effet que les arts auxquels elle s’était jusqu’ici référée étaient des arts du mouvement ; et pour les quelques fois où la peinture l’a arrêtée, ne l’ont atteinte, note l’auteur, que des tableaux « où des mouvements ont laissé des traces ».

Gérard Schlosser et les poètes :
un compagnonnage de longue date

La révélation eut lieu en 1987 avec une exposition de Gérard Schlosser. Le livre qui fait aujourd’hui l’actualité, est hommage à ce peintre et s’inspire de sa manière. Néanmoins, malgré cette donne nouvelle, on peut être surpris de ce que l’écriture d’Ariane Dreyfus s’en trouve au final si peu affectée, affermie plutôt dans ses partis-pris, comme si dans les tableaux de Gérard Schlosser elle avait reconnu une transposition de ses propres poèmes, et l’occasion de traverser une nouvelle fois (« elle doit le regarder avec des yeux ouverts ») son univers personnel.

Gérard Schlosser travaille sur le motif et son œil est photographique ; c’est par le cadrage, serré sur des détails, qu’il parvient à un hyperréalisme d’une étrange familiarité où des corps se mêlent au décor, si bien que « de toutes les robes la plus verte est dans le paysage » ou, pour citer en son intégralité un poème :

« Elle a appelé »

Il ne voulait prendre que le ventre
Le visage n’est pas sur la photographie
La prairie si

La courbe de la terre disant oui autant
qu’elle
Deux lèvres

L’air
Intimement passe

« J’avais le regard du peintre, son art, pour m’inspirer confiance, amour », écrit l’auteur en prière d’insérer. La réalité, fragmentaire, est effleurée, saisie au vol en des moments d’abandon davantage qu’en des moments décisifs : l’écrit, comme la peinture, blasonne les corps et les paysages, suggère, érotise. Les personnes sont réduites à un genou, un ventre, une joue, à un pronom : elle ou il, à un adjectif possessif. Et dans son volontaire apparent inachèvement, sous la bribe de conversation qu’est le titre, déroutante et banale (à la manière de Gérard Schlosser), le poème laisse le lecteur dans une insatisfaction féconde, - inquiet.


Repères  : Ariane Dreyfus : Nous nous attendons – Le Castor Astral éd. - 154 p. 14 €.

Dans la thématique des poètes inspirés par les peintres, lire aussi :
François Migeot  : Maintenant, il est temps Pierre Bonnard (photo)- Virgile éd. ( 15 Rue Jelhy Bachelier 21121 Fontaine-lès-Dijon) 14 €. Un important dossier sera consacré à François Migeot par Bruno Berchoud dans Décharge 154 (à paraître en juin 2012). Patience ...

 

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