Vous souhaitez réagir à l'un des articles de ce site, ou au dernier numéro de la revue, nous envoyer des fleurs ou des tomates, nous signaler une information importante, etc. :
c'est ici.
l
Christian
Pierdet appartient au « milieu bien informé » du livre, de la
littérature, de la poésie. Ce lecteur sourcilleux nous envoie, à la
lecture de Décharge 146, la lettre suivante.
Le
21- 06 - 2010
« Monsieur le Directeur » et cher Jacmo,
La lecture du n° 146 de Décharge m'a plusieurs fois interloqué, voire fait sursauter.
Je ne connais pas Bernard Mazo, poète dit-il, et reconnu puisque invité par le Ministère de la Culture ; mais je ne connais pas tous les poètes.
En effet, la Direction du Livre et de la Lecture (DDL), comme plusieurs autres directions du ministère, a été supprimée. Je le regrette moi-même, m'inquiétant du devenir du livre et de la lecture au sein d'un nouvel ensemble un peu fourre-tout.
Mais Monsieur Mazo se trompe vis-à-vis du C.N.L (Centre National du Livre) qui, lui, n'a jamais été supprimé. Et s'il a beaucoup aidé l'édition poétique, cet organisme n'a pas été créé, comme il l'écrit, pour cela uniquement ; il y a quand même d'autres formes littéraires intéressantes que la poésie.
De plus, il enfonce des portes ouvertes, comme on dit. Oui, la poésie ne vit guère que grâce à des « petits » éditeurs. Ma bibliothèque est bien garnie de ces recueils, difficiles à trouver d'ailleurs, car éditeurs et libraires se renvoyant la balle, ne font guère d'efforts pour la diffuser.
Je ne saisis pas non plus la distinction qu'il faudrait faire entre poètes et écrivains : les premiers font pour moi partie des seconds.
Je n'aime guère d'autre part BHL, ni Sollers, ni d' Ormeson ; mais que viennent-ils faire ici ? Seraient-ils des poètes officiels soutenus par le Ministère de la Culture ? Et celui-ci, qui pérorait à la télévision et dans les magazines, y représentant stars et autres pipeules, comme on dit « en bon français » n'est-il pas en fait le représentant de ces « grands communicants » dénoncés par Mazo ?
Et pas de cocorico : il y a d'autres écrivains, donc de poètes et pas seulement français, qui ont reçu le prix Nobel.
Bien à vous
Christian Pierdet
P.S 1 : Pas d'accord avec Claude Vercey à propos de Saorge : n'importe qui peut trouver un lieu pas trop cher et y écrire tranquillement. Mais ce n'est pas ce qu'on appelle « une résidence d'écrivains », dont le principe est justement quelques contraintes en échange d'un hébergement gratuit.
P.S 2 : Y aurait-il de la publicité mensongère chez les poètes ou J.F Seron s'avance-t-il trop loin ? On annonce à Bazoches la présence du Mâche-Laurier et de Neige d'août. Ces deux revues n'existent plus (malheureusement). F. Boddaert me l'a confirmé pour la première et pense comme moi pour la deuxième.
![]()
Suite à la "revue-du-mois" sur POD, Roger Lahu écrit ce mail le 16/06/2010 :
Salut Jacmo(t) (j’ai remarqué ce petit « t » dans ton nom mailique)
Merci d’avoir jugé bon de mentionner l’existence provisoire du POD , et quel « honneur » ( ???!!!!) d’être le « premier » webpoezine » à être chroniqué par Décharge .
J’aime bidouiller des « trucs » pour me divertir (au sens pascalien) de l’Ennui quotidien (necessaire mais pas … suffisant) . Avant c’était sur papier avec ciseaux , colle etc , maintenant c’est via Nenet sans « vrais » ciseaux et avec de la fausse colle , mais ça « revient au même » . Mais dans les deux cas je ne cherche rien d’autre que de petits moments de « satisfaction » plaisante à fabriquer des machins improvisés selon l’humeur . J’ai sorti à flux tendu les 9 premiers « numéros » du POD , mais le 10 traine de la patte (la fatigue des fins d’années sKKKolaire y est pour beaucoup mais pas que )
Mais je ne me leurre pas : ce genre de zines (ou revues dans certains cas) sur Net ne remplace pas , absolument pas , les zines & revues papier , du moins pour les lecteurs des dits zines&revues papier .
Ca ne se lit pas du tout de la même façon . Impossible de lire un texte long sur ce genre de support , il faut necessairement du bref (avis perso de lecteur ) : ça force donc le « rédacteur » à ne choisir que des textes relativement courts (limitation très très contraignante et nocive) . Il faut aussi capter l’œil du lecteur- regardeur (puisque c’est sur « écran » : même medium qu’une video , film etc) : donc on y met de la zymage (et comme c’est gratos on n’hésite pas) et du son (liens etc) .
Ceci (et bien d’autres choses ) pour te dire que je vois très bien où ce genre de « revues » « zines » etc électroniques vont nous mener : à une évidente paresse de lecture .
le vieux Mac Luhan l’a dit : « le medium c’est le message » , passer d’un médium « papier » à un médium « nenetique » change complètement la donne (et le « message » ) : pas sûr (mais alors vraiment pas) qu’on gagne vraiment au change !
Restent cependant quelques aspects positifs et satisfaisants : gratuité totale , rapidité , légèreté , possibilité pour qui s’en donnerait la peine d’atteindre assez facilement un « lectorat-cliquetorat » (sans me donner cette peine là j’ai constaté que les 3 derniers numéros du POD ont été « lus-regardés-cliqués » par 400 quidams) (la webrevue « Chos’e » a vite atteint les 1000 lecteurs-cliqueurs )
Alors ? Qu’en conclure ? J’en sais rien , et
à vrai dire ça ne m’importe pas de conclure . Wait and see (et entre temps
passons peut être à autre chose)
Bise barbue
Roger
![]()
Le 18 mai, poème de Francis Krembel, à l'annonce d'un hommage à Serge Wellens à paraître dans le Décharge n° 146 : Notes pour un poèmedédié à l'ami Serge WellensMougin attend à Rogne,il ronge son freinet sa colère est intactedans une résidence closepour personnes d'âge ultime.Tu nous as fait faux bondet je sais que tu as sûrementapprivoisé la mortque tu attendaisde poème en poème.Maintenant que ta silhouetteet ta casquette s'estompentque tes anecdoteset tes traits d'humouront disparu,nous restent tes poèmes finement ciselés,où les arbres sont des hommesà peu près convenableset tellement humains.Tu cloues le becaux faux prophètesen les changeanten arbre mort.Tu apprivoises les insecteset les sales bêtes,les transformes en résidents.Il n'est pas impossiblequ'à fréquenter ton œuvrenos temps se mettent à concorder,que l'eau se changeen vin de l'amitiéque simplement nos solitudessoient un peu moins des hérésies.Francis Krembel
![]()
de
:roger lahu (le 17 mars 2010)
sujet :coma avancé (à propos de "la revue-du-mois" de mars)
la poésie semble déjà en état de coma avancé… dixit Jacmo
coma étylyrique ?
coma c’est déjà ton name man ? dans what langue tu speakes ?
coma ça vas-tu toi ça va coma tu veux ou pas coma teux vu ?
coma aller à la pouhésie ? – la première porte à droite (et please de
laisser les lieux poétiques dans l’état où vous l’avez trouvé en
entrant)
coma tu dis ? coma qu’elle est la pouhésie ? bien balancée ? ah
! tu me rassures
printemps des poètes : la pouhésie de ces dames est avancée ?
roger lahu
![]()
Guénane est au sommaire de Décharge 145. Mais le message qu'elle nous envoie à réception, ce samedi 13 Mars, est bousculé par une actualité autrement dramatique : Cher Palefrenier du rêve, depuis mardi une lame ouvre trop de pages. Rougerie l'Insoumis s'est effondré dans une librairie appelé l' Imaginaire, juste avant de faire escale chez moi; et je le pré-sentais. Il est mort hier dans la Ville secrète, titre du (treizième) recueil dont je venais de corriger les épreuves. A midi nous l'avons laissé sous la cire rouge des scellés; en rentrant j'ai trouvé votre revue. Merci pour cette présentation insolente; vous m'avez requinqué les aplombs. Je vous souris. Guénane
![]()
Jean-Pierre
Nedelec ( T'occupe pas de la marque - polder n° 138) se dit atteint de
« déchargite aiguë ». Il réagit ici au Salut à l'éditeur, adressé à Louis Dubost dans Décharge 144. La lettre (mail du 13
-01- 2010) est adressée à Claude Vercey : [...]
A propos du Salut à l'éditeur »,
je me disais qu'on aurait pu saluer davantage le poète, montrer combien
celui-ci s'est tu pour laisser la place au serviteur des textes... des autres;
ne serait-ce qu'en proposant quelques extraits d'une œuvre suspendue: "La
vie voilà" et surtout "L'île d'Elle", pour moi l'un
des plus beaux poèmes d'amour de la fin XXIème, qui en fut si avare, et si étonnamment
inscrit dans la tradition de l'ode à la nature, et une éclatante modernité.
"Petits" éditeurs,
et animateurs de revue n'y venez la plupart du temps que par l'écriture, et
c'est chaque fois elle qui trinque, un peu, beaucoup, etc...
L'arrêt du Dé bleu-l'Idée
bleue doit aussi être vécu douloureusement par les auteurs les plus
authentiques, qui y ont trouvé place; pas une année sans une quasi-révélation,
et, par choix délibéré, je m'en tiens à ces écritures de femmes si
bouleversantes où LD nous a permis d'entrer: Gellé, Pinçon, Euzen, Lucas,
etc... pour ne pas m'en tenir qu'à Rouzeau, puisque une évidence.
Et que dire du pauvre lecteur
? Il a , la plupart du temps batifolé ailleurs, mais le Dé demeurait un incontournable
amer.
Et voici que Jacques Josse
annonce aussi qu'il dépose son sac éditorial; zut !
Je sais, je sais, le choix demeure vaste, mais même en lecture poétique, on
peut vadrouiller aussi dans une sorte de jungle.
A me relire, je me demande si
je ne suis pas gagné par l'esprit d'escalier (tiens donc !).
Très cordialement Jean Pierre Nedelec
La réponse de Décharge (Claude Vercey) : L'arrêt des activités du Dé Bleu, auquel je suis sensible à double titre, en tant qu'auteur et lecteur, nous a mis - en tant qu'animateurs de revue cette fois - en situation délicate, tout à fait inhabituelle ; certes il s'agissait de rendre hommage à l'éditeur, mais aussi ne pas déraper et sombrer dans la chronique nécrologique. Louis Dubost n'est pas mort, malgré les ambigüités de son dernier bouquin (J'espère que vous avez apprécié l'I.D que j'ai consacré à : On a mis Papy dans le coffre de la voiture – I.D n° 226). Et s'il paraît justifié de saluer un jour le poète, je pense que l'occasion vraiment n'était pas la bonne. Cela aurait même été un contre-sens puisqu'à éditeur perdu, poète retrouvé, - si je comprends bien la démarche de Louis. Et je pense que les admirateurs de "La Vie voilà" et de "l'Ile d'Elle" devraient tout au contraire se réjouir de sa décision. il nous faut désormais faire preuve de patience, attendre le retour effectif du poète. Et notre fidélité à Louis Dubost se poursuivra sous une autre forme : dès le prochain numéro, nous l'accueillerons comme naguère dans Décharge en tant que chroniqueur.
![]()
Mail
de Yann Mirallès le 20 XII 09 (à Claude Vercey) : Bonsoir,
Juste un petit mot, pas pour cirer les bottes, mais pour dire (et quand on apprécie,
autant le dire) que je trouve votre "rumination" du n°224 très intéressante.
J'avais entendu parler de la sortie des Riverains du feu, voici
quelques mois - mais je ne l'ai pas lu. Cela ne m'empêche pas d'apprécier ce
que vous en dites, et surtout les problèmes que vous soulevez à partir de
cette anthologie.
J'aime bien d'abord l'aspect pondéré et réfléchi de votre article
- alors qu'il aurait été facile, sur le sujet, de verser dans la polémique
(qui, comme le dit Meschonnic, est une manière de vouloir faire taire
"l'adversaire"). Tout au contraire, le "Bal des outsiders"
pointe les forces et les faiblesses de l'ouvrage. Mais surtout, il porte un
regard critique (c'est-à-dire, qui cherche à interroger les tenants et les
aboutissants des "forces en présence") sur l'histoire littéraire de
ces dernières décennies, sur certaines oeuvres actuelles et sur ce grand mot
de lyrisme (j'aime bien ce que vous dites de l'émotion et de l'humour) ; et
c'est dans doute ce qu'on attend d'une revue de poésie - qu'elle nous éclaire
sur les enjeux de "la vie littéraire" et nous aide aussi à trier parmi
la production actuelle, en disant aussi "d'où elle parle", cette
critique...Merci donc - et bonne continuation à Décharge sous ses
nouvelles couleurs.
Cordialement,
Yann
![]()
Lettre
de Jean L'ANSELME (suite au n° 144°) : Le 12 Décembre
2009.Cher Jacques,Mon pauvre Jacques, j'avais envoyé mon "Chat perçant" comme une
carte postale de vacances et je ne pouvais supposer qu'on en ferait usage. Je ne sais comment tourner mes mots pour te remercier d'avoir pensé à
fêter mon anniversaire. J'y vois, outre l'amitié, une touche d'affection et
j'y suis très sensible. Je t'avouerai que boucler mon avant dernière dizaine
me fait tout drôle. Comment ne pas penser au prisonnier qui coche les jours de
son calendrier en attendant "la belle" ? Mon copain Gaucheron vient de
la décrocher, "la belle". Il n'a pas eu le temps de m'en prévenir,
c'est sa femme qui me l'a téléphoné. Merci encore, se voir fêter dans
"Décharge", c'est un peu comme si on entrait au Panthéon. Mais,
rassure-toi, je viens de lire Céline qui écrit : "Invoquer sa
postérité, c'est faire un discours aux asticots". Et depuis toujours je
le sais.Ton fidèle nonagénaire,Jean
Mail de Véronique Sourisseau du 16/12/09 :
Alors je voulais juste dire que ça fait un an que je reçois Décharge dans ma
boîte aux lettres et que je suis bien contente. Et alors je voulais remercier
monsieur Jacques Morin de même que toute son équipe parce que je trouve
qu’ils font du bien bon travail (déjà que je trouve ça dingue de faire une
revue, en plus en faire une bonne…). Et alors j’en profite aussi pour dire
à monsieur Mathias Lair que je kiffe sa dernière ponte de « Il y a poésie ».
Et alors je crois bien que je vais me réabonner.
V. Sourisseau
![]()
Suite
à la page d'accueil de Jacmo du lundi 23 XI 09 : 23 novembre, 16h30.J'ai écrit les adresses sur les enveloppes. J'ai inséré
les deux polders* dans les enveloppes. J'ai ajouté un bout de scotch au dos
pour que ça tienne mieux. J'ai collé les 4 timbres exigés par le poids qui dépasse
juste la barre des 100 grammes. Le rouge était auto-collant, pas les trois
autres (un orange, un bleu foncé, un jaune). Inutile de faire des tests ADN,
c'est moi. J'ai tout emmené au bureau de poste. C'est parti mon kiki. Fabrice Marzuolo a enovoyé le mail
suivant :A Monsieur Jacques Morin qui cumule les emplois (illustrant
du coup le travailler plus pour gagner moins, ce qui fait tout de même de lui
un bon exemple):
Il écrit des adresses sur les enveloppes
Il insère les Polders (qu'il écrit lui-même, autrement ils ne seraient pas
aussi bons)
Il scotche ( il boit?)
Il colle (en plus il en respire?)
Il enlève un collant rouge à quelqu'une (il ne dit pas laquelle)
Il s'occupe des trois autres sans leur enlever les collants (cependant, il note
les couleurs)
Il les renvoie ensuite par la poste!
D'autre part, je rappelle que les tests ADN sont obligatoires à chaque Polder
– selon l'alinéa 32 de l'article 5 sur la mobilité des œuvres poétiques
dans la fonction publique; alors pas de kiki qui tienne sans la goutte dans le
bocal.Suite à ce mail, François
Teyssandier écrit le 27 XI 09 :Contrairement
à ce qu'écrit Fabrice Marzuolo, je pense que Jacques Morin n'écrit pas tous
les Polders en cachette, à la clarté d'une lampe à huile, par de sombres
nuits d'orage, dans une tanière inconnue de tous. Il y a certainement quelques
auteurs qui ont assez de persévérance (ou d'inconscience?) pour écrire eux-mêmes
leurs textes, au péril de leur santé physique et mentale, parce qu'ils croient
encore (laissons-les rêver, merci de ne pas les réveiller en sursaut!)que les
mots ont un sens (unique ou interdit, c'est à chacun de se déterminer en
fonction de la conjoncture intellectuelle et artistique du moment). C'est donc
par pure jalousie, me semble-t-il, que Fabrice Marzuolo, (poète lui-même par
ailleurs et ici bas), accuse sans la moindre preuve tangible Jacques Morin, également
poète à ses heures non perdues, de louches pratiques littéraires qui
seraient, si elles venaient à être dûment prouvées, tout à fait répréhensibles
et, de ce fait, parfaitement condamnables, ne serait-ce que pour l'exemple que
tout écrivain intègre se doit de donner à notre belle jeunesse. On attend
donc des preuves incontestables(ou un démenti énergique et cinglant de l'accusé)
dans les plus brefs délais, pour faire toute la lumière sur cette ténébreuse
affaire et pour que la Poésie (mais oui avec une Majuscule, s'il vous plaît!)sorte
de cet imbroglio plus pure et virginale que jamais...Cette polémique est donc
à suivre, ne manquez surtout pas le prochain épisode sur le site de Décharge,
la seule revue qui dise sans fard la vérité, rien que la vérité, (c'est
inclus dans l'abonnement!) D'avance merci pour votre future attention. Et toute
ma cordiale amitié à Jacques Morin qui ne mérite pas tant d'ingratitude pour
le travail qu'il accomplit...
François Teyssandier (qui n'a écrit ni publié le moindre Polder, même sous
un nom d'emprunt).
Suite
à quoi, mail de Fabrice le 2 XII : (feuilleton ?) : Monsieur
Jacques Morin n'est pas innocent…Avec ses Polders, il assèche la tourbière
économique…Pas question donc de l'en décharger.
Il œuvre pour une poésie qui ralentit la croissance économique –peut-être
même est-il à l'origine de la crise virtuelle qui secoue les bourses
mondiales…Tous les lecteurs que rassemble monsieur Jacques Morin –et les
courbes du ministère de l'intérieur de ce point de vue sont formelles, réfléchissent
plus que le citoyen ordinaire (lecteur lambda des prix Goncourt par exemple).
Or, un lecteur qui réfléchit, c'est trop souvent un consommateur de perdu, et
jamais dix de retrouvés! Il y a comme un flottement noir autour de Monsieur
Jacques Morin et ce qu'il porte fièrement à la boutonnière n'a rien d'un
pin's de la légion d'honneur…
Bien entendu, Monsieur Jacques Morin est un coupable honorable puisque dans
l'arsenal juridique les politicards ressortent tous blanchis...Vive le noir!
Vive Jacmo!
![]()
Un
mail de François Teyssandier le 2 XI 09, suite à la lettre de Bruno Doucey en
"tête de gondole" :L'éviction
brutale de Bruno Doucey des éditions Seghers est une bien mauvaise nouvelle
(encore une!) pour la poésie.Et pour bon nombre de poètes contemporains, même
si le fonds demeure, espérons-le. On a vraiment l'impression que la poésie
devient au fil des jours une peau de chagrin qui rapetisse à vue d'oeil. Qui
est responsable de cet état de délitement progressif et sournois? La crise économique
a bon dos, mais elle n'explique pas tout! Bruno Doucey, par ailleurs poète
lui-même, avait redonné aux éditions Seghers un éclat nouveau et un nouvel
élan. Tout s'arrête brutalement, sans qu'on sache trop pourquoi. Mais Bruno
Doucey ne baisse pas les bras, semble-t-il. Il est prêt à rebondir et souhaite
continuer à diffuser la poésie sous d'autres formes. Nous ne pouvons tous que
l'encourager en l'accompagnant moralement tout au long de ce chemin, parfois
abrupt et risqué, qui mène toujours et partout à la poésie.
Souhaitons-lui donc bon vent!
François Teyssandier
![]()
le 24 X 09, un mail d'Yves Tenret pour un rectificatif sur la revue-du-mois de Jacmo sur Langue Vive (Octobre)merci de me citer mais je ne suis pas suisse mais belge, 100% belge, bruxellois ! et je sors un livre cette semaine aux éditions de la différence qui a pour titre : "Portrait de l'artiste en révolté". livre vraiment tout-à-fait et exceptionnellement belge !!!!!!!!!!!!!!!
![]()
le
12 X 09, mail de Geneviève Vidal :
à l'attention de Jacques Morin Alain Kewes
Claude Vercey Amis de la poésie,
vous dire combien je suis contente de voir mon texte VI Ce BLEU je veux en parler
figurer dans le récent Décharge
au contenu si riche , - l'entretien avec Guy Goffette m'intéresse
particulièrement-. Ayant été longtemps co-rédactrice des Cahiers de Poésie-Rencontres,
je sais ce que représente la travail d'une revue,
aussi je vous félicite pour la conduite de la vôtre. Amicalement,
Geneviève Vidal
Le
8 X 09, Jean-Pierre Siméon écrit à Claude Vercey au sujet des Ruminations : les
Hussards de la poésie ( in Décharge 143) et qui rendaient
compte du livre : Aux passeurs de poèmes » (co-éditions
Printemps des poètes/CNDP) Cher Claude,
J'ai lu ton article dans Décharge sur Passeurs de poèmes, ça ne
t'étonnera pas je suis d'accord avec ce que tu dis, ce n'est pas un paradoxe
puisque tu sais que j'agis depuis le début dans la pleine conscience des
limites, des contradictions et des dérives pour une part inévitables de
notre entreprise : il n'y a d'action qu'impure! Mais tant que je penserai qu'il
y a plus de bénéfices pour la poésie que d'effets néfastes...La poésie
n'a nul besoin du Printemps des poètes pour exister (et aussi du reste pour se
débattre avec ses propres malentendus) mais je suis convaincu que le pdp a amené
des gens à la poésie, contemporaine notamment. Bref, sois assuré de mon amitié
fidèle et de la considération que j'ai pour ton sens critique toujours fondé
sur
l'argument pesé, ce qui est rare."Le
pessimisme de l'intelligence ne doit pas désarmer l'optimisme du cœur et de la
volonté"(Gramsci)
amitiés
jp
![]()
de François TEYSSANDIER le 7 X 09
sujet : Maison de la Poésie de Haute-Normandie.(Tête de gondole)
Triste, très triste que la Maison de la Poésie de Haute-Normandie ferme ses
portes.C'est un peu de la poésie qui meurt, sans que ça n'émeuve trop
personne (en dehors des poètes, des lecteurs et des bénévoles qui oeuvrent le
plus souvent dans l'ombre avec une foi à toute épreuve), en tout cas pas ceux
qui détiennent les cordons d'une bourse quelconque..."A quoi sert la poésie?"
demandent certains, un sourire ironique aux lèvres.
Et d'autres de répondre, sûrs de leur jugement à l'emporte-pièce: "A
rien, mes pauvres amis!". "Mais c'est pour ça qu'elle est
indispensable!" ai-je envie de leur répondre.
François Teyssandier
![]()
le 2 septembre, mail de Guy Ferdinande suite à la "revue-du-mois" de septembre consacrée à sa revue L'igloo dans la dune ! :
![]()
e 7 juillet :Réaction au dossier « Trois poètes bulgares et leur traductrice » in Décharge 142 :Profitant de l'I.D n° 198 « Polonais au marché » et d'un rapprochement avec la poésie polonaise proposée, Alain Simon jugeait en commentaire que « notre dossier ne rendait pas le lyrisme exact » de la poésie bulgare. http://www.dechargelarevue.com/id/index.php?commentaires=233Il a poursuivi et étoffé sa critique sur son propre site : http://alainsimon.net/dotclear/index.php?2009/07/06/1099-poeme-bulgare, où il propose la traduction d'un poème de Boris Christov. Un début de débat dans Décharge, à propos de la poésie bulgare, qui l'eût dit ?
![]()
Le 10 juin, lettre de Françoise Valencien à Claude Vercey:A propos des Polders Christian Garaud (n° 141) et Anas Alaili (n° 142) : Ami, Je viens de re-relire les Polders 141 et 142 : quelle joie de retrouver simplicité du coeur et clarté des mots ! (Garaud me fait penser à la linéarité subtile du cher G.L Godeau...) Un grand merci Françoise Valencien
![]()
Le 2 avril, David Rondin réagissait par mail à la prise de position de Mathias Lair :épatant le coup de sang de Mathias, suis complètement d'accord avec lui -seulement, la réalité éditoriale qu'il décrit ne me consterne pas plus que ça. Je ne pense pas que l'isolement des poètes ou des peintres qui connaissent pareille situation, joue en défaveur de quiconque. Simplement, il s'écrit et se peint là quelque chose qui ne pourrait s'écrire ni se peindre ailleurs. Exceptionnellement, certaines de ces oeuvres de la solitude -je ne vois pas quel autre qualificatif employer pour en parler- trouvent un strapontin dans les interstices du MDA ou au Seuil, comme la Caisse claire d'Antoine Emaz récemment. Cela ne change probablement pas grand chose à la vie de leur auteur, peut-être faudrait-il le lui demander ? Faudrait-il que le MDA inclue un supplément "littérature lilliputienne" ? Combien de livres de Beckett se vendent-ils par an dans le monde entier, 2000 tout au plus ?Pour ma part, je serais beaucoup plus malheureux si je voulais faire du cinéma !
![]()
Le
22 mars 09, Réaction de Mathias LAIR à la revue-du-mois de Mars consacrée au
"Matricule des Anges" et au mail consécutif de Thierry Guichard : Critique
de la critique de la critique… On
a encensé, dans la microédition, le n° du Matricule des Anges (le 100)
consacré à la critique littéraire.
C’est une manie, dans notre milieu, que la pratique du va et vient de
l’encensoir – quelque chose comme la tactique du je-te-tiens-tu-me-tiens des
Dupond et Dupont d’Objectif lune, album de ma jeunesse (naïveté de
croire que le jeu des alliances entre pairs suffira à créer du poids plutôt
que du dérisoire miroir…) Pourtant, que peuvent attendre de ce magazine les
éditeurs micro ? Une mention dans la rubrique « Livres reçus » ?
La belle jambe ! Au-delà de la déclaration de valeur de la page 03 (à
l’envers ?) : la défense « fondamentale » (mazette !)
de la littérature rare, le premier grand souvenir de Thierry Guichard à propos
du n°1 sonne comme un programme : la reconnaissance de Josyane Savigneau
dans Le Monde… D’entrée la messe était dite ! On ne s’étonnera
donc pas de trouver dans ce même numéro un dossier consacré à un auteur qui
collabora au MdA et qui a désormais franchi Le Seuil, ainsi que quelques
inénarrables pour saluer la poésie (je cite – dans les pages à
l’endroit ?) : « Assourdie, elliptique, manifestement sortie
pantelante d’une lutte sans merci contre les conjurations du silence… » ;
et plus loin : « c’est une voix de la compassion tourmentée, calme
et sombre, inutilement vouée à articuler la part du mal… » ; le
tout chapôté d’un « Concret est l’indicible »… j’arrête là,
exténué par tant de bilieuse excitation : la poésie, ce serait le mal de
la souffrance et la souffrance du mal (?!)… Faut-il trouver là une tendance
« nouvelle », ou le retour (on retourne beaucoup, ces temps-ci !)
à la martyrologie littéraire ? Ou bien (soyons encore un peu plus méchant)
une démagogie marketing du Matricule vis-à-vis d’un goût supposé des
lecteurs pour le drame compassionnel ? Il vaut mieux en rire, avec le
Printemps des poètes ! Car c’est vite oublier que, depuis que le truc en
plumes mallarméen a déserté le ciel, un siècle de travail poétique s’est
déroulé : pour faire vite, rappelons seulement le « lieu »
sans absence et sans « concept » de Bonnefoy, l’acte en poésie de
Meschonnic… Que disent de la critique les auteurs interviewés dans MdA ? Si
l’on veut bien oublier les deux tiers d’entre eux qui acceptent les jeux
commerciaux de la presse, ceux mêmes qui glorifient le MdA au passage
(toujours le balancement de l’encensoir — jusqu’à l’auto-flagornerie de MdA qui reprend ces dithyrambes… c’en devient lassant !), il est
rappelé que la critique est critique quand elle se dépasse elle-même :
quand elle oublie le journalisme pour devenir écriture. On pourrait aussi bien
renverser le propos et poser que toute écriture est critique dans la mesure où
elle dialogue toujours avec ce qui fut écrit. À titre d’exemples canoniques,
pensons à Rimbaud, à Proust… Le reste n’est que billet publicitaire (il en
faut, commercialement !). Saluons donc (sans attente de quelque retour !) William Cliff pour sa
façon de prononcer le divorce, Jude Stéfan aussi, et Lydie Salvayre, et Michel
Surya ; Christian Prigent, qui cherche la vigie capable de dénicher
l’exception dans « la masse insipide qui occupe les gondoles »...
Et laissons (sans attente de quelque boomerang !) James Sacré à son
consensus mou, François Bon à son panégyrique intégral, Pascal Commère à
sa dissertation, etc. ![]()
le
4 mars 09, un mail de Thierry Guichard, responsale en chef du MATRICULE DES
ANGES, répondant à la "revue-du-mois" qui vient de lui être
consacré pour le n° 100 : Merci Jacmo pour le papier sur le Matricule. On est plus proches des
petites revues (ou elles de nous) que des grands journaux qui continuent soit à
nous ignorer, soit à nous traiter avec une condescendance de Parisiens bien rétribués
face à des provinciaux misérables. Mais peu importe, c'est plus précieux pour nous d'avoir un papier dans
Déchetterie qui parle de ce qu'on fait vraiment, qu'une émission sur France
Inter qui parvient à ne pas citer un auteur, ni le mot "littérature",
ni le mot "journalisme" pour dire ce que l'on fait.
Bonne continuation! Au fait où ira Décharge quand Louis Dubost aura
remplacé son tablier d'éditeur par son tablier de sommelier?
Lettre
de Bruno Sourdin à propos des Ruminations de Claude Vercey dans le n° 140 de
la revue, le 20 février 09 :"...J'ai été très choqué par le sort que
l'on a réservé à Daniel Martinez. J'ai trouvé le procédé indélicat, et
même blessant. D'où vient cette idée de publier la copie d'un élève (que
l'on juge incompréhensible) avec les annotations de son correcteur ? D'où
vient cette idée de le désigner à la risée de tous avec son bonnet d'âne
? D'où vient cette hargne à l'encontre de DM ? Je ne comprends pas. Moi qui collabore à Diérèse depuis plusieurs
années, je voudrais remettre quelques pendules à l'heure. Oui, je trouve
cette revue particulièrement riche, attentive, ouverte sur le monde (dans le
dernier numéro, un inédit de Lorca, ce qui n'est pas rien tout de même !).
Oui, Diérèse est une revue vivante, qui ne cesse de se renouveler et
d'ouvrir de nouveaux territoires. Et elle est cette revue parce que Daniel
Martinez en est le formidable animateur. Intègre. Honnête. Ouvert à la vie
et aux rencontres fraternelles. il ne mérite pas d'être un objet de risée.
Je lui maintiens toute mon amitié. Et comme dans ce petit monde de la poésie et des
revues, il doit y avoir de la place pour toutes les bonnes volontés et tous
les dons, je te maintiens aussi à toi, Jacmo, toute mon amitié." Bruno Sourdin
![]()
Paris
le 9 nov. 08, une réaction de Marie-Christine Brière au n°
138 :Plongé dans le
n° 138 – après un séjour de pluie glacée du midi – je me régale en
lisant votre article sur la poésie-doudou, exigeant comme j’aime et ouvert,
tout est dit (j’ai fait aborder à des élèves – grands il est vrai – une
vingtaine de poètes contemporains en œuvres complètes et ces heures figurent
parmi les plus vivifiantes de ma vie de prof, - donc c’est POSSIBLE !) -
Bravo aussi pour le « moi chronique » de Jean Pierre Georges et que
dire de l’article d’Ariane Dreyfus qui nous fait découvrir un inconnu en
ouvrant tout grand le poème – dites-le lui, car je lui ai déjà dit pour
Eric Sautou !! – Il faudrait autant de PUNCH pour les notes de lecture
pertinentes et pétillantes (mais...). Un regret : que les poèmes en portugais ne
figurent pas en leur langue native ! Merci à tous et à toutes.
M.
Christine Brière.
Un
poème de Christophe FORGEOT :A
André Portal et Jacques Taurand,
tous deux surpris alors qu’ils se désaltéraient à la rivière.
In memoriam.
In amitié.
Mai 2008
Un fauve a surgi au coin de ma rue
Je ne l’avais encore jamais vu
Il n’existait pas ou il était tapi derrière quelque bouquet
A l’affût de la moindre erreur
De la moindre distraction
Attendant son heure en sachant qu’elle viendra comme vient le jour
Il a surgi avec l’envie de me tuer
C’est comme ça
Il a déboulé en m'en voulant à mort
Entre la poire et le fromage
J'ai dû me battre pour ne pas disparaître trop vite
Je voulais encore ouvrir des portes
Balayer mon seuil et laver des mots
La première fois j'ai été pris au dépourvu
Mon sang s’est glacé et la peur a dansé dans mon ventre
Puis j’ai réagi et j’ai protégé ma vie en attaquant
J’ai brandi un journal en torche et j’ai calmé les ardeurs de la bête
J’ai balancé devant sa gueule les flammes de ma rage et tout ce qui me tient
vivant
Je l’ai éloignée jusqu’à m’en croire sauvé
Elle a rugi et m’a montré ses dents de sabre
Je compris qu’elle n’aimait pas
En rémission j’ai à nouveau mangé les fruits rouges des sous-bois
J’ai levé mon visage au ciel et j’ai joui en secret des bonheurs du monde
C’était présent
C'était palpable
Le bonheur s’est chez moi retrouvé
Dans la paume que tu as posée sur ma joue
Dans la mouche sur un morceau de viande
J’en ai oublié ses muscles tendus et son halètement
Celui presque silencieux qui précède le bond
Prenant un peu de retard salvateur j’ai déambulé nerveux
Fugitif j’ai rejoint pourtant la dernière intersection du danger
Là où le prédateur ses yeux ses griffes ses crocs ne me laissent plus que
l’impitoyable sensation d’être mortel
Christophe Forgeot
![]()
Trois
réactions à l'article de Claude Vercey sur la poésie-doudou (Décharge n°
138, page 73) + une quatrième :Roger Lahu : Bien d’ac
avec toi
Lu cet après midi le dernier Décharge. Bravo pour ta chro : je
partage
(et depuis longtemps) ton rejet de la poésie dite "pour enfants». Elle
est en effet quasi toujours d'une connerie effarante ! Les quelques
extraits que tu donnes à lire sont tout à fait représentatifs.
Mièvrerie généralisée, jeux de mots misérables, pseudo comptines à la
mord moi le noeud, etc etc. Il
m'est arrivé à diverses reprises de
bosser assez longuement avec des chtiots, notamment dans le cadre de ce
qui s'appelait il y a quelques années des classes à PAC, il fallait
d'abord que je fasse exploser les représentations totalement stupides
que les gamins avaient de "la poésie" à cause du genre de "poèmes"
que
tu cites : Que je les désintoxique en quelque sorte. Sinon impossible de
les
amener peu à peu à écrire quelque chose de "sensé». Jamais je n'ai
fait
référence à aucun auteur de "poésie pour enfants», mais à Michaux, à
Brautigan, à Cendrars, à Jaccottet, à cent autres etc etc : que
des
vrais ! !
A noter que "la poésie" n'a pas l'exclusivité de ce genre de
merdasse,
une part non négligeable du roman "pour jeunesse" est tout aussi nul
! Ariane Dreyfus : Te dire à quel point j'ai
lu très intéressée et très ébahie ton article sur la "poésie pour
enfants", je ne savais pas vraiment tout cela, et tu pousses vraiment loin
la réflexion, j'ai beaucoup apprécié. Ivar
Ch’Vavar : Bravo pour ta dénonciation dans le n° 138 de
Décharge de la poésie-doudou. Il faut du courage pour s’attaquer à ces
braves pédagogues, qu’on a peur de blesser, mais qui font des dégâts considérables...
J’ai pu constater que les lycéens qui lisent, à de très rares exceptions,
rejettent systématiquement la poésie, associée qu’elle est pour eux à
cette niaiserie, cet humour consternant, cette « fantaisie » depuis
leurs années de primaire et de collège. Alors ils cherchent du sens.
Quelque chose qui les aide dans le questionnement et les angoisses de leur
jeunesse. J’ai vu des lycéens lire Nadja, l’Amour fou, et
refuser Clair de terre ou le Revolver à cheveux blancs PARCE QUE
C EST DE LA POESIE ! et que la poésie, pour eux, ça signifie coucou et
doudou. Et il faut le dire. Tu l’as fait. Bravo !Roland Nadaus :
Bien d'accord: l'enfant n'est pas un adulte en miniature avec lequel il faudrait
bêtifier!Mais trop facile de jeter la pierre aux enseignants: et les poètes et
les éditeurs qui font leurs choux gras de ces niaiseries, hein?
Le
25:06:08, une réaction de Mathias Lair à l'article d'Alain Kewes (Décharge
n° 138, page 65) et la réponse d'icelui :La
poésie : à poil et pour pas un rond ? Alain
Kewes, dans son article du n°38 de Décharge, demande des objections. Je
vais m’y essayer. En tant que secrétaire général de l’Union des écrivains[1],
la question m’intéresse. Pourquoi pas une poésie offerte, demande-t-il ? En
effet, la gratuité est à la mode. Avec le développement du numérique, les écrivains
qui vendent quelque peu leur livres se voient aujourd’hui proposer de bizarres
avenants à leurs contrats par leurs éditeurs, qui comptent bénéficier du
« changement » pour revoir à la baisse les conditions habituelles.
Ainsi, une adaptation sur support numérique ne serait plus rémunérée à
50%/50% du revenu entre auteur et éditeur, comme il est d’usage pour toute
adaptation, mais assimilé à un droit d’auteur simple… à 10% du prix du téléchargement. Je
crains qu’Alain Kewes ne soit emporté par le flot du tout gratuit cher au
consommateur libéré et libéral. Il semble qu’il ne trouve plus aucune
ressource pour lutter contre la marée. Pour lui donner un peu d’espoir, je
voudrais lui rappeler que, contrairement à ce qu’il avance, la poésie ça
paie ! Certes, pas tout de suite. Mais quand même ! Qu’il songe aux
chiffres d’affaires générés par Rimbaud, Mallarmé, plus près de nous par
Eluard, Aragon ou André Breton. Plus près de nous, un Bonnefoy, un Du Bouchet
n’e sont pas sans prodiguer quelques sous. Dès sa mort, soyons-en
certains, Bernard Noël se vendra comme des petits pains ! Ils sont rares,
me dira-t-il. Mais il en est de même pour le roman, la musique, la peinture…
Soyons donc modestement modestes, ôtons-nous donc de l’esprit que nous sommes
« hors commerce »… et attendons donc de nous (du moins quelques
rares parmi nous) retourner dans notre tombe… J’ajouterai
que la poésie ça paye aujourd’hui même… mais pas le poète. En littérature
comme ailleurs, la tendance actuelle consiste à ne pas rémunérer la
production, mais la distribution. Le modèle est le suivant : gratuité
pour le lecteur conso-mateur, gratuité pour le poète pro-ducteur, mais plein
pot pour le con-ducteur : le tuyau informatique qui relie l’un à
l’autre, lui, fait ses choux gras ! Afin de bien bedonner, la
web-entreprise soutient ce modèle libéral-libertaire de la gratuité :
elle y a intérêt ! Comme elle reste cachée derrière l’écran, on la
croirait virtuelle, on ne la remarque pas. Conclusion : offrir la poésie
par le déduit informatique ce n’est pas gratuit, ça paie les maîtres de la
toile (les web-masters). À vos claviers ! Mathias
Lair [1] Issue du
mouvement de mai 1968, l'Union des écrivains s'efforce d'intervenir
chaque fois que la liberté d'expression est menacée, partout dans le monde.
Elle intervient pour défendre et promouvoir
la condition des écrivains. Pour plus d’information, consulter son blog :
UnionDesEcrivains (sur Google, eh oui…) * Mathias Lair,
Merci pour vos réflexions en réaction à ma chronique dans le numéro 138 de
décharge. Comme vous l'avez bien compris, je ne demande qu'à être convaincu
de mon erreur.
Toutefois, je voudrais rectifier une impression fausse que je sens dans
votre propos. Le mien n'a en rien pour objet les publications sur internet,
gratuites ou pas (je dis dans ma chronique ce que je pense de cette pseudo
gratuité), mais bel et bien les publications papier : livres ou revues. Si
donc, j'applique au livre ce que vous dites du web, à savoir "gratuité
pour
le lecteur consomateur, gratuité pour le poète producteur, mais plein pot
pour le conducteur : le tuyau informatique qui relie l'un à l'autre, lui,
fait ses choux gras !" dois-je en conclure que vous pensez que les éditeurs
et les libraires se sucrent en ce moment sur la production littéraire ?
S'agissant des petits éditeurs (ceux dont je parle, ne connaissant guère les
autres!), des revuistes, et des libraires que je fréquente, je crains que
vous ne vous illusionniez du profit généré par la littérature aujourd'hui.
Hélas, plus personne ou presque ne s'enrichit en vendant du livre; même les
diffuseurs-distributeurs, certes mieux lotis, font faillite les uns après
les autres. Quant aux contre-exemples que vous proposez, outre qu'il faille
être mort, avouez que peu nombreux sont les Mallarmé et les Baudelaire, même
les Bernard Noel ne courent pas les rues. C'est un peu comme si vous disiez
qu'on s'enrichit à jouer au loto. Certes, cela arrive, ici le fruit du
hasard, en littérature certainement celui du talent, voire du génie, mais
cela ne change rien au fait qu'en règle très générale, on y perd avec
constance.
Quant au "liberalisme" (dont je me méfie autant que vous, sans
doute),
sachez que si je publie des livres, ce n'est que parce qu'il m'arrive d'en
vendre, et à cette stricte condition, n'ayant ni l'âme ni les moyens d'un
mécène. Mais mon "tuyau" est bien percé, il ne se remplit guère.
La gratuité
que j'avance par hypothèse d'école, s'entend bien gratuité pour le lecteur.
L'imprimeur, lui, veut être payé, tout comme le libraire. L'éditeur se
contente d'espérer rentrer dans ses frais (ce n'est pas toujours le cas). Le
livre a donc bien un coût, dont j'essaye simplement d'imaginer (un peu par
provocation, un peu par prémonition) qu'un autre acteur pourrait le prendre
en charge. Qui ? Vous remarquerez que je ne fais que citer vaguement des
pistes, toutes illusoires aujourd'hui...
Bien cordialement,
Alain Kewes
![]()
Lettre de Jean Antonini, le 12 juin 2008, suite à la
critique de Jacmo sur son livre : "Mon recueil favori" (éditions
Aléas) [Décharge n° 138, page 105] Cher ami,Merci pour le numéro
138 de Décharge, enrichi d’année en année, et votre note de lecture
concernant ma dernière publication : Mon poème favori, Aléas éditeur,
2007.C’est à cette
note que je voudrais réagir, et notamment à ces expressions :« La
performance, c’est bien de montrer que dans ce cadre ultra contraignant, un poète
digne de ce nom réussit à tout faire entrer… »et « L’auteur
est devenu, à force d’habitude, un orfèvre. Un peu comme le versificateur
capable d’écrire des alexandrins à la suite sans chercher la rime… »Certes, les
formes fixes ont été bannies de la poésie au profit d’une absence de formes
qu’on peut appeler vers libre, ou poème en prose, ou simplement poème.Cette absence de
formes préétablies a pour corollaire l’affrontement du poète avec sa propre
liberté, sa propre conscience et le fait de lui donner la forme qui convient.Sur le plan
politique, elle est donc censée favoriser sous le terme de « créateur »,
ou « génie », l’expression toute personnelle, individuelle,
d’un poète, et exalter, dans un système idéologique que l’on connaît,
les vertus du vedettariat et de l’exception culturelle.J’ai employé
à dessein le mot « bannies » précédemment, d’un vocabulaire
politique, idéologique, qui me semble fortement à l’œuvre dans les vulgates
concernant les rapports à l’écriture, à la poésie en particulier. Ce sont
d’ailleurs des questions qui intéressent particulièrement Décharge, il me
semble, et notamment notre ami Claude Vercey.Pourquoi ai-je
donc choisi une forme fixe : le haïku (3 lignes, 5-7-5 syllabes, lien à
la réalité, césure métaphorisante), et donc une position politique qui
semble inadaptée à la société contemporaine ? Voir les expressions
« orfèvre »/artisan, « alexandrins »/poésie dépassée.La réflexion est
venue au cours des années. La question : pourquoi des sociétés de haïku,
des association, des festivals, rencontres, etc. se créent-ils ? m’a mené
à l’idée qu’une forme fixe est capable de rassembler les amateur.es autour
d’elle.Le sonnet
autrefois, puis l’alexandrin ont eu sans doute ce rôle d’éléments fédérateurs
sociaux dans une société française qui en avait besoin, avant le développement
industriel et technologique.Aujourd’hui,
cette société a besoin d’individualisme pour faciliter la gestion politique
des groupes économiques. La poésie n’a plus guère d’importance dans ce
système, mais en tout cas, il me semble, une relation individuelle à l’extrême
convient également bien à ce système.A travers ce
choix d’une forme fixe, cependant moderne par sa brièveté, j’ai pensé à
cette position politique : favoriser la formation d’associations, de
groupes, capables d’acquérir un peu de poids social et politique. Expérimenter
de nouveaux rapports à l’écriture, à la poésie, qui soient aussi des
rapports politiques nouveaux. Ce que j’essaye d’expliquer dans la postface
du livre, d’ailleurs. Réapprendre à travailler ensemble, à partager l’écriture
ensemble, à prendre des décisions ensemble, en pensant que le sort de la planète
tient dans le fait que nous réapprenions cela.J’ai d’autant
à cœur de vous faire comprendre ma position (je suis aujourd’hui président
de l’Association française de haïku et directeur de sa revue Gong) que je
vous sais sensible à ces questions politico-poétiques.Je ne veux pas évoquer
plus longuement le fait que, par sa forme fixe et sa brièveté, le haïku
s’est montré capable de rassembler des poètes de tous les pays, Japon bien sûr,
mais beaucoup de pays d’Europe, d’Afrique, et d’Amérique. Comme vous le
savez peut-être, nous tenons en octobre prochain, un festival de haïku
francophone à Montréal. Sans ce genre poétique, je n’aurais jamais eu les
échanges et les relations que je partage aujourd’hui, et les projets que nous
construisons ensemble.Cordialement,
e-mail de Patrice Maltaverne, le 10 juin 2008 :
![]()
e-mail de Fabrice Marzuolo, le 8 juin 2008 :sujet : "tout à l'oeil" d'Alain Kewes (n° 138)
Dans votre rebondissement du Décharge 138–la poésie à l’œil( avec des
six euros on mettrait Zorro en bouteille), vous affirmez que pour un poète
l’important c’est d’être lu. Si la condition est nécessaire, elle est
loin d’être suffisante. Tout est lu de nos jours, et en continu : on lit des
images, des textes, des slogans, des femmes à poil, des yaourts, des voyages,
des crimes, des recettes fiscales, des bouches en cœur, des entre-jambes, des
seins, des glands, des cheveux, de la saucisse, du fromage, des voitures, des
maisons, des études, de la réussite et puis ? Après on achète du string, du
yaourt, du cul, de l’essence, des sens, des bouts de vie de l’affiche (à crédit…).
Ensuite, celui des strings, des voitures, des bouts de vie sur l’affiche
devient riche, il gagne beaucoup d’argent et il achète l’avenir de ses giclées
de sperme…Imaginons un poème sur l’affiche, des millions de consommateurs
le lisent, et le soir en rentrant du boulot ils vont acheter le livre, le poète
devient riche aussi comme le vendeur de saucisses et voilà. On lit, on achète
et on oublie : j‘oublie donc je suis, parole de consommateur averti. Et
changer la vie dans tout ça…
Quant à moi, je ne pense pas qu’Internet est (soit) l’outil qui manque aux
poètes, ni même à la poésie, il serait plutôt ce que les cinq légumes par
jour remplis de pesticides sont aux cancers, autant dire un truc qui fera crever
plus vite le cadavre ! Hé oui, le progrès est devenu cet acharnement à tuer
les morts, probablement de peur qu’ils revivent…
Dans un autre texte du Décharge 138 –à l’œil nu( décidément, on aura
compris le message) , à propos de Julien Grandjean, vous parlez des
maudits de la littérature , plus précisément de « futur maudit peut-être »,
et voilà justement le nœud de la toile : ce n’est pas un outil qui fabrique
les génies, les maudits, des académiques mais bien la rencontre d’une œuvre
avec des lecteurs. Mais si l’œil du lecteur est vide (il se peut aussi
que la création soit vide mais alors c’est un autre débat) , rien ne se
produira, que se soit sur un écran ou sur du papier. Quand le consommateur précède
le lecteur, le produit précède le livre, Internet ne change pas le problème.
En d’autres termes, l’économie (gratuit ou pas gratuit, papier ou pas
papier) n’apporte pas grand chose à la poésie. La poésie se porte mal quand
l’homme va mal, qu’il soit emplumé, portabilisé, internétisé , gratuitisé
et j’en passe.Fabrice.
e-mail de Fabrice Marzuolo, le 4 avril 2008 :
sur l'internet et la poésie + id 104 (pas la
voiture...)
En lisant certaines réactions dans ce débat, l’Internet et la poésie,
j’ai l’impression que les intervenants craignent de passer pour des ringards
et veulent absolument montrer qu’ils vivent dans l’air du temps, qu’ils
sont ouverts à ci et à ça…C’est vrai qu’on nous a appris à l’école
qu’à chaque évolution dans l’histoire il y avait des personnes, souvent décrites
comme des arriérées, qui refusaient le progrès, il leur faisait peur – l’œuvre
du diable ! Puis le temps l’intègre à nos vies, on sait…De même, dans
l’univers de l’art, on se souvient également de la leçon : l’académisme
débile qui refuse , une constante, de reconnaître les artistes
avant-gardistes, qui deviennent à leur tour de grands classiques etc.…Aussi,
on ne veut surtout plus passer pour ces arriérés ou ces compassés, de nos
jours, on est résolument et traditionnellement modernes ! Attitude qui passera
peut-être, si la dérive climatique nous laisse assez de temps, pour la pire
des ringardises…Dans ce cas je serai obligé d’admettre que l’humanité
aura évoluée, toutefois, partie d’aussi bas, il s’agira de ne pas en faire
un fromage.
Au fait, l’ID 104 peut bien illustrer un rôle d’Internet : amener les poètes
à lire un livre…Sauf qu’à une époque, encore récente, il n’y aurait
pas eu besoin d’Internet pour ça . Ce que je retiens c’est donc que pour en
arriver, peut-être, au même point, il faut un abonnement Internet, un
ordinateur, bref consommer plus, on voit bien toute l’utilité de ce barda.
On ne récolte plus ce qu’on a semé, le sol est pipé
Vu le terreau qui sert de cerveau à l’être humain d’aujourd’hui, il est
naturel qu’il lui pousse plus de portables sur les oreilles que de livres dans
les mains.
Fabrice
e-mail de Christian Degoutte, le 3 avril 2008, suivi de
sa réponse par Claude Vercey:Pour en revenir à la dernière Rumination de Claude Vercey (dans laquelle
j’estime qu’ont manqué des témoignages de personnes plus jeunes, comme il
eût été intéressant de savoir quelles sont les admirations poétiques des
pratiquants de la poésie virtualisée) :
De l’ordinateur, du livre électronique et de la nouvelle littérature qui en
adviendra
On a toutes sortes de raisons de se livrer à la lecture ou à l‘écriture.
Toutes sortes d’intentions pratiques : volonté d’action, de témoignage,
de réflexion, de connaissance, etc. Toutes choses qui sont (devraient être ?)
présentes dans l’enseignement, dans la vie pratique et pour lesquelles le
langage (écrit/lu) est un véhicule : on le souhaite rapide, sûr, efficace, à
l‘heure, confortable, plaisant, mais il s‘agit d’abord d‘aller d‘un
point à un autre de notre pensée (et de revenir). Dans le cas de la littérature
(lire de la littérature, en écrire ou lire/écrire quelque chose comme si c‘était
de la littérature) il y a une différence : car s’il est vraisemblablement
question d’aller d’un point à un autre de notre pensée, quelques paramètres
supplémentaires entrent en ligne de compte : la carrosserie du véhicule, le
fait qu’on veut se voir (se sentir) voyager, qu’on veut jouir de voyager.
Parfois même, lire (ou en écrire) de la littérature est semblable à la
jouissance qu’éprouvent les enfants à s’asseoir au volant (à tenir le
manche à balai ou la barre, voire une vulgaire branche) d’un quelconque véhicule
et à faire vroum vroum vroum sans avancer d’un poil (c‘est le plaisir
proustien que j‘ai à manger des oranges achetées dernièrement chez mon
primeur, parce qu‘elles sont d‘Italie). Donner à jouir à l’esprit
humain, disait Ponge.
Jouir, prendre du plaisir, etc. ces termes prouvent que lire/écrire de la littérature
(poésie) penche plus du côté d’une utilisation érotique que du côté
d’une utilisation utilitaire (raisonnable, raisonnée) de la langue. C’est
le désir qui commande. D’où une érotisation du livre (comme il y a une érotisation
de la robe, etc.) . Renforcée peut-être par quelques interdits (ces livres lus
jusque tard dans la nuit, cachés sous les draps et à la lueur d’une lampe de
poche) ? Érotisation qui explique bien les passions.
J’imagine que, pour les générations nouvelles, cette érotisation de
l’objet ordinateur, livre virtuel, texte électronique (il contient sa lumière
: plus de lampe de poche) se fera, se produira.
Après ce ne sont plus que des empêchements matériels à lever :
inventer le feuilletage électronique, le cornage de page virtuel, pouvoir
gribouiller des commentaires de génie dans les marges, donner à ces machines
la souplesse, la fidélité et la longévité kilométriques de mon vieux Moby
Dick (comme d’autres n’échangeraient jamais -même si c’est Claudel
qu’en a torché la préface- leur Rimbaud bleu Livre de poche contre le même
dans la Pléiade) : nous ne sommes que de pauvres être rongés de manies érotiques,
vous dis-je.
Le sort de l’objet étant résolu, passons à son contenu : écrivons !
Écartons de suite l’option (parce que je n‘ai rien à en dire) : la machine
produit elle-même son livre pour nous en tenir à celle-ci : écrire reste une
activité humaine.
Les humains, aussi loin que l’on remonte dans la littérature (la poésie),
ont toujours écrit et chanté un peu les mêmes choses : ils luttent, ils
aiment, ils rêvent, ils tuent, ils jouissent, ils souffrent, ils vivent, ils
calculent, ils meurent, ils ressuscitent, etc. Les livres semblent plus montrer
l’environnement, l’évolution des mentalités, des modes, des rites de pensée
d’une époque ou d‘un lieu (ainsi la pédophilie normale dans l’Antiquité
nous est une horreur, la conception de la femme chez Montaigne porterait la plus
douce des mamans d’aujourd’hui à foutre le feu à sa bibliothèque, les
hommes-fleurs infanticides racontés par Lévi-Strauss mériteraient la
castration, etc.). Outre qu’ils sont un peu faits, comme disait le
philosophe, pour que apprenions à mourir (donc à vivre, en ayant des suppléments
de vie imaginaire, par ex.), ce qu’on attend des livres : qu’ils nous
apprennent à relativiser la perfection de nos mœurs, de nos modes, de notre
vie, à juger celles des autres avec moins de brutalité, de rigidité, de préjugés
ou de bêtise ; en tout cas, qu‘ils ne nous apprennent pas à exclure, à
enfermer l‘autre (et même l’autre que nous sommes) ailleurs : jamais dans
mon enfance, ni dans mon adolescence je n‘avais eu l‘occasion de côtoyer de
noirs et quand j’ai connu Valérie, cette petite venue d‘où ?, je me
souviens de ma réticence instinctive à lui prendre la main (comme pour un
animal inconnu) et de ma stupeur quand j’ai découvert qu’elle ne
parlait pas comme « présentement » il était convenu que tous les noirs
parlaient.
Dans le fond, ce qu’on voudrait des livres (des écrits) qui viennent vers
nous, c’est que soit déjà un peu la peau des autres.
La peau, le papier ! Ah! S’endormir parmi ses robes de mots !
La peau des autres, virtuelle. Sur son site, Patrick Dubost (j’apprécie
beaucoup Patrick Dubost : c’est un homme plein d’énergie et qui écrit pour
de vrai : voir ci-dessus érotisation de la langue) a résolu le problème du
livre virtuel : il est lui-même son livre ; on le voit, plein écran, en os et
en muscles et en voix agissant (dire/lire/déclamer) son texte. On va dire
qu’il ne s’agit plus de lecture/écriture. Certes, mais je n’accède pas
moins à la littérature (la poésie) que les millions d’humains qui ont précédé
Gutenberg. En même temps ça me rend triste (pour moi, pour les moches,
les affreux, les mutiques, les déformés de tumeurs, les gueules brûlées, les
passe-partout, etc.) : je me dis que dorénavant le littérateur devra, en un
seul être, cumuler et Christian et Cyrano ! Il est à craindre que dans la littérature
du futur, il n’y ait pas plus de justice qu’il n’y en eût dans le passé
et qu‘elle ne serve juste encore une fois (la poésie) qu‘à faire pleurer
Roxane ! Misère !
Christian Degoutte
PS 1 : à propos du livre virtuel et tout ça, on se reportera au n°906
de Courrier International.
PS 2 : Bon, le paragraphe qui commence par « Les humains » pour finir
par « la peau des autres », je reconnais qu’il est un peu nunuche. On ne se
refait pas. J’aurais aimé dans ce passage faire le distingo entre la
littérature qui nous conforte dans nos schémas de pensées, nos atavismes
sensuels, etc. et celle qui nous trouble, nous dérange, nous retourne.
Pour cela, j’eusse eu recours à ces auteurs, contemporains l’un de
l’autre, qu’on range (rapidement) dans un même tiroir : les poètes matérialistes
: Guillevic et Ponge. Du premier, j’aurais pu dire que, sous des apparences
modernes, sous des façons dépouillées, dépoétisées, c’est une manière
sentencieuse qui a toujours fait les beaux jours de la poésie, qui m’est
confortable (que j‘aime à lire, je l‘avoue) ; du second, j’aurais
pu dire, que malgré une rhétorique parfois un peu lourde et m‘as-tu-vu,
tarabiscotée, pleine d’efforts, il allège la lectrice/le lecteur en faisant
de lui non pas un lecteur consommateur, mais en suscitant en lui le poète qu'il
peut être ; ainsi révolutionne-t-il la poésie : après Ponge, la
lectrice/le lecteur ne mange plus une orange (de surcroît d’Italie s’il a
lu Proust) comme avant.Claude Vercey :Suite à ces mêmes Ruminations, Laurent Grisel m'écrivait : "Une
question :
tu y dis que tu as pu, tout au long de cette réflexion, changer d’avis –
invitant le lecteur à en faire autant – peux-tu me dire comment, en quoi
?" - Eh bien, voilà un exemple, puisque Christian Degoutte était parmi
les
poètes invités à réagir et qu'à l'époque il l'avait fait beaucoup plus
brièvement qu'il vient de le faire. Je salue l'avancée de sa réflexion et
suis heureux d'y avoir contribué.
Une autre précision : j'interrogeais des poètes, avec ce postulat que je
rappelle sans cesse : la poésie est rare. Et les poètes, contrairement à ce
que l'on pense communément, aussi. Parmi eux, il y avait quelques
"jeunes",
il me semble...: plus jeunes que Patrick Dubost, un beau vieillard qui doit
avoir mon âge.
Mes amitiés, cher Christian.
|
e-mail de François TEYSSANDIER, le 28 janvier 2008 : Pourquoi une société
accorderait-elle une "place" à la poésie? Laquelle, d'ailleurs? La
poésie n'a besoin ni de trône en or massif, ni de fauteuil rembourré, ni de
chaise bancale, ni de strapontin qui claque (à la barbe et au nez des poètes?)
La poésie, nous le savons ou nous l'espérons, est partout, nulle part, au
centre, à la périphérie, hors les murs, dans les murs, en dehors de nous,
dans nos veines et nos pensées... Bref, elle est insituable. Laissons-la donc
errer à son gré, là où elle le désire, au ras du sol ou dans la nue, sans
chercher à la retenir de force par des liens factices qui ne feraient que la
clouer au sol. Toute société est, par essence, de consommation. La nôtre,
aujourd'hui,(ne parlons pas des temps anciens ni des temps futurs),consomme les
mots comme les enfants consomment des bonbons, par habitude, sans s'attarder sur
leur goût et leur composition, comme les adultes que nous sommes devenus
consomment des "biens (?) matériels", (quand ils le peuvent, évidemment!)de
peur de ne plus savoir vivre sans eux.
e-mail de Fabrice MARZUOLO, le 20 janvier 2008 : Quand j’entends slam je me dépêche
de sortir mon lance-slam
e-mail de Fabrice MARZUOLO, le 5 décembre : A propos du
débat entre "lisibilité" et "illisibilité" de François
TEYSSANDIER (e-mail du 26 novembre)
e-mail de François TEYSSANDIER, le 23 novembre : Le débat entre "lisibilité"
et "illisibilité" de la poésie ne date pas d'aujourd'hui. Et bien
malin (ou singulièrement aveugle) celui qui pourrait trancher entre ces deux
extrêmes.
e-mail de François TEYSSANDIER, le 30 août : Le site de la revue a 1 an,
paraît-il. Bon anniversaire en cette rentrée pluvieuse! Et qu'une pluie de poèmes
s'abatte sur Décharge dont on attend la nouvelle livraison avec une impatience
croissante. Je vais installer mon fauteuil près de ma boîte à lettres avec
quelques victuailles et boissons diverses, pour ne pas rater le prochain numéro.
Alors, santé à vous tous!
e-mail d'Annelyse SIMAO, le 14 juillet : Réaction
au dossier de bruno berchoud dans Décharge 127 de juin 2007 : à
la découverte de la présentation faite d'Annelyse SIMAO :
e-mail de François TEYSSANDIER, le 21 mars : Cher Jacques Morin, Merci d'avoir publié un de mes poèmes dans le dernier numéro de Décharge que je viens de recevoir. Peut-être y en aura-t-il davantage une autre fois? Il est permis de rêver, n'est-ce pas? C'est une des "fonctions" de la poésie. Ca n'est pas la seule, non plus. J'ai apprécié les poèmes de Alain Simon et de Robert Momeux. Quant à la couverture, elle est superbe. Bref, le numéro est, comme d'habitude, d'une grande richesse. Décharge est une revue qui donne la parole à des poètes différents, sans a priori. Louons son ouverture d'esprit ! Il y a aussi des opinions diverses qui s'expriment, sans invectives stériles, même si elles sont exprimées avec force et talent. J'espère que la revue vivra encore de nombreuses années, malgré les difficultés de tous ordres... Nous avons besoin de la poésie pour mieux respirer (surtout à Paris où j'habite!!!) et pour aller au coeur des choses sans pour autant fuir le monde réel. Encore un grand merci pour votre confiance. Bien cordialement à vous et à votre équipe qui "fait" avec patience et détermination cette revue. Bien cordialement à vous...
e-mail de Fabrice MARZUOLO, le 20 mai : J’ai lu dans la rubrique Revues des revues d’Aujourd’hui Poème, l’article sur Décharge, qu’il fallait craindre le retour de l’ordre poétique…Cela ne m’avait pas interpellé dans le numéro 133 (à ma décharge, nous étions toujours, à la date de cette parution, dans un reliquat de démocratie). Donc, après le retour de l’ordre moral, le retour de la forme traditionnelle –finalement rien d’anormal. Le bâillon au sommetRetour de la rime jeu sur l’e muet pas ce vers libre qui fait tache comme une gueule en sang de suspect dans des locaux javellisés pas ce vers libre qui respire trop qui pue le clodo des rues retour vers celui des écrans qui de loin sent la rose pas ce vers libre de la boue et de la mort retour des soldats rutilants baïonnette au salon dans les défilés entre les couverts d’argent de la liberté retour de la langue de bois de la poésie qui marche aux pieds rinforzando mais ne mord pas retour de la poésie loisir journal replié sur la cuisse trois pièces cravate de ceux qui apprécient aussi tuer le temps entre les mille morts quotidiennes Ramener ces lecteurs à la poésie revient à prétendre sauver un sport avec des sponsors : très vite la poignée de passionnés se réduit à un conglomérat de consommateurs et l’épreuve devient une machine à décerveler, un laboratoire commercial de plus. Quand je vois la tronche du Tour de France, je me dis mieux vaut encore laisser mourir la poésie de sa belle mort de vers libre (ensuite nous inventerons une moésie –faites la moésie , le mot du désordre! Nous promulguerons à main levée le sens de la désorientation…). Quant aux vertus (et le vers tue moins) de la contrainte rimée, elles ne sont que les coups de pieds au cul de la mémoire commune, on les trouve belles parce qu’on a reçu la semelle en éclaireur.( voilà pourquoi l’élection d’un président précède le scrutin, rendant la chose plus obsolète que démocratique) Bien amicalement à vous...
Réaction de Paul BADIN le 8 mai à "la revue du mois" consacrée à N4728 : Bonjour, |
![]()