Ilustration d'Etienne Bienvenue pour
Toute terre est une prison de Gary Klang
Depuis le Québec où il a émigré de longue date, le poète haïtien Gary Klang fut le premier à pouvoir nous informer, après le tremblement de terre qui ravagea son île natale. Puis, à travers cette émotion, il sut nous rejoindre par le poème le Rouge aimé dans la thématique du Festival Temps de parole qui alors s'inaugurait (voir I.D n° 232). Mais c'est aujourd'hui, à travers Toute terre est une prison, son plus récent recueil, que j'aborde véritablement son œuvre et découvre son écriture.
Une courte préface fait le point : Gary Klang y exprime la nécessité de tourner la page, de s'éloigner des premiers poèmes où était évoquée l'île de son enfance, tout ce qui fondait [son] bonheur et ne reviendrait pas. « Peu à peu, explique-t-il, j'ai pris conscience que l'exil était définitif et qu'il fallait transcender le passé.» Un objectif alors lui apparaît : rompre le nœud qui le rattache à la terre mère, afin de s'ouvrir à l'universel. Davantage que la réalisation de cette déclaration programmatique, ce qui se lit ici est l'effort du poète pour s'arracher à l'écriture ancienne : traduire l'ex-île dans le langage, « quitter la peine et ce qui fut », « être enfin libre de toute attache ».
L'expression première de Toute terre est prison, et qui touche, est celle d'un désarroi: « Les mots me manquent », lit-on d'emblée.« D'où me vient / Mais d'où me vient ce malaise » …:
On a beau faire
Beau vouloir fuir
Toujours revient ce qui n'est plus
Dans cet échec apparent, cette incapacité à rompre avec un passé trop prégnant, se tient la tension du poème. Il apparaît qu'il ne suffira pas d'un seul livre à Gary Klang pour venir à bout de son projet, « découvrir un chant / qu'on ne connaissait pas encore / et qui à voir n'avait plus rien / avec celui d'hier ». Et sans doute ce chant à venir devra-t-il passer par l'acceptation d'un douloureux désenchantement, à l'exemple de ce poème d'une belle lucidité :
Nous habitons
L'île à la dérive
L'ile du bout du vent
L'île Titanic
Nous subissons
La mort
Le mauvais sort
Les vents blafards
Abandonnés par la nature
Et par l'histoire des hommes
Nous sommes Personne
Ou plutôt ces gens-là
Sans nom et sans avenir
Juste ces gens-là
Références : Gary Klang : Toute terre est prison – Mémoire d'encrier éd. (1260, rue Bélanger, bureau 201 – Montréal, Québec, H2S 1H9. )