Egon Schiele : Quatre Arbres, 1917 - Huile sur toile
© Galeries nationales du Grand Palais
(sur une suggestion de Fabrice Marzuolo)
L'appel à contribution d'Isabelle Pinçon, demandant à chacun de s'exprimer à propos de l'arbre, (lire I.D n° 241) m'a irrésistiblement renvoyé à un recueil de Georges Drano, recueil apprécié, quoique je ne l'aie au final jamais évoqué par écrit : Premier soleil sur les buissons, chez Rougerie. Le titre est celui des poèmes en prose de la quatrième partie ; mais la troisième (Échardes) et surtout la première (Arbres), l'une et l'autre en vers, et après un détour vers la vigne :
Boire le vin à la cave
C'est boire le vin par la racine
Debout dans le terrier
A la lueur des bouteilles
font écho à la proposition d'Isabelle Pinçon (même si celle-ci n'exige pas un poème).
Parler de l'arbre
où s'assemble
la lumière
De sa demeure
verticale
De sa solitude
où nous entendons
la voix inconnue
Parler de son ombre
où le temps s'arrête
Des feuillages
à la largeur du jour
De l'arbre à l'homme il n'y a à l'évidence qu'un pas, l'un et l'autre sont du même bois. L'arbre marche vers nous, et bientôt nous parlons comme des arbres. Et la sérénité des premières interrogations se trouble : arbre écorcé, arbre écorché. Le poème semble d'abord s'inscrire à la suite de Ronsard, implorant les bûcherons d'épargner la forêt ; mais les exactions ne sont pas qu'images lointaines de massacres d'arbres:
c'est ici que cela se passe
dans la cour, devant la maison
derrière l'immeuble
on arrache,
on éradique le bosquet,
on incendie la forêt
on désherbe
on déserte
De sa parole économe et solaire, où chaque mot fait son poids, Georges Drano continue à se construire un pays intérieur, à la fois concret et métaphorique, « où les pas les mots ne font qu'un », à la recherche toujours d'un lieu « pour habiter ».
Repères : Georges Drano : Premier soleil sur les buissons – Rougerie éd. - 13€. Voir le site Texture .
La plupart des titres de Georges Drano sont aux éditions Rougerie :
Consulter : Georges Drano : Pour habiter – anthologie composée et présentée par Serge Meitinger – Le Dé bleu – 13, 50€