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I.D n°6 : « la rosée du cœur»
date: 2006-12-29 15:03:22
De Nancy nous parvient avec une régularité louable le poézine Traction-Brabant. Poézine, non revue : il y a là une distinction idéologique, théorique et générationnelle sur laquelle on pourrait disserter. Pour aller vite, le poézine se doit d’être avant tout léger, (profond cependant, mais comme par inadvertance). Etre léger est le plus difficile : Traction-Brabant est largement ouvert aux voix jeunes et débutantes, et l’humeur du poète, jeune surtout, est volontiers noire, - de quoi vous plomber une ambiance vite fait ! Au pilotage, Patrice Maltaverne s’efforce pourtant, souvent avec bonheur, à la fantaisie, à l’humour, au fantastique.
Un esprit curieux ou perspicace (moi, par exemple) s’étonnera de relever, dans une publication « lorraine », de fréquentes références à la Nièvre : ainsi, au Manège du Cochon seul (heureuse trouvaille que le nom de cette structure sise à Nevers, aux activités culturelles multiples et parfois éditoriales), et à son animateur Pierre Bastide, dont on a pu lire ici quelques textes bien venus. Une évocation émue de la mort de pompiers dans un village de Nièvre (n°9) m’avait mis la puce à l’oreille.
« Le village dans lequel les pompiers ont été ensevelis en ce 19 juillet était celui de mon grand-père maternel, Champagne (quelque part dans la Nièvre, entre Vézelay et Clamecy)... Je connais au moins les lieux comme ma poche » me répondit Patrice Maltaverne.
Traction-Brabant ne pouvait donc manquer de saluer, même brièvement, la mémoire de Claude de Burine, disparue le 29 Juillet de cette année, donnant de ce fait à sa livraison la plus récente (n° 13 – juillet 06) une gravité inhabituelle. Claude de Burine n’était pas de nos familières. Elle fut proche d’abord des poètes du Pont de l’Epée avant qu’Alain Bosquet ne l’introduise chez Gallimard. Mais il revint à Multiples de publier son dernier livre, cette Auberge du pauvre (2004). Valérie Rouzeau et Jean Pascal Dubost avaient naguère apporté à Décharge un dossier éclairant cette personnalité : dans l’entretien qu’elle leur accordait, elle opposait la ville à la campagne avant d’émettre le vœu de reposer dans son village nivernais.
« On venait avant à Paris pour apprendre le métier, l’élégance, une façon d’être, se montrer généreux, libre. Où est ce Paris ? En province on aimait les vieilles dames qui vont au salut, les tartes aux fraises, le Noël sous la neige, les amitiés difficiles, l’amour interdit, fou, brûlant, la nostalgie, une façon de vivre la sexualité plus odorante qu’en ville où elle se montrait plus raffinée, plus talons rouges, vous voyez. C’et vrai que j’oppose pas mal ville-campagne parce que pour moi la ville perd son sens de la civilisation et que la campagne garde encore quelque coin de terre où loin peut vivre libre, debout (...), pas à plat ventre. « Le poème est la rosée du cœur » : voici ce que je ferai inscrire sur ma tombe, histoire de rester fidèle à la nature, à mon village nivernais de Saint-Léger-des-Vignes.»
Entretien avec Claude de Burine, extrait de : Décharge n°102 (2er trimestre 1999).
Bonnes Adresses : Traction Brabant : Patrice Maltaverne, Rés. Cure d’Air. Bat D1 – 16 rue de la Côte 54000 Nancy. Poézine envoyé contre une enveloppe timbrée à 0,77€.
mots clés : DeBurine Maltaverne
I.D n° 41 : Au commencement était la bêtise (M.P)
date: 2007-06-05 15:05:32
[Couverture de Fabrice Fossé]
Ce matin, je n’ai pas perdu mon temps : j’ai relu Michel Pierre. Parallèle au pire d’abord (je cite les titres avec gourmandise, Michel Pierre en a le génie) qui paru dans l’Igloo, souventes fois nommés dans ces pages ; puis le second Polder (in Décharge 110) l’Ivraie à domicile, plus facile à trouver que le précédent, (dont le titre, un Eternel des étourneaux, n’était pas mal non plus) égaré dans l’un des trois cageots qui dans ma bibliothèque recueillent les minuscules inclassables. Tout cela pour confirmer ce que je savais : Michel Pierre est un auteur sous-estimé et admirable, respectueusement tenu pour fou par Yves Artufel son préfacier, et que pour ma part je place aux côtés des Verheggen ou Alfonso Jimenez, L’Anselme ou Ivan Ch’Vavar, ces autres merveilleux déjantés.
Michel Pierre écrit une poésie pour plongeurs subaquatiques : on l’appréciera d’autant que dans la semaine précédente on se sera entraîné à se mouvoir en apnées. L’exercice sinon en devient éprouvant, un peu comme l’on se noie dans une flaque de Thomas Bernhard. La première phrase – même pour ceux qui ne savent pas nager - est toujours remarquable (Michel Pierre a le génie des premières phrases, aussi), si bien qu’alors que je cherchais quel poème – ou antichronique, si je me fie au sous-titre du Polder en question ci-dessus – j’allais citer pour convaincre et séduire le lecteur présumé de ce site, j’ai été entraîné à relire en entier, et charmé, chacun des recueils, à m’y noyer une nouvelle fois. Comment résister à ses attaques : « Au commencement était la bêtise » ou « Même le voisin, creux en apparence, a du talent » ; ailleurs « Dieu existe, bien que je ne l’aie pas rencontré » à moins que ne vous préfériez démarrer par : « J’aime les sourdes et les malentendantes auxquelles lire de la poésie est absurde ». (Pour le choix annoncé, rendez-vous au prochain Itinéraire de Délestage.)
Et tout ça à cause de Patrice Maltaverne. Dont le Polder fraîchement arrivé sur les étals (n° 134 : Sans mariage ) est préfacé par Michel Pierre. Ce qui me permet de revenir sur une réflexion, tenue précédemment dans ces colonnes, à savoir que les jeunes auteurs que nous publions, par le choix de leur préfacier, finissent par dessiner un panthéon inattendu, qui bouscule les idées préconçues et mérite en cela considération. Désormais, à l’ordre des admirations, Michel Pierre s’inscrit aux côtés des Jacques Darras ; Alfonso Jimenez ; Patricia Cottron Daubigné ; Jacques Izoard ; Vénus Khoury-Ghata ; Pierre Garnier, (tous préfaciers à nos éditions), alors que – la coïncidence m’enchante, montre que nous ne sommes pas seuls à avoir élu ce poète – pour une future nouvelle collection des Editions des Vanneaux – collec’ façon Poètes d’Aujourd’hui, pour aller vite –, Pierre Tréfois prépare un Michel Pierre, qui viendra se ranger – allons au bout de nos révélations – auprès d’un Serge Wellens auquel de son côté travaille François Huglo.
Précisions : Sur la collection Polder, voir sur ce site l’onglet la concernant.
Michel Pierre est un de ses auteurs qui a beaucoup publié dans les différentes collections et revues de Guy Ferdinande, dont l’Igloo sous la dune. (cf. I.D n° 32 et 33) Renseignement : 67 rue de l’église – 59840 – Lompret
Aux Editions des Vanneaux, Michel Pierre a publié l’Enfer vaut l’endroit (10 €) : 64 rue de la Vallée de Crème – 60480 Montreuil sur Brèche et http://les.vanneaux.free.fr/
De Patrice Maltaverne, j’ai déjà causé. (I.D n° 6)
mots clés : Pierre Maltaverne Ferdinande Verheggen L'Anselme Jimenez
I.D n°77 : Retour sur les Polder
date: 2007-12-05 08:50:33
Couvertures signées de Miroslava Lédo (Polder 135) et d’Isabelle Neveux (Polder 136)
Venez, je vous emmène (comme disait...) sur les Polder ouvrir nos poumons au vent de la brise marine... (ah ! foutu romantisme...)
Polder ? Hésitants et novices se reporteront à l’I.D n° 3 ou cliqueront sur l’onglet ainsi nommé présentant notre collection grâce à laquelle aspirants poètes ou méconnus méritants trouvent leur place, c’est du moins notre ambition, à la table commune. Derniers convives, en cette fin d’année 2007 : Claire Bartoli avec Les hommes ne sont pas comme des maisons, en l’opus 135 recommandé par Chantal Dupuy-Denier ; et Ariane Gravier et son énigmatique Bri soutenu par Claire Ceira, en notre 136ème livraison. Mais laissons pour l’heure ces opuscules vivre leur vie et inquiétons-nous plutôt de savoir ce que deviennent les anciens nouveaux-nés.
Le n° 13 de Saltimbanques ! : tout entier consacré à la découverte d’une auteur jusque là inconnue : Ana Igluka, poétesse, illustratrice, chanteuse. Mise en avant peut-être prématurée d’une œuvre qui, à mon avis, demande surtout et d’abord qu’on lui laisse le temps de mûrir. Patience !
La chronique critique y est chasse gardée de Philippe Gicquel, et nos polders y sont à la fête : Serge Delaive, brume de mots et musique d’âme ; Romain Fustier, qui se tient au carrefour de cuisine et du souvenir des Aztèques rendant hommage à l’empereur (commentaire déroutant, qui m’a fait rouvrir ce Volume de nos existences dans la crainte d’avoir raté quelque chose) ; Amandine Marembert, dans sa maison tirée à quatre épingles ; Philippe Blondeau et son écriture tranquille ; les torrents de Patrice Mataverne enfin.
Mais on y note surtout une inclination particulière du revuiste pour l’écriture de Fabrice Marzuolo, dont le nom surnage d’abord d’entre les voix multiples de Verso 129. Puis, à propos de la Diligence ne passe pas avec les aboiements (Polder 133) : " tout ce qui est ramollo, idiot, fleur bleue, gélatino-sentimental, etc... : hop ! shooté tout droit au fond du lavabo ! Et en plus parfois on rigole.."
Comme un terrier dans l’igloo : ressuscite une fois de plus en un n° 92 gonflé à bloc, quadruple, à faire péter les agrafes centrales. Le poézine propose l’anthologie d’une hypothétique Ecole Infraréaliste de Lompret, bal de masques où Guy Ferdinande et Dan tiennent leur partie à visage découvert.
Au final, la Bouquinerie moderne fait la part belle aux revues avant, à son tour, de saluer Romain Fustier, Amandine Marembert dont les pinces à linge auront décidément été très remarquées, et les deux Fabrice : Marzuolo et Maltaverne. Mais c’est le talent de Philippe Blondeau (Dehors -Polder 132), qui ici retient l’attention. Et le bouquineur Ferdinande de conclure : « Ce petit recueil est d’une parfaite originalité, très beau vraiment ! Je ne saurais trop vous le recommander ». Qu’ajouter à cela... !
mots clés : Gicquel Bartoli Dupuy Gravier Ceira Fustier Delaive Marembert Blondeau Maltaverne Marzuolo Ferdinande
I.D n° 99 : Pavé de printemps
date: 2008-03-08 11:33:49
Inattendu. Réjouissant. Judicieux. Justifié... !
Pas question de mégoter sur l’adjectif aux fins de saluer autant qu’elle le mérite l’initiative de la collection Poésie chez Flammarion, qui nous offre – manière d’évènement en ce Printemps – la réédition sous forme d’un pavé de plus de 400 pages du Jardin Ouvrier, la revue d’Ivar Ch’Vavar - et de ses camarades, est-il précisé en couverture, camarades parmi lesquels, entre quelques beaux masques, Christophe Manon (voir I.D n° 96), Maltaverne (Polder 134 & I.D n° 6 et 41) et Philippe Blondeau ( Polder n° 132 & I.D n° 78), en ayant garde d’oublier Lucien Suel, toujours œuvrant dans la plus grande proximité des objectifs et contraintes définis par l’animateur principal, ou Christophe Tarkos. Notons que la typographie pauvre, qui caractérise la revue, a été respectée dans cette réédition, comme contrainte esthétique.
Le camarade Ivar Ch’Vavar, - il est bon de le rappeler ici, dans ce qui est davantage expression immédiate d’un contentement que de ce qui pourrait ressembler à une note critique, - est un passant considérable, dont on a décidément de moins en moins d’excuses d’ignorer les œuvres, après que Hölderlin au mirador (l’un des livres majeurs de l’auteur, rappelle fort à propos Philippe Blondeau dans sa lumineuse préface) et Cadavre grand m’a raconté, cette extraordinaire anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le Nord de la France, ont été mises à portée de tout lecteur de bonne volonté par les éditions du Corridor Bleu; après que les éditions Plein-Chant ont consacré à notre auteur un numéro double de leur revue ( 78 / 79 – hiver 2004- 05), et à présent que son œuvre revuistique, ( et on comprendra que nous importe qu’un poète soit considéré non seulement pour ses écrits personnels, mais aussi par ses apports à une démarche collective, à travers cette activité minuscule, dérisoire, déprimante et grandiose qui restera peut-être comme l’une des singularités de la poésie du XXème siècle, ce revuisme ) est recueillie en un volume dont on peut d’avance penser qu’il sera diffusé en librairies mieux qu’aucun des opus précédents.
Cette satisfaction aussi : Yves Di Manno, directeur de la collection Poésie, introduisait sa contribution au volume Ch’Vavar de Plein-Chant en appelant à reprendre un jour cette histoire, ou se résoudre à l’écrire soi-même puisque nul ne s’en est encore sérieusement chargé. J’entends celle de la poésie (française) de ces cinquante dernières années revisitées à l’aune des nouveaux critères – notamment prosodiques et intégrant enfin les courants minoritaires qui l’ont souterrainement traversée. Cette adresse m’avait à l’époque légèrement hérissé : que ne le faisait-il lui-même, songeai-je ! Qui mieux que lui était en position non seulement de passer à l’acte, mais surtout d’être entendu ? Je me réjouis donc aujourd’hui que ce responsable mette son action éditoriale en conformité avec ses proclamations publiques.
A lire : Ivar Ch’Vavar & camarades : Le Jardin ouvrier (1995 – 2003) chez Flammarion. 25€
Je renvoie aussi à Décharge 133 (6 €), au dossier Ch’Vavar où, outre les poèmes qu’il nous a confiés, le poète s’exprime et s’explique en un long entretien avec François Huglo.
mots clés : Tarkos Suel Blondeau Manon Maltaverne Huglo DiManno Ch'Vavar