Décharge ]

ID : les Itinéraires de Délestage
de Claude Vercey
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I.D n° 128 : Fragments de la vie d’un homme

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

La rencontre Jegou / Pérémarti, autour de l’ouvrage dédié à Claude Pélieu, l’ami commun, n’a pas eu lieu (voir l’I.D précédent). L’explication en est simple, banale : « Thierry Pérémarti était sur la liste des invités à participer au bouquin, mais la lettre que je lui avais adressée m'est revenue, comme celle de Patti Smith. Ces deux adresses fournies par Mary Beach n'étaient plus valables et je ne suis pas parvenu à obtenir les nouvelles. Dommage ! » (Alain Jegou - mail). Regrettable en effet : Pérémarti possède « des archives Pélieu conséquentes. Collages, peintures, certainement des écrits inédits et (...) une correspondance fournie.» M’appuyant sur sa chronique de mars 2003, parue au lendemain de la disparition de Pélieu, sous le titre : Claude Pélieu, le soleil brillera sans toi, j’imagine ce qu’aurait pu être sa contribution :


« [...] - Paris, l’académie Montmartre que Claude Pélieu fréquente comme Gainsbourg, les cours de Fernand Léger, ceux de Sigismond Kolos-Vary, d’Abidine ; partage une piaule avec un certain Jean Tenembaum bientôt Jean Ferrat (qui lui raccrochera au nez en 68 par ces mots : "Tu as choisi l’Amérique") ; connaît Duras, Jean Paul Belmondo ; devient clochard, chaussettes incrustées sous la plante des pieds, on l’opère; héroïmane, dévalise maladroitement une pharmacie ; prison, ou plutôt l’Algérie où l’envoie par protection son père, ancien officier garde du corps de De Gaulle à Londres, qui a su tirer quelques ficelles – Bérets verts, le REP (les paras étrangers) Olivier Todd, le lieutenant Le Pen, le jeune sous-lieutenant Chirac ; atrocités, pillages, deux viols dont il est témoin ; trois ans de guerre (« Une retraite de 22 $ par mois, moins qu’un Taliban », m’écrira-t-il l’an dernier ). Puis à vingt-six ans, marié à Tina, gamine de seize ans, séparation dix mois plus tard ; entre-temps, il s’est fait prêter une machine à écrire par une jeune et jolie veuve, une certaine Mary Beach, cousine de Sylvia Beach, l’éditrice de James Joyce .


- Prévert, Eluard, Breton, Soupault, Cendrars, Céline chez qui il débarque sur un coup de tête, il les rencontre tous ; San Francisco 1963, il écume le jazz : Roland Kirk, Thelonious Monk, Art Blakey , Ornette Coleman ; il les embrasse ; multiples virées dans le ghetto noir avec Max Roach et Charles Mingus ; Mary, elle, conserve dans son corsage l’argent gagné par quelque prostituée, travaillant pour ce terrible Mingus ; Burroughs, Ferlinghetti, Kaufman, Sanders, autant d’histoires, autant de souvenirs. De poèmes.


New York, 1970. On les trouve à l’hôtel Chelsea ; Mary accompagnant Janis Joplin faire des courses en taxi ; Jimi Hendrix est de la bande du Quichote. Tout ce monde se côtoie. Andy Warhol, la Factory. Tout ce monde de Pélieu, fracassé, amalgamé, cut up...


Toute une mine de « détails de parcours » auxquels finalement il attache peu d’importance. Car lui ne se prend pas au sérieux, n’a que foutre du statut de poète, d’abord il ne sait pas, n’a jamais su jouer au poète. Chez lui, point de minauderies, de poses. Il ne sait qu’être lui-même dans ses limitations, ses excès. « Il faut qu’on me tienne par la main pour traverser la rue. » m’avouera-t-il pour souligner son inadéquation au monde. Un jour, convoqué par son banquier qui lui reproche d’être systématiquement à découvert, Pélieu, avec toute la bonne foi du monde, sort illico son chéquier « Qu’à cela ne tienne, je vous fais un chèque sur le champ » [...] »


Thierry Pérémarti - Extrait de Décharge 117.

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I.D n° 127 : Je suis un cut-up vivant

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

Claude Pelieu :
photo extraite de Je suis un cut-up vivant
(reproduite avec l’autorisation de l’éditeur
).


On connaît mal en France l’œuvre de Claude Pélieu (livres/collages/peintures), regrettait encore en Mars 90 Thierry Pérémarti, qui alors prenait pour nous le pouls de New York (voir aussi I.D n° 82) : « Ou alors on l’a cataloguée aux archives beats, rayon 68 référence San Francisco. C’est dommage », insistait-il, parce que Claude Pelieu est « un visionnaire avant tout, lucide et souvent prophétique ». Et pour illustrer ses propos, dans ce Décharge 56 très américain sous sa couverture dessinée par John Elkerr, il livrait à la suite deux proses inédites de Pelieu, A travers le miroir de la vie et Merde, il doit bien pleuvoir quelque part, laquelle sera reprise en mars 2003, dans Décharge 117 où, après avoir ressaisi la vie de son ami en quelques fortes séquences, le chroniqueur exprimait son désarroi devant la perte :


« Voilà, je me retrouve devant ce carton de correspondances. Centaines de lettres et de cartes postales quotidiennes. Dessins, photocopies, collages, poèmes. Je pioche. « Que se passe-t-il quand il ne se passe rien ? » Quel comique. Je réalise que je n’ai jamais fait de photos. Que toute cette période « New York State » est lointaine. Je l’entends encore parler l’anglais avec ce fort accent parisien. Après trente ans d’Amérique. Autre preuve que la contrefaçon lui était impossible. »


*


Six années se sont écoulées depuis sa disparition. Le formidable réseau d’amitiés que Claude Pélieu sut tisser tout au long de son existence, par delà les océans et les continents où il a permis à de nombreux poètes, musiciens et artistes de se rencontrer et de fraterniser, ne s’est pas défait, affirme aujourd’hui Alain Jegou. C’est cette indéfectibilité des liens, dont il entend apporter la preuve, convoquant amis et témoins des deux côtés de l’Atlantique (trop nombreux pour être cités ici, mais Pérémarti n’est pas au rendez-vous) dans un ouvrage de 280 pages, dont il lance la souscription aux éditions de l’Arganier.


« Afin de ne plus restés prostré, assis au bord du vide creusé par son absence, explique Jegou en Guise d’intro, j’ai décidé, un jour de mai 2004, de retour de Cherry Valley, avec l’accord et le soutien de Mary, de rassembler quelques témoignages, plus des textes de lui, des images, des lettres et collages, pour réaliser un ouvrage collectif. Malgré leur voyage et déménagements multiples, avec Mary, il est toujours resté le point de convergence pour bon nombre d’entre nous. Et il le demeure. Cet ouvrage en est la preuve irréfutable, même par delà la mort.»


Souscription : Je suis un cut-up vivant – 280 pages format 15 x 21 cm, papier bouffant 80 gr, couverture quadri pelliculée mat. Date de parution prévue : mi-novembre 2009. 20 € (+ 4 , 40 € d frais de port) à l’ordre des éditions de l’Arganier, chez Alain Jegou, 33 Bd de l’océan, Le fort Bloqué, 56270 – Ploemeur – France


Edition unique réservée et offerte à chaque souscripteur : La Crevaille (inédit) dernier texte de Claude Pélieu. - 64 pages format 13x 21 cm papier bouffant 90 gr couverture quadri pelliculée mat.

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I.D n° 447 : Alain Jegou, dernière escale

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Photo carrément piquée
sur le site de Sylvie Delanoy

 

« Nous, gens d'océan, percevons intuitivement lequel pourrait être notre bon jour pour mourir », écrivait Alain Jegou dans Ikaria LO686070, du nom de son bateau, sur le carnet de bord qu'il adressait en 1998 à Philippe Marchal, qui en fit le somptueux numéro 52 de sa revue Travers. Ce lundi 6 mai 2013 était-il « le bon jour » pour prendre le large ?


« Jeter l’œil
Dans le gosier de l’océan

Lui mater le tréfonds
Sans crainte des hoquets »  


Alain Jégou a fait sa grande plongée
Dans le Bleu qu’il aimait tant
J’ai appris ce matin son décès.
C’est un compagnon en poésie
que nous avons tous apprécié
Il va peut-être rejoindre ses amis beat,
Indiens, poètes sur la route.
 


Par ce sobre poème, Francis Krembel nous a informé de la mort du poète Alain Jegou, - triste nouvelle bientôt confirmée par Ève Lerner.


Plutôt que de disserter sur l’œuvre, qui fut du reste souvent commentée, d'un auteur qui compte parmi ceux qui ont remagnétisé l’atmosphère poétique à la fin des années 60. Avec la mer à fleur de tripes, comme l'écrit Bruno Sourdin qui dans le même article salue aussi justement l'écrivain généreux, l’ami et le "passeur" des écrivains de la Beat Generation, - de Claude Pélieu en particulier dont il fut proche (voir les I.D127 & 128), je préfère demeurer dans ce numéro de Travers, poésie et irremplaçable témoignage.


La bitte


La mer est une femelle exclusive, démonstrative, aguicheuse, embosseuse et dévoreuse. Elle nous suce les sangs, nous vampirise et se nourrit de toutes nos forces vives.


Elle n'a de cesse que de se faire admirer et aimer, de nous faire succomber à toutes ses tentations, de nous contraindre et faire tomber mabouls, accrocs ad vitam de ses formes et moulures, de ses galbes et cambrures.


La mer est féminine, qui nous fait courber l'échine, docilement mander quelques faveurs futiles, benêtement susurrer quelques niaiseries ductiles, mêli-mêler nos voix à celles des vents portants en espérance fragile de la sentir émue au moins pour une fois.


La mer est une femme, qui se joue de nos drames, une allumeuse-bêcheuse, une charmeuse-pompeuse, une superbe garce qui prend et ne donne pas, ou seulement de la voix.


(Alain Jegou - Ikaria LO686070 – revue Travers)


Repères : Dernière publication d'Alain Jegou : Une meurtrière dans l'éternité, suivi de Boucaille, aux éditions Gros Textes, 2012.

Sur Alain Jegou : Jacques Josse sur Médiapart et Bruno Sourdin sur le site des Editions Apogée.

Sur la revue Travers : voir la revue-du mois (d'avril) sur notre site.

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