Décharge ]

ID : les Itinéraires de Délestage
de Claude Vercey
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I.D n° 384 : « L'expulsé du soleil noir soulève son cœur » (L.G)

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

Photo : au premier plan, terrifiante – brutale dans son mauvais goût assumé –, la couverture de Décharge 58, signée José Galdo en juin 1990. En retrait, Décharge 143, de septembre 2009, où José Galdo, - José Golgotha, pour suivre la suggestion de son préfacier Jean-Pierre Espil - nous entraînait sur « Le lieu du crâne », suite de poèmes lancés à la face des envoûtés de l'aliénation centrale :

& maintenant
il faut soigner la langue par le feu

Ce même duo complice était déjà à l'œuvre dans nos publications treize ans plus tôt, en janvier 96 : Notes et fragments de José Galdo, sous la houlette de Jean-Pierre Espil, étaient accueillis dans la collection Polder : José Galdo, c'est Bunker-press, Blockaus éditions, le bulletin Tanker. C'est un monde d'irréductibles, sous l'oriflamme calciné d'Artaud. C'est une langue noircie perforant les entrailles et les galaxies, commentait Jacques Morin dans l'anthologie Polder deuxième génération (Décharge/ Gros Textes éd. - 2005).

Un judicieux livre-bilan aux éditions L'arachnoïde nous propose présentement de faire retour sur l'Expérience Blockhaus, laquelle prit fin en 2004. Elle sera l'objet de notre prochain I.D. En guise d'amuse-gueule, quelques Fragments tombés du polder de José Galdo, qui donnent la note :

quand au fond des choses il n'y a plus de fond, mais simplement rien

derrière l'ombre, la nuit et la douleur

& être le survivant d'une lumière qui n'est plus de ce monde

qui marche dans le vent meurt dans la tempête

écrasé dehors
anéanti dedans
et recroquevillement dans la valve de
   cet écroulement
& disparaître dans le miroir noir de
   l'éclipse de ce monde

& le risible lèche sa plaie

chaque signe n'est qu'une fente d'encre entrée dans le néant de la conscience afin de la maintenir béante comme un trou

& un dernier moignon de conscience va céder

(José Galdo : Notes et Fragments Polder 86)

Jean-Pierre Espil : « La perpétuité régurgitée s'immole une matière-fièvre, qui vacille sous le joug d'une énorme puissance d'être. Dans ce mouvement des substances dégueulée du forage abouché à l'Invisible se forge une alchimie de viande-mère transmutée en tournoiement de lumière sous les forces de compression « comme la soute cuite d'un broiement des lumières aux bris des clartés ultimes (J.G)»

(in Décharge 58 : Complément au Polder)

Repères : Expérience Blockhaus (Bader, Espil, Galdo,Guibert, Manyach). Préface de Nicolas Rozier. Collages de Françoise Duvivier. A l'Arachnoïde éd. ( 5 Bd des châtaigniers – 30120 – Le Vigan ) - 15€.
Pour être complet sur la présence de Blockhaus dans Décharge, ajoutons les noms de Didier Maynach : poèmes dans les n° 57, 89, 107; et de Françoise Duvivier, responsable de nombreuses couvertures dans les premières années.
Consulter le Blog Blockhaus. Et bientôt l'I.D n° 385.

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mots clés: Galdo Espil Morin Manyach Duvivier

I.D n° 385 : Le livre noir de l'interminable naufrage

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

En 2009, les éditions de L'arachnoïde marquaient d'emblée leur territoire par la réédition de Narcose, de Marie-Françoise Prager, poète portée au pinacle à l'égal d'Yves Martin par Guy Chambelland, mais qui depuis la mort de l'éditeur, paraissait être définitivement passée du côté des fantômes. Le plus récent ouvrage de ces éditions, - qui ne se cantonnent certes pas aux célébrations rétrospectives (leur catalogue inscrit, aux côtés des livres de l'animateur, le poète Christian Dufourquet, des ouvrages de Matthieu Messagier aussi bien que de Mathieu Bénézet ou d'Alain Hobé) – s'applique à rendre justice à la poignées d'irréductibles qui, de 1988 à 2004, ont œuvré dans l'extrême marginalité sous les appellations successives, aussi significativement farouches, de Blockhaus - revue et éditions -, Bunker-press ou du bulletin Tanker.

Expérience Blockhaus, en dépit de son titre, n'en propose pourtant pas le récit, ce qu'on peut regretter, mais remet en circulation, en une haute concentration de 96 pages, des textes dispersés, devenus introuvables s'ils furent jamais à portée de main, réunis en une manière d'anthologie, - un ossuaire pour mieux dire, destiné à recueillir les reliques de cinq (puis six, au final) de ces desperados : aux deux fondateurs, José Galdo, « figure de proue et maître d'œuvre », et Jean-Pierre Espil, qui pilotèrent l'expérience, sont joints Didier Manyach, et, moins attendus, Lucien-Huno Bader et Francis Guibert, tandis que Françoise Duvivier, par l'apport de ses collages d'une morbidité sans recours, enlève ce qui pouvait rester d'illusion et d'espérance au lecteur égaré dans cet enfer.

Distillant chacun à tour de rôle le poison d'un poème, les cinq voix se succèdent, s'entremêlent, confluent en une seule voix : voix de révolte, tumultueuse et grandiloquente, oraculaire, d'un lyrisme dépressif entre le néant et l'anéantissement (J.G). Ce Blockhaus bâti hors du temps, selon la juste définition de Nicolas Rozier qui le préface avec ferveur, permet de réévaluer cette aventure collective, répulsive dans le même temps qu'elle fascine par ses partis-pris apocalyptiques et convulsifs, où le langage s'exténue à nommer l'innommable, jusqu'à la suffocation en des croassements d'allitérations ou un débordement de métaphores.

Exilés volontaires à l'agonie dans l'avant-poste où ils ont choisi de s'enfermer, d'une intransigeante belliqueuse, les cinq apôtres de ce très noir évangile ont partagé la même lucidité panique, de celle qui laisse entrevoir la condition humaine comme une furieuse danse macabre au-dessus de l'abîme et mène au bord de la folie. Leurs paroles, paroxysmiques dès l'attaque du poème, semblent proférées à la dernière extrémité, prémonition de l'expirant ou ultime message testamentaires : c'est la mort qui parle / qui respire par ma bouche, écrit L.H Bader. Et sans plus de merci, Francis Guibert : Vous êtes morts depuis toujours.

S'ils paraissent aujourd'hui sans descendance, on peut en désigner les figures tutélaires auxquelles leurs revues en leur temps rendirent hommage, d'Edgar Poe à Artaud, référence insurpassable auquel il faut pourtant se confronter. Par l'écart entretenus avec les courants dominants de la poésie française de la fin du Xxème siècle, écart où s'affirment une morale et une esthétique, les poètes de cette Expérience Blockhaus occupent la place qui fut jadis celle de ces romantiques qualifiés de frénétiques, chantres de la négativité, érotiques de la mort dont ils tirent terreur et jouissance.

Repères : Le titre de cette chronique s'inspire d'un vers de Didier Manyach : Naufrage interminable au faîte de la géométrie parfaite de la mort.
Expérience Blockhaus – L'Arachnoïde éd. – 5 bd des Châtaigniers – 30120 – Le Vigan. 15€.
Chez le même éditeur : Marie-Françoise Prager : Narcose , qui reprend également Rien ne se perd et Quelqu'un parle. 224 p. - 23 €
Récemment reçu : José Galdo & Nicolas Rozier : Le recrachement des doublures . Au fond du Grenier – 3 rue du 11 novembre – 54270 – Essey-lès-Nancy éd. 56 pages – 13€
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Lire également l'I.D précédent n° 384 : « L'expulsé du soleil noir soulève son cœur ».

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