Décharge ]

ID : les Itinéraires de Délestage
de Claude Vercey
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I.D n° 302 : Antidote

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

Oui, sur la poésie pèse dangereusement l'esprit de sérieux. Je me cite moi-même, mauvais signe – signe d'une exaspération durable (je renvoie à l'I.D précédent). Un poème de Guillaume Decourt servira, je l'espère, d'antidote :

Le Progrès

Je connais une ethnie des plateaux africains
Des hommes gigantesques aux membres scarifiés
Ayant pour seule attache un troupeau de bovins
Majestueux qui broutent une herbe desséchée

Ces pasteurs utilisent aux soirées de mariage
La bouse du bétail comme combustible et
Les femmes menstruées s’enduisent le visage
D’urine de génisse et de leur sang caillé

Tout propres et parfumés dans vos salles de bain
Je vous vois déplorer ce grand manque d’hygiène
Et vous offusquer de ces pratiques indigènes

Mais sachez cependant et soyez rassurés
Qu’aujourd’hui tous ces hommes utilisent un shampoing
Antipelliculaire de Schwarzkopf ou Garnier

Guillaume Decourt a vingt-quatre ans. Étudie le piano classique au conservatoire. N'a à ce jour rien publié ; mais quatre poèmes, tirés comme ceux ici cités de son recueil inédit La Termitière, ont été retenus dans la revue L'atelier du roman, à paraître en juin 2011 aux éditions Flammarion.

Pantoum

Dans ce village de Pilio
Je buvais des cafés frappés
Comme il est vrai que tout est beau
Quand bien même tout m’agaçait

Je buvais des cafés frappés
En pleurant derrière mes Ray ban
Quand bien même tout m’agaçait
Elle s’ébat dans l’eau diaphane

En pleurant derrière mes Ray ban
Sur la plage à Damouchari
Elle s’ébat dans l’eau diaphane
Ma petite Vassiliki

Sur la plage à Damouchari
Comme il est vrai que tout est beau
Ma petite Vassiliki
Dans ce village de Pilio

Repères : Jeunes voix et voix méconnues sont publiées en Polder et en revue, dans Le choix de Décharge. Dans ces Itinéraires de Délestage : Claire Cérea ; Julienne Salvat ; Magnus Linngren ; Étienne Paulin ; Thomas Vinau ; Yann Mirallès ; Gaëlle Josse, pour m'en tenir aux I.D les plus récents.

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mots clés: Decourt

I.D n° 375 : Boxer, seule rhétorique

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

 

Christophe Esnault, nous l'avons déjà rencontré sur ces Itinéraires de Délestage en tant qu'animateur de la revue Dissonances (I.D n° 274 et Revue du mois en Juillet 2010). Mais il est également chroniqueur par Vents Contraires ; parolier et filmeur du groupe Le Manque ; et ses textes sont volontiers accueillis dans les revues (une trentaine …) et figurent dans trois ouvrages collectifs. Un premier livre, récemment, aux éditions les Doigts dans la prose : Isabelle à m'en disloquer. Il vient de nous adresser un ensemble inédit, Seppuku pour tout le monde dont j'extrais une page :

 


Boxer seule rhétorique. Un infatigable désir de se blottir. Les mots blessent sans velours arcade sourcilière. La fête sur Arte, c’est un grand feu et une chanson de Janis. L’éducation catholique à coups de sabot. Sac de feuilles humides et un insecte piégé. Souffrir te va si bien et rend tes cheveux encore plus fins. Atteindre le sommet puis photographier les nuages en dessous. L’éponge est trop sale et repousse l’amour au siècle prochain. Confondre défenestration et bol de riz. Sous la carlingue un homme se débat puis est maintenu au sol par des policiers, la matraque s’en mêle. L’enfant a découvert un nid dans le bosquet et le duvet tout au fond est doux. Cette balafre te rend plus beau. Se frotter sous les bras avec du papier de verre. Certaines filles vont rouler leurs hanches pour accrocher ta peau de léopard. Souillure de se donner si peu. Pose ton œil dans sa bouche, elle le sucera très doucement pour ne pas jouir trop vite.

 


Isabelle à m'en disloquer appartient au genre fort couru et périlleux de la poésie amoureuse. Poésie haletante, toujours paroxysmique, d'un petit chien fou de l'amour. Poésie comme pratique post-orgasmique, où sont exaltés sans retenue les moments euphoriques et de plénitude, lesquels ne cessent cependant de dérouter et ravir l'Artaud de pacotille qui s'exprime : gringalet soumettant le lion aux supplices des bisous. Pour celui qui se définit encore comme maître du ratage incandescent, l'écriture est performance, affirmation rendue crédible grâce aux inventives équivalences typographiques et de mises en page d'Anne Millet, dont le nom mérite d'être associé à celui de l'auteur. Bref, concluait Jacmo dans Décharge 152 (décembre 2011) : une œuvre ambitieuse aussi bien poétiquement que graphi- quement, un ouvrage en tout point original.

 


Parcouru par des soubresauts contraires aux limites biologiques. Un entrepôt de matériaux radioactifs oublié. Une ligne de cocaïne et le surmoi tortionnaire opère. Les journalistes s’accordent pour dire que l’élu est extrêmement limité. Dans le chapeau posé à terre personne ne jette de pièces. Percer le film plastique et morde dans la viande crue. Le colvert reçoit par voie postale une convocation pour passer une série de tests de compétence. Un repris de justice méritant se voit attribuer un trophée et un ballon rouge par la commission de surendettement des ménages. Face à la coercition organiser la lutte armé de piques à escargots. Pas le temps de lire ni de faire l’amour clame l’esclave salarié. Agir contre. Être le combat. Il pleut des contraintes à vomir et des drapeaux tricolores. Sortir de la boue en caressant la femme aimée.

 


Christophe Esnault, extrait de
« Seppuku pour tout le monde », inédit.



Repères : Christophe Esnault : "Isabelle à m'en disloquer". 86 pages. 11€, aux éditions Les doigts dans la prise. (1 rue du port – 72000 – Le Mans )



Notes critiques : sur le site très recommandable Terre à ciel, une constellation de jeunes poètes de talents se sont mis à l'écoute de l'activité poétique d'aujourd'hui. Et Cécile Guivarch rend compte au fil de ses Lectures fraîches des derniers Polders parus, de Guillaume Decourt et Claire Ceira.

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mots clés: Esnault Guivarch Ceira Decourt

I.D n° 400 : « Un air nouveau »

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

Dommage assurément que chacune des publications Polder ne donne aux inconnus que nous y accueillons cet élan dont, selon Patrick Joquel, Guillaume Decourt a pleinement bénéficié : Un auteur à suivre. Pour son aisance, sa fluidité, sa transparence … (Blog, lecture de février 2012 ). Bon nombre de nos auteurs ont cependant à la suite trouvé leur public, le fait continue de m'émouvoir, je renvoie pour exemple aux I.D consacrés naguère à Étienne Paulin ou à Valérie Harkness. Quant à Guillaume Decourt, il est vrai que depuis fin 2011, et plus rapidement que quiconque, il a rassemblé sur sa Termitière une brassée d'appréciations avantageuses ; et ses écrits de fleurir dès lors dans les revues : Nouveaux Délits, Cairn, Cahiers de la rue Ventura et Cahiers d'Adèle (sans doute, j'en oublie ).

Ce poète réussit un rare alliage entre les formes du passé, qui dans un premier temps déconcertent certains tout en comblant d'aise les tenants d'un certain classicisme, et une originalité véritable, que l'on prend plaisir à découvrir et savourer sous l'apparent académisme. Cécile Guivarch décrit bien le phénomène : Le recueil s’ouvre sur des poèmes en rimes. Cela faisait un moment que je n’en avais pas lu, en général je les fuis, dans une librairie je n’aurais pas acheté ce livre. Mais je suis abonnée et je soutiens Polder, donc pas le choix, je l’ai lu. Et finalement je me suis prise au jeu. Voyage, Afrique, enfance, amour, les femmes, les bananes, le manioc, le poulet. C’est un mélange de tout cela. Et j’ai bien ri … (site Terre à ciel, janvier 2012).

Guy Chaty renchérit : Les poèmes ont l'air bien rangés au milieu de la page, découpés en strophes, les vers classiques avec des rimes régulières, certaines strophes sont même reprises à la fin comme dans des chansons. Ne nous y trompons pas, ces poèmes ont un air nouveau. Le rigueur et la musique servent la liberté d'écrire et les voyages dans le monde et dans la tête ( Poésie / Première n° 52 - Mars 2012)

Méfiez-vous des préfaciers !, prévient Christian Degoutte, ils comparent n’importe quel poète à Rimbaud. C’est la tarte à la crème des préfaces. Lui range La Termitière du côté de La Négresse blonde ou de La Chandelle verte : « Le livret est du genre qui dilate la rate, qui nous décrispe de notre crespitude quotidienne, du genre épine qui crève les baudruches du tout-va-pire, qui aide à reprendre souffle avant de se lancer à l’assaut des gravités (ouahou !). C’est écrit avec énergie, ça s’encombre pas de circonlocutions, ça file :« Ouvéa : Elle était belle / Et dans l’église / Tous les Christ étaient noirs ». Mais c’est pas que du jeu ; sous la blague on sent bien le tremblement de l’émotion « Avec mon pénis en bois de Tamanou / Je descendrai la rejoindre / En taillant mon chemin / Dans la forêt / Je planterai mon sexe dans sa termitière // Mais ce sont des histoires / Tout ça …// Je ne suis même pas capable / De briser un sucre / en deux ». Bien. Et puis un poète familier des hauteurs du Forez ... » ( Verso 149, Juin 2012.)

Possible que l'avenir place cependant Guillaume Decourt devant un dilemme : continuer à exploiter un filon qui lui a amené ces satisfactions immédiates, ou se risquer vers des formes plus personnelles ; ou, pour dire les choses autrement, choisir entre Georges Forest et Constantin Cavafis auquel il consacre, dans La Passe 15, un court et remarquable essai qui laisse entrevoir d'autres horizons. En attendant, Le Chef-d’œuvre sur la tempe, son prochain livre, est annoncé au Coudrier, et l'on s'en réjouit.

Repères : L'I.D n° 302 avait présenté deux poèmes de Guillaume Decourt, extraits de la Termitière, qui depuis est devenu le n° 151 de la collection Polder. ( 6 €, à l'adresse de notre revue).
Poésie / Première est la revue du mois de Juin sur notre site.

Après coup : Christian Degoutte me signale Quatre proses brèves de Guillaume Decourt, parues dans la revue 7 à dire n° 51 (Mai-Juin 2012).

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mots clés: Decourt Guivarch Joquel Clériy Degoutte Forest Cavafis

I.D n° 404 : Admirer le jeu de Passe

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

 Paris, Marché de la poésie 2012
Tristan Felix et Philippe Blondeau

La Passe est une revue à part : sans doute serait-on tenter de saluer de la sorte toute revue ; mais regret est de constater qu'entre la plupart d'entre elles règne comme un air de famille, parfois gênant, - le souligner est un poncif de la critique : s'y donnent à lire au même moment les mêmes auteurs peu ou prou, émettant un même lamento sentimental et narcissique. La singularité de La Passe résulte de la conviction de ses animateurs, Tristan Felix et Philippe Blondeau, qu'il ne suffit pas, pour nourrir quelque publication que ce soit, de relever le courrier et d'en prélever les poèmes les moins mauvais, mais qu'il faut imposer une direction, solliciter les auteurs, orienter leurs écrits : ici, et à l'instar du Jardin ouvrier naguère mitoyen, on sait que la poésie tout autant qu'une revue, résulte d'un travail. La Passe, expliquait Philippe Blondeau à Jean-Luc Pouliquen, cherche d’abord à détourner l’écriture de l’obsession de soi et à l’enrichir en lui offrant des occasions d’échange avec un autre plus ou moins proche ou lointain. Le modèle le plus proche du travail poétique engagé semble être celui de la traduction, que celle-ci dès lors soit réelle ou fictive, scrupuleuse ou approximative variation.

Je redécouvre cette production, qui se définit elle-même comme la revue des langues poétiques, en son quinzième avatar : il confirme qu'on y trouve des textes et des auteurs qu'on ne lit nulle part ailleurs, un ton. L'idée romantique de création, entendue comme surgissement unique, incomparable et irrépressible, y est mise à mal : tout texte se réfère, révérencieusement ici puisque c'est le thème commun imposé, à un autre texte auquel il rend hommage : toute langue poétique se construit dans l'admiration, commente Philippe Blondeau en ouverture du numéro, dans l'étonnement au moins, sinon dans l'émerveillement. Lui-même donne l'exemple avec trois envois raffinés : à Céline, à Mac Orlan, à Follain, tandis que Guillaume Decourt retient son souffle sur le pas de la porte de Constantin Cafatis. Tristan Félix semble particulièrement inspirée par l'éclatement du moi dans l'océan de courants contraires : elle resurgit sous trois formes d'écriture différentes, au cours de cet ouvrage de 88 pages.

Cependant, malgré les richesses offertes, le plus souvent par de nouveaux venus (Marie de Quatrebarbes, Christophe Esnault, Anne Peslier, Paul Badin) c'est le poème de Guy Ferdinande qui m'a arrêté, d'une verve digne du meilleur Desnos, comme quoi il arrive (mais oui, François-Xavier Farine ..!) que ce soit dans les vieux pots qu'on fasse la meilleure soupe :

Quand les caribous reviendront, les caravanes reviendront, les hiboux reviendront pour la frime, pour la forme, pour la rime, les lilas blancs des frimas surgiront, et les giroflées emmitouflées, tout ça. Oh, le ramdam. (Et ce n'est qu'un début, comme jadis on disait, et c'est Demain la veille.)

Qui pratique l'art de la passe n'ignore celui du contre-pied. Révérencieux ici, Philippe Blondeau s'applique, en d'autres lieux à décerner des Blâmes à l'endroit de disparus particulièrement déméritants : au Yaka Tali (par anticipation, me semble) et au suicidé, à l'hyperactif et au beau parleur, au poète et à soi-même. Et l'auteur, par crainte sans doute d'être oublié demain dans la distribution funèbre, de revendiquer : le jour de ma mort, prononcez s'il vous plaît un discours sincère, donc méchant : il me conviendrait assez d'entendre dire, de l'au-delà où je serai, tout le mal que je pense de moi-même ici-bas. Personnellement, je m'en abstiendrai, j'aurais trop peur de lui faire plaisir.

Repères : La Passe, abonnement pour 4 numéros : 30€ - chez Philippe Blondeau, 3 rue des moulins, - 80250 – Remirecourt
De Philippe Blondeau : Blâmes funèbres, coll. Les petits arrangements – chez Jacques André éd. 5 rue Bugeaud 69006 – Lyon. 12 (de ce livre, je parlerai plus précisément dans Sortie de Secours, fanzine internautique que Jean-Louis Jacquier-Roux envoie épisodiquement à ses amis et connaissances. Le demander (l'exiger !) à l'adresse : dejham@orange.fr)
De Philippe Blondeau : (rappel) Dehors polder n° 132. 6€ - à l'adresse de Décharge.
Philippe Blondeau s'entretient avec Jean-Luc Pouliquen : sur le blog l'oiseau de feu du garlaban.

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mots clés: Blondeau Felix Pouliquen Decourt Ferdinande Jacquier-Roux

I.D n° 452 : Accepter d'être bête

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L'anthologie s'est constituée quasiment d'elle-même, d'une convergence de voix singulières dont je n'eus guère qu'à prendre note, un flux de voix nouvelles s'agglomérant à des voix déjà reconnues. Elle fera l'objet, vous pouvez m'en croire, d'une publication dans Décharge, plus ou moins prochainement, à condition toutefois que je parvienne à saisir le point commun entre ces textes (il serait peut-être mal venu d'évoquer un point de gravité !). Et je suis d'emblée assez conscient que j'aurai à placer cette chronique dans la nostalgie (oui, donnons cette première indication) de la voix familière, qui nous manque, de Jean L'Anselme. S'agirait-il de désigner ses successeurs ?


S'agit-il, pour m'en tenir à une désignation des plus conventionnelles, de l'énième illustration de ce qu'est l'Humour en poésie ? Appellation désormais des plus détestables, en ce qu'elle sous-entend, en écho à la vulgarisation médiatique récente et à ses omniprésents soi-disant humoristes, que l'humour doit faire rire ! Je ne connais guère d'objets plus décourageants que ces anthologies réunies autour de cette thématique, l'accumulation des textes prétendant nous dérider, de par leur côtoiement même, tuant à tout coup leur supposée vertu !


Jean-Pierre Lesieur est sans doute un des ceux qui, avec une certaine légitimité, peut se réclamer de Jean L'Anselme, pour lequel il a composé dans sa revue Comme en poésie une belle guirlande collective, posthume malgré lui (voir l'I.D n° 399). Rien de moins désopilant, au bout du compte, que les poèmes de Jean-Pierre Lesieur : sentimentaux, oui ; gouailleurs, d'une écriture brute comme l'art du même nom. Mais drôles ? Un florilège permet désormais de parcourir l’œuvre de cet Artisan-écriveur-revuiste (ces titres en font le titre) :


J'accusais mon passé d'un doigt malicieux
il le mit sur ma tempe
et tira …


Poésie poil à gratter, écrit Louis Dubost en préface d'Urticantes, de Jean-Claude Touzeil, et qui cerne de façon plus satisfaisante la poésie que je cherche à définir ici, au dossier de laquelle je verse également Le chef d’œuvre sur la tempe, de Guillaume Decourt lequel, comme Touzeil, tire ses effets du mot et de la forme avec un art déjà démontré dans La Termitière, son premier livre (polder n° 151). Il est cependant curieux de constater à quel point Guillaume Decourt déroute, même si préfaciers et lecteurs s'accordent pour n'en rien laisser paraître, préférant traiter l'auteur en essayiste plutôt qu'en poète et, ce faisant, négligeant son souci de la forme ou sa prédilection pour les mots rares ou baroques.


De fait, il semble difficile aux commentateurs, d'avouer ce qui véritablement les séduit (et dans le même temps les hérisse) chez des auteurs comme Lesieur, Touzeil ou Decourt, lesquels cultivent cette même et rare faculté d'accepter d'être bête. Cette formule, je l'emprunte à Aimer. Une histoire sans fin (Flammarion éd.), de Gilles A Tiberghien, qui certes ne parle pas de poésie mais d'amour. Mais y a-t-il tant de distance entre l'émoi amoureux et l'émotion poétique ? Y a bon la baise/ Y a bon la baise avec toi, chante un refrain stupide et malicieux de Guillaume Decourt. Accepter d'être bête, écrit Tiberghien, c'est transgresser une norme du discours social qui nous place à distance de tout et nous livrer à une sorte de babillage infantile, qui nous affranchit de la parole rationnelle. Comment ne pas évoquer, comme illustration de cette parole, les figures de Petit Plus et de Suzette chères à Jean-Pierre Lesieur ou ces urticantes questions dont nous poursuit Touzeil, à la manière des enfants harcelant leurs géniteurs :


Est-ce que, pour une fois, on ne pourrait pas acheter du pétrole à Bakou ?


Est-ce que ce fumier de chef de gare a pensé à composter ?


Repères : Cette chronique et l'anthologie afférente, - à paraître dans un prochain Décharge ( septembre, sans doute).

Gilles A. Tiberghien : aimer. Une histoire sans fin, éd. Flammarion, 279 p. - 19€

Jean-Pierre Lesieur : Artisan-écriveur-revuiste – Comme en poésie éd. 236 p. (15€ - chez l'auteur : 2149 av. du tour du lac 40150 Hossegor. ). Une lecture de Jacmot : [ici]


Guillaume Decourt : Le chef d’œuvre sur la tempe Éditions Le Coudrier ( 108 p. 16 € - 24 Gd Pace – B-1435 Mont Saint-Guibert – Belgique). http://editions-lecoudrier.blogspot.fr/

La réédition de La Termitière (Collection Polder), de Guillaume Decourt, est actuellement sous presse, chez Gros Textes – Fontfourane – 05380 – Châteauroux les Alpes. 6€


Jean-Claude Touzeil : Urticantes – Accompagnement plastique : vignettes d'Yves Barré. Coll. Ficelle n° 113 – Rougier V. éd. (40 p. 9€ - Atelier Rougier.V – les Forettes – 61380 – Soligny la Trappe)

Rappel : Jean-Claude Touzeil : Un chèque en blanc (voir I.D n° 386 et 386 bis)


Sur Jean L'Anselme : un dernier hommage, dans le n° 19 des Cahiers de la Rue Ventura : "Après que les poètes ont disparu" (outre L'Anselme : Yves Cosson, Georges Jean, José Millas-Martin). 62 p. 6€ (Chez Claude Cailleau - 9 rue Lino Ventura - 72300 Sablé-sur-Sarthe. )

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mots clés: Dubost Tiberghien Touzeil L-Anselme Lesieur Decourt Barré

I.D n° 460 : Il pleut ou il fait beau

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Assurément, si j'avais eu plus tôt connaissance de ce poème, aussi long que son long titre : Il pleut ou il fait beau tout le temps au début, augmenté pour le plaisir du sous-titre (le pôle qu'elle nie), écrit en vers arithmonymes, c'est-à dire en vers réguliers composés de onze mots, il aurait figuré dans la dernière livraison de Décharge 158 ( de juin 2013), où je pointe l'intérêt renouvelé des poètes pour les formes fixes, anciennes ou nouvelles. Stéphane Batsal m'aurait apporté un éclairant exemple supplémentaire :


Dehors brume enveloppe le sommet des gratte-ciels,
   c'est la nuit
palmiers en berne, militaires en carton plat juste avant la
   pluie.
Un papier s'envole, je le poursuis discrètement,
   confondant aux murs
ma silhouette en gabardine mastic, vers des marigots
   où sommeillent alligators,
gros crocos sans paupières, le papier se colle sur terre
   gorgée,
un grain le chasse derrière la végétation basse et une
   gueule

horrible en mare l'absorbe, croc ! ça ne mâche même
   pas !
Je pense à ma main : bras m'était sorti de poche
pour attraper. Où est ma pince sans mitaine je me dis,
je ne vois qu'un tour dépenaillé, un trou sombre frangé
en bout de manche usée de mon vieil imper peu
   étanche,
cercle noir où festons juste éveillés hors du lit
   s'épanchent.
A peine le temps de les voir apparaître que doigts
   enfouissent
leur apparence en poche et l'inconnu passe en mode
   invisible.


Ce poème, - n'est-ce roman en vers plutôt, qu'il faudrait écrire ? - reste pour l'heure inédit. Quant à l'auteur, autant que son texte, il échappe aux catégories préétablies, s'y efforce, essayant selon ses dires de ne pas devenir poète et après avoir essayé de ne pas devenir plasticien et puis ne pas devenir vidéaste. On mesurera le degré de ses réussites en ces diverses tentatives de fuite en consultant son blog.


Il m'apparaît cependant, pour volontairement m'en tenir au domaine qui ici nous intéresse, que le présente tentative de Stéphane Batsal, cette narration en vers mesurés et à mots comptés, s'inscrit dans le champ le plus éruptif de la poésie actuelle, dans la proximité avouée d'Ivar Ch'Vavar et de Charles Pennequin, - champ où il faisait une première fois irruption en 1994, Pas très loin de chez vous non plus (Polder n° 77), avant de prendre ses distances. Perdu de vue, écrit Jacmo pour tout commentaire, quand il s'agira, quelque années plus tard, de présenter ce météore dans l'anthologie récapitulative Polder 2ème génération. Me reporter à l'opuscule de l'époque (dessin de couverture : Thomas Foucher) ou à son préfacier et ami : Patrick Le Guen, - qui avoue ne sortir que pour la circonstance de son domaine de prédilection : l'astrologie (!), - n'offre pas davantage de prises. C'est bien le texte lui-même, entre la vie et l'âme, qui fournit encore le plus d'indications sur Stéphane Batsal et sa démarche d'alors :


Travaillant
A éveiller
Ma primitivité pour atteindre La


Au cachot
Avec mon fouet
Les mains à travers les déchirures
Illuminantes


Et toutes ces décisions hantées
Avant d'abandonner sans cesse
L'étrange choix


Comme collé aux pattes de l'araignée


(Arrastre - *en espagnol, note de l'auteur
- poème final de Pas très loin de chez vous non plus
de Stéphane Batsal polder n° 77)


Repères : Stéphane Batsal sera au sommaire de Décharge 159 (à paraître en septembre 2013), où seront publiés des extraits significatifs de Il pleut ou il fait beau tout le temps au début.

Blog de Stéphane Batsal : http://batsal.blogs.com/st_batsal_ebook/

Décharge 158 : les Ruminations de Claude Vercey : Pour la forme (sur le retour des formes fixes). Contributions de Guillaume Decourt, Yannick Torlini, Jacques Morin, Ivar Ch'Vavar. Le n° : 6 €. Voir aussi l'onglet abonnement .

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mots clés: Torlini Batsal Pennequin ChVavar Decourt

I.D n° 477 : Aboutir certes, mais à quoi ?

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Jusqu'à réception de ce fort manuscrit, pour l'heure intitulé Coupures, Arnaud Talhouarn demeurait pour moi le préfacier du Chef d’œuvre sur la tempe, de Guillaume Decourt, paru aux éditions du Coudrier. Ce qui n'est certes pas la plus mauvaise manière de retenir l'attention.


En réalité, Arnaud Talhouarn a parcouru d'un pas vif, mais sans brûler les étapes, ce chemin si fort conseillé aux poètes (et soi disant tels), trop souvent pressés de courir derrière leur premier livre : passer d'abord par la publication en revues. Et, au cours des derniers mois, le nom d'Arnaud Talhouarn s'est inscrit en effet au sommaire de L'Autobus comme de Ouste ou de Traction-Brabant, à La Passe, Place de la Sorbonne ou dans l'anthologie 2014 de la revue Triage des éditions Tarabuste, pour ne retenir que quelques publications papier, auxquelles on ajoutera cinq à six revues en ligne, dont Paysages écrits, Le Capital des mots ou Francopolis.


Voix nouvelle, qui prend assez distinctement ses distances avec les tendances les plus communes de l'écriture d'aujourd'hui. Des titres savoureux : Poème presque entièrement combustible, ou Vestiges rougeoyants d'une impression naguère forte (un titre est un poème. Par comparaison, Coupures, le titre général, paraît étonnamment sage, quasi convenu). Chaque poème est adressé : qui est ainsi interpellé : le monde ? un dieu ? un autre moi-même ? L'écriture reproduit le dessin de la pensée dans sa souplesse et ses audaces, ses repentirs et ses réflexions. Exemple :


           Aboutir certes, mais à quoi ?

 

(D'une main tu me berces.
De l'autre tu me blesses.)


A-
lors que les heures traversent nos membres fatigués,
                                                           [ comme des
oiseaux dont les
ailes irisées rouges étreignent l'air pathétique-

ment, accumulant leurs chaudes et soyeuses masses
                              [ dans les anfractuosités de nos
cœurs.


« C'est de l'amour, de l'amour que nous
éprouvons. », murmurais-
tu.
— Ah oui ? Bon, d'accord, soit et certes, voilà qui est
                   [bien envoyé, c'est même méchamment
bien envoyé mais
est-ce vraiment ça ? »


Ne m'excuse pas. Ne m'inquiète pas.
Prends confiance en nous et puis
patientons ensemble.


Voix nouvelles : Une constance de ces Itinéraires de Délestage. En remontant ce fil : Yannick Torlini (I.D 471); Grégoire Damon (I.D467 & 458) ; Catherine Boudet (I.D n° 464) ; Denis Hamel (I.D450). Tout naturellement, certains des poètes ici repérés entrent dans la collection Polder : ainsi, Grégoire Damon, comme Samuel Dudouit présenté dans l'I.D440.


Poètes en lecture  : Mercredi 4 décembre 2013 à 19h, au Centre Malesherbes de Paris-Sorbonne (108, boulevard Malesherbes. 75017 Paris) avec l'auteur de La Termitière (polder n° 137) Guillaume Decourt, invité par la revue Place de la Sorbonne, ainsi que 5 autres auteurs qui y ont été publiés : Alexis Mlash Pelletier, Thierry Renard, Michel Deguy, Guy Goffette, le poète hongrois István Kemény et Lionel Jung-Allégret.


APPEL À CONTRIBUTION :
La Mouche
, par la revue Secousse.

La Carte Blanche sera consacrée à la plus fidèle, la plus dévote, la plus philosophe de nos compagnes de l’été : la Mouche.

Envoyez vos contributions (récit, essai, poème, 10 pages maxi) à la revue : contact@revue-secousse.fr ,  avant le 30 mai 2014.

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mots clés: Decourt Talhouarn

I.D n° 513 – annexe 3 : Droit de suite

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Aux côtés de Mathide Vischer,
Samuel Dudouit
sur le stand des éditions P.i sage intérieur


Droit de suite, devenu rubrique régulière de Décharge le montre : nous restons attentifs au devenir des auteurs publiés dans la collection Polder, où le plus souvent ils ont fait leurs premières armes, et nous réjouissons quand un éditeur prend le relais et poursuit l'aventure.


La jeune maison d'édition P.i sage intérieur est de celles qui avec les éditions Henry (voir l'I.D n° 513) confortent nos choix : après Anna Jouy et ses Agrès acrobates (2013), elle publie en 2014 Planches de Samuel Dudouit, accueilli en 2013 parmi les polders avec Acoustique blanche mêlée de terre (n° 160).


Dans le même esprit de suite, on notera ici (sur tous ces livres nous reviendrons) de Guillaume Decourt : Diplomates aux éditions Passage d'Encres* ; et de Jean-Baptiste Pedini : Il y a ici le vent, aux éditions La Porte**.


* 5 € auprès des éditions Passage d'Encres, Moulin de Quilio – 56310 - Guern.
**  3 €, à Yves Perrine, La Porte - 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 - Laon.


Repères : Mathilde Vischer (Lisières) et Samuel Dudouit (Planches) sont les deux livres publiés par la collection 3,14g de poésie aux éditions P.i.sage intérieur : 8€ le volume de 80 p. ( 11 rue Molière – 21 000 – Dijon).


Polder :  on peut encore se procurer (6€ le volume) Guillaume Decourt : La Termitière (polder n° 151) ; Jean-Baptiste Pedini : Prendre part à la nuit (polder n° 153). Le mieux est de s'abonner à la collection contre 20€. 
Ces deux poètes figurent également dans l'anthologie : Génération Polder, 3ème tome. 8€ (à l'adresse de Décharge, 4 rue de la Boucherie - 89240 - Egleny.)

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