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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n° 99 : Pavé de printemps

trouvé dans catégorie : Les I.D. de Claude Vercey

date: 2008-03-08 11:33:49

Inattendu. Réjouissant. Judicieux. Justifié... !

Pas question de mégoter sur l’adjectif aux fins de saluer autant qu’elle le mérite l’initiative de la collection Poésie chez Flammarion, qui nous offre – manière d’évènement en ce Printemps – la réédition sous forme d’un pavé de plus de 400 pages du Jardin Ouvrier, la revue d’Ivar Ch’Vavar - et de ses camarades, est-il précisé en couverture, camarades parmi lesquels, entre quelques beaux masques, Christophe Manon (voir I.D n° 96), Maltaverne (Polder 134 & I.D n° 6 et 41) et Philippe Blondeau ( Polder n° 132 & I.D n° 78), en ayant garde d’oublier Lucien Suel, toujours œuvrant dans la plus grande proximité des objectifs et contraintes définis par l’animateur principal, ou Christophe Tarkos. Notons que la typographie pauvre, qui caractérise la revue, a été respectée dans cette réédition, comme contrainte esthétique.

Le camarade Ivar Ch’Vavar, - il est bon de le rappeler ici, dans ce qui est davantage expression immédiate d’un contentement que de ce qui pourrait ressembler à une note critique, - est un passant considérable, dont on a décidément de moins en moins d’excuses d’ignorer les œuvres, après que Hölderlin au mirador (l’un des livres majeurs de l’auteur, rappelle fort à propos Philippe Blondeau dans sa lumineuse préface) et Cadavre grand m’a raconté, cette extraordinaire anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le Nord de la France, ont été mises à portée de tout lecteur de bonne volonté par les éditions du Corridor Bleu; après que les éditions Plein-Chant ont consacré à notre auteur un numéro double de leur revue ( 78 / 79 – hiver 2004- 05), et à présent que son œuvre revuistique, ( et on comprendra que nous importe qu’un poète soit considéré non seulement pour ses écrits personnels, mais aussi par ses apports à une démarche collective, à travers cette activité minuscule, dérisoire, déprimante et grandiose qui restera peut-être comme l’une des singularités de la poésie du XXème siècle, ce revuisme ) est recueillie en un volume dont on peut d’avance penser qu’il sera diffusé en librairies mieux qu’aucun des opus précédents.

Cette satisfaction aussi : Yves Di Manno, directeur de la collection Poésie, introduisait sa contribution au volume Ch’Vavar de Plein-Chant en appelant à reprendre un jour cette histoire, ou se résoudre à l’écrire soi-même puisque nul ne s’en est encore sérieusement chargé. J’entends celle de la poésie (française) de ces cinquante dernières années revisitées à l’aune des nouveaux critères – notamment prosodiques et intégrant enfin les courants minoritaires qui l’ont souterrainement traversée. Cette adresse m’avait à l’époque légèrement hérissé : que ne le faisait-il lui-même, songeai-je ! Qui mieux que lui était en position non seulement de passer à l’acte, mais surtout d’être entendu ? Je me réjouis donc aujourd’hui que ce responsable mette son action éditoriale en conformité avec ses proclamations publiques.

A lire : Ivar Ch’Vavar & camarades : Le Jardin ouvrier (1995 – 2003) chez Flammarion. 25€
Je renvoie aussi à Décharge 133 (6 €), au dossier Ch’Vavar où, outre les poèmes qu’il nous a confiés, le poète s’exprime et s’explique en un long entretien avec François Huglo.

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mots clés : Tarkos Suel Blondeau Manon Maltaverne Huglo DiManno Ch'Vavar

I.D n° 100 : De l’Inspiration en Jardin ouvrier

trouvé dans catégorie : Les I.D. de Claude Vercey

date: 2008-03-19 15:31:56

par Ivar Ch’Vavar

La poésie, dans un sens, est morte, et tout l’art aussi. Néanmoins il faut refuser cela. Il y a eu une mort de la poésie, j’ai demandé aux poètes de considérer le fait, et d’en partir, - pour repartir.
Je sais bien, cela semble spécieux... Il y a là une contradiction dans laquelle je me suis sévèrement empêtré, et ce qui est terrible c’est que je ne sais pas penser, je ne suis pas une tête pensante alors que là, il faudrait penser très fort ! C’est un moment, dans l’histoire de la poésie, où il faut être un rude dialecticien...
Pas dans mon cas, donc. Alors qu’est-ce que je fais ? Il fallait revisiter toute l’histoire de la poésie – et tout réexpérimenter – et j’ai voulu m’intéresser aussi à ce qui la distingue des autres formes d’expression artistique, et forcément, à un moment donné, je suis tombé sur le vers. Le vers était bloqué : on ne pouvait pas en inventer un nouveau : ou c’était le vers compté (syllabique) ou le vers libre ou alors la prose...

Au Jardin ouvrier, on a commencé par le commencement : la forme, la forme-poème, le vers. Oui, on est revenu sur le vers, et on en a inventé un nouveau, en plusieurs types (justifié, arithmonyme...). Je ne peux vraiment pas traiter de ce point ici : trop long ; je renvoie au texte-témoin qui ouvre l’anthologie Cumann na amadain.
En inventant ce vers, on n’a pas tardé à comprendre qu’on venait donner en plein dans la question (à peu près complètement tabou) de l’Inspiration. Parfaitement ! et je ne vous épargne pas même la majuscule...
L’Inspiration, oui, je l’ai appelée rage – ce vers, inventé par nous la contrarie et la provoque. Il la provoque parce qu’il la contrarie. ; parce qu’il va contre, il la fait venir. Je n’ai jamais été un poète formaliste, mais il faut bien commencer par quelque chose et il n’y a pas de poésie sans forme, la forme est l’espace dans lequel l’Inspiration va trouver à se déployer et, d’une certaine manière, à se déposer.

L’Inspiration est un grand mystère, par quoi on retrouve le lien au sacré. L’Inspiration n’est pas d’une seule sorte. Contrariée elle se met au travail avec nous, et ce n’est pas un petit travail, on se bat sur chaque vers, sur chaque mot. Mais quelque fois la rage emporte tout, elle réussit à se caler dans la contrainte en emportant tout, en nous entraînant bien loin de ce que nous n’aurions jamais pu écrire la tête froide. – Je prends pour exemple mon poème sur la mort de Tarkos, dont je me demande toujours si c’est bien moi qui l’ai écrit...

La rage ne se confond pas avec la chance dont je parlais tout à l’heure, parce qu’elle ne va peut-être pas rencontrer quelque chose de très valable sur le plan de la confrontation être/langue. Elle va entraîner son monde dans un galop où l’on aura maintes visions, où le lecteur en aura tout son soûl (et le poète, qui n’est alors en somme que le premier lecteur). On aura tout son soûl d’images et d’arrière-plans, et de mouvement ... Mais peut-être pas cette petite image, cette petite formule qui fait que tout-à-coup le réel est là, je veux dire l’être.
Mais l’Inspiration n’exclut pas cette chance. au contraire, elle donne plus de chance à la chance, sans doute parce qu’à ce moment-là le poète n’est plus dans sans tête, il ne se voit plus, ne s’appartient plus : il se renonce, ou si tu préfères, il s’abandonne, voilà encore un sacrifice - âpre ? suave ? - en tout cas il est tout à son travail, ou il n’est plus là du tout, et c’est alors que le voile crève et qu’un bon coup de jus de réalité passe dans le poème, l’être du réel, ce que les mots par définition, ne peuvent dire – et alors ils l’ont dit.

(Extrait du dossier : Ch’Vavar aux pinces d’or, par François Huglo. Poèmes de Ch’Vavar, qui donne un long entretien à F. Huglo. In Décharge n° 133 (Mars 2007) – 6€. A commander au siège de la revue : voir l’accueil du site.)

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mots clés : Tarkos Huglo Ch'Vavar

I.D n° 104 : Justice corsaire

trouvé dans catégorie : Les I.D. de Claude Vercey

date: 2008-04-04 08:57:20

(Une lettre d’Ivar Ch’Vavar)

« J’en reviens à Yves di Manno (lequel, souvenez-vous – voir l’I.D n° 99 -, a accueilli le Jardin Ouvrier dudit Ch’Vavar dans sa collection Poésie chez Flammarion). Sais-tu qu’il a fait paraître chez Corti un livre de Jerome Rothenberg – grand poète américain – publié (1ère version) en 1968, et qui est une GROSSE anthologie de la poésie chamanique (au sens le plus large !)

Oui, ça fait 650 pages à peu près (et ça coûte 33€, ça c’est moi qui précise. C.V) et c’est un livre extraordinaire (oui !). Il a fallu 40 ans pour que ce soit traduit en français, ça en dit long sur la curiosité intellectuelle des Hexagonaux. Enfin bref, di Manno a travaillé cinq ans dessus et nous donne une belle traduction (on n’a pas le texte américain, c’est 650 pages en français) que seules les éditions Corti ont accepté de payer (on croit rêver... au fond, oui, c’est un cauchemar).

Une chose certaine : tous les poètes doivent avoir lu ça. Pas qu’eux, mais au moins eux.

Or, depuis que le livre est sorti : PAS UN ARTICLE. Yves n’a encore jamais vu ça. Il tourne pourtant depuis un mois avec Rothenberg de librairie en librairie, Paris, Tours, Marseille (je n’ai pas retenu les autres toponymes tellement j’étais abasourdi parce que me disait Yves). On lui laisse espérer un article dans la Quinzaine littéraire, c’est tout.

Je crois qu’il faut faire quelque chose, là, parce que ça devient grave. Je te suggèrerais bien de te procurer cette antho. Je suis sûr que tu vas voir que c’est quelque chose d’énorme et qu’il faut déclencher le branle-bas de combat, faire pèter internet sous la pression ! Je fais appel à ton expérience de corsaire. Et à ta fibre justicière.... »

(I. Ch’Vavar.)

Sensible à son emportement, je n’ai cependant trouvé mieux que de donner directement la parole à Ch’Vavar, son indignation pèsera plus lourd que tout ce que je pourrais écrire, si tant est que les mots, sur internet, aient quelque poids.

En savoir plus : Né à New-York en 1931, Jerome Rothenberg est l’un des poètes majeurs de sa génération. Auteur de nombreux recueils – dont Poems for the game of Silence (1971), Poland (1974), Khurbn (1989), The Lorca Variations (1993), A Book of Witness (2002) – il a également assemblé – outre Les Techniciens du sacré, - une dizaine d’anthologies qui proposent une relecture d’ensemble de la poésie du monde entier, dans une perspective contemporaine.

Les Techniciens du sacré - Ed. José Corti :

(Source : prière d'insérer) Chants maoris ou altaïques, épopées et louanges d’Afrique, hymnes d’Egypte ou du Pérou, cosmogonies d’Asie centrale, du pays Dogon, d’Australie, légendes d’Irlande et de Chine, inscriptions sumériennes, rites de possession, définitions aztèques, « poèmes en prose » esquimaux… Les Techniciens du sacré présentent tout d’abord un panorama divers et cohérent, un corpus exemplaire de textes « traditionnels », de toutes provenances géographiques et temporelles. Mais loin de s’en tenir à une approche strictement documentaire, Jerome Rothenberg a composé son ouvrage comme une anthologie « active », inscrite dans le présent, développant au fil de nombreux commentaires, un singulier parallèle entre ces textes immémoriaux et la poésie du XXe siècle.

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mots clés : Rothenbert Ch'Vavar diManno

I.D n° 138 : Dix dizaines de dizains

trouvé dans catégorie : Les I.D. de Claude Vercey

date: 2008-09-18 08:13:07

Vanneaux 002

Décimales de Philippe Blondeau, aux Editions des Vanneaux

Des sept titres figurant dans la bibliographie - incomplète - qui figure à la fin de son dernier livre, de Philippe Blondeau je ne connais en vérité que Dehors, polder qui fit suite à un ensemble de poèmes découverts dans Rétroviseur, pour lesquels j’avais fait savoir mon admiration à l’auteur. Il y a donc quelque imprudence de ma part à présenter Décimales comme une étape cruciale, mais il me semble que l’auteur y croise pour la première fois, et longuement, méthodiquement, deux fils que jusqu’alors il tirait indépendamment l’un de l’autre, dans deux registres différents d’écriture.

Dans la dixième et dernière section de ce livre, on trouve trois vers quasi programmatique de la poésie qu’a jusqu’à ce jour écrite Philippe Blondeau : Ce gris pâle des jours simples/ c’est le nôtre /notre mesure /dont nul ne nous privera c'est-à-dire une poésie remarquable par sa clarté, une « lumière à la Corot qu’on ne trouve plus guère dans la poésie ou la peinture du XXème siècle » notait son préfacier Pierre Garnier, - poésie douce-amère, sentimentale et mélancolique, qui s’efforce de témoigner de quelque désastre mineur. On comprend que ces manières de confidences en mi-teinte, que « cette vie en poésie hors de la ville », aient d’abord trouvé refuge aux Editions de l’Arbre (3 titres) et à Rétroviseur (prix Colportage en 2002).

En contrepoint à ce vers-librisme, Philippe Blondeau se signale par l’attention qu’il porte à l’œuvre complexe et déconcertante d’Ivar Ch’Vavar, dont il est à tout sûr l’un des meilleurs connaisseurs actuels, préfaçant aussi bien le numéro de Plein Chant consacré à « l’horrible travailleur » que l’anthologie du Jardin Ouvrier récemment paru chez Flammarion. Avec Décimales, Philippe Blondeau prend à son compte un système de contraintes, telles que celles qu’Ivar Ch’Vavar a développés pour lui-même et ses camarades : l’ouvrage comme son titre le suggère, est composé de 100 dizains, eux-mêmes regroupés en dix sections de dix poèmes. Si ces dizains, irréguliers mais justifiés à droite comme à gauche, dessinent de courts rectangles sur la page, ces rectangles sont troués comme grimoires que le temps aurait en partie effacés, ou suggèrent par leurs blancs un gommage, qui, au moins formellement, rappellent certaines pratiques de Lucien Suel.

On se réjouira de ce que notre poète n’ait pas perdu la voix ténue et précise, élégiaque et quasi surannée qui nous a naguère touchés, et aussi de le voir engagé désormais dans une aventure autrement risquée. Toutefois le résultat, en son alliage original de modernité et de poésie des villages, de simplicité et de sophistication, à la confluence « de courants apparemment contraires », pour reprendre une expression par laquelle Blondeau définit l’ambition de sa revue La Passe, demeure hybride : le traitement radical que j’ai décrit n’affecte, malgré les signes extérieurs d’un manque ou d’une déperdition, ni le sens, ni la construction logique de la phrase, comme si l’auteur hésitait encore à franchir un dernier pas, à abandonner des pouvoirs de séduction déjà éprouvés contre l’inconfort d’une avancée sans retour sur des voies plus incertaines.

Lire aussi : Philippe Blondeau : Dehors – Collection Polder – préface de Pierre Garnier - Co-production Décharge/Gros Textes – Voir notre site.
RetroViseur, revue et éditions : 240 rue Victor Hugo – 62221 – Noyelle sous Lens.
Pour retrouver les I.D où j’ai cité Philippe Blondeau : dans les mots-clés, cliquer Blondeau

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mots clés : Blondeau Ch'Vavar Suel Garnier

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