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I.D n° 87 : Le sourire du perdant
vendredi 18 janvier 2008 [08:36:21]
Du Pré#carré, on saura tout en se reportant, sinon au site de ces éditions, au dossier publié par Christian Degoutte dans Décharge 134 et à son entretien avec Hervé Bougel, dilettante appliqué en son rôle d’éditeur. (Voir aussi l’I.D n° 68.) Le dixième anniversaire est marqué par la publication d’Il ferait beau voir de Jean Louis Jacquier-Roux, auteur de Messiano (I.D n° 55) et chroniqueur dans notre revue, notoirement chargé de fermer la porte de sortie.
Occuper les heures jusqu’au soir
dans la trouée. Rien ne vient. Ni personne.
Jean Louis Jacquier-Roux a l’élégance du désespéré : un dandysme, juge Jacques Morin (in Décharge 136), en un mot si juste que j’aurais aimé avoir été le premier à en user. Cette mince plaquette m’a bluffé, d’abord je n’ai été sensible qu’à la légèreté du propos, son apparente insouciance : impression d’une écriture quasi abstraite, sautillant d’un pied, de l’autre, rythmiquement de détails en anodines notations. Autant dire combien la gravité est savamment, poétiquement, gommée.
A la re-lecture, le masque craque et je me retrouve confus d’avoir été ainsi mystifié. En fait Jacquier-Roux trace en sous-main un autoportrait d’éternel perdant, pudique dans sa fondamentale insatisfaction, ses aspirations aux ailes rognées, ses scrupules. Si les rêves d’airain, la résille de plomb, laissent de temps en temps un répit, - qui me semble coïncider avec la visitation du poème, - ce répit improvisé est bref :
Tout est neuf
le temps
qu’une nuée d’oiseaux
traverse la route
Jean Louis Jacquier-Roux chausse à merveille la petite pantoufle de vers, qu’est un Pré#carré. La pointure correspond à sa tournure d’esprit, à ce souffle qu’il dit « à court de mots le plus souvent », à un humour imperceptible qui in extremis retourne la situation, si bien qu’en dernière instance il se regarde sourire/ dans les yeux du vainqueur, et alors que tout laisse à penser que le maladroit va se noyer, il sait au dernier vers du dernier poème, d’un coup de talon remonter à la surface en un ultime défi :
« Hors délais » crie la chimère
sur son pucier mystique
Il ferait beau voir.
« Je n’y ai vu que du feu » écrit-il encore, comme s’il s’agissait à tout instant de tirer bilan d’une vie, et l’on s’étonne que ce bastardo, crachat solaire tombé par inadvertance de l’utérus paternel dans un fleuve de non sens, trouve on ne sait d’où, le courage de regimber et sourire...
Abonnement à quatre livrets du Pré#carré 23 € - chez Hervé Bougel - 52 quai Perrière – 38 000 Grenoble – precarrediteur@orange.fr
mots clés : Jacquier-Roux Bougel Degoutte Morin
I.D n° 39 : L’ordinateur et le poète
jeudi 24 mai 2007 [10:25:43]
Le numéro 134 de Décharge est en bonne voie. A petit feu mijote sur le piano. Est peut-être déjà prêt, allez savoir. (L’entrée des cuisines est interdite à toute personne étrangère au service). Aux dernières nouvelles, ont été précipités dans le bouillon d’assez grosses légumes : Annelyse Simao, Hervé Bougel, (finement coupé en rondelles carrées), Michel Bourçon (sa neuve auréole bleue). Et Claude Held fait la poire.
On y trouvera, selon la formule, les chroniques habituelles, dont – vous pensez bien – les Ruminations, où me voilà comme lancé sur des rails, à poursuivre l’enquête ouverte dans le précédent numéro sur l’utilisation par les poètes des nouvelles technologies et ses conséquences sur la poésie elle-même. Cinq volets sont prévus : l’abondance de la matière fait que n’en sera publié cette fois que le premier : Le poète et l’ordinateur, où déjà se marquent les différences de comportements et de parti-pris, entre audaces de certains et réticences de pas mal d'autres.
De Romain Fustier la réponse est arrivée hors délais, je n’ai pu en tenir compte pour le premier chapitre ; elle apparaît comme médiane par rapport aux écarts entre les pratiques, reflète la position majoritaire actuelle, et je la publie ici comme gourmandise apéritive. Le dernier sera donc le premier, c’est injuste, - mais n’était-ce pas écrit depuis longtemps, je ne sais plus où ?
« Je possède un ordinateur. Je persiste toutefois à écrire mes poèmes sur des blocs 80 feuillets 80g/m2 papier vélin format 10,5 x 14,8 cm made in France, car ils sont au format de la poche latérale de mon sac à dos, adaptés à la taille de mon vide-poches de voiture, de ma table de nuit déjà remplie des livres des autres, de mon bureau encombré de copies chaque année plus mauvaises, et que rien ne vaut le crissement d’un Bic Matic 0.7 sur le dallage des petits carreaux. Le traitement de texte Microsoft Office Word 2003 n’intervient donc qu’au stade des réécritures, qui ne sont d’ailleurs pas des réécritures de fond. Si le poème est moyen après le premier jet, ce ne sont pas les réécritures qui vont le rendre bon. On peut plutôt parler d’ajustement, de dégraissage des mots inutiles, des images tirées par les cheveux, avec ce souci constant d’atteindre un maximum de densité. Le passage de la feuille de bloc à l’ordinateur me permet de prendre également en compte l’aspect visuel de mon texte, son rapport aux blancs. J’opère des modifications dans le poème jusqu’à ce que l’oreille soit satisfaite du rythme et des sonorités, que l’œil glisse sur les courbes du poème avec plaisir. »
Et vous, vous reconnaissez-vous dans cette pratique ?
Repérages : Romain Fustier anime avec Amandine Marembert la revue Contre-allées, l’une des plus recommandables qui soit, à l’heure actuelle (16 rue Mizault – 03100 – Montluçon. Abonnement : 16€). L’un et l’autre de ces auteurs ont été récemment poldérisés par nos soins : n° 130 : le Volume de nos existences, de R. Fustier ; n° 131 : Il pleut dans la chambre cette nuit, d’A. Marembert. En définissant sa pratique comme Expérimentation du vécu (in Décharge n° 132), position qui me semble quasiment relever du bon sens, (« un tableau tout à fait convaincant du paysage poétique contemporain », selon J.C Bellevaux dans Liqueur 44 n° 78) Fustier a provoqué la polémique. Inattendue. On lira sur ce site (voir notre onglet : Tête de gondole) la réaction de Jean Louis Bernard : plus réflexive que réfléchie, de mon point de vue, mais symptomatique.
mots clés : Fustier Marembert Simao Held Bougel Bourçon Bernard Bellevaux
I.D n° 48 : Bref retour place Sulpice
dimanche 1 juillet 2007 [20:44:25]
[Louis Dubost, éditeur sachant méditer
Photo : Jacmo. Marché de la poésie 06]
Il pleuvait. Sur ce point, les comptes-rendus concordent : cette année place (St) Sulpice il plut, détail déplaisant lorsqu’il s’agit d’exposer des livres en plein air ! Entre autres témoignages, le site du Dessert de Lune (le plus rapide à se mettre en ligne), sur lequel outre les conditions climatiques se découvrent les trombines, parfois un peu crispées, du maître du Dessert, J. Louis Massot, celles de Saïd Mohamed (I.D n° 14 & 17) et d’Hervé Bougel tout auréolé de son récent dossier dans Décharge 134, plus quelques visages féminins qui, allez savoir pourquoi, n’ont pas l’honneur d’être précisément identifiés.
Notre éditeur à l’Idée bleue est passé selon ses dires entre les gouttes. Non que ses livres ne furent point mouillés, mais il vendit, le bougre ! Le Louis n’est donc pas mort (ce soir), il compte décidément tenir les trois ans qu’il s’est fixé avant de transmettre son fonds (il a bon fonds, vous savez : qui qui n’en veut?). Ce qui signifie (ou j’ai rien compris ?), dès lors que son programme éditorial est arrêté pour les trois ans à venir, qu’il est désormais inutile de lui adresser des manuscrits.
Mais voilà que Fabrice Marzuolo m’arrache la plume des mains (pour m’exprimer comme dans la Lyre du Beaujolais) et raconte à son tour et à sa manière (extraits) :
« L. Dubost, fidèle au stand de légende, maintient le cap avec cette qualité rare qui concilie le coup de pied au cul opportun et la main tendue à-propos. Tout proche, J. Morin et sa fleur noire à la boutonnière. Cette couleur va bien à J. Morin, il ne l’arbore pas comme un guano de corbeau lâché sur le tour de cou d’une vieille comtesse, non : il la porte avec franchise et obstination. Et aussi avec, glissé entre les pétales, un minuscule tuyau d’arrosage des farces et attrapes. J.P Lesieur met la main à la pâte et tient le comptoir de l’Idée Bleue pendant que L. Dubost va se dégourdir les chevilles et renvoyer quelques chèvre-pieds au pied de sa Lettre. Mais voilà que J. P.Lesieur met de l’huile sur le feu – facile, et s’étonne de ma présence : « Toi ici, toi qui dis tant de mal de la poésie ! » (Je ne le pense pas un seul instant donc je ne suis pas)
Ensuite je croise ceux que j’ai déjà vus en photo, ceux que je n’apprécierais même pas en peinture, ceux que je croise sans savoir que ce sont eux que je croise puisque je ne les ai jamais vus autrement qu’en lus. D’ailleurs c’est aussi pour ça que je viens au marché, pour mettre une tête sur un nom par-ci, une tête sur un poème par-là. Et les têtes ne tombent pas toutes dans l’oreille d’un sourd, même si j’ai confondu Hiriart de Poésie Première et Héroult de la Nouvelle Tour de Feu ! Ce dernier a inscrit mon nom au crayon à papier sur une feuille morte.
J’oubliais : comme je suis arrivé à l’emplacement du Mort Qui Trompe sans tambour ni trompette, je n’ai pas rencontré A. Felgine mais Valérian ou Sébastien (le bon ne m’en voudra pas) : à trompeur, trompeur et demi. »
Références : La lettre dont il est fait mention à propos de Louis Dubost est sa Lettre d’un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur. Ginkgo Editeur.
Fabrice Marzuolo : La diligence ne passe pas avec les aboiements - Polder 133
http://le-mort-qui-trompe.fr/ : Editions et sa revue Carbone.
http://www.dessertdelune.be
mots clés : Dubost Massot Saïd-Mohamed Bougel Lesieur Marzuolo
I.D n° 68 : Confession d’un pilier droit
mercredi 17 octobre 2007 [13:23:58]
« La nature est un temple où de vivants piliers/ Laissent parfois sortir de confuses paroles », jadis affirmait le poète avec une pardonnable légèreté, vu l’époque où il écrivait ces vers et une incompétence bien compréhensible aux affaires rugbystiques.
Il n’en est pas moins vrai qu’on ne prête jamais assez attention aux paroles échappées d’un vivant pilier, en particulier du pilier droit du Quinze de Monastier-sur-Gazeille (entre Puy en Velay et Gerbier de Jonc), et qui se trouve être poète de qualité, discret mais fort goûté par de bons tasteurs de mots, tels les sieurs Jacquier-Roux, Degoutte et Bougel, en compagnie desquels on le trouva récemment pris en Chasse-patate, dans un numéro spécial dont il fut honoré.
Nommons donc Pierre Présumey, poète et pilier, qui nous confie des poèmes restés inédits depuis une première publication, il y a plus de vingt ans, dans la revue clermontoise les Provinciales (direction : Michel C. Thomas). Et il me plait que la rudesse du combat ne s’accommode des convenances du vocabulaire et qu’elle en vienne à les bousculer, fort honnêtement du reste. A l’ouverture, (me semble) : Henri Michaux (je crois le reconnaître).
Amour
Il faut bien qu’on s’aime
Pour ainsi s’entasser, s’emmêler,
Se peloter, se pelotonner, s’estirgousser,
Se tâter la viande et le poil
Se goûter le sang, la sueur,
Se partager l’haleine, s’estifler,
S’espanler dans le tas,
S’escargasser, s’estampeler le maillot,
Les oreilles, la peau, le cuir, l’os,
S’estravirer dans la gafogne,
S’escharougner un peu partout :
Il faut bien qu’on s’aime.
(La partie se prolongera, sauf incident, et sans doute prendra fin dans l’Itinéraire de Délestage à suivre...)
Repères bibliographiques : Pierre Présumey a été souvent publié dans les formats carrés : du Pré de l’Age d’abord, puis du Pré # Carré : "Un pas à la fois" est son dernier titre publié (2005). On l’avait découvert grâce à François de Cornière, aux éditions Laurence Olivier Four, en 1985, avec "Territoires toujours repris". "La Grande Aiguille" s’est dressée en 1991 au Dé bleu.
Tout cela est rappelé dans "Le Chasse-patate", n° 6 (automne 2006) qui lui est consacré et que publie Hervé Bougel en son Pré # Carré. (Lire le dossier présenté par Degoutte sur cet éditeur dans "Décharge 134"). Prix de vente et d’abonnement : non précisés. On s’en étonnera auprès de l’éditeur 52 quai Perrière – 38 000 Grenoble.
mots clés : Présumey Jacquier-Roux Degoutte Bougel