articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
[En couverture de Décharge 134, ce tableau de Lewigue (1938 – 2005) :
« Il y a en Lewigue quelque chose de l’homme préhistorique peignant dans les grottes la magie de l’image... » Roland Nadaus passim]
On pourrait croire
Que c'est le vent
Qui heurte le ciel
Ou que c'est le ciel
Qui ploie le vent
Vers l'ombre de la terre
Mais le noir se fait
Echo du silence
À l'aigu de la cime
Le regard ici-bas
Dialogue avec l'éclair
Dans le labyrinthe
Obscur de l'oeil
La nue déserte
À l'aplomb du vide
Tremble soudain
Dans l'attente d'un feu
Qui viendra combattre la nuit
Vaincre la mort
François Teyssandier
La peinture de Lewigue me semble trouver une équivalence dans le poème que François Teyssandier, lecteur de notre revue, nous adresse. Il espère, nous écrit-il, n’avoir versé dans l’illustratif. Je le crois. Une contemplation active, dont l’expression méritait d’être confrontée à son modèle.
Autre réaction au 134 : Alain Boudet a adopté une Poire de Claude Held parue dans nos pages pour une prochaine mise en ligne sur son site de la Toile de l’Un : http://boudully.perso.cegetel.net/ qui met la poésie à la portée d’un jeune public et des maraudeurs de tout âge.
D'abord édité par Robert Morel, "la Célébration de la pomme de terre" de Jean Follain a été reprise chez Deyrolle en 1997, fonds lui-même repris par Verdier.
Invité à la librairie Mandragore de Chalon sur Saône (voir notre précédent Itinéraire de Délestage), David Dumortier, fils de ferme - à l’instar de James Sacré (voir I.D n° 102 ) - , n’a heureusement pas manqué de nous lire des extraits d’Une femme de ferme, qu’il publia en 2003 chez Cheyne. Parmi ces extraits, le poème suivant, qu’il m’autorise à verser à notre dossier anthologique et intermittent : Poèmes et pommes de terre (voir I.D n° 95 & 84)
On a acheté des pommes de terre. Elle les vend cinquante centimes le kilo, elle ne sait pas traiter ses affaires. On papote un peu, elle relance la conversation quand on monte dans sa voiture : on a du mal à partir, avec elle. Elle nous fait signe longtemps de la main pour dire au revoir : au loin on a déjà germé dans l’obscurité qu’elle ne connaît pas.
David Dumortier
Magazine de la pomme de terre : Jean Foucault, qui nous avait gratifié d’un double itinéraire de délestage (I.D n° 98), reste l’empereur incontesté de la tubercule : on se reportera à son site tant pour l’histoire de la pomme de terre que pour d’intéressants développements artistiques et poétiques. La dernière rubrique mise en ligne : Pommes de terre et haïku me laisse toutefois perplexe. Il me paraît illustrer le danger des anthologies thématiques : on a d’abord la curiosité de montrer des poèmes prenant prétexte d’une célébration insolite, et on en vient au final à considérer comme poème tout texte traversé de la moindre épluchure. Mais sans doute suis-je de parti-pris, tant il est vrai que depuis toujours la pratique en français du haïku me semble une activité essentiellement parodique. Certes elle est parfois bienvenue dans les ateliers d’écriture, mais de l’atelier d’écriture à l’écriture du poème, il y a un pas, une fosse le plus souvent, où plus d’un perd pied.
De son propre site, Foucault continue d’essaimer : le voici à présent sur le site pédagogique d’Alain Boudet, la Toile de l’un, pour un dossier Eloge de la pomme de terre, tandis que conjointement, selon mes sources, s’y prépare une anthologie sur le même thème qui devrait certainement permettre d’aborder la poésie sous des angles originaux - à condition bien entendu d’éviter le travers indiqué ci-dessus, à l’égard duquel je ne doute pas que les enseignants soient particulièrement vigilants.
« L'association n'est constituée que de bénévoles. Les candidatures spontanées de recherche d'emploi sont donc inutiles. »
L'avis, inhabituel, presque choquant, qui figure dans les quelques lignes d'accueil du site des Éditions Soc et foc, résume une philosophie : bénévoles et fiers de l'être ; et que les livres issues de cette maison puissent par leur apparence, textes et illustrations, tromper le lecteur, rivaliser avec le travail professionnel de maisons plus importantes.
Il y a trente ans, « avec les moyens de la rage : ronéo et agrafes », couche Alain Boudet sur son site du boudully, les éditions Soc et Foc commençaient « à éditer les poètes, notamment vendéens ». « Parmi les premiers édités, certains demeurent à la barre », remarque de son côté Georges Cathalo, qui n'a manqué de braquer un de ses Phrases sur ces éditions (in Décharge 126 – Juin 2005) ; et de nommer ces pionniers : Claude Burneau, Jean-Louis Perou et Gaston Herbreteau ». Les auteurs retenus par la suite, dont certains ont acquit comme un statut d'auteur-maison, « ont tous témoigné d'un rapport direct avec l'enfance, note-t-il encore, et de citer : Clod'Aria, Joël Sadeler, Liska, Luce Guilbaud, Jacques Thomassaint, Michel Lautru, Jean-Claude Touzeil ou Gilles Brulet. » Parmi les entrants de plus fraîche date, Roland Nadaus, Jean Foucault, Patrick Joquel et plus récemment encore, Jacqueline Persini-Panorias et Dan Bouchery.
Ne pas omettre l'initiative marquante de cette maison, peut-être plus risquée que toute autre : l'édition des œuvres complètes du poète vendéen Pierre Menanteau, dont les anthologies à destination de la jeunesse ont peut-être occulté un poète plus authentique.
Conséquence du bénévolat militant revendiqué, la production de Soc et Foc n'est pas abondante : on se donne le temps de choisir, de travailler artisanalement, puis celui de défendre au mieux les titres publiés. En novembre 2009, les éditions publient leur 104ème livre de poésie, une anthologie qui réunit 58 de leurs auteurs et illustrateurs, sur le thème de Sillons, sillages, qui à l'évidence file la double métaphore initiale, d'où a surgi l'appellation Soc et foc, adoptée selon Georges Cathalo « pour d'évidentes raisons géographiques », et apprend-t-on aussi, grâce à la plaquette des 30 ans : « en écho aux deux vers de Francis Ponge :
Flot, requiers pour ta marche un galet au sol terne
Qu'à vernir en ta source au premier tas tu perdes. »
Bref, trente ans d'activités valent bien une fête : durant deux mois, en Vendée, des manifestations célèbreront cette aventure à long cours, particulièrement à La Meilleraie-Tillay, lieu-siège des éditions, les 7 et 8 novembre, avec inauguration d'un Sentier des poètes et ouverture d'un salon des auteurs et des illustrateurs,alors que le 10 novembre la Médiathèque de Luçon recevra Luce Guilbaud pour un Café-lecture, et celles de La Roche-sur-Yon Lise Lindi-Cassin et Claude Burneau les 21 et 28 novembre, avec une soirée anniversaire au Grand R, sur la scène nationale le 25. Toute la programmation sur le site : http://www.soc-et-foc.com/
Lire : Georges Cathalo : chronique Phares dans la nuit : Soc et Foc in Décharge 126.