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Seul ce qui, en l’homme, est capable de nommer
approche l’être.
Chantal Dupuy-Dunier est une bonne rêveuse, capable à partir d’un détail de faire surgir tout un pan de réalités. En général, c’est sur un mot, la sonorité de ses syllabes, ou le jambage, une boucle de ses lettres, que s’exerce d’abord cette rêverie, selon une méthode dynamique de mieux en mieux assurée au fil des livres, principalement ceux publiés aux Editions Voix d’Encre, et qu’accompagnent pleine page, miroirs ambigus et féconds, les encres de la fidèle Michèle Dadolle.
Cette fois, Chantal Dupuy-Dunier nous invite au Creusement de Cronce, en cette démarche qui désormais la caractérise, délibérément placée en l’occasion dès la citation inaugurale sous le patronage d’Yves Bonnefoy. Le nom de Cronce s’avère en définitive un ferment poétique aussi actif que celui de Douve, (mot «écrit en filigrane ») à la différence qu’il s’agit ici d’un lieu géographiquement situé, le village même où l’auteur a choisi de s’établir. Comme dans les livres précédents, se déploie d’abord cet imaginaire étymologique déjà évoqué, autour duquel un monde, « en un sensuel consentement », se constitue. Un nom est pierre, il suffit de le soulever pour découvrir un fourmillement, un témoignage des vies qui là dorment, dont il s’agira dès lors de relever les formes et les présences :
Le réel est aussi
ce que fut le réel
un silence plein
Cronce, mot qu’il suffit de prononcer pour le voir surgir entre crocs et ronces, est - pour la jouissance secrète de l’auteur, - le lieu le plus pauvre : caillou du bout du monde, défi jeté à une approche d’archéologue qui va s’évertuer à reconstituer un pays vivant et fécond, de débusquer le cristal caché, d’édifier un territoire plus hospitalier, en le dotant d’un lexique précis et évocateur : glaise et quartz, milan et circaète, cardères et molènes, entre autres richesses cachées.
« Nous disons et inventons Cronce ». Le village recueil grandit sous nos yeux, se projette dans un espace légendaire où « les femmes étaient vouées aux semences », avec ses hommes, « aux braguettes dilatées/ à l’entrée du printemps ». Ainsi va le poète, téméraire chercheur de sens, en une recherche qui n’est pas, comme souvent on l’entend, nostalgie d’un sens perdu et finalement introuvable, mais projection vers l’avant, création. Parmi pierres et mots, Chantal Dupuy-Dunier dénoue les sources, parie la vie.
Chantal Dupuy-Dunier/ Michèle Dadolle : Creusement de Cronce – Voix d’Encre éd. 17€
Avec des extraits d’Ephémérides (à paraître chez Flammarion) et la préface qu’elle a donnée au Polder de Claire Bartoli « Les hommes ne sont pas comme des maisons », Chantal Dupuy-Dunier est également fortement présente dans Décharge 136, où on peut lire, en page dia, la note de lecture de Jacmo sur ce même Creusement de Cronce.