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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n°45 : L'idée bleue en un ciel d’orage

lundi 18 juin 2007 [09:14:58]

- Y a-t-il encore une place pour la poésie dans le monde d’aujourd’hui ?
- Oui, la place St Sulpice.

Cette année encore, les naufragés de l’édition poétique se donnent rendez-vous Place St Sulpice, à Paris, du 21 au 24 Juin. On est prié de se munir de son gilet de survie, il n’y aura pas assez de canots pour tout le monde.

L’ambiance actuelle, on le sait, est saumâtre, un rien crépusculaire, - dira-t-on fin de siècle ? (les fins de siècle, pure malice de leur part, ne tiennent pas à coïncider avec les dernières années d’un siècle.) Mais c’est bon malgré tout de se sentir vivants et de se compter. (Pourtant, (avis !) je n’en serai pas, - pas assez de motivation, me semble.) Parmi les bons vivants, fleurira – allez-y voir ! - , solide comme le roc, pipe au bec et verre à la main (poétisons un peu), tenant de l’autre la barre de son léger esquif, notre éditeur. Mon ami Louis Dubost.

Avez-vous remarqué qu’il a fallu atteindre l’I. D n° 45 pour que j’en parle ? Mon propre éditeur quand même, et celui de Décharge (et de Jacques Morin, notre coquet directeur, que l’on verra bientôt une Fleur noire à la boutonnière.) ! Ce qui crée sans doute des obligations, mais tout autant (voyez-vous ça !) des scrupules, - le souci de conserver un zest de crédibilité en ne paraissant obnubilé par les livres publiés sous cette enseigne, est-ce bête!

C’est Claudine Bohi (Une saison de neige avec thé) qui sonne la révolte, sous forme d’une lettre de rappel (une piqûre), où elle s’étonne que (par exemple) sur les 280 auteurs que Louis Dubost a mis à son catalogue, une cinquantaine seulement continue, en qualité de lecteurs, à soutenir son travail d’édition. Oh ! Naïve : faut-il attendre davantage des poètes, tellement occupés à poursuivre leur œuvre – et dieu sait qu’une œuvre court vite ! – ? Le lecteur de bonne volonté est quant à lui souvent désorienté par la marée éditoriale. Aidons-le à mettre de l'ordre dans le Bleu de ces Idées.

Pas revoir de Valérie Rouzeau suffit pour éviter la corvée de lire une bonne moitié de la production féminine la plus jeune. Investir à la suite sur un livre du père Godeau (Georges L.), un du fils (de Cornière), et avec une botte de Radis bleus on contournera une jolie proportion de poètes prenant au tragique les menus faits de leur menue vie. Après quoi, s’occuper en toute tranquillité des auteurs s’inventant une écriture personnelle tel Antoine Emaz, Luce Guilbaud, James Sacré ou Alain Wexler. Parmi les derniers publiés, je recommande les Anguilles de Roger Lahu, et Rire parmi les hirondelles d’Alfonso Jimenez. Bref, tout faire pour que le dernier titre paru aux Editions de l’Idée bleue ne devienne pas programmatique, résister oui à la Politique de l’effacement.

Références : Politique de l’effacement : de Michel Bourçon que je considère, malgré un dossier dans le dernier Décharge, (oui, il arrive que nous ne soyons pas d’accord) comme un clone sans humour de Jean Pierre Georges
Vient d’atterrir sur ma table (pas lu donc) Nègre blanche de Sophie G. Lucas, annoncé dans l’I.D 24 et premier livre de l’abonnement 2007. Parce que s’abonner est possible, de 50€ (5 livres) à 100€ : tout renseignement : 6 place de l’église – 85310 – Chaillé sous les Ormeaux. Site (nouveau) : http://lideebleue.unblog.fr
Et pour bientôt, de Jacques Morin : Une Fleur
noire à la boutonnière (voir notre Tête de gondole)

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mots clés : Dubost Bohi Morin Rouzeau Godeau DeCornière Autin-Grenier Guilbaud Sacré Emaz Wexler Jimenez Lahu Bourçon Lucas

avec tout le désir ...(suite)

jeudi 6 novembre 2008 [11:43:48]

Amoureuse de l’amour, a-t-on envie de commenter. Le train, malgré les deux exergues, d’Apollinaire ou Blaise Cendrars, qui nous aiguillent sur cette voie, n’est pas le véritable sujet de ce long poème ; le train est la métaphore d’un tout autre transport, ramène Claudine Bohi dans son vrai pays, celui du « chant oublié l’éternel Roméo et la toujours Juliette » (...). La destination du train du quai vingt et un ne sera pas Venise, mais « dans les images avec le mot Venise» ; il est en partance pour plus profond, vers l’essentiel disait autrefois la poète, vers là où c’est là , dit-elle aujourd’hui:

encore un peu de temps encore de la patience un peu encore avant le soir et le train va venir et le train va partir

Note : Une lecture plus complète, portant sur les derniers livres de ce poète, figurera dans le dossier Claudine Bohi, à paraître dans un prochain Décharge
Références : Voiture cinq/ quai vingt et un de Claudine Bohi (Le Bruit des autres, éd.) :Couverture Hugues de la Taille 10 €. A noter que ce livre fait partie des choix proposés dans le cadre de la constitution d’un Pôle Poésie en Picardie, sur une initiative de Jean Foucault. Consulter le site de la Toile de l’un

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mots clés : Bohi Foucault Apollinaire Cendrars Guilbaud

I.D n° 151 : « Avec tout le désir dedans » (C.B)

jeudi 6 novembre 2008 [11:55:33]

Marche02

Juin 2008, marché de la poésie de Paris : rencontre avec Luce Guilbaud (à droite) et Claudine Bohi, en vue d’un dossier que la première prépare sur la seconde, pour un prochain Décharge.

Elle a rassemblé ses seins sous sa chemise
elle a retrouvé la gare avec son bruit de lèvres
elle a dit « l’amour dure »
elle a commandé un café noir dans le fouillis des trains

Voiture cinq / quai vingt et un, de Claudine Bohi (Le Bruit des autres, éd.), débute par ce quatrain, cellule à partir de laquelle l’œuvre se construit, reprenant les mêmes images, les mêmes expressions parfois, en une composition quasi musicale, qui tourne rondement comme la petite cuillère tourne dans la tasse de café, où se perd la rêverie de la voyageuse. Tout au long du livre, un rythme, qu’on est bien obligé de qualifier de ferroviaire, soutient le texte, comble même les rares instants où l’invention verbale faiblit : « aujourd’hui c’est le jour qui brûle comme un incendie comme un feu », le rythme emporte tout, comme une main gauche de boogie-woogie.

L’ambition de ce livre paraît moindre que celle de La plus mendiante, parue un an plus tôt aux mêmes éditions ; mais peut-être à cause de cela (...), comme libérée de l’obligation de s’exprimer dans un langage de distinction, l’auteure y fait feu de tout bois : ici, tout indique d’abord le plaisir d’écrire, qui est de revenir sans cesse à une situation de jouissance, « avec tout le désir dedans », et dont la plénitude se marque du reste par un léger abus de l’indéfini tout. Le titre à lui seul leste l’ensemble d’un poids de réalité, voire de prosaïsme, à partir duquel l’auteur navigue entre plusieurs niveaux de langage, de la méditation au langage de l’enfance, où l’amoureuse n’est plus que petite fille « devenue grande » :

elle ne crie pas elle peut rester bien sage elle ne fait pas de bruit n’embête pas ses voisins elle pense à lui elle rêve longtemps

A cet instant du livre, où j’extraie ma citation, je note que je suis incapable de décider s’il s’agit encore d’un poème en vers ou d’une prose non justifiée, vers lequel indéniablement le texte tend depuis son ébranlement initial : le vers au fil du parcours s’est allongé, en même temps que le nombre de vers s’est accru (pas plus de neuf lignes cependant), jusqu’à cette page précisément avant de décroître dans un essoufflement de locomotive qui caractérise aussi Pacific 231, poème ferroviaire oblige, dira-t-on, - sauf qu’il serait réducteur d’accrocher Voiture cinq/ quai vingt un au Transsibérien ou au Rapide de 19 heures 40 : ici, au contraire de Blaise Cendrars, il s’agit de ne pas partir, « ça fait comme un départ interminable », de s’en tenir à l’instant du départ, à cette jouissance du partir que l’on vit et revit, en se jouant de l’enchaînement de la chronologie, « ça y est, ça recommence » lit-on encore dans l’avant-dernier poème.

La narratrice, que l’on a surprise à tourner son café noir au buffet de la gare, se distingue des autres voyageurs :

eux ils vont seulement quelque part mais elle
elle va partout où c’est possible dans la tête

.../...

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I.D n° 240 : L'ordre des mots et des choses

jeudi 18 février 2010 [08:20:26]

Georges Cathalo est un systématicien : il aime relever, classer, ordonner. Plusieurs de ses Inventaires sont sur notre site ; et dans la revue il dresse chaque trimestre la fiche d'un éditeur sous les Phares dans le nuit. Poète, il conserve ce souci du rangement : Noms communs, chez Gros Textes, (le deuxième livre sous ce titre) l'atteste une fois encore.

Ces noms, prétextes à poèmes, ne sont pas si communs, mais bien ceux des nouvelles Idoles, ceux qui surnagent dans le bourdonnement médiatique et auxquels on accolerait facilement une majuscule, ceux contre la dictature desquels l'auteur s'insurge : soap, clip ou scoop. Même s'il déclare vouloir donner à ces mots une nouvelle chance, grâce à la poésie, on y entend surtout l'expression d'un homme désabusé, qu'indigne l'évolution de la société.

Livre de sagesse ? Recueil d'un moraliste déboussolé ? L'auteur, malgré ce qu'il définit comme son projet, ne laisse guère de nouvel espace à ces mots clinquants et déjà usés, dont il confirme la dépréciation plus qu'il ne les réhabilite. Comment sans doute sauver Tchernobyl ou apartheid de la commune réprobation ? Les choses se gâtent lorsque la stigmatisation s'étend de façon un peu mécanique au vivant, à placenta ou à fœtus, dans lequel il n'est vu qu' « agrégats de cartilage » ou « gargouillis de viscères ». En revanche, quand il travaille le Génome, Georges Cathalo oublie de manier le fouet du contempteur de la modernité, et reprend ses outils de poète :

on trouve enfin des clés
pour ouvrir de nouvelles portes

on tourne délicatement
et parfois la porte s'ouvre
sur une nouvelle porte
dont il faut chercher la clé

la spirale infinie tourne
avec la clé

jusqu'à l'ultime porte
celle qui n'a pas de serrure
et qui n'est ni ouverte ni fermée.

A l'instar de Georges Cathalo, Hervé Lesage compte parmi les serviteurs de la poésie les plus constants. L'un et l'autre se sont longtemps côtoyés dans la revue RetroViseur qui s'est interrompue en décembre 2009 après 25 ans d'existence. Une vision assez désespérante de l'humanité les rapproche ; et tout deux use de l'hexasyllabe, comme si cet alexandrin brisé, ainsi que le faisait récemment remarquer Claudine Bohi, était une preuve supplémentaire d'un monde privé de ses repères traditionnels.

Dans l'ordre des choses, d'Hervé Lesage chez Écho Optique, s'ordonne comme un récit, suivant la trajectoire d'une délivrance, qui mène d'un enfer où s'emberlificotent parfois des métaphores pas toujours cohérentes, à des pages où le bonheur respire, où la beauté s'installe en « un léger feuillage de rire / et le chardon d'une amitié », - une poésie d'une limpidité radieuse :

Une abeille hésite
rien qu'une abeille et un fruit
et du bleu dans la vitre

Repères : Georges Cathalo : Noms communs (deuxième vague) Gros Textes éd. 6€.
Hervé Lesage : Dans l'ordre des choses. Écho optique éd. 8€
Revue Rétroviseur : Dernier numéro : 144 : Hommage aux amis disparus ; des revuistes dans le revue ; quatre voix de l'intérieur (Lesage, Lemoigne, Nicol, Vaast) etc. 7,50€ - Courrier : Hervé Lesage - Les Échevins – 58 rue de la Barre – 59800 – Lille.

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mots clés : Cathalo Lesage Bohi

 
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