Décharge ]

ID : les Itinéraires de Délestage
de Claude Vercey
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I.D n° 138 : Dix dizaines de dizains

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Décimales de Philippe Blondeau, aux Editions des Vanneaux

Des sept titres figurant dans la bibliographie - incomplète - qui figure à la fin de son dernier livre, de Philippe Blondeau je ne connais en vérité que Dehors, polder qui fit suite à un ensemble de poèmes découverts dans Rétroviseur, pour lesquels j’avais fait savoir mon admiration à l’auteur. Il y a donc quelque imprudence de ma part à présenter Décimales comme une étape cruciale, mais il me semble que l’auteur y croise pour la première fois, et longuement, méthodiquement, deux fils que jusqu’alors il tirait indépendamment l’un de l’autre, dans deux registres différents d’écriture.

Dans la dixième et dernière section de ce livre, on trouve trois vers quasi programmatique de la poésie qu’a jusqu’à ce jour écrite Philippe Blondeau : Ce gris pâle des jours simples/ c’est le nôtre /notre mesure /dont nul ne nous privera c'est-à-dire une poésie remarquable par sa clarté, une « lumière à la Corot qu’on ne trouve plus guère dans la poésie ou la peinture du XXème siècle » notait son préfacier Pierre Garnier, - poésie douce-amère, sentimentale et mélancolique, qui s’efforce de témoigner de quelque désastre mineur. On comprend que ces manières de confidences en mi-teinte, que « cette vie en poésie hors de la ville », aient d’abord trouvé refuge aux Editions de l’Arbre (3 titres) et à Rétroviseur (prix Colportage en 2002).

En contrepoint à ce vers-librisme, Philippe Blondeau se signale par l’attention qu’il porte à l’œuvre complexe et déconcertante d’Ivar Ch’Vavar, dont il est à tout sûr l’un des meilleurs connaisseurs actuels, préfaçant aussi bien le numéro de Plein Chant consacré à « l’horrible travailleur » que l’anthologie du Jardin Ouvrier récemment paru chez Flammarion. Avec Décimales, Philippe Blondeau prend à son compte un système de contraintes, telles que celles qu’Ivar Ch’Vavar a développés pour lui-même et ses camarades : l’ouvrage comme son titre le suggère, est composé de 100 dizains, eux-mêmes regroupés en dix sections de dix poèmes. Si ces dizains, irréguliers mais justifiés à droite comme à gauche, dessinent de courts rectangles sur la page, ces rectangles sont troués comme grimoires que le temps aurait en partie effacés, ou suggèrent par leurs blancs un gommage, qui, au moins formellement, rappellent certaines pratiques de Lucien Suel.

On se réjouira de ce que notre poète n’ait pas perdu la voix ténue et précise, élégiaque et quasi surannée qui nous a naguère touchés, et aussi de le voir engagé désormais dans une aventure autrement risquée. Toutefois le résultat, en son alliage original de modernité et de poésie des villages, de simplicité et de sophistication, à la confluence « de courants apparemment contraires », pour reprendre une expression par laquelle Blondeau définit l’ambition de sa revue La Passe, demeure hybride : le traitement radical que j’ai décrit n’affecte, malgré les signes extérieurs d’un manque ou d’une déperdition, ni le sens, ni la construction logique de la phrase, comme si l’auteur hésitait encore à franchir un dernier pas, à abandonner des pouvoirs de séduction déjà éprouvés contre l’inconfort d’une avancée sans retour sur des voies plus incertaines.

Lire aussi : Philippe Blondeau : Dehors – Collection Polder – préface de Pierre Garnier - Co-production Décharge/Gros Textes – Voir notre site.
RetroViseur, revue et éditions : 240 rue Victor Hugo – 62221 – Noyelle sous Lens.
Pour retrouver les I.D où j’ai cité Philippe Blondeau : dans les mots-clés, cliquer Blondeau

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mots clés: Blondeau Ch'Vavar Suel Garnier

I.D n° 139 : Deux décimales

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Deux extraits de Décimales de Philipe Blondeau (Editions des Vanneaux), pour compléter la lecture critique de ce livre (I.D n° 138)

 

L’île

Tout autour
de l’eau glisse sous les herbes sèches
on ne le voit pas                     on la devine
et c’est comme une île
On ne voyage pas ici               on se cache
dans une cabane d’herbe dans les herbes
en attendant simplement d’exister
- on sent bouger un peu de vent tiède
les hommes sont loin             le ciel est bas
on en marcherait courbé pour un peu

 

Promenade d’un dimanche

Rien                                            ni la mort
              ou le grand jeu
n’a plus de sens dès lors
que l’on s’en tient à l’instant         Gris
tout est gris les immeubles
à la mesure de ce dimanche après-midi
le buisson corrompu               les arbres
ivres d’eau     l’étang au bord de la ville
où l’on rêva la pâle idylle
                    qui nous tient lieu d’éternité

Ph. Blondeau
(avec l'autorisation de l'éditeur)

Billet d’excuse : Malgré toute mon application pour rendre la présentation de ces deux poèmes, on en saisira ici mieux le sens que la forme, telle que je l’ai décrite dans l’I.D n° 138. Faut-il conseiller au lecteur d’aller voir dans le livre même ? Cela va de soi.

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mots clés: Blondeau

I.D n° 404 : Admirer le jeu de Passe

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contributeur: Les I.D. de Claude Vercey 

 Paris, Marché de la poésie 2012
Tristan Felix et Philippe Blondeau

La Passe est une revue à part : sans doute serait-on tenter de saluer de la sorte toute revue ; mais regret est de constater qu'entre la plupart d'entre elles règne comme un air de famille, parfois gênant, - le souligner est un poncif de la critique : s'y donnent à lire au même moment les mêmes auteurs peu ou prou, émettant un même lamento sentimental et narcissique. La singularité de La Passe résulte de la conviction de ses animateurs, Tristan Felix et Philippe Blondeau, qu'il ne suffit pas, pour nourrir quelque publication que ce soit, de relever le courrier et d'en prélever les poèmes les moins mauvais, mais qu'il faut imposer une direction, solliciter les auteurs, orienter leurs écrits : ici, et à l'instar du Jardin ouvrier naguère mitoyen, on sait que la poésie tout autant qu'une revue, résulte d'un travail. La Passe, expliquait Philippe Blondeau à Jean-Luc Pouliquen, cherche d’abord à détourner l’écriture de l’obsession de soi et à l’enrichir en lui offrant des occasions d’échange avec un autre plus ou moins proche ou lointain. Le modèle le plus proche du travail poétique engagé semble être celui de la traduction, que celle-ci dès lors soit réelle ou fictive, scrupuleuse ou approximative variation.

Je redécouvre cette production, qui se définit elle-même comme la revue des langues poétiques, en son quinzième avatar : il confirme qu'on y trouve des textes et des auteurs qu'on ne lit nulle part ailleurs, un ton. L'idée romantique de création, entendue comme surgissement unique, incomparable et irrépressible, y est mise à mal : tout texte se réfère, révérencieusement ici puisque c'est le thème commun imposé, à un autre texte auquel il rend hommage : toute langue poétique se construit dans l'admiration, commente Philippe Blondeau en ouverture du numéro, dans l'étonnement au moins, sinon dans l'émerveillement. Lui-même donne l'exemple avec trois envois raffinés : à Céline, à Mac Orlan, à Follain, tandis que Guillaume Decourt retient son souffle sur le pas de la porte de Constantin Cafatis. Tristan Félix semble particulièrement inspirée par l'éclatement du moi dans l'océan de courants contraires : elle resurgit sous trois formes d'écriture différentes, au cours de cet ouvrage de 88 pages.

Cependant, malgré les richesses offertes, le plus souvent par de nouveaux venus (Marie de Quatrebarbes, Christophe Esnault, Anne Peslier, Paul Badin) c'est le poème de Guy Ferdinande qui m'a arrêté, d'une verve digne du meilleur Desnos, comme quoi il arrive (mais oui, François-Xavier Farine ..!) que ce soit dans les vieux pots qu'on fasse la meilleure soupe :

Quand les caribous reviendront, les caravanes reviendront, les hiboux reviendront pour la frime, pour la forme, pour la rime, les lilas blancs des frimas surgiront, et les giroflées emmitouflées, tout ça. Oh, le ramdam. (Et ce n'est qu'un début, comme jadis on disait, et c'est Demain la veille.)

Qui pratique l'art de la passe n'ignore celui du contre-pied. Révérencieux ici, Philippe Blondeau s'applique, en d'autres lieux à décerner des Blâmes à l'endroit de disparus particulièrement déméritants : au Yaka Tali (par anticipation, me semble) et au suicidé, à l'hyperactif et au beau parleur, au poète et à soi-même. Et l'auteur, par crainte sans doute d'être oublié demain dans la distribution funèbre, de revendiquer : le jour de ma mort, prononcez s'il vous plaît un discours sincère, donc méchant : il me conviendrait assez d'entendre dire, de l'au-delà où je serai, tout le mal que je pense de moi-même ici-bas. Personnellement, je m'en abstiendrai, j'aurais trop peur de lui faire plaisir.

Repères : La Passe, abonnement pour 4 numéros : 30€ - chez Philippe Blondeau, 3 rue des moulins, - 80250 – Remirecourt
De Philippe Blondeau : Blâmes funèbres, coll. Les petits arrangements – chez Jacques André éd. 5 rue Bugeaud 69006 – Lyon. 12 (de ce livre, je parlerai plus précisément dans Sortie de Secours, fanzine internautique que Jean-Louis Jacquier-Roux envoie épisodiquement à ses amis et connaissances. Le demander (l'exiger !) à l'adresse : dejham@orange.fr)
De Philippe Blondeau : (rappel) Dehors polder n° 132. 6€ - à l'adresse de Décharge.
Philippe Blondeau s'entretient avec Jean-Luc Pouliquen : sur le blog l'oiseau de feu du garlaban.

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mots clés: Blondeau Felix Pouliquen Decourt Ferdinande Jacquier-Roux

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