articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Septembre 98 : dernière numéro de Décharge sous sa couvrante kraft d’origine. Dessin de Jules Mougin.
"Je ne suis nationaliste que pour deux raisons, la moutarde de Dijon et la Pacific 231"
J.M
De la médiathèque Pontiffroy de Metz, où le mois dernier je donnais lecture, j’ai rapporté - cadeau de bienvenue, - le catalogue de l’exposition « Jules Mougin, la révolte du cœur », qui s’y tint de juillet à septembre 2005 : l’exploration de cet ouvrage merveilleux, solidement documenté et aussi illustré que le doit être un hommage à cet artiste touche-à-tout qu’un Dubuffet sut reconnaître, m’occupa durant le trajet du retour. Le maître d’œuvre en est Claude Billon, lui aussi facteur-poète, à l’instar de Mougin, et compagnon de route de Philippe Marchal, qui aux beaux jours de la revue Travers travailla avec un dévouement sans égal à la gloire de notre Jules, prenant ainsi la relève de Robert Morel, « l’éditeur complice ».
Après l’évocation par Jean Vodaine de la galaxie des poètes prolétariens, où brillent avec la sienne les étoiles de Chaissac et L’Anselme auprès de celle de Mougin, l’album se poursuit avec les contributions de Louis Calaferte (« il faut lire ses livres pour avoir le sentiment d’une littérature de première main, c’est-à-dire celle d’un désir de s’exprimer comme si elle s’exerçait sur une terre vierge, qu’il n’y eût pas avant de pesanteur culturelle »), Henri Mitterrand, Didier Delaborde, Claude Billon bien sûr.
« Bien des choses du facteur » (c’est le titre) sont rappelées, j’en appris quelques-unes, mais je fus dérouté à tomber sur mon nom, et les articles de Décharge, tout d’un coup incongrus dans ce que je parcourais comme récit légendaire. Mais oui, nous allons, semant comme petits Poucet quelques pierres (blanches ?), sans trop de soucis de ce qui va suivre, et voilà que d’autres s’en viennent relever nos traces ! Si bien qu’il m’est possible, et sans peine, de dresser ici une manière de bio-bibliographie de ce qui pourrait s’intituler « Jules et nous ».
Je suis ainsi (p 35) généreusement compté parmi les correspondants du Facteur ; et aussi : « 1998-99 : Claude Vercey fait entendre ici et là des pages de Jules Mougin tiré de la revue Travers. Lorsqu’elles sont assemblées dans une lecture et cousues entre elles par une voix passionnée, ces lettres enveloppent toute la mélancolie humaine pour l’envoyer au diable. » (p 30)
Décharge en son n° 89 (septembre 1996) a publié une lettre de Jules Mougin à propos de Jean L’Anselme ; tandis que le n° 99 de la revue (septembre 1998) « est enveloppée d’une couverture kraft illustrée d’un dessin de Mougin. » Dessins également p 10, 24, 39 et 79. Quant à Jacques Morin, dans Décharge n° 32 (1986) il notulait Travers 24-25-26 consacré à notre poète ; puis il saluera la sortie de Travers 47 « Merci facteur » en 1993 ; et Travers 53 « Toutes les boites aux lettres sont peintes en bleu ciel » dans Décharge 105 (Mars 2000).
A ce jour, facteur, vous habitez à une adresse inconnue de nous. Comment allez-vous ? Donnez-nous de vos nouvelles. « On vous embrasse et vive la Julerie ! »
Références : Catalogue Jules Mougin – "Bien des choses du facteur" – Didier Delaborde - Médiathèque de Pontiffroy – Place de la Bibliothèque – 57 000 – Metz – 12 €
Revue Travers : chez Philippe Marchal - 10 r des Jardins - 70220 Fougerolles
A propos de Jules Mougin, un bout de lettre de Claude Billon (du 5 Juin 2008) : Tu connais ma grande attention pour Jules, l’ai eu au téléphone, quand la famille lui fait quitter la maison de retirance (le dimanche s’il fait beau, un autre jour quand le dimanche, il pleut). Tout cas la cure de luminothérapie dans le Sud lui est salutaire, en chaise roulante il y a un an chez lui, à Chemellier, debout et dignement debout depuis son retour dans le bas de la France …) M’y suis rendu en Mars pour ses 96 ans … Nouvelle vadrouille sans doute et j’espère, ce mois-ci !
Page d’écriture
de Jules Mougin
Bonjour, Messieurs,
Moi, ça va, merci et vous ?
Ah oui ! le foin qui fait dire au môme :
« Papa fume bien, lui, alors ! »
C’est à quatorze ans que j’allumais
ma première pipe.
Je préférais les couloirs, les pas éclairés,
les mal fréquentés.
Je fumais des roulées.
J’étais télé, rue Dupin. Moi, matricule 1809.
Quand j’ouvrais la porte, je tendais
le pneu, la brème, - la porte se refermait
ou une voix disait : « Attends ».
Plus il y avait d’attends, plus j’étais
riche et plus j’achetais de cigarettes,
de poudignes – gâteaux-pavés, de kilos
de graines pour les piafs jaunes bien aimés.
C’est dans les couloirs que j’ai appris
à avaler la fumée et à la projeter
par le nez.
La chatouille passait vite ou allait
jusqu’aux larmes. C’était drôle.
Cela dépendait de l'odeur du tabac,
le blond, le noir, le bleu ou le gris.
A 18 ans, je cessais de crâner, merde,
je crachais le sang, comme mon papa, jadis !
Le Toubib : « pas baiser, pas fumer,
bouffer. Compris ? »
Trois ans après, juste, je remettais ça.
A bas la mort et les B.K, n’est-ce pas ?
Cinquante ans après, c’est pas pour
dire, je vis toujours parmi vous.
J’en ai vu de belles, je ne vais pas,
non, vous raconter ma vie, rassurez-vous.
Je ne fume plus.
Le 26 novembre 1969, à Chemellier,
j’ai écouté la grande voix silencieuse dont
parle Gandhi, la Grande Ame.
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Photo de Claude Billon
De mars 2004 à mars 2005, Décharge publia chaque trimestre (n° 121 à 124) une poignée de poèmes de Jean-Paul Klée. Décision sans précédents, qui montre on ne peut mieux la considération dans laquelle nous tenons cette œuvre (ce nous n’étant point de majesté, mais renvoie à une unanimité, pas si commune, entre les rédacteurs). N’en déduisons pas cependant que nos admirations seraient mesurables au nombre de pages accordées à tel ou tel : l’omniprésence d’un auteur ou à l’inverse la rareté de ses interventions, importe aussi ; et, de fait, il advint que nulle part alors on ne lisait Jean-Paul Klée, dans aucune revue, chez nul éditeur, alors qu’on savait par ailleurs que ce boulimique d’écriture noircissait des pages et des pages, d’un journal qui en comptait des milliers, et de poèmes bien sûr :
...la divine poësie dont chaque jour il avait
une dizaine d’enfants & parfois
15 ou 18 à la fois !... que dire là sinon que c’est
folie ou génie... ! ou même les deux à la
fois ...
(trésor d’olivier larizza p 9/10)
C’est peut-être d’ailleurs ce trait, cette prodigalité, qui tient les éditeurs à distance : la crainte de se trouver embarquer dans une aventure sans limite, de ne pouvoir assécher le fleuve toujours en crue avec un seau. Mais il est possible, si les promesses sont tenues ou si se découvrent les moyens de tenir ces promesses, que la situation ait changé, que le poète vienne de trouver éditeur à son pied, - ou à la mesure de sa folie ? - avec Cécile Odartchenko, à l’enseigne des Vanneaux, où vient de paraître en amuse-gueule au festin gargantuesque promis : trésor d’olivier larizza, (non, pas de majuscule à ce titre, mais les garde sur la couverture le nom de l’auteur), sous le bandeau écarlate d’un prix Claude Vigée, qui lui fut décerné le 5 novembre 2008, et qui devrait marquer la résurgence d’une œuvre depuis trop longtemps souterraine.
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