articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
« Pattes d’oiseaux, pattes de chat »: Colette Andriot, l’auteur, au coude à coude avec Luce Guilbaud, l’illustratrice, au moment des dédicaces du nouveau recueil, publié à la Renarde rouge.
Alors que Georges Cathalo se prépare prochainement à la saisir dans ses Phares (Décharge n° 136 – à paraître), La Renarde rouge était l’hôte, début novembre, de l’entreprenante l’association dijonnaise La Voix des mots : une occasion de saluer, entourée de ses auteurs dont quelques-uns nous sont familiers, Joëlle Brière, maître d’œuvre de ces éditions installées depuis 1994 dans l’Yonne (dans la proximité géographique de notre revue, donc) et dont le catalogue compte près de 70 ouvrages, de poésie essentiellement.
Notons que cette Renarde partage avec le Dé bleu une même référence, celle de René Char. Lequel, nous rappellera Georges Cathalo, «évoquait ainsi sa compagne, sa renarde, au temps de la Résistance. La couleur rouge, quant à elle, est celle de la passion plus que de la colère, mais également le rouge de l’amour et du sang. »
« Un beau livre, déclarera Joëlle Brière, c’est pour moi un beau papier ivoire et des illustrations à l’encre rouge ». Un tel systématisme procure une incontestable personnalité à des ouvrages, aux formats par ailleurs assez divers. Et comme toute règle est confirmée par son exception, on ne manquera de pointer la Petite bleue, l’un des vingt ouvrages personnels de Joëlle Brière, et dont je laisserai au lecteur le soin de deviner la couleur de l’encre (non, ici on ne craint pas le pléonasme).
On retrouva avec plaisir les amis, Luce Guilbaud venue tout exprès de Vendée, Colette Andriot et Yves Jacques Bouin qui pour une fois oublia son rôle d’animateur pour se faire l’interprète de ses propres poèmes ; on découvrit des visages inédits parmi les lecteurs du jour, ceux de Denise Guilloux et Anne Cayre ; on eut indirectement des nouvelles de Philippe Quanta, Polder 124 avec Regards (suivi de) Dis-moi Sacha, et qui avec les haïkus de Haichats continue de s’émerveiller des mines et des tours de la gens féline. Mais attirons au final l’attention sur Christine Billard, à l’œuvre lentement murie et qui fidèle depuis ses débuts à ces éditions de la Renarde, y fait entendre sa voix grave, à désespérer les oiseaux, en son quatrième opus : Ronces de douleurs. J’en dirai sur son compte bientôt davantage.
Référence : "Ronces de douleurs" (14€) de Christine Billard, à la Renarde rouge, 28 rue Germain Bedeau, 89510 – Véron. Catalogue sur simple demande.
J’ai par ailleurs rendu compte en 2005 de "Sanguines" de Luce Guilbaud sur le site Bleu de paille.
Le plus souvent un infinitif impérativement ouvre et fixe le poème comme autour d’un dur grain de sable se crispe la perle. Paroles prononcées/ comme des stèles/ contre l’oubli, les Ronces de douleurs de Christine Billard ressemble à un carnet intime, composé d’exhortations (à elle-même d’abord, au lecteur) à tenir, à témoigner, à conserver une dignité face à un monde d’injustice et de cruauté où pousse aussi l’espoir,- pour reprendre les mots placés en exergue sur mon exemplaire. Et choisir la vie / pour terrain de jeu. Malgré tout.
Christine Billard avait confié le poème suivant (sans infinitif, rien que pour me contredire, sans doute) à l’anthologie Poèmes de hasard et d’amitié, que j’avais composée en 2003 pour un numéro de feu la revue Gros Textes. On le retrouve dans ce dernier recueil, publié comme les précédents à la Renarde Rouge (voir I.D n° 71).
PAIX EN BOSNIE
Le vent n’apporte aucune preuve
Des armes qui se sont tues
Les oiseaux s’élancent à la tête
[des nuages
Au loin l’ombre d’un chien
Grandit sur le pré
L’homme est un mendiant qui tremble
Et ne sait plus sourire
Quand les étoiles tombent
Une à une
Sur son manteau fiévreux
La blessure est dans le sang
Comme le ver dans le fruit
Les mères ne savent plus consoler
La voix du muezzin
Dans les décombres du passé
Seuls demeurent
Ceux qui laissent la guerre
Se décomposer dans les rues
Et la couleur crue des drapeaux
Se délaver sur les trottoirs.
Rendez-vous : Et n’en doutez pas : le point de vue de Jacmo sur ce recueil dans le prochain Décharge dont peu à peu le sommaire se dévoile : voir notre page d’accueil.