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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n° 39 : L’ordinateur et le poète

jeudi 24 mai 2007 [10:25:43]

fustier

Le numéro 134 de Décharge est en bonne voie. A petit feu mijote sur le piano. Est peut-être déjà prêt, allez savoir. (L’entrée des cuisines est interdite à toute personne étrangère au service). Aux dernières nouvelles, ont été précipités dans le bouillon d’assez grosses légumes : Annelyse Simao, Hervé Bougel, (finement coupé en rondelles carrées), Michel Bourçon (sa neuve auréole bleue). Et Claude Held fait la poire.

On y trouvera, selon la formule, les chroniques habituelles, dont – vous pensez bien – les Ruminations, où me voilà comme lancé sur des rails, à poursuivre l’enquête ouverte dans le précédent numéro sur l’utilisation par les poètes des nouvelles technologies et ses conséquences sur la poésie elle-même. Cinq volets sont prévus : l’abondance de la matière fait que n’en sera publié cette fois que le premier : Le poète et l’ordinateur, où déjà se marquent les différences de comportements et de parti-pris, entre audaces de certains et réticences de pas mal d'autres.

De Romain Fustier la réponse est arrivée hors délais, je n’ai pu en tenir compte pour le premier chapitre ; elle apparaît comme médiane par rapport aux écarts entre les pratiques, reflète la position majoritaire actuelle, et je la publie ici comme gourmandise apéritive. Le dernier sera donc le premier, c’est injuste, - mais n’était-ce pas écrit depuis longtemps, je ne sais plus où ?

« Je possède un ordinateur. Je persiste toutefois à écrire mes poèmes sur des blocs 80 feuillets 80g/m2 papier vélin format 10,5 x 14,8 cm made in France, car ils sont au format de la poche latérale de mon sac à dos, adaptés à la taille de mon vide-poches de voiture, de ma table de nuit déjà remplie des livres des autres, de mon bureau encombré de copies chaque année plus mauvaises, et que rien ne vaut le crissement d’un Bic Matic 0.7 sur le dallage des petits carreaux. Le traitement de texte Microsoft Office Word 2003 n’intervient donc qu’au stade des réécritures, qui ne sont d’ailleurs pas des réécritures de fond. Si le poème est moyen après le premier jet, ce ne sont pas les réécritures qui vont le rendre bon. On peut plutôt parler d’ajustement, de dégraissage des mots inutiles, des images tirées par les cheveux, avec ce souci constant d’atteindre un maximum de densité. Le passage de la feuille de bloc à l’ordinateur me permet de prendre également en compte l’aspect visuel de mon texte, son rapport aux blancs. J’opère des modifications dans le poème jusqu’à ce que l’oreille soit satisfaite du rythme et des sonorités, que l’œil glisse sur les courbes du poème avec plaisir. »

Et vous, vous reconnaissez-vous dans cette pratique ?

Repérages : Romain Fustier anime avec Amandine Marembert la revue Contre-allées, l’une des plus recommandables qui soit, à l’heure actuelle (16 rue Mizault – 03100 – Montluçon. Abonnement : 16€). L’un et l’autre de ces auteurs ont été récemment poldérisés par nos soins : n° 130 : le Volume de nos existences, de R. Fustier ; n° 131 : Il pleut dans la chambre cette nuit, d’A. Marembert. En définissant sa pratique comme Expérimentation du vécu (in Décharge n° 132), position qui me semble quasiment relever du bon sens, (« un tableau tout à fait convaincant du paysage poétique contemporain », selon J.C Bellevaux dans Liqueur 44 n° 78) Fustier a provoqué la polémique. Inattendue. On lira sur ce site (voir notre onglet : Tête de gondole) la réaction de Jean Louis Bernard : plus réflexive que réfléchie, de mon point de vue, mais symptomatique.

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mots clés : Fustier Marembert Simao Held Bougel Bourçon Bernard Bellevaux

I.D n° 47 : Se fendre la pipe

jeudi 28 juin 2007 [10:33:26]

Résumé d’un chapitre précédent : Je terminais l’ I.D n° 43 sur la parution de Verso n° 129 (chez Alain Wexler - Le Genetay – 69480 – Lucenay), où, notais-je un rien dépité je l’avoue, Christian Degoutte renvoyait à notre site tous ceux qui veulent "se fendre la pipe". Appréciation réductrice, me semblait-il ; mais après tout, critique est charbonnier chez lui, n’est- ce pas ?
 
Et ce qui s’en suivit
A peine la chronique susdite mise en ligne : «ô Claude, m’écrivait Degoutte, se fendre la pipe apparaît sous cette forme dans la chro parce qu'Alain [Wexler] (le vilain) a coupé (pour ne pas blesser un auteur publié et qui sera publié dans Verso) dans ce que j'avais écrit. Ce qui m'avait fait rire, c'est la lettre de J L Bernard à propos de Romain Fustier, [sur notre site sous l’onglet Tête de gondole], lettre dans laquelle Bernard faisait du gnagnagna contre Fustier (ça je peux comprendre qu'on ne soit pas d'ac’ avec Fustier), faisait (je trouvais) un peu son vieux con conseillant un petit jeune (c'est une misère qui nous guette tous : faire le vieux con), mais surtout finissait par dire que Fustier n'avait pas de vie intérieure (ou un truc comme ça, à vérifier). Quand l'inquisition (j'exagère un poil) nous surveille, quelles sont les deux seules réponses possibles ? Se fendre la pipe et faire passer les inquisiteurs pour des imbéciles. Dans la suite de l'article que j'avais consacré à cette lettre bernardine c'est justement ce que je faisais (...) Mais Wexler n'a pas voulu pour les raisons sus-citées. Tu vois, y'a pas qu'Huglo qui souffre comme gratte-papier, [voir nos I. D 12 à 13 bis] et je t'avoue que je me suis interrogé : dois-je continuer ou non si je ne peux pas aller au bout de mes critiques, parce que, comme dirait l'autre (Beaumarchais ?) "sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur", surtout qu'il y a eu un précédent grand coup de ciseaux (dont j'ai oublié le motif : ce qui en prouve la gravité). »
 
Mince affaire, l’on sera tenté de juger. Ou : il n’y a pas mort d’homme, comme il est dit couramment, - sans doute, et d’autant que selon toute probabilité la menace agitée par Degoutte de se retirer restera paroles en l’air, propos entre gens de bonne compagnie et amis (n’oubliez pas ce détail). Alors quoi ?
 
Ceci : une aventure poétique, éditoriale tout aussi bien, qui ne se double pas d’une entreprise morale, n’est rien. « Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle. » (Isidore Ducasse - Poésies I). C’est vrai qu’après avoir balancé un truc pareil, mieux vaut mourir jeune. Convenez au moins que la serinette, (redescendons à un niveau de moindre exigence) on nous l’a souvent servie : pauvres certes nos revues et leurs revuistes, mais honnêtes. Et libres (Libres... !). Ou, traduit dans une langue de rapporteuse : « La fragilité de leurs finances, qui (...) les met bien souvent au bord de l’abîme, les exonère en même temps du soupçon de complaisance et leur donne une crédibilité qui peut se traduire dans le courage et la liberté de leurs choix littéraires, de leurs critiques ou de leurs idées. »(*) Patatras ! Cette belle liberté, le seul bien dont on pouvait semble-t-il légitimement se targuer, la voilà à la merci du premier abonné venu ! A terre la théorie, pourtant exaltante, où s’opposent la publication richement dotée, subventionnée jusqu’aux yeux et prête pour cela à toutes les bassesses pour protéger les sources du pactole, et celle à l’image des nôtres, sans moyens ni ressources, - hors ses abonnés qui la protègent, - mais fière et intraitable. Sortez vos mouchoirs ! (et gardez-les à portée de main car cette histoire est ... à suivre)
 
* - Citation explicitée dans les Ruminations in Décharge 133 p 65.

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mots clés : Degoutte Wexler Bernard Fustier Huglo

I.D n° 56 : Le Mystère de la pipe fendue

jeudi 30 août 2007 [11:15:44]

120

[Ne pas oublier qu’Alain Wexler est avant tout un poète de premier plan, que Décharge en plusieurs occasions s’est plu à célébrer. Au sommaire du n° 120, par un curieux hasard, la plupart de ceux qui ont fait, cette première saison, l'actualité de nos Itinéraires de Délestage.]

Résumé des chapitres précédents : Au début ( I.D n° 43), tout est clair : dans Verso n° 129 (Le Genetay – 69480 – Lucenay), Christian Degoutte envoie sur notre site « tous ceux qui veulent se fendre la pipe. », ce qui légèrement m’agace. Surprise : Le dit Degoutte aussitôt se défausse (l’I.D n° 47) sur Alain Wexler, responsable et imprimeur de la revue : « Le vilain a coupé ce que j’avais écrit. » Le bon usage voulait que le dernier accusé prenne à son tour la parole.

Alain Wexler : « Où un simple ressac peut se transformer en déferlante !

Christian Degoutte dans sa revue des revues du n’° 129 de Verso traitait Jean Louis Bernard dans des termes qui n’étaient pas ceux du débat. Question de déontologie : Verso n’est pas un lieu où l’on s’insulte. J’ai donc retiré ce passage après en avoir discuté avec Christian Degoutte.

Je développe : Jean Louis Bernard peut très bien dire de la poésie de Romain Fustier qu’elle manque de vie intérieure et Romain Fustier lui répondre sur le même ton, nous restons dans l’idée d’un débat. L’insulte, c’est la fin du débat.

Christian est un vieil ami qui tient depuis longtemps pour Verso la barre de la revue des revues, sûrement l’une des meilleures dans le paysage des revues de poésie actuellement. O tâche combien exemplaire. Sa collaboration m’est infiniment précieuse, que cela soit dit.

Il est utile de préciser que Romain Fustier tout comme Jean Louis Bernard ont été publiés et chroniqués par mes soins dans Verso.

Verso est un lieu de liberté où paraissent des textes de factures différentes. Un seul critère pour moi : le plaisir du texte.

J’aimerais ouvrir dans Verso une tribune d’idées et de critique où chacun pourrait s’exprimer sur sa conception de la poésie. J’invite Romain Fustier, Jean Louis Bernard et Christian Degoutte à exprimer sur le sujet. Une page de Verso chacun dans le n° 132. A suivre. » (Alain Wexler).

Commentaires : On a le droit de rire. J’ai souvent reproché à mon ami Alain Wexler de vivre sur la planète Verso, sous un capitonnage qui le préserve des bruits du dehors. Dérangé par cette affaire, il la règle au plus vite, sans s’apercevoir qu’il la reconstruit, en particulier à travers une querelle qui n’a jamais eu lieu, entre Fustier et Bernard. Pas un mot en revanche sur la fameuse pipe qui se fendrait à la lecture de nos Itinéraires de Délestage (I.D). On ne saura jamais qui a écrit cette forte pensée, ni au moins qui se sent responsable de ce qui s’écrit tout seul à Verso et qu’en toute hypothèse, (je me console comme je peux) personne n’a jamais pensé. Au final, une farce et un dindon. On s’en remettra.

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mots clés : Wexler Degoutte Bernard Fustier

I.D n° 136 : Pour l’amour d’une pomme de terre

jeudi 11 septembre 2008 [13:33:34]

afiche Cuzco

Les photographies de Jean-Louis Gonterre accompagnent les textes de Jean Foucault dans "Charlotte, Mona Lise et les autres"

Les données semblaient acquises : 2008 avait été déclarée par la FAO année internationale de la pomme de terre (voir les I.D n° 84, 102, 108) et Jean Foucault s’en était fait le propagandiste, multipliant animations, agitation, interventions, comme il en rend compte régulièrement sur son site. En avait fait le projet d’un livre, ce dont je ne pouvais douter, puisque j’acceptai d’en écrire la préface, - ce qui, selon mes principes, m’interdisait d’y revenir, ici et ailleurs. Mais je n’avais pas pris, je l’avoue, la mesure du phénomène (sans que je sache si ce terme convient mieux à définir l’entreprise que son entrepreneur) : début Juillet 2008 donc, à ma stupeur amusée, c’est quatre volumes sur la même thématique qui déboulaient, tous dans la collection Liberté sur Parole aux éditions Corps Puce, dont trois signés de Foucault lui-même, et un quatrième rédigé sous son impulsion, en un laboratoire d’écriture, qui s’était tenu en 2004 à Kibuye (Rwanda): « Lettres ouvertes aux pommes de terre » par un collectif de poètes locaux (volume 18).

C’est en vérité dans cette démesure que se révèle pleinement Jean Foucault, dont on saisit mal la singularité dans une citation. On ne saurait le vanter pour l’originalité de son style, ou pour s’essayer à des formes nouvelle ; plus que poète, peut-être serait-il mieux défini comme un artiste qui utiliserait pour s’exprimer les moyens de la poésie. Saluons-le comme un expérimentateur, en dépit de ce que cette nomination puisse faire grincer les dents à un Jean Louis Bernard : ce qui le caractérise bel et bien, c’est sa démarche : son côté obsessionnel, légèrement allumé, qui d’octobre 1997 à décembre 2003, lui fait tenir le journal de bord de ses rencontres quotidiennes avec une pomme de terre : « une patate et une seule », qu’il « vient voir tous les matins », et dont il s’attache à rendre compte des métamorphoses. Ce qui est saisissant, c’est l’opposition jusqu’au dérisoire entre le grandiose de l’entreprise et le prosaïsme de son objet.

De cette relation particulière avec une tubercule, « qui vieillit sous ses yeux », il va tirer trois livres personnels, un premier constitué de portraits : Charlotte, Mona Lisa et les autres, avec des photos de Jean-Louis Gonterre, et que j’ai donc préfacé (volume 15) ; un traité de Zoopatatologie, (c’est le titre) discours qui, selon l’auteur, tend à analyser poétiquement les esprits animaux de la pomme de terre, telle que révélée par sa peau et ses formes (volume 16) ; la Pomme de terre géographe enfin, qui fait décoller de terre pour une recherche en astrophysique patatoïque. "Ca a toujours kekchose d’extrême, un poème," disait déjà en son temps un connaisseur.

Références : Tous les livres cités, de 8 à 11 € pièce, chez Corps Puce – 27 rue d’Antibes – 80090 – Amiens.
On trouvera sur le site la Toile de l’Un une petite anthologie poétique de la pomme de terre.
Au passage, je fais référence à une mauvaise querelle, cherchée par Jean-Louis Bernard à propos de « L’Expérimentation du vécu », chronique de Romain Fustier dans Décharge 132, et dont on retrouvait récemment des échos déformés et incompréhensibles dans Verso 133.

 

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mots clés : Foucault Bernard Fustier

 
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