articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Je m'aperçois qu'à ce jeu on ne cite guère la Nouvelle Revue Moderne. Manière de mettre en évidence la singularité d'une publication, qui se distingue par ses auteurs ( Julien Campredon, Mimosa ...) et par le ton : l'étrange et l'absurde y sont à leur aise, dans les textes comme dans les collages de Philippe Lemaire ou les chroniques de Phil Fax. Où lire sinon Gérard Farasse ? Ce prosateur subtil, dans le style sourcilleux du rat de bibliothèque, donne toujours l'impression de décrire une Illustration à jamais perdue, une photographie que lui seul a eu le privilège d'apercevoir. A ses côtés, sans que faiblisse la tension d'écriture Romain Fustier nous parle d'"elle", amande et mandarine, la petite voleuse d'oreiller.
Et encore : Ce panorama des revues serait incomplet si l'on ne cliquait sur La Revue du mois. Dernière élue : la revue Travers. Rare et belle. Un monument.
Le dernier numéro d'Ici é là était arrivé dans les délais, mais avait fourni la matière de l'I.D n°189
Pour les références des revues citées dans l'article, on se fiera aux liens qui mènent à leur site respectif.
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Cerises et revues, le mois de juin fut d'abondance. A plusieurs reprises, je fus invité à venir piller des cerisiers amis ; et la semaine précédant le rendez-vous du Marché de Paris, chaque jour apportait sa revue. Point d'orgue, Traction-Brabant parut résumer le contenu du panier (impression qu'il me fallut après coup nuancer, mais qui me fournit le prétexte du présent Itinéraire de Délestage.)
Ces revues sont comme des auberges : elles ne lancent pas d'invitation, sollicitent peu : elles accueillent les poètes de passage, à condition toutefois, volontiers on le supposera, qu'ils montrent une certaine originalité, - ceux-là mêmes qui dans notre revue sont logés au Choix de Décharge. Le rapprochement entre Verso, Liqueur 44, Comme en poésie, la Nouvelle revue moderne et Traction-Brabant permet un instantané sur l'effervescence créatrice actuelle, de repérer les nouveaux auteurs les plus actifs. Thomas Vinau, dont depuis quelque temps j'avoue scruter les écrits avec attention, (et comme moi, Roger Lahu dans Liqueur 44) réussit à publier dans quatre revues, dont ce que je considère pour l'heure comme son chef d'œuvre : « Le Noir dedans », dans le n° 33 de Comme en poésie, où Christophe Esnault sème les petites proses, piquantes, de Quel est ton désir ?, dont la lecture se poursuit dans Traction Brabant.
Dans Verso, toujours la plus rapide à sauter sur les genoux de l'abonné, plaisir de retrouver deux anciens polders : Valérie Harkness, (j'ai parié sur elle récemment : voir l'I.D n° 190), et Fabrice Marzuolo, poète de Paris-banlieue, toujours mordant (et dans Traction Brabant : « La mort est une jupe de plus à soulever »). La Catastrophe de Flojac : collision de trains, de Margot Ohayon, communique une belle émotion ; et Lou Raoul rebondit vers le Choix de Décharge et Traction Brabant (encore).
Tandis que Comme en poésie incline vers la fantaisie ( mais Isabelle Jullian et Catherine Maffaraud trouvent à s'y confronter dans une évocation tragique de Gaza), et l'appréciation par excellence y est d'être déclaré fils ou neveu de Jean L'Anselme (lequel ce trimestre donne son numéro d'enfumeur dans La Nouvelle revue moderne), les poètes dans Traction Brabant sont d'une d'humeur noire ( Noir est une couleur, titre Claire Bruneau) où tranche l'apparente tranquillité d'un Eric Simon :
Jusqu'à maintenant
les choses ne se sont
pas trop mal passées (...)
Marc Bonetto y fait coup double, après le Choix de Décharge ; Thomas Grison, après Verso. Mais on y trouve aussi Marc Thévenin, dont les sonnets me plaisent depuis qu'il a renoncé à rimer ; et dans cette même veine du non-sens, Alfonso Jimenez.
Lequel revient dans Liqueur 44. Fin de dégustation : l'abonnement n'est plus proposé, la publication devient "aléatoire". Ça sent le sapin. J.C Belleveaux, à qui James Sacré en interview en fait voir de toutes les couleurs, y redécouvre la critique d'humeur et passe (deux fois) au lance-flammes les Paupières de Vent d'Anne-Lise Blanchard ; tandis que Roger Lahu s'emballe pour Un oiseau compliqué d'Olivier Bourdelier, aux éditions Tarabuste. Sur un fond de contributions parfois tartinesques, on s'attachera à Prendre quelqu'un dans mes bras, de Valérie Schlée, aux 12 Fantômes de Sébastien Ménard, et aux poèmes en prose d'Eric Allard et ses attaques de première phrase : « Chaque dimanche, je conduis mes enfants au parc à écrivains. » ou « J'ai acheté un presse- méninges. »
(La suite dans la colonne suivante ...:...)
« Tous à Bazoches-du-Morvan », clame en surtitre le dernier Décharge (Juin 2010 – n° 146). L'an passé (certains s'en souviendront), déjà nous y étions. Quelle fête ce fut ! Aussi y retournons-nous, oui, pour cette deuxième édition du 3 et 4 Juillet. Nous, c'est-à-dire le meilleur des cas : à la fois la revue - au salon, et les trois doigts de la main animatrice (on fait ce qu'on peut) : Jacques Morin, Alain Kewès derrière sa Rhubarbe, et moi, qui avais eu l'honneur l'an passé d'ouvrir le bal des lecteurs. Car c'est d'abord à des moments de lecture que sont conviés les visiteurs : Samedi poésies, dimanche aussi ( pour respecter le titre officiel de la manifestation), et si vous aimez pas ça, vous pouvez toujours aller visiter Vézelay.
Je renvoie au site pour les détails, précisions géographiques et horaires. Les invités y seront de première bourre, on peut aller jusqu'à s'étonner de la témérité des organisateurs à faire se cohabiter dans un même programme Bernard Noël et Christian Prigent, Pascal Commère et Joël Bastard, Albane Gellé et James Sacré, Christine Billard et Jean-Christophe Belleveaux, pour lequel nous avons à cet instant le pincement au cœur des parents au moment de la proclamation des résultats du baccalauréat. Cette phrase est peut-être un peu longue ? Je voulais juste rappeler que Jean-Christophe Belleveaux, qui a certes d'autres titres à faire valoir, est le n° 127 de notre collection polder avec Soudures, etc, et que nous jetons toujours un regard ému sur les performances à venir des auteurs que nous avons un jour choisis.
Je note en sus, puisque je suis là à tresser la couronne de laurier, la présence de ce même Jean-Christophe au 6ème potager des Poètes, à Montluçon, durant le week-end du 25 au 27 Juin, où il jardinera en contre-allées aux côtés de Sophie Loizeau, Daniel Biga, et Patricia Cotton Daubigné, chaque membre du quatuor publiant à l'occasion un opuscule : « CHS » pour ce qui concerne Jean-Christophe Belleveaux. Tout renseignement sur la manifestation et les publications (10€ les quatre) à Contre-allées – 16 rue Mizault – 03100 – Montluçon.
Extrait de : Soudures, etc, de Jean-Christophe Bellevaux : – Polder n° 127:
Des chercheurs ont réussi à obtenir un noir quasi absolu
(Sciences et vie n° 1028 – mai 2003)
Je n'ai pas pleuré quand ma grand mère est morte, d'ailleurs j'étais saoul que j'ai appris son décès par téléphone
ça s'est passé en Lozère au camping, dans une caravane, - arrêt cardiaque – tout bête on l'a ramenée de nuit à la maison, installée sur une table réfrigérante
ça lui ressemblait, ce corps un peu lourd, la bouche entrouverte (ou est-ce que je me souviens mal ? la bouche entrouverte c'est peut-être un souvenir de sommeil, de sieste, pas une posture de morte )
ça lui ressemblait bien sûr, mais ce n'était pas elle, ce n'était déjà plus elle
comme ce chat noir et blanc qu'un voisin nous avait rapporté une fin d'après-midi, ce chat de mon enfance heurté et tué par une voiture
« je vous ramène votre chat », paquet à la gueule ensanglantée, ramassé devant chez lui, et qu'il portait maintenant comme un bébé endormi, gauchement
non, ce n'était pas le mien, le mien était vivant
Repères : Yves Artufel, imprimeur et éditeur des Polders promet une grosse chronique-souvenir du 1er festival de Bazoche dans ce qui sera le dernier numéro de sa revue Liqueur 44 (la relève étant assurée par la revue Gros Textes, comme peut-être on sait ). On se le procurera à l'adresse de Gros Textes Fontfourane - 05380 - Châteauroux-les Alpes.