articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Le numéro 134 de Décharge est en bonne voie. A petit feu mijote sur le piano. Est peut-être déjà prêt, allez savoir. (L’entrée des cuisines est interdite à toute personne étrangère au service). Aux dernières nouvelles, ont été précipités dans le bouillon d’assez grosses légumes : Annelyse Simao, Hervé Bougel, (finement coupé en rondelles carrées), Michel Bourçon (sa neuve auréole bleue). Et Claude Held fait la poire.
On y trouvera, selon la formule, les chroniques habituelles, dont – vous pensez bien – les Ruminations, où me voilà comme lancé sur des rails, à poursuivre l’enquête ouverte dans le précédent numéro sur l’utilisation par les poètes des nouvelles technologies et ses conséquences sur la poésie elle-même. Cinq volets sont prévus : l’abondance de la matière fait que n’en sera publié cette fois que le premier : Le poète et l’ordinateur, où déjà se marquent les différences de comportements et de parti-pris, entre audaces de certains et réticences de pas mal d'autres.
De Romain Fustier la réponse est arrivée hors délais, je n’ai pu en tenir compte pour le premier chapitre ; elle apparaît comme médiane par rapport aux écarts entre les pratiques, reflète la position majoritaire actuelle, et je la publie ici comme gourmandise apéritive. Le dernier sera donc le premier, c’est injuste, - mais n’était-ce pas écrit depuis longtemps, je ne sais plus où ?
« Je possède un ordinateur. Je persiste toutefois à écrire mes poèmes sur des blocs 80 feuillets 80g/m2 papier vélin format 10,5 x 14,8 cm made in France, car ils sont au format de la poche latérale de mon sac à dos, adaptés à la taille de mon vide-poches de voiture, de ma table de nuit déjà remplie des livres des autres, de mon bureau encombré de copies chaque année plus mauvaises, et que rien ne vaut le crissement d’un Bic Matic 0.7 sur le dallage des petits carreaux. Le traitement de texte Microsoft Office Word 2003 n’intervient donc qu’au stade des réécritures, qui ne sont d’ailleurs pas des réécritures de fond. Si le poème est moyen après le premier jet, ce ne sont pas les réécritures qui vont le rendre bon. On peut plutôt parler d’ajustement, de dégraissage des mots inutiles, des images tirées par les cheveux, avec ce souci constant d’atteindre un maximum de densité. Le passage de la feuille de bloc à l’ordinateur me permet de prendre également en compte l’aspect visuel de mon texte, son rapport aux blancs. J’opère des modifications dans le poème jusqu’à ce que l’oreille soit satisfaite du rythme et des sonorités, que l’œil glisse sur les courbes du poème avec plaisir. »
Et vous, vous reconnaissez-vous dans cette pratique ?
Repérages : Romain Fustier anime avec Amandine Marembert la revue Contre-allées, l’une des plus recommandables qui soit, à l’heure actuelle (16 rue Mizault – 03100 – Montluçon. Abonnement : 16€). L’un et l’autre de ces auteurs ont été récemment poldérisés par nos soins : n° 130 : le Volume de nos existences, de R. Fustier ; n° 131 : Il pleut dans la chambre cette nuit, d’A. Marembert. En définissant sa pratique comme Expérimentation du vécu (in Décharge n° 132), position qui me semble quasiment relever du bon sens, (« un tableau tout à fait convaincant du paysage poétique contemporain », selon J.C Bellevaux dans Liqueur 44 n° 78) Fustier a provoqué la polémique. Inattendue. On lira sur ce site (voir notre onglet : Tête de gondole) la réaction de Jean Louis Bernard : plus réflexive que réfléchie, de mon point de vue, mais symptomatique.