articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Couvertures signées de Miroslava Lédo (Polder 135) et d’Isabelle Neveux (Polder 136)
Venez, je vous emmène (comme disait...) sur les Polder ouvrir nos poumons au vent de la brise marine... (ah ! foutu romantisme...)
Polder ? Hésitants et novices se reporteront à l’I.D n° 3 ou cliqueront sur l’onglet ainsi nommé présentant notre collection grâce à laquelle aspirants poètes ou méconnus méritants trouvent leur place, c’est du moins notre ambition, à la table commune. Derniers convives, en cette fin d’année 2007 : Claire Bartoli avec Les hommes ne sont pas comme des maisons, en l’opus 135 recommandé par Chantal Dupuy-Denier ; et Ariane Gravier et son énigmatique Bri soutenu par Claire Ceira, en notre 136ème livraison. Mais laissons pour l’heure ces opuscules vivre leur vie et inquiétons-nous plutôt de savoir ce que deviennent les anciens nouveaux-nés.
Le n° 13 de Saltimbanques ! : tout entier consacré à la découverte d’une auteur jusque là inconnue : Ana Igluka, poétesse, illustratrice, chanteuse. Mise en avant peut-être prématurée d’une œuvre qui, à mon avis, demande surtout et d’abord qu’on lui laisse le temps de mûrir. Patience !
La chronique critique y est chasse gardée de Philippe Gicquel, et nos polders y sont à la fête : Serge Delaive, brume de mots et musique d’âme ; Romain Fustier, qui se tient au carrefour de cuisine et du souvenir des Aztèques rendant hommage à l’empereur (commentaire déroutant, qui m’a fait rouvrir ce Volume de nos existences dans la crainte d’avoir raté quelque chose) ; Amandine Marembert, dans sa maison tirée à quatre épingles ; Philippe Blondeau et son écriture tranquille ; les torrents de Patrice Mataverne enfin.
Mais on y note surtout une inclination particulière du revuiste pour l’écriture de Fabrice Marzuolo, dont le nom surnage d’abord d’entre les voix multiples de Verso 129. Puis, à propos de la Diligence ne passe pas avec les aboiements (Polder 133) : " tout ce qui est ramollo, idiot, fleur bleue, gélatino-sentimental, etc... : hop ! shooté tout droit au fond du lavabo ! Et en plus parfois on rigole.."
Comme un terrier dans l’igloo : ressuscite une fois de plus en un n° 92 gonflé à bloc, quadruple, à faire péter les agrafes centrales. Le poézine propose l’anthologie d’une hypothétique Ecole Infraréaliste de Lompret, bal de masques où Guy Ferdinande et Dan tiennent leur partie à visage découvert.
Au final, la Bouquinerie moderne fait la part belle aux revues avant, à son tour, de saluer Romain Fustier, Amandine Marembert dont les pinces à linge auront décidément été très remarquées, et les deux Fabrice : Marzuolo et Maltaverne. Mais c’est le talent de Philippe Blondeau (Dehors -Polder 132), qui ici retient l’attention. Et le bouquineur Ferdinande de conclure : « Ce petit recueil est d’une parfaite originalité, très beau vraiment ! Je ne saurais trop vous le recommander ». Qu’ajouter à cela... !
Seul ce qui, en l’homme, est capable de nommer
approche l’être.
Chantal Dupuy-Dunier est une bonne rêveuse, capable à partir d’un détail de faire surgir tout un pan de réalités. En général, c’est sur un mot, la sonorité de ses syllabes, ou le jambage, une boucle de ses lettres, que s’exerce d’abord cette rêverie, selon une méthode dynamique de mieux en mieux assurée au fil des livres, principalement ceux publiés aux Editions Voix d’Encre, et qu’accompagnent pleine page, miroirs ambigus et féconds, les encres de la fidèle Michèle Dadolle.
Cette fois, Chantal Dupuy-Dunier nous invite au Creusement de Cronce, en cette démarche qui désormais la caractérise, délibérément placée en l’occasion dès la citation inaugurale sous le patronage d’Yves Bonnefoy. Le nom de Cronce s’avère en définitive un ferment poétique aussi actif que celui de Douve, (mot «écrit en filigrane ») à la différence qu’il s’agit ici d’un lieu géographiquement situé, le village même où l’auteur a choisi de s’établir. Comme dans les livres précédents, se déploie d’abord cet imaginaire étymologique déjà évoqué, autour duquel un monde, « en un sensuel consentement », se constitue. Un nom est pierre, il suffit de le soulever pour découvrir un fourmillement, un témoignage des vies qui là dorment, dont il s’agira dès lors de relever les formes et les présences :
Le réel est aussi
ce que fut le réel
un silence plein
Cronce, mot qu’il suffit de prononcer pour le voir surgir entre crocs et ronces, est - pour la jouissance secrète de l’auteur, - le lieu le plus pauvre : caillou du bout du monde, défi jeté à une approche d’archéologue qui va s’évertuer à reconstituer un pays vivant et fécond, de débusquer le cristal caché, d’édifier un territoire plus hospitalier, en le dotant d’un lexique précis et évocateur : glaise et quartz, milan et circaète, cardères et molènes, entre autres richesses cachées.
« Nous disons et inventons Cronce ». Le village recueil grandit sous nos yeux, se projette dans un espace légendaire où « les femmes étaient vouées aux semences », avec ses hommes, « aux braguettes dilatées/ à l’entrée du printemps ». Ainsi va le poète, téméraire chercheur de sens, en une recherche qui n’est pas, comme souvent on l’entend, nostalgie d’un sens perdu et finalement introuvable, mais projection vers l’avant, création. Parmi pierres et mots, Chantal Dupuy-Dunier dénoue les sources, parie la vie.
Chantal Dupuy-Dunier/ Michèle Dadolle : Creusement de Cronce – Voix d’Encre éd. 17€
Avec des extraits d’Ephémérides (à paraître chez Flammarion) et la préface qu’elle a donnée au Polder de Claire Bartoli « Les hommes ne sont pas comme des maisons », Chantal Dupuy-Dunier est également fortement présente dans Décharge 136, où on peut lire, en page dia, la note de lecture de Jacmo sur ce même Creusement de Cronce.