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Il n’est pas interdit de penser que je trace cet Itinéraire de Délestage pour le plaisir d’user d’un titre aussi ronflant. Un peu. Pourtant, si incroyable que cela paraisse, il est advenu une fois, à ma connaissance, que la poésie ait une influence sur la conception d’un bâtiment de bibliothèque. Ce, à Saint-Marcel, près de Chalon-sur-Saône, ce Saint-Marcel où vint mourir Abélard, oui, - s’il faut donner à cette chronique une légère, mais toujours bien venue, touche érudite.
A Saint-Marcel justement, en ce Lire en fête d’octobre 2008, on a célébré le dixième anniversaire de la bibliothèque. Que j’ai vu construire. Et que je visitai alors qu’elle était en voie d’achèvement, en compagnie de l’architecte Marc Daubert, que j’interviewais pour Bourgogne Côté Livre, le magazine du Centre Régional du Livre où je me risquai à publier, sur trois numéros, une étude sur le thème « Architecture et bibliothèque ».
Ce à quoi je ne pouvais qu’être sensible, c’est que parmi les contraintes auxquelles l’architecte dut se soumettre, figurait la prise en compte des lectures de poésie qu’avec le Collectif Impulsions que j’animais, la bibliothèque organisait, et ce, bien avant que son nouveau bâtiment existât. Grâce à Gérard Barbier, le bibliothécaire, cette tradition avait été créée dans la ville, et tacitement, par le lieu même qu’elle édifiait, la municipalité s’engageait à la perpétrer. La plus belle réussite de cette collaboration a été à coup sûr un Festival de poésie en Chalonnais, où nous nous associons à trois communes périphériques de Chalon : Saint-Marcel, Saint-Rémy, Châtenoy-le-Royal que dirigeait la poète Colette Andriot, et au Musée Niepce de Chalon, - festival débaptisé quelques années plus tard en Arbre à Poésie quand le succès aidant, il déborda jusqu’à Macon ou au Creusot, rendant inappropriée son appellation d’origine.
Dans ce bâtiment est donc aménagé un lieu de lectures : un gril technique au plafond le circonscrit, et lors des manifestations s’y ajoutent un rideau de fond, une estrade et quatre projecteurs sur pied, à l’exemple de ceux que nous avons toujours trimballer pour nos interventions, et que désormais – un luxe ! - nous trouvons montés à notre arrivée. Et c’est là qu’il y a quelques jours, Colette Andriot et moi, faisant à cette occasion anniversaire une entorse à nos principes, avons accepté d’être pour une fois invités en tant que lecteurs de nos propres œuvres, dans une soirée dont nous étions aussi les organisateurs.
Gérard Barbier mourut sur la route et ne vit pas sa réalisation. Sans que nous en ayons eu alors conscience, la mort de ce militant discret, incroyablement timide, mais qui m’assurait – ça le faisait rire lui-même, en douce derrière sa main – avoir été un meneur étudiant en 1968, a cassé un ressort de ce qui aurait dû être le développement de la poésie dans notre région. Nous avons certes encore, par la suite, connu de belles soirées, mais jamais nous n’avons retrouvé le public incroyable, qui se pressait dans la salle à manger de la résidence des personnes âgées, lieu où le festival prit son essor : je me souviens qu’on vint se plaindre auprès de moi, l’organisateur, de n’avoir trouvé de places assises et d’avoir dû rester debout en fond de salle, sans même une bonne visibilité de la scène, à cause du nombre de spectateurs. Ce fut une réalité.