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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n° 209 : C'était quand ?

mercredi 7 octobre 2009 [10:40:09]

FdCorniere006

Pour ouvrir la collection Poésie/portrait, quel meilleur choix, en 1984, que François de Cornière !
(ouvrage de Michel Baglin, et seul titre publié de la collection. Atelier du Gué éd.)

« Mieux vaut en rire ». Sous ce bandeau, d'une légèreté désabusée, François de Cornière annonce la fin des Rencontres pour lire, que depuis trente ans il organise à partir de Caen à travers la Normandie. Le 4 et 5 décembre prochain, à la Renaissance de Mondeville, une  der des ders anthologique revisitera le répertoire de trente glorieuses passées au service de la littérature, de l'humour et de la poésie. Quoique, - ce qui à la fois me frappe et ne me surprend guère – les poètes soient à peu près absents de la sélection finale, hors Pierre Autin-Grenier et Hervé Le Tellier, qui le doivent sans doute davantage à leur talent de prosateur et de nouvelliste, à l'instar des autres invités. Si bien qu'il y a peu de chance que les poètes – leurs revues, leurs blogs – fassent écho à cette cessation d'activités, quand bien même ils aient naguère considéré de Cornière comme un de leurs chefs de file, qu'ils l'aient couronné (Prix Guillaume Apollinaire, ou prix RTL / Poésie 1 ), admiré, imité (L'effet de Cornière, auquel j'avais à l'époque consacré une chronique).

Rappel, pour oublieux et jeunes curieux. François de Cornière, auteur-phare des éditions du Dé Bleu dans les années 80, est une des figures représentatives de l'écriture du quotidien, prenant en charge tout en le modulant, y faisant entendre sa petite musique personnelle, l'héritage de Georges Godeau ; mais il fut aussi un animateur hors pair, qui dès les années 70 fit feu de tout bois pour mettre la poésie à portée du plus grand nombre. Entre autres initiatives, la Corde Raide, la plus légère des revues de poésie, que pendant 5 années il expédia comme une lettre à la poste ; une collection de poche aux Éditions L.O Four, où Louis Dubost et Autin-Grenier, Christian Dorrière, Jean Rivet et Dagadès furent publiés; les Rencontres pour lire enfin, ostensiblement tournées vers la poésie dans leurs débuts, et pour lesquelles il sut se créer un emploi : que la poésie exigeât une action permanente et professionnelle était alors, en dehors du monde de l'édition, une idée nouvelle et dérangeante.

Possible que je surestime ce moment, le parallèle avec ma propre évolution est trop évident pour qu'on se fie en toute confiance à mon appréciation ; le fait est que pendant longtemps, en ces années 80, nous fûmes François et moi les seuls à nous être libérés des préoccupations du second métier alimentaire pour servir la poésie à temps plein, et prenant tout deux le parti de l'oralité, avec l'aide de comédiens : pionniers, oui, de ces passeurs consacrés par le Printemps des Poètes dans son récent ouvrage ; réalisant par tâtonnement une aspiration de la génération suivante, de vivre non de notre art (faut pas exagéré !), du moins d'activités relevant de notre art. La chronologie de cette histoire importe.

Aujourd'hui, les poètes ne sont plus invités aux Rencontres. Leur homme-à-tout-faire ne publie plus, s'est détourné de la poésie, coupant les liens avec le milieu, se refusant par ailleurs à commenter cette mise à distance. Cependant, lorsque Jean Rivet, président de l'association qui gère ces Rencontres, doit clore l'aventure par un billet final, sa mémoire le ramène à « ces soirées où la pluie crépitait sur le toit quand on écoutait du Hardellet ou du Norge » ; à se souvenir « de ces absents qui furent invités : Guillevic, Guy Chambelland, Jean Rousselot, Claude Roy, Pierre Sansot. ». Même s'il la nie, le poète François de Cornière aura du mal à échapper à sa famille.

Les Rencontres baissent le rideau, mais François de Cornière n'empoignera pas aussitôt sa canne à pêche de retraité : « L'année 2010 sera entièrement consacrée à l'archivage de 30 ans de travail : enregistrements, photos, affiches... ». Ce souci d'organiser sa sortie rappelle irrésistiblement le soin avec lequel Louis Dubost, son ami et son éditeur, a organisé la fin de ses activités pour le 31 décembre 2009.

Repères : C'était quand : anthologie regroupant les quatre titres de François de Cornière précédemment parus chez le même éditeur. Le Dé Bleu - 1999
François de Cornière : Pour un peu. Coll. Le Farfadet bleu. Éditions de l'Idée bleue – 1999
A propos des Passeurs de poèmes (co-éditions Printemps des poètes/CNDP), lire les Ruminations de Décharge 143 : « les Hussards de la poésie ».

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mots clés : DeCornière Dubost Rivet Autin-Grenier Baglin

I.D n° 242 : Gabriel Cousin coupe le fil

mercredi 24 février 2010 [10:06:15]

A la mémoire de Gabriel Cousin

Seul devant les buts

Comme après un long voyage au cours duquel
les compagnons seraient disparus
j'arrivai seul devant les buts

Recevant du destin la passe magique
j'avais troué foncé attaqué débordé détalé
j'avais couru emportant dérobant
poussant enveloppant dérobant
le ballon ainsi qu'un trésor
J'étais seul devant les buts

C'est alors que j'entrai dans un marécage
la panique m'envahit
mon sang se retira

Comme après un long périple
soudain perdu dans un désert
j'étais seul
aucun équipier pour m'épauler
pour m'assister pour me secourir

Mes pieds s'emmêlèrent
mes muscles se paralysèrent
mes yeux se voilèrent

le ballon disparut

Gabriel Cousin
in Dérober le feu - Le Dé bleu éditeur (1998)

Une seule contribution de Gabriel Cousin dans Décharge : le poème Trêve Olympique dans l'anthologie que j'avais composée à l'intérieur du dossier Le sport, la poésie, du numéro 129 (Mars 2006) et où je signalais également, du même auteur, Courir et Seul devant les buts, à lire dans l'anthologie Dérober le feu, constituée au Dé bleu par Michel Baglin. Une approche moins anecdotique qu'elle peut d'abord paraître, de ce poète dont on connaît l'importance depuis que Georges Mounin dès le milieu des années 50, l'a désigné, avec Frank Venaille et Georges Godeau entre autres, comme de ces auteurs susceptibles de revivifier la poésie française par des thématiques considérées jusqu'alors comme triviales. On lira la préface éclairante de Michel Baglin, qui y rappelle que pour Gabriel Cousin le sport – pas le spectacle médiatisé mais l'effort pour lequel la personne se dépasse et se réalise dans l'harmonie du souffle et de la foulée – fournit le modèle d'une présence plénière au monde : corps et esprit s'y fondent.

Mais je ne doute pas que ces prochains jours d'autres, mieux que moi (je pense particulièrement à Michel Ménassé, depuis longtemps attentif à l'œuvre de ce poète) parleront de Gabriel Cousin, mort ce vendredi 19 Février 2010.

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mots clés : Cousin Ménassé Baglin Mounin Venaille Godeau

I.D n° 275 : J'ai dormi comme un charme. Et vous ?

dimanche 1 août 2010 [09:17:22]

Pas trop douloureuse cette absence d'un mois ? (- Ne répondez pas, je vous en prie, je craindrais trop la sincérité de votre réaction...)

Bref, nous voilà au 1er août... D'abord on se souvient, histoire de faire le joint (oh!) : de Bazoches et de son festival, début juillet, où nous fûmes. Samedi poésies, dimanche aussi : auriez-vous raté ça ? On se reporte sur le site et c'est comme si on y était.

Et puis, Télérama durant ce même mois de juillet s'est à son tour ému des menaces sur le monastère de Saorge et ses résidences d'écrivain ... (voir I.D n° 254). Revenu en Bourgogne, j'avoue que je suis incapable de retrouver cette chronique. N'aurait-elle été accessible qu'aux lecteurs de la région Provence ? Vraisemblable et dommage.

Cependant que Chantal Dupuy-Dunier, jugeant « inacceptables les termes par lesquels Gérard Bocholier (dans la revue Arpa où l'un et l'autre collaboraient), attaquait la collection Poésie/ Flammarion », et dont la note finale de l'I.D n°273 faisait écho, a claqué la porte d'une publication si stupidement agressive...

Sachez aussi que Fabrice Marzuolo a ouvert son blog, où il y déverse ses misères de prétendu poète raté : http://marzuolo.centerblog.net/;

et que le Castor Astral a pris l'initiative de rassembler 134 poèmes de François de Cornière, écrits de 1980 à 2010, sous le titre: Ces moments-là, comme on l'apprend grâce à Michel Baglin et Georges Cathalo sur le site Texture : un fragment de notre histoire, mis à nouveau à portée de main.

Et de neuf, vraiment ? Cette nouvelle voix, tenez : celle d'Andréa Taos (à peine une référence sur internet, vérifiez!), et dont j'apprends que Jacmo, de son côté et sans que je n'en sache à rien, a mis de côté trois poèmes pour un prochain Choix de Décharge (ah! heureux abonnés !) :

     Le Vieux-Colombier

Au zinc le matin, je vois si ma nuque
A dormi de travers, le café noir
Dépose sur mes lèvres le souvenir
Sensuel de ses grains. C'est amer
Et bon dans le jour commerçant
Qui débute. Les gonds ne déraillent pas,
Des volets qu'on enroule, baisers
De fer, toujours les mêmes.

Les filles ont les paupières fardées,
Les mecs, un casque à la main. Les
     clopes
Vite dégainées, on ne peut pas les
     fumer.
J'ai dormi comme un charme. Et vous ?
J'offrirais bien mon chemin de sucre
Aux fourmis, c'est interdit, la cigale
A dansé hier. Mes os sont d'aplomb.
Je souris au miroir et m'en vais
     travailler.

Andréa Taos

A la réflexion, pas vraiment choisi au hasard ce poème-là plutôt qu'un autre, d'Andréa Taos. Ou ce serait oublié la lecture "Au bistrot", récemment donnée à quatre voix et bientôt reprise, où nous manquaient des poèmes écrits au féminin. (Renseignement : Collectif Impulsions. Me contacter)

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mots clés : Taos Dupuy Baglin Cathalo Bocholier

 
mots clés (Les I.D. de Claude Vercey)
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