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Entretien minute avec Daniel Martinez
Afin de comprendre l’enjeu de cet entretien, le lecteur sera bien inspiré de se reporter à notre Itinéraire de Délestage n°12. Les réponses de Daniel Martinez sont extraites, avec son accord, d’un texte plus long et plus détaillé qu’il nous avait adressé.
Claude Vercey : Comment définir les rapports que vous entreteniez avec Jean Rousselot ? Qui étiez-vous pour lui : un ami, un correspondant privilégié, un spécialiste de son œuvre, un fils spirituel ?
Daniel Martinez : Je me considère comme un « correspondant privilégié » de Jean Rousselot. En même temps, il existait entre nous plus qu’une complicité, quelque chose que l’on peut appeler de l’amitié.
Depuis quand le fréquentez-vous (ou fréquentez-vous son œuvre) ?)
Depuis les années 80 et les visites effectuées au Pont traversé, que tenait l’écrivain- libraire Marcel Béalu, qui me le fit découvrir. M’attirait sa vision réaliste du monde au travers de ses poèmes, j’admirais ses traductions (Les Sonnets de Shakespeare particulièrement, parus chez Guy Chambelland et dont je possède le dernier état, c’est-à-dire corrigé de sa main suite à la publication du livre) et la partie biographique. Je lui ai rendu quelques visites (3 ou quatre par années), depuis 1999. C’est Jean L’Anselme qui m’avait confié ses coordonnées.
Depuis quelle époque vous écrivez-vous ? Combien de lettres possédez-vous de lui ?
Nous nous écrivions depuis 1999, précisément, et je possède une trentaine de lettres, de taille variable selon les sujets. Nous communiquions plus volontiers par téléphone. Il était loin de considérer, comme Jean L’Anselme, que le téléphone tue l’écriture. Il évitait avec moi les sujets épineux, trop sensibles, qui touchaient à l’actualité immédiate. Exception, le jour du second tour de la dernière élection présidentielle, il me téléphonait le fameux dimanche vers 9 heures 30 pour me recommander de voter à droite (« ce qu’il faisait pour la première fois de sa vie »).
Avez-vous rencontré Rousselot ? Souvent ?
Une douzaine de fois depuis 1999, - pas en 2004 où sa santé s’était fortement dégradée et où il n’écrivait quasiment plus. Il était alors beaucoup plus dépendant de sa famille, à son corps défendant.
Son humour semble assez particulier. En faisait-il preuve également dans la conversation ? En avez-vous noté d’autres traits dans sa correspondance ? Fréquemment ?
Oui, son humour était assez particulier. Me concernant, il me reprochait d’être trop souvent trop sérieux, sans doute m’estimait-il « coincé ». En fait, j’avais trop grand respect de sa personne et de son œuvre. Il était pince-sans-rire et maniait à merveille l’antiphrase, tant et si bien que son interlocuteur ignorait le moment où il était sérieux.
Dans sa correspondance, il n’hésitait pas à me parler de tel auteur comme d’ »un bâton merdeux » ou à évoquer tel épistolier qui « lui tartinait dix pages là où il arrivait à peine à en lire quatre ». Il ne considérait pas sa correspondance comme entièrement publiable, car les confidences étaient directes et pas seulement littéraires, croyez-le bien...
A lire : notre dossier « la Diérèse Rousselot » in Décharge n° 132. Témoignages et points de vue de Daniel Martinez, Anne-Marie Rousselot et Claude Vercey. Et une lettre et deux poèmes inédits de Jean Rousselot.