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N° 27 : Avis de perturbations passagères dans l’émission des I.D
jeudi 15 mars 2007 [11:06:54]
[Prélude à Poèmes pour toutes les soifs ? Ici, le poète Jean Pierre Verheggen confronté à une bouteille de Marsannay, avant d’affronter le public de la Bibliothèque du cru. (Photo Claude Vercey – Festival Temps de Paroles - Janvier 07]
Avis : en raison des travaux saisonniers auxquels l’ensemble du personnel – poètes et assimilés – est requis, la mise en place des Itinéraires de Délestage (I.D) est délaissée en faveur d’activités publiques. C’est le printemps, vite on tire les poètes de leur soupente pour les étendre au soleil afin qu’ils retrouvent un semblant d’éclat et : se mettent à gazouiller au bord du nid, ces cons d’oiseaux-là.
Dès le début de la semaine, j’ai broyé du Noir (Lecture Dites noir pour voir ) à l’Université de Dijon, et j’ai enfilé ensuite la tenue sportive pour une performance olympique, Au stade du poète, dans la lignée des chroniques Sport et poésie des Décharge 129, 130 et 131. Tout cela dans le cadre du 10ème Arbre à Poésie, festival qui se terminera autour d’un verre avec (création – à cinq voix) Poèmes pour toutes les soifs, ce prochain samedi, 17 Mars, à 19h00 au Café-Photo L’Argentic, de Chalon-sur-Saône. Dégustez-moi ça !
« Le vin partage peut-être avec l’amour le redoutable privilège d’avoir été et d’être encore la chose la plus célébrée du monde » écrit Louis Orizet dans son Eloge du vin. Ne reculant devant la difficulté, Impulsions le verre en main entonne un chant à la gloire du précieux breuvage. Sans toutefois cacher qu’il arrive qu’on se retrouve « à quatre pattes sur le goudron, une seule chaussure au pied » (Pascal Commère). De Baudelaire à Omar Khayyam, des propos d’ivrogne de Jacques Busse à ceux de l’oenophile François Huglo, en passant par Norge, Bettencourt, Pirotte, Desnos et maints autres tasteurs de haut vol, tout se termine au petit bar du coin au coude à coude avec le bon buveur Pierre Autin-Grenier : « Boire un verre, être là, n’avoir pas mal au ventre. Cela convient, cela suffit. L’éternité est inutile. »
En deuxième semaine, j’empoigne ma valise et court à Clermont Ferrand, pour une Semaine de la Poésie qui fête son vingtième anniversaire autour de son créateur, Jean Pierre Siméon. Rencontres avec de nombreuses classes. Et en bonne compagnie, - Louis Dubost, Albane Gellé, Jacques Jouet, Jean-François Manier, - lecture publique le mardi 20 Mars à 18h00 salle Conchon. Si tôt rentré chez moi (quasi), je file revoir la Normandie. Animations à la Bibliothèque de Briouze, le vendredi 30 ; et samedi 31, pérégrination à Durcet le long du Chemin des poètes, nouvelle initiative du sieur Touzeil (Jean Claude).
Et ne me dites pas que vous vous ennuierez en mon absence, puisque les mieux avisés auront à mordre leur galette de Décharge, dont le n° 133 – on me le dit – vient de s’envoler vers ses (z’heureux) destinataires.
En savoir plus sur les manifestations signalées : Se reporter à l’onglet Tête de Gondole de notre site, et aussi pour Clermont-Ferrand : http://publi.auvergne.iufm.fr/ressources/semaine/
mots clés : Verheggen Autin-Grenier Siméon Touzeil
I.D n°45 : L'idée bleue en un ciel d’orage
lundi 18 juin 2007 [09:14:58]
- Y a-t-il encore une place pour la poésie dans le monde d’aujourd’hui ?
- Oui, la place St Sulpice.
Cette année encore, les naufragés de l’édition poétique se donnent rendez-vous Place St Sulpice, à Paris, du 21 au 24 Juin. On est prié de se munir de son gilet de survie, il n’y aura pas assez de canots pour tout le monde.
L’ambiance actuelle, on le sait, est saumâtre, un rien crépusculaire, - dira-t-on fin de siècle ? (les fins de siècle, pure malice de leur part, ne tiennent pas à coïncider avec les dernières années d’un siècle.) Mais c’est bon malgré tout de se sentir vivants et de se compter. (Pourtant, (avis !) je n’en serai pas, - pas assez de motivation, me semble.) Parmi les bons vivants, fleurira – allez-y voir ! - , solide comme le roc, pipe au bec et verre à la main (poétisons un peu), tenant de l’autre la barre de son léger esquif, notre éditeur. Mon ami Louis Dubost.
Avez-vous remarqué qu’il a fallu atteindre l’I. D n° 45 pour que j’en parle ? Mon propre éditeur quand même, et celui de Décharge (et de Jacques Morin, notre coquet directeur, que l’on verra bientôt une Fleur noire à la boutonnière.) ! Ce qui crée sans doute des obligations, mais tout autant (voyez-vous ça !) des scrupules, - le souci de conserver un zest de crédibilité en ne paraissant obnubilé par les livres publiés sous cette enseigne, est-ce bête!
C’est Claudine Bohi (Une saison de neige avec thé) qui sonne la révolte, sous forme d’une lettre de rappel (une piqûre), où elle s’étonne que (par exemple) sur les 280 auteurs que Louis Dubost a mis à son catalogue, une cinquantaine seulement continue, en qualité de lecteurs, à soutenir son travail d’édition. Oh ! Naïve : faut-il attendre davantage des poètes, tellement occupés à poursuivre leur œuvre – et dieu sait qu’une œuvre court vite ! – ? Le lecteur de bonne volonté est quant à lui souvent désorienté par la marée éditoriale. Aidons-le à mettre de l'ordre dans le Bleu de ces Idées.
Pas revoir de Valérie Rouzeau suffit pour éviter la corvée de lire une bonne moitié de la production féminine la plus jeune. Investir à la suite sur un livre du père Godeau (Georges L.), un du fils (de Cornière), et avec une botte de Radis bleus on contournera une jolie proportion de poètes prenant au tragique les menus faits de leur menue vie. Après quoi, s’occuper en toute tranquillité des auteurs s’inventant une écriture personnelle tel Antoine Emaz, Luce Guilbaud, James Sacré ou Alain Wexler. Parmi les derniers publiés, je recommande les Anguilles de Roger Lahu, et Rire parmi les hirondelles d’Alfonso Jimenez. Bref, tout faire pour que le dernier titre paru aux Editions de l’Idée bleue ne devienne pas programmatique, résister oui à la Politique de l’effacement.
Références : Politique de l’effacement : de Michel Bourçon que je considère, malgré un dossier dans le dernier Décharge, (oui, il arrive que nous ne soyons pas d’accord) comme un clone sans humour de Jean Pierre Georges
Vient d’atterrir sur ma table (pas lu donc) Nègre blanche de Sophie G. Lucas, annoncé dans l’I.D 24 et premier livre de l’abonnement 2007. Parce que s’abonner est possible, de 50€ (5 livres) à 100€ : tout renseignement : 6 place de l’église – 85310 – Chaillé sous les Ormeaux. Site (nouveau) : http://lideebleue.unblog.fr
Et pour bientôt, de Jacques Morin : Une Fleur noire à la boutonnière (voir notre Tête de gondole)
mots clés : Dubost Bohi Morin Rouzeau Godeau DeCornière Autin-Grenier Guilbaud Sacré Emaz Wexler Jimenez Lahu Bourçon Lucas
I.D n° 58 : Roulement de ban pour caisse claire
jeudi 6 septembre 2007 [08:55:31]
« Une tronche de tueur de la Costa Brava qui, je peux vous certifier, ne correspond pas du tout au bonhomme » (Roger Lahu in Liqueur 44 – N° 78 -Printemps 07)
Au chapitre des Dia (réduction de Diaphragmes, équivalent de Notes de lecture selon le parler Jacmot ) du plus récent Décharge (n° 134), l’un se signale par son exceptionnelle longueur, qui rend compte du livre d’Antoine Emaz : Caisse claire, paru en poche dans la collection Points, où il côtoie Paul Celan et Roberto Juarroz, y reçoit le même traitement que E.e Cummings ou Aimé Césaire, et cela, notablement, en grillant l’étape qui jusqu’alors paraissait obligée : celle d’une publication préalable chez un prétendu grand éditeur, duquel le passage à la collection de poche correspond peu ou prou à l’élévation à un grade supérieur dans l’ordre des honneurs ès arts-et-lettres. Un évènement, dont il se peut que je force un tantinet la signification : conséquence d’une certaine allégresse, tant il me plait d’y voir comme un signe de reconnaissance du travail de découverte des petits éditeurs, (le Dé Bleu, - qui pouvait déjà s’enorgueillir du passage des Radis Bleus, de Pierre Autin-Grenier, en Folio - Tarabuste, Deyrolle, Fourbis, les Editions en Forêt, Inventaire/invention l’auront au final imposé), et, dans l’élan, une confirmation de nos propres parti-pris.
Jacques Morin n’est pas peu fier de rappeler que Décharge fut le premier à accueillir, dans son n° 21 (Mai 1984), celui qui alors signait Empatz. La curiosité m’a amené à revenir à ce numéro, qui s’inscrit désormais dans la légende Décharge.
La revue, alors bimestrielle, compte 32 pages, d’une frappe inégale, sous sa couverture kraft : les chroniqueurs en sont Paul Quéré, Christian Arthaud, François Caussèque, Jean Pierre Lesieur et Hervé Merlot : « La première fois que j’ai rencontré Jacques Morin, c’était à la terrasse d’un café, un 11 novembre à Paris. J’y avait accompagné « la » Mafaraud, invitée dudit Jacmo à son émission Micropoésies, » - laquelle Mafaraud (voyez le hasard. Mais est-ce un hasard ?) figure encore au sommaire de notre prochaine livraison (actuellement sous presse): Jacmo a l’amitié et l’admiration tenaces. Déjà en place : le choix de Décharge (on y lit Vincent Hamel et Jeannine Salesse) et les Dia où la revue l’Arbre à Poésie est découverte en son quarante-neuvième numéro (celle-là même choisie comme Revue du mois d’août 07 sur notre site), est salué le passage de flambeau entre Claude Seyve et Alain Wexler à Verso ; et notulés les livres de Jehan Van Langhenoven, José Galdo, Jacques Josse.
De ce numéro 21, Mur, Paroi d’Antoine Emaz, alias Empatz, constitue la pièce maîtresse. Annoncé comme telle en page 4 de couverture, ce texte est offert sans présentation ni commentaire, si tôt après l’ouverture de Paul Quéré, comme s’il ne pouvait que s’imposer de lui-même : une extraordinaire marque de confiance pour cet ensemble de fragments en prose provenant d’un inconnu, une belle audace de Jacques Morin. Certes, pour qui connaît l’écriture d’Antoine Emaz, ces pages frappent par leur proximité d’avec Guillevic, à qui elles empruntent titre et thématique, mais non l’économie de moyens, qui comme on sait deviendra bientôt la griffe même de l’auteur de Caisse Claire.
mots clés : Emaz Lahu Merlot Autin-Grenier Guillevic
I.D n° 209 : C'était quand ?
mercredi 7 octobre 2009 [10:40:09]
Pour ouvrir la collection Poésie/portrait, quel meilleur choix, en 1984, que François de Cornière !
(ouvrage de Michel Baglin, et seul titre publié de la collection. Atelier du Gué éd.)
« Mieux vaut en rire ». Sous ce bandeau, d'une légèreté désabusée, François de Cornière annonce la fin des Rencontres pour lire, que depuis trente ans il organise à partir de Caen à travers la Normandie. Le 4 et 5 décembre prochain, à la Renaissance de Mondeville, une der des ders anthologique revisitera le répertoire de trente glorieuses passées au service de la littérature, de l'humour et de la poésie. Quoique, - ce qui à la fois me frappe et ne me surprend guère – les poètes soient à peu près absents de la sélection finale, hors Pierre Autin-Grenier et Hervé Le Tellier, qui le doivent sans doute davantage à leur talent de prosateur et de nouvelliste, à l'instar des autres invités. Si bien qu'il y a peu de chance que les poètes – leurs revues, leurs blogs – fassent écho à cette cessation d'activités, quand bien même ils aient naguère considéré de Cornière comme un de leurs chefs de file, qu'ils l'aient couronné (Prix Guillaume Apollinaire, ou prix RTL / Poésie 1 ), admiré, imité (L'effet de Cornière, auquel j'avais à l'époque consacré une chronique).
Rappel, pour oublieux et jeunes curieux. François de Cornière, auteur-phare des éditions du Dé Bleu dans les années 80, est une des figures représentatives de l'écriture du quotidien, prenant en charge tout en le modulant, y faisant entendre sa petite musique personnelle, l'héritage de Georges Godeau ; mais il fut aussi un animateur hors pair, qui dès les années 70 fit feu de tout bois pour mettre la poésie à portée du plus grand nombre. Entre autres initiatives, la Corde Raide, la plus légère des revues de poésie, que pendant 5 années il expédia comme une lettre à la poste ; une collection de poche aux Éditions L.O Four, où Louis Dubost et Autin-Grenier, Christian Dorrière, Jean Rivet et Dagadès furent publiés; les Rencontres pour lire enfin, ostensiblement tournées vers la poésie dans leurs débuts, et pour lesquelles il sut se créer un emploi : que la poésie exigeât une action permanente et professionnelle était alors, en dehors du monde de l'édition, une idée nouvelle et dérangeante.
Possible que je surestime ce moment, le parallèle avec ma propre évolution est trop évident pour qu'on se fie en toute confiance à mon appréciation ; le fait est que pendant longtemps, en ces années 80, nous fûmes François et moi les seuls à nous être libérés des préoccupations du second métier alimentaire pour servir la poésie à temps plein, et prenant tout deux le parti de l'oralité, avec l'aide de comédiens : pionniers, oui, de ces passeurs consacrés par le Printemps des Poètes dans son récent ouvrage ; réalisant par tâtonnement une aspiration de la génération suivante, de vivre non de notre art (faut pas exagéré !), du moins d'activités relevant de notre art. La chronologie de cette histoire importe.
Aujourd'hui, les poètes ne sont plus invités aux Rencontres. Leur homme-à-tout-faire ne publie plus, s'est détourné de la poésie, coupant les liens avec le milieu, se refusant par ailleurs à commenter cette mise à distance. Cependant, lorsque Jean Rivet, président de l'association qui gère ces Rencontres, doit clore l'aventure par un billet final, sa mémoire le ramène à « ces soirées où la pluie crépitait sur le toit quand on écoutait du Hardellet ou du Norge » ; à se souvenir « de ces absents qui furent invités : Guillevic, Guy Chambelland, Jean Rousselot, Claude Roy, Pierre Sansot. ». Même s'il la nie, le poète François de Cornière aura du mal à échapper à sa famille.
Les Rencontres baissent le rideau, mais François de Cornière n'empoignera pas aussitôt sa canne à pêche de retraité : « L'année 2010 sera entièrement consacrée à l'archivage de 30 ans de travail : enregistrements, photos, affiches... ». Ce souci d'organiser sa sortie rappelle irrésistiblement le soin avec lequel Louis Dubost, son ami et son éditeur, a organisé la fin de ses activités pour le 31 décembre 2009.
Repères : C'était quand : anthologie regroupant les quatre titres de François de Cornière précédemment parus chez le même éditeur. Le Dé Bleu - 1999
François de Cornière : Pour un peu. Coll. Le Farfadet bleu. Éditions de l'Idée bleue – 1999
A propos des Passeurs de poèmes (co-éditions Printemps des poètes/CNDP), lire les Ruminations de Décharge 143 : « les Hussards de la poésie ».
mots clés : DeCornière Dubost Rivet Autin-Grenier Baglin