articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
I.D n°3 : « Éclairons le Polder »
lundi 20 novembre 2006 [13:20:31]
Avant même que s’ouvre l’espace sidéral de ce présent site, dont on n’imagine désormais sans effroi la vertigineuse et irrésistible expansion, le système Décharge n’était pas simple, et même un poil rebutant pour qui le rencontrerait au hasard d’Internet et d’une souris aventureuse. On y use volontiers en effet d’un vocabulaire assez singulier, ésotérique parfois, dont le sommet semble avoir été atteint lorsque le rédac-chef décida d’affubler les amoureux de la poésie et les poètes eux-mêmes du titre de Palefreniers du Rêve. (Prière néanmoins de libeller vos chèques à cet ordre, merci).
Contentons nous pour l’heure de braquer puissamment notre lunette sur le terme énigmatique de Polder. Il désigne en fait un très innocent livret de 40 à 50 pages, d’un format de 14 cm sur 10, trimestriellement dédié à un poète, peu lu jusqu’à cet évènement éditorial, voire un auteur méconnu (mais important quand même). On pourrait donc, sans trop forcer sur l’image, définir ces Polders comme autant de satellites tournant autour du foyer central, qu’est la revue. La formule, d’un volume par trimestre, présentement adoptée après divers avatars qui appartiennent à notre histoire, nous plaît et à la fois nous préoccupe. Nous plaît parce qu’elle répond à une fonction de toute revue qui est d’organiser le présent en vue de décrypter l’avenir. On ne gagne pas à tout coup, de certains auteurs élus avouons que nous avons perdu toute trace, mais à ce qui pourrait paraître comme notre palmarès sont accrochés les noms d’Armand Olivennes et Valérie Rouzeau, de Gaston Criel et Michel Merlen, d’Alain Malherbe et de Catherine Maffaraud. Entre autres. Et cette formule par ailleurs n’est pas sans nous préoccuper car, contrairement à ce que facilement on imaginerait, nous ne sommes point submergés par les manuscrits et conséquemment, déroutant constat, il nous arrive de craindre de ne pouvoir tenir le rythme de quatre publications par an. Donner un ensemble de 40 pages qui se tient n’est pas, il faut croire, chose facile.
Ces livrets sont une de nos fiertés, à tel point que volontiers nous rendrions compte du monde poétique par un distinguo entre ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas, entre ceux qui en ont un et ceux qui en ont deux (On ne peux pas en avoir plus de deux, c’est la règle). Je parle toujours de Polders, vous suivez ?
Yves Artufel fut publié dans ce cadre. Une fois. « Il faut repeindre le moteur », c’était le titre et le programme de son polder (n° 101). On peut penser que le moteur fut repeint puisque Artufel fait paraître à ces propres éditions, Gros Textes pour ceux qui l’ignoreraient, « ma Vie en rose ». Dont il semble qu’elle ne soit pas sans épines. Je cueille cet aphorisme (c’est en fait un bouquet d’aphorismes), triste et beau comme du Jean Pierre Georges : « Je n’aurai fait que monter une à une les marches qui descendent au tombeau ».
Oui, objecterez-vous, mais pourquoi d’entre tous les polders évoquer celui-ci ? Parce qu’en tant qu’imprimeur-éditeur, Yves Artufel coproduit aujourd’hui avec Décharge ces précieux opuscules. Cette précision, vous le concèderez, valait le détour.
Bonnes Adresses : Editions Gros Textes : Yves Artufel – la cave de Fontfourane – 05380 – Châteauroux les Alpes. Sauf exception, les livres sont vendus 6€.
mots clés : Artufel
I.D n°4 : Repeindre le moteur
mardi 26 décembre 2006 [09:17:23]
Allons repeindre l’horizon d’un mouvement lent des mâchoires, ruminants que nous sommes. Un chemin de mousse serpente sur ce versant. C’est une belle promenade en compagnie des vaches. On rumine, on se lave la mémoire à grandes eaux. On germe dans un petit couloir, on maquille la douleur, on lessive l’espérance. L’abîme cogne contre le château des évidences, je dresse mes soirs de brume, les chaussures de ma pesanteur, l’alcool des nuits illisibles, le balancement des squelettes, la fleur d’ennui qui poétise le tourment. Mon chant casse la croûte dans la bouche des ruminants, s’imbrique à l’œuf sidéral. A chaque ligne c’est comme si je dictais mes dernières volontés. Je remplis le petit cochon rose, la tirelire d’instants à paître. Le moteur tourne en harmonie avec le désir. On a bien oublié un sac ou deux dans une chambre passée mais... Les jours s’en vont toujours sur un chemin pavé d’amphores.
Yves Artufel : Il faut repeindre le moteur
Extrait de : Polder n° 101, inclus dans Décharge n°101 (1er trimestre 1999).
mots clés : Artufel
I.D n°227 : Dix-sept, à gauche, dans l'igloo
mercredi 23 décembre 2009 [09:46:10]
Une formule originale de publication : trente exemplaires papier destinés aux auteurs ont été tirés; et toute personne désireuse de se procurer le numéro le recevra copie conforme sous forme de fichier pdf gratuit en s'adressant à l'adresse : guy.ferdinande@neuf.fr
Non, ce n'est pas une variation sur le thème du Rouge évoqué dans l'I.D 225, mais l'écho à une production du Rewidiage, de Dan et Guy Ferdinande, lequel a soumis ses correspondants à la question : Pour nous, au fond, c'est quoi être de gauche ? , question que je vous suggère de garder en réserve au cas où vous jugeriez un peu trop mornes vos prochains réveillons.
Dix-sept convives (le plan de table est sur la couverture. J'en suis : au fond naturellement, à gauche). Qui soliloquent, philosophent, exposent leurs convictions et leurs doutes, sous le titre de Quelle France, préféré au label habituel de L'Igloo sous la dune, en un écart significatif, comparable me semble-t-il, à celui récemment creusé par Yves Artufel entre Liqueur 44 et la nouvelle formule de Gros Texte, ou entre l'ancien Parterre Verbal de Jean-Michel Bongiraud et ses récentes Pages insulaires. (toute publication dûment recensée dans la revue du mois, chronique à laquelle je renvoie), bref un glissement remarquable du centre d'intérêt des revuistes, qui mériterait un examen plus approfondi, mais que provisoirement je baptiserai : Sortie des artistes, entrée des penseurs. J'ai l'impression que le texte de Charles Pennequin parle de cela.
Charles Pennequin compte parmi les contributeurs de Quelle France, avec un long texte rythmé à débit rapide, qui a dû après coup le laisser insatisfait, puisqu'il en rédigea une seconde mouture. Laquelle par la force des choses demeure inédite, (Guy Ferdinande la joint pour l'heure à ses envois internautiques). Avec l'autorisation de l'auteur, j'en reproduit ici la dernière partie.
Charles Pennequin : (...) L'humain sera un jour le mauvais souvenir de l’univers. Son triste sire en quelque sorte. Le cogito ergo sum pourrait se mettre ça dans le crâne. Tenir enfin ce genre de discours. Mais il n’y a pas de discours qui vaille. Il n’y a pas de pensée non plus. Penser ne tient pas debout. Penser ne fait rien tenir. Et dès qu’on pense à l’humain on dit une connerie. Penser est bon pour la connerie. Car penser est un rêve de poète. C’est-à-dire de vilain canard boiteux. Penser est en vérité une rigolade. Et les philosophes se sont bien foutus de notre poire. Car penser n’existe pas du tout. Quand vous voyez un philosophe penser, vous entendez tout de suite des mots. Une enfilade de mots. Et cette enfilade ne va pas. Il nous faudra une autre enfilade, pour contredire la première enfilade. Penser c’est faire de l’enfilade. C’est suivre un fil. Mais le fil de l’enfilade est contredit par un autre fil d’enfilade. Et toutes les enfilades qui s’enfilent contredisent la longue file d’enfilade. Cette même longue file d’enfilade qui contredisait déjà tout ce qu’on avait pu s’enfiler d’avance. Penser est donc prendre une longueur d’avance. Une avance sur recette comme on dit, sur ce qui sera complètement anéanti. Donc, penser à l’avance ne sert à rien qu’à préparer le futur anéantissement de sa propre parole. Il n’y a pas d’autre projet que d’anéantir sa propre parole dans la longue file d’enfilade de mots. Tous les mots qu’on nous a donnés pour nous taire. Tous les mots qu’on a voulu parler pour une bonne fois se taire. Penser est finalement la meilleure manière de fermer sa gueule.
Charles Pennequin
Référence : Chez Dan et Guy Ferdinande – 67 rue de l'église – 59840 – Lompret - on peut se procurer les numéros passés de Comme un Terrier dans l'Igloo sous la dune.
mots clés : Ferdinande Pennequin Artufel Bongiraud
I.D n° 269 : Demain, Bazoches
dimanche 20 juin 2010 [08:48:32]
« Tous à Bazoches-du-Morvan », clame en surtitre le dernier Décharge (Juin 2010 – n° 146). L'an passé (certains s'en souviendront), déjà nous y étions. Quelle fête ce fut ! Aussi y retournons-nous, oui, pour cette deuxième édition du 3 et 4 Juillet. Nous, c'est-à-dire le meilleur des cas : à la fois la revue - au salon, et les trois doigts de la main animatrice (on fait ce qu'on peut) : Jacques Morin, Alain Kewès derrière sa Rhubarbe, et moi, qui avais eu l'honneur l'an passé d'ouvrir le bal des lecteurs. Car c'est d'abord à des moments de lecture que sont conviés les visiteurs : Samedi poésies, dimanche aussi ( pour respecter le titre officiel de la manifestation), et si vous aimez pas ça, vous pouvez toujours aller visiter Vézelay.
Je renvoie au site pour les détails, précisions géographiques et horaires. Les invités y seront de première bourre, on peut aller jusqu'à s'étonner de la témérité des organisateurs à faire se cohabiter dans un même programme Bernard Noël et Christian Prigent, Pascal Commère et Joël Bastard, Albane Gellé et James Sacré, Christine Billard et Jean-Christophe Belleveaux, pour lequel nous avons à cet instant le pincement au cœur des parents au moment de la proclamation des résultats du baccalauréat. Cette phrase est peut-être un peu longue ? Je voulais juste rappeler que Jean-Christophe Belleveaux, qui a certes d'autres titres à faire valoir, est le n° 127 de notre collection polder avec Soudures, etc, et que nous jetons toujours un regard ému sur les performances à venir des auteurs que nous avons un jour choisis.
Je note en sus, puisque je suis là à tresser la couronne de laurier, la présence de ce même Jean-Christophe au 6ème potager des Poètes, à Montluçon, durant le week-end du 25 au 27 Juin, où il jardinera en contre-allées aux côtés de Sophie Loizeau, Daniel Biga, et Patricia Cotton Daubigné, chaque membre du quatuor publiant à l'occasion un opuscule : « CHS » pour ce qui concerne Jean-Christophe Belleveaux. Tout renseignement sur la manifestation et les publications (10€ les quatre) à Contre-allées – 16 rue Mizault – 03100 – Montluçon.
Extrait de : Soudures, etc, de Jean-Christophe Bellevaux : – Polder n° 127:
Des chercheurs ont réussi à obtenir un noir quasi absolu
(Sciences et vie n° 1028 – mai 2003)
Je n'ai pas pleuré quand ma grand mère est morte, d'ailleurs j'étais saoul que j'ai appris son décès par téléphone
ça s'est passé en Lozère au camping, dans une caravane, - arrêt cardiaque – tout bête on l'a ramenée de nuit à la maison, installée sur une table réfrigérante
ça lui ressemblait, ce corps un peu lourd, la bouche entrouverte (ou est-ce que je me souviens mal ? la bouche entrouverte c'est peut-être un souvenir de sommeil, de sieste, pas une posture de morte )
ça lui ressemblait bien sûr, mais ce n'était pas elle, ce n'était déjà plus elle
comme ce chat noir et blanc qu'un voisin nous avait rapporté une fin d'après-midi, ce chat de mon enfance heurté et tué par une voiture
« je vous ramène votre chat », paquet à la gueule ensanglantée, ramassé devant chez lui, et qu'il portait maintenant comme un bébé endormi, gauchement
non, ce n'était pas le mien, le mien était vivant
Repères : Yves Artufel, imprimeur et éditeur des Polders promet une grosse chronique-souvenir du 1er festival de Bazoche dans ce qui sera le dernier numéro de sa revue Liqueur 44 (la relève étant assurée par la revue Gros Textes, comme peut-être on sait ). On se le procurera à l'adresse de Gros Textes Fontfourane - 05380 - Châteauroux-les Alpes.
mots clés : Belleveaux Artufel