articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
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et du plus récent recueil d'Armand le Poête
Armand aime Violette : Mes plus beaux poêmes d'amour chez Gros Textes nous l'apprenaient dès 2000. Mais Violette aime-t-elle Armand ? Les Nouveaux poêmes d'amour, à la Rumeur libre (déc. 2008) - une manière de tome 2 du précédent recueil, - n'apportent toujours pas de réponse. Dommage. Au moins, acquière-t-on une certitude : Armand aime Violette “pour toujours”.
Je reviendrai sur cette parution, et me contente pour l'heure de rectifier une imprécision bibliographique : la première plaquette d'Armand le Poète, publiée en avril 1995 par Claude Seyve dans sa collection au label imprononçable de vr/so, n'était point intitulée Sans titre (eh non!) mais bien Poésies. D'où sont extraites les précieuses gouttes de rosée philosophique qui suivent. (Remarque : Les fôtes d'ortograffe sont autant de preuves de l'authenticité du texte.)
Poésies, d'Armand le Poête
La vie sa dure quelques années
c'est rarement drole et
et y'a jamais du rabe
*
pourquoi faire de la poésie
quand on peut ne rien faire disait
ma mère qui régulièrement
n'avait rien à faire
sinon moi
*
c'est amusant de voir
les photos en famille
il y a les morts
et les pas encore morts
*
ma mie me dit
tes poèmes sont à chier
j'en fais un poème
elle commente
tes poèmes sont à chier
sa sarange pas
j'en fais un poème
elle recommence
tes poèmes sont à chier
ma mie préfère les chansons
une catastrophe
*
un poême n'est jamais
qu'un poême
un poête est toujours
beaucoup plus qu'un poête
un escargot un escargot
A.le P.
Après coup : J'en apprends de belles...! Qu'Armand le Poète a un site officiel. Si ! http://patrick.dubost.free.fr/armand_le_poete.htm
Il y a deux manières de rendre compte des écrits d'Armand le Poète : l'une est de se faire complice du jeu de masque ; l'autre est de les présenter pour ce qu'ils sont, une branche de l'œuvre de Patrick Dubost, sous le nom duquel, concomitamment aux Nouveaux poêmes (sic) d'amour dudit Armand, signalés dans l'I.D précédent (n° 187), la Rumeur libre, publie )le Corps du paysage( .
Cette égalité de traitement éditorial fait signe : Armand le Poète, divertissement discrètement érudit longtemps publié en marge, est-il en passe d'échapper à son créateur, voire de lui faire de l'ombre ? Si bien qu'on se demandera si désormais ce n'est pas Patrick Dubost qui écrit dans les marges d'Armand. Mais on pourra aussi apprécier qu'il est habile de jouer sciemment sur deux tableaux, en direction de deux publics qui s'ignorent .
) le Corps du paysage ( affiche ses ambitions de modernité, avec cette utilisation inversée des parenthèses, qui apparaît dans le titre et qui va se systématiser dans le corps du texte, donnant à lire une prose à trous, regroupée en courts paragraphes, chacun faisant narration, sans que celle-ci soit poursuivie dans le paragraphe immédiatement suivant. Ces proses trouées prennent des allures de cut-up, - cut-ups assez illusoires puisque malgré les parenthèses et les blancs, ni la logique grammaticales, ni le sens des phrases ne s'en trouvent gravement affectés : cela ressemble davantage à un brouillon corrigé, ou à des citations rectifiées, où la place des mots gommés resterait marquée et vide.
) je sors du cellier ( ) une fenêtre sur ma droite ( ) une bibliothèque encastrée sous un escalier de bois puis toujours en tournant ( ) un meuble bas, une fenêtre ( ) première lueur du jour ( ) la végétation envahit tout ( ) un sentier se perd entre des buissons d'un ou deux mètres de haut (
On notera que chez Armand aussi les corrections jouent un rôle d'importance, à la différence qu'elles sont conservées dans des vers dont elles font le charme, au même titre que la graphie désormais si reconnaissable et les fautes d'orthographe. Et malgré le hérissement des parenthèses, qui pimentent et trouent sagement la prose du ) corps du paysage (, - parenthèses qui me semblent, somme toute, davantage un signe de connivence entre tenants d'une certaine radicalité d'écriture qu'une audace véritable (je n'ai sans doute pas l'imagination du commentateur de Sitaudis pour qui ce texte envoie à « l'univers onirico-réaliste et mystique du grand cinéaste Andreï Tarkovski”), - c'est à mon sens dans sa confrontation avec les Nouveaux poêmes d'amour que le livre signé Dubost prend son relief, et l'on s'étonnera peut-être que l'esprit parodique que l'on prête spontanément à l'un contamine l'autre, et qu'il n'est pas si certain, au bout du compte, qu'Armand le Poète soit le seul à poser la question, si moderne, de la bêtise.
Car Armand est bête, de cette bêtise tranquille et immodeste de poète sentimental écrivant une poésie déclassée, ringarde, qui en fait rire plus d'un. Mais de la plume duquel pourtant, comme de la bouche des enfants, échappent des perles. A la manière des Deschiens, à la fois condescendants et tendres pour leurs personnages, Patrick Dubost tire les ficelles de sa marionnette, en cet art increvable du travestissement et de la mystification qui, comme on sait, à Lyon fleurit de longue date.
je baise ma mie
je la baise et la rebaise
on n'en finit pas les siècles
on est increvable
lisait-on dans ses premières Poésies, chez vr/so en 1995, à une époque où Armand ne publiait pas encore ses repentirs (apparents et calculés, n'en doutez plus). Car le moindre des paradoxes est que cette poésie, plus réfléchie qu'elle l'avoue, ait évolué jusqu'à pouvoir prétendre aujourd'hui relever de l'art brut et s'afficher comme tel. C'est dans ce jeu de camouflage, de faux aveux et de niaiserie érudite, que se cache ici le plaisir de la lecture.