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Rouge vu par Dimitri Vazemsky
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A partir du 15 Janvier, la Bourgogne voit rouge, non pas tant dans les vitrines des magasins de fringues ( le rouge, sur le noir dominant depuis plusieurs années, y est fort présent, avez-vous remarqué ?), ni au fond des verres ( le phénomène y est constant), mais dans les bibliothèques partenaires du Festival Temps de Paroles. « Le mot rouge convient parfaitement pour tout dire », a affirmé, peut-être imprudemment, James Sacré : le poète y sera est pris au mot.
La démonstration intéressera Dijon, la Côte d'Or et toute la Bourgogne ( programme à découvrir bientôt sur le site de l'association organisatrice La Voix des Mots). A Chalon-sur-Saône (cédons au chauvinisme local), Écrivains en scène fait événement à la bibliothèque municipale où quatre romanciers, le samedi 30 Janvier, liront, débattront, s'égratigneront peut-être, sous l'œil arbitral d'Alexandre Gefen. Autour de l'événement, le collectif Impulsions et ses complices font monter la fièvre : projection du film United Red Army ; lecture et dégustation de rouge en librairie, rencontres avec Luce Guilbaud à la B.M de St Marcel, avec James Sacré à celle de St Rémy.
Et les Éditions du Temps des Cerises (goutez l'à-propos !) mettront à profit toute cette agitation pour lancer une anthologie : Et si le rouge n'existait pas ? On comprendra que dans un tel contexte tout ce qui est rouge m'arrête, comme ce poème de Pierre Anselmet, jeune auteur quasi inconnu, dont le rouge Pollock me fait songer au Rouge Rothko, de Françoise Ascal ( I.D n° 194) :
Je viens de voir le film de Jackson Pollock
A l'instant
Et ce
Cette fébrilité c'est quelque chose
Du jamais vu !
C'est mon corps
Mon putain de corps qui danse
Qui rêve
Et qui mousse et me noie sous des tonnes de questions
Et pleure
Et me saute au cou
Et Pollock est pur génie
Et mon corps vient de lui dire merci
En explosant
*
Je sais tout à présent
Moi
Qui n'y connais rien en peinture
Mon corps sait tout
Mon corps est un visionnaire
Est une couleur
Est une touche
Est un grand bombardement de gouache et de sang
Il pisse rouge
Il se lave dans l'océan
Il se tord et c'est à ça que doit ressembler l'art :
A un tas d'organes colorés
(Les miens
de préférence)
Pierre Anselmet
Cliquer sur l'image pour obtenir dans son intégralité l'affiche de Temps de paroles 2010
Si s'est constituée, au fil de ces I.D, une anthologie Rouge, ce ne fut pas prémédité. La faute, on le devinera, à ce Festival Temps de Paroles qui, après un mois de présence et 70 manifestations en Bourgogne, s'achève ce 14 février 2010, avec la venue à Chenôve (21) de Françoise Coulmin, responsable compilatrice de l'anthologie : « Et si le rouge n'existait pas? » aux Éditions du Temps des Cerises, et de Francis Combes, l'éditeur.
Ainsi, presque malgré moi, mais tout de même avec cette part de jeu hors de laquelle j'imagine mal l'activité poétique, ai-je été attiré depuis le début de l'année par tout ce qui bougeait rouge. Ai-je réussi à tout dire, comme le suggérait la phrase incitatrice de James Sacré ? Sûrement pas, même si cette anthologie modeste, qui aura eu l'avantage d'avoir donné la parole à des auteurs rares ou méconnus, m'aura permis des grands écarts entre le Rouge Pollock de Pierre Anselmet (I.D n° 225) et le Rouge Haïti, le Rouge aimé, de Gary Klang (I.D n° 232), le Rouge baiser de Patrice Angibaud et le Rouge-gorge de Luce Guilbaud (I.D n° 234), et je ne compte pas pour rien l'excitante rencontre avec le plasticien Dimitri Wazemski et le poids de ses lettres (I.D n° 225).
Je verse aujourd'hui à cette diversité le Rouge sang de Diane Meunier, extrait d'Abattre les cathédrales, manuscrit inédit à cette heure.
Le sang du monde ne s'efface pas ne se lave pas
le monde restera rouge
on ne peut pas laver le sang
on ne doit pas il ne faut pas
S'il reste un peu de blanc comme les dents les mains
les nuques les yeux
il faut les laver avec du sang
dans le sang
Et les animaux et les arbres et les insectes et les fleurs
les laver de leur sang avec notre sang
tremper nos mains dans le sang
leur sang
notre sang
puisque nous sommes faits ainsi
par le sang pour le sang
faire que la nuit nous baigne de sang dans le sang
et que le jour nous trempe de sang
tout ce sang
Et que l'eau ne lave pas le sang
jamais
il ne faut pas on ne doit pas
et le sang recouvre l'eau
qui devient sang
Diane Meunier – extrait de : Abattre les cathédrales.
Repères : Diane Meunier, comédienne, chanteuse, poète, éditrice de "livres d'artiste" artisanaux, de poésie et textes divers (13 à ce jour - voir le blog de L'Écrit de la chouette). Auteure et interprète, avec Thierry Lefever, de cinq albums de chansons pour enfants. Les I.D avaient déjà rencontré Diane Meunier lors de la publication de PHV Haute Résistance n° 1, entièrement dédié à André Laude. (I.D n° 155)
Couverture : Julien Malardenti.
A l'intérieur du livret, ses dessins accompagnent et interprètent les récits d'Etienne Paulin.
Entrez donc, la place est occupée. Venez ne rien faire ici, c’est plus copieusement flasque qu’ailleurs. Avec moi c’est moi-même, je n’ai pas autre chose, je claudique. Armez-moi de vous, vous m’êtes quelque chose d’entre Lear et son ombre, peut-être sa barbe.
Par ce poème intitulé 2014, s'ouvre Corps né athée, le nouveau recueil d'Étienne Paulin, récent polder (n°145 – Mai 2010) avec Tuf, toc. Il est toujours plaisant de connaître l'évolution de ceux sur lesquels, à travers notre collection, nous avons parié. Étienne Paulin n'a guère tardé à nous la faire connaître.
Après son premier galop, prometteur, où il semblait cependant hésiter entre deux voix, autant que pouvaient l'indiquer les deux termes du titre, il n'a pas tardé à choisir sa voie, celle de la fantaisie sérieuse sur le modèle de Max Jacob comme l'euphonie du titre le laisse devine, et auquel ce recueil en prose (qui pour l'heure cherche son éditeur), rend hommage.
J'avoue être sensible également à la création des multiples personnages, aux noms suggestifs : Whitey le Pauvre (poète, un seul poème retrouvé), le docteur Lonlalu, le chef Konchi, Gras-Jean Bourgeois, André Perséphone enfin :
Alors il y a sur le quai du bruit, des paupières, des riens, des cloportes, de lourdes années vagissantes, Le Théâtre et son double et mes regrets qui font l’article : tout ça remue, nul ne l’entend, je vais pour voir l’oblitérant.
Il est ganté, képié, tout en faux-ors-et-marbres, qu’il a l’air beau, l’oblitérant.
C’est André Perséphone, il a grand faim. Je le mène au buffet, un banal mât de cocagne transperçant la verrière de la gare et surplombant la ville, où pendent, négligés, quelques chapons suintants, férocement bourrelés, qui appètent.
Nous parlons d’animaux diurnes, de la façon dont Péguy berce son lecteur et de la forme nouvelle des urinoirs du quai. « Le trafic est d’ardoise, geint-il, c’est à cause des douves. Et l’ancolie, la joie de vivre extrême, et le papier buvard, alors voyez. » Il prend alors un air mystérieux et replet, répétant : « À cause des douves. »
Sa compagnie m’encombre.
« Elle devenait de plus en plus belle », agonise-t-il encore, parodiant peut-être un récit licencieux de Louÿs.
(André Perséphone – extrait de Le corps né athée – inédit d'Étienne Paulin)
Actualité du Polder. Valérie Harkness avec son polder "Sauve" (n° 146 – Mai 2010) a retenu l'attention de l'anthologiste et poète Pierre Maubé : un extrait du recueil figure désormais sur le site poesiemaintenant, à la date du 3 août 2010. On y apprend que le prochain livre de Valérie Harkness "Je glisse", paraîtra aux éditions Jacques André.
Deux noms nouveaux dans la ronde des poètes : ceux de Jean-Marc Proust et de Pierre Anselmet, qui feront leur entrée dans la collection Polder au cours du second semestre 2010. Un poème de l'un et de l'autre figurent déjà sur notre site : celui de Jean-Marc Proust en I.D n° 257; celui de Pierre Anselmet en I.D n° 225.