articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Marques de rouge à lèvres
Sur le mégot abandonné
Au fond du cendrier
Seules traces laissées
Par celle qui m'a précédé
En ce café
Ville
Des solitudes juxtaposées
La présence d'une femme
C'est parfois
Un peu de rouge à lèvres
Sur une feuille de tabac froid.
Plongé comme actuellement je suis dans la thématique Rouge du festival bourguignon Temps de Paroles, je n'allais pas laisser passer ce bon poème. Extrait de Tant perdu, de Patrice Angibaud, chez Gros Textes. Un premier recueil, encore que le nom de ce Nantais me renvoie à Info/Poésie, à Contre-Silence, à La Corde Raide, entre autres revues où Patrice Angibaud a signé chroniques et poèmes. Tant perdu : poésie simple et sensible, la voix y est ténue, parfois se perd, perdant de sa tension, mais l'émotion la ressaisit un peu plus loin pour accompagner le père à l'hôpital, ou se remémorer le 3 Juin 2001, où « Jean Le Mauve est mort/ Dans l'amour des mots/ Qu'il/ Composait.»
( Fidélité à Jean Le Mauve, proclamait de son côté Décharge 143, grâce aux contributions de Robert Nédélec et Georges Cathalo).
Très présente dans ce festival Rouge, Luce Guilbaud. Elle saura égrener désormais les noms de bourgs et de villages côte doriens : Pouilly en Auxois, Savigny-le Sec, Genlis, Arnay-le Duc. Et St Marcel-lès-Chalon pour terminer, en Saône-et-Loire. L'auteur de Sanguine (La Renarde rouge éd.); Rouge incertain (Écrits des Forges/le Dé bleu); Territoire du Rouge-gorge (Ficelles) y fut rejointe par son dernier né, Ici, Rouge-gorge, tout frais issu des Éditions de la Renarde rouge. Poésie émue et limpide, à mettre en toutes les mains. (Pour une poésie plus complexe, du même auteur, passer au vert et se reporter à Feuilletée de vert avec retouches, chez Tarabuste (Décharge 144 rend compte de ce livre et donne à lire en sus des inédits de la poète )):
Le rouge-gorge est mon ami
il connait mes portes mes fenêtres
sans y être invité il entre
un bout de ciel entre les pattes
c'est mon cadeau du jour
il pose son rouge sur mes lèvres
et me confie un secret
un avant-goût de souvenir
mais il me gronde en partant
de mal surveiller le chat du voisin.
Repères : Luce Guilbaud est également présente dans l'anthologie : Et si le rouge n'existait pas, que vient de publier Le Temps des cerises. (10 €, en librairie ou chez l'éditeur).
Consulter : l'anthologie rouge sur le site Boudully, qu'anime Alain Boudet.
Cliquer sur l'image pour obtenir dans son intégralité l'affiche de Temps de paroles 2010
Si s'est constituée, au fil de ces I.D, une anthologie Rouge, ce ne fut pas prémédité. La faute, on le devinera, à ce Festival Temps de Paroles qui, après un mois de présence et 70 manifestations en Bourgogne, s'achève ce 14 février 2010, avec la venue à Chenôve (21) de Françoise Coulmin, responsable compilatrice de l'anthologie : « Et si le rouge n'existait pas? » aux Éditions du Temps des Cerises, et de Francis Combes, l'éditeur.
Ainsi, presque malgré moi, mais tout de même avec cette part de jeu hors de laquelle j'imagine mal l'activité poétique, ai-je été attiré depuis le début de l'année par tout ce qui bougeait rouge. Ai-je réussi à tout dire, comme le suggérait la phrase incitatrice de James Sacré ? Sûrement pas, même si cette anthologie modeste, qui aura eu l'avantage d'avoir donné la parole à des auteurs rares ou méconnus, m'aura permis des grands écarts entre le Rouge Pollock de Pierre Anselmet (I.D n° 225) et le Rouge Haïti, le Rouge aimé, de Gary Klang (I.D n° 232), le Rouge baiser de Patrice Angibaud et le Rouge-gorge de Luce Guilbaud (I.D n° 234), et je ne compte pas pour rien l'excitante rencontre avec le plasticien Dimitri Wazemski et le poids de ses lettres (I.D n° 225).
Je verse aujourd'hui à cette diversité le Rouge sang de Diane Meunier, extrait d'Abattre les cathédrales, manuscrit inédit à cette heure.
Le sang du monde ne s'efface pas ne se lave pas
le monde restera rouge
on ne peut pas laver le sang
on ne doit pas il ne faut pas
S'il reste un peu de blanc comme les dents les mains
les nuques les yeux
il faut les laver avec du sang
dans le sang
Et les animaux et les arbres et les insectes et les fleurs
les laver de leur sang avec notre sang
tremper nos mains dans le sang
leur sang
notre sang
puisque nous sommes faits ainsi
par le sang pour le sang
faire que la nuit nous baigne de sang dans le sang
et que le jour nous trempe de sang
tout ce sang
Et que l'eau ne lave pas le sang
jamais
il ne faut pas on ne doit pas
et le sang recouvre l'eau
qui devient sang
Diane Meunier – extrait de : Abattre les cathédrales.
Repères : Diane Meunier, comédienne, chanteuse, poète, éditrice de "livres d'artiste" artisanaux, de poésie et textes divers (13 à ce jour - voir le blog de L'Écrit de la chouette). Auteure et interprète, avec Thierry Lefever, de cinq albums de chansons pour enfants. Les I.D avaient déjà rencontré Diane Meunier lors de la publication de PHV Haute Résistance n° 1, entièrement dédié à André Laude. (I.D n° 155)