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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n° 19 : Bouffonner chez Buffon

dimanche 4 février 2007 [11:53:40]

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Sous le prétexte de faire dédicacer son exemplaire ancien de La Foire à la ferraille, une admiratrice manifeste son enthousiasme à l’auteur. Colette Andriot et Jean L’Anselme

O temps suspend ton vol
et me donne un sursis.
J’ai plus de 17 lustres en notre ère
et suis toujours pas une lumière.

Dans une lettre qu’il m’adressait début Janvier de cette année, Jean L’Anselme par ce quatrain dérisoire, aussi décevant que bien d’autres grâce auxquels il a assis sa réputation, fêtait son récent anniversaire. On sait, du moins l’affirme-t-il, qu’il naquit à minuit le 31 décembre de l’an 1919, en Somme. Il s’inquiétait alors de notre rendez-vous à venir : « Montbard se profile. Peux-tu me dire comment tu orchestres la soirée ? Si tu pouvais par ailleurs me souffler les questions avec lesquelles tu te proposes de me torturer, cela m’arrangerait. Je ne suis pas un acrobate dans l’exercice, tu le sais... » Traqueur, l’ami Jean, et perfectionniste. Mais je me gardai cependant de le satisfaire.

L’Anselme vint, et Montbard fut. Il y confirmera qu’il s’agit bien là d’une de ces dernières sorties, que trop d’obstacles sont désormais à franchir pour ne serait-ce que prendre le train à Paris, qu’il se juge trop dépendant d’autrui. Ce qui justifie, si besoin était, cette relique photographique. Je regrette de n’avoir pas saisi le poète en action, mais requis pour le présenter au public de la Médiathèque Jacques Prévert, - qu'il connut, précisa-t-il -, il m’était impossible d’être dans le même temps témoin de l’évènement.

On a beaucoup ri au cours des moments de lecture. L’humour chez L’Anselme est rarement noir, en dépit de la thématique du Festival Temps de Paroles qui justifiait sa venue, et que longtemps l’auteur ait siégé au jury des Prix de l’Humour noir. Humour jaune, rose, rosse bien plutôt, pour ce qui le concerne. Mais on fut aussi attentif à cette trajectoire exemplaire, qui des poèmes de la main gauche ou de la revendication d’une poésie prolétarienne l’a mené, au contact de Jean Dubuffet et de Gaston Chaissac, aux côtés de Jean Vodaine ou de Jules Mougin, aux bas morceaux choisis de l’anthologique Ris de Veau, en attendant un Riz au lait annoncé, chez Rougerie bien évidemment.

On espère, chez les organisateurs de Temps de Paroles, que la tournée d’adieux se prolongera plusieurs mois. La thématique prochaine de leur festival sera : Bêtes, bestioles, bêtises. Il revient quasiment d’office à Jean L’Anselme d’ouvrir cette manifestation. « Jean, reviens ! »

Bonnes Adresses : À propos de Jean L’Anselme, mes admirations et mes quelques réserves dans les numéros 89 et 90 de Décharge (1997) avec Ruminations personnelles puis interview de l’auteur, et des interventions de Michel Pierre, Jean Pierre Lesieur et Jules Mougin.
Par ailleurs, l’auteur est souvent présent dans notre revue. Dernière intervention : Décharge n° 129 : (Mars 2006) « De la poésie aux Jeux Olympiques » dans le dossier Le Sport, la Poésie

 

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mots clés : Andriot L'Anselme

I.D n° 71 : La Renarde est rouge

jeudi 8 novembre 2007 [17:29:08]

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« Pattes d’oiseaux, pattes de chat »: Colette Andriot, l’auteur, au coude à coude avec Luce Guilbaud, l’illustratrice, au moment des dédicaces du nouveau recueil, publié à la Renarde rouge.

Alors que Georges Cathalo se prépare prochainement à la saisir dans ses Phares (Décharge n° 136 – à paraître), La Renarde rouge était l’hôte, début novembre, de l’entreprenante l’association dijonnaise La Voix des mots : une occasion de saluer, entourée de ses auteurs dont quelques-uns nous sont familiers, Joëlle Brière, maître d’œuvre de ces éditions installées depuis 1994 dans l’Yonne (dans la proximité géographique de notre revue, donc) et dont le catalogue compte près de 70 ouvrages, de poésie essentiellement.

Notons que cette Renarde partage avec le Dé bleu une même référence, celle de René Char. Lequel, nous rappellera Georges Cathalo, «évoquait ainsi sa compagne, sa renarde, au temps de la Résistance. La couleur rouge, quant à elle, est celle de la passion plus que de la colère, mais également le rouge de l’amour et du sang. »

« Un beau livre, déclarera Joëlle Brière, c’est pour moi un beau papier ivoire et des illustrations à l’encre rouge ». Un tel systématisme procure une incontestable personnalité à des ouvrages, aux formats par ailleurs assez divers. Et comme toute règle est confirmée par son exception, on ne manquera de pointer la Petite bleue, l’un des vingt ouvrages personnels de Joëlle Brière, et dont je laisserai au lecteur le soin de deviner la couleur de l’encre (non, ici on ne craint pas le pléonasme).

On retrouva avec plaisir les amis, Luce Guilbaud venue tout exprès de Vendée, Colette Andriot et Yves Jacques Bouin qui pour une fois oublia son rôle d’animateur pour se faire l’interprète de ses propres poèmes ; on découvrit des visages inédits parmi les lecteurs du jour, ceux de Denise Guilloux et Anne Cayre ; on eut indirectement des nouvelles de Philippe Quanta, Polder 124 avec Regards (suivi de) Dis-moi Sacha, et qui avec les haïkus de Haichats continue de s’émerveiller des mines et des tours de la gens féline. Mais attirons au final l’attention sur Christine Billard, à l’œuvre lentement murie et qui fidèle depuis ses débuts à ces éditions de la Renarde, y fait entendre sa voix grave, à désespérer les oiseaux, en son quatrième opus : Ronces de douleurs. J’en dirai sur son compte bientôt davantage.

Référence : "Ronces de douleurs" (14€) de Christine Billard, à la Renarde rouge, 28 rue Germain Bedeau, 89510 – Véron. Catalogue sur simple demande.
J’ai par ailleurs rendu compte en 2005 de "Sanguines" de Luce Guilbaud sur le site Bleu de paille.

 

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mots clés : Brière Andriot Guilbaud Bouin Char Billard Quinta Cathalo

I.D n° 94 : Impulsions sur la toile

jeudi 14 février 2008 [09:00:07]

L heuredespoule

C'est l'heure des poules et Séverine fait la dinde

 

L’information tient en peu de lignes : le collectif Impulsions, qui depuis près de trente ans, en Bourgogne ou à partir de la Bourgogne, œuvre au service de la poésie, propose animations, lectures et spectacles, vient d’ouvrir son site. : www.impulsions.org . Pour cette association une nouvelle page s’écrit, l’émergence du site n’étant qu’un signe supplémentaire de ce qu’à mon étonnement ravi je constate : Impulsions change et perdure.

Vers 1978, en Saône-et-Loire, entre Creusot et Montceau, divers poètes et artistes se regroupent autour d’une revue. Les initiateurs en sont Ménaché et Jacquier-Roux, oui ce même Jean-Louis qui des années plus tard tient chronique dans Décharge. On se heurte vite aux difficultés de diffusion et on y pallie en organisant des soirées aux termes desquels la revue est vendue. L’orientation vers l’animation s’est donc déjà dessinée quand, les deux têtes pensantes quittant la région, Alain Raviot, plus connu jusqu’alors pour ses talents de peintre et de gratteur de guitare, s’installe durablement à la présidence, et que nouvel arrivant j’accepte le secrétariat et déplace le centre de gravité de l’association à Chalon-sur-Saône.

Le magazin Alimentation Générale, où apparaissent les noms d’Alain Doridot, Michel Verjux, Colette Andriot, remplace un temps la revue. Mais le tournant décisif est pris en avril 84, où je créée un emploi de permanent. Impulsions travaillera désormais professionnellement à promouvoir la poésie d’aujourd’hui à travers lectures, spectacles, rencontres avec les auteurs, festivals.

Je n’avais jamais songé que ces activités professionnelles se prolongeraient après ma retraite. Le fait est que Séverine Recouvrot, comédienne avec laquelle depuis une dizaine d’années je présentais certains spectacles et lectures, s’est portée volontaire pour reprendre le poste de permanent, c’est-à-dire se former aux taches administratives. En cette affaire, toujours délicate, de succession Impulsions a eu plus de chance que le Dé Bleu (voir I.D n° 92).

Ces Impulsions du nouvel âge s’affichent sur le site. Parallèlement d’autres changements : le bureau a dû déménager ; à la présidence, le peintre Michel Lécuyer, le plus ancien témoin de cette aventure désormais, a succédé à Alain Raviot. Et le premier spectacle conçu sous la seule responsabilité de Séverine, A l’heure des poules, a été favorablement reçu : on le verra bientôt, en mars, à la Maison de la Poésie de Rennes.

A cette date, on me trouvera (ô printemps des poètes) du côté de Dieppe. Si j’ai pris congé des plaisirs administratifs (oh ! calcul de la TVA ! ah ! récapitulatif de la DADS !...: de quoi ramener sur terre le poète égaré dans la contemplation des nuages, des merveilleux nuages...), je ne me suis pas définitivement retiré dans ma coquille : hier, tenez !, Séverine et moi avons préparé la reprise – la dernière sans doute, ce sera le 10 Mars pour les écoliers de Châtillon sur Seine – du Théâtre du Père Castor, créé il y a 10 ans : et nous avons, j’avoue, encore bien rigolé !

Références : Le site a été conçu par Renaud Vercey. On en saura plus grâce à http://claradio.free.fr
Lire le dossier Impulsions à 25 ans dans Décharge n° 119 – Septembre 2003 (6€)

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mots clés : Ménaché Jacquier-Roux Andriot Recouvrot

I.D n° 145 : De l’influence de la poésie sur la conception architecturale des bibliothèques.

jeudi 16 octobre 2008 [10:56:05]

Il n’est pas interdit de penser que je trace cet Itinéraire de Délestage pour le plaisir d’user d’un titre aussi ronflant. Un peu. Pourtant, si incroyable que cela paraisse, il est advenu une fois, à ma connaissance, que la poésie ait une influence sur la conception d’un bâtiment de bibliothèque. Ce, à Saint-Marcel, près de Chalon-sur-Saône, ce Saint-Marcel où vint mourir Abélard, oui, - s’il faut donner à cette chronique une légère, mais toujours bien venue, touche érudite.

A Saint-Marcel justement, en ce Lire en fête d’octobre 2008, on a célébré le dixième anniversaire de la bibliothèque. Que j’ai vu construire. Et que je visitai alors qu’elle était en voie d’achèvement, en compagnie de l’architecte Marc Daubert, que j’interviewais pour Bourgogne Côté Livre, le magazine du Centre Régional du Livre où je me risquai à publier, sur trois numéros, une étude sur le thème « Architecture et bibliothèque ».

Ce à quoi je ne pouvais qu’être sensible, c’est que parmi les contraintes auxquelles l’architecte dut se soumettre, figurait la prise en compte des lectures de poésie qu’avec le Collectif Impulsions que j’animais, la bibliothèque organisait, et ce, bien avant que son nouveau bâtiment existât. Grâce à Gérard Barbier, le bibliothécaire, cette tradition avait été créée dans la ville, et tacitement, par le lieu même qu’elle édifiait, la municipalité s’engageait à la perpétrer. La plus belle réussite de cette collaboration a été à coup sûr un Festival de poésie en Chalonnais, où nous nous associons à trois communes périphériques de Chalon : Saint-Marcel, Saint-Rémy, Châtenoy-le-Royal que dirigeait la poète Colette Andriot, et au Musée Niepce de Chalon, - festival débaptisé quelques années plus tard en Arbre à Poésie quand le succès aidant, il déborda jusqu’à Macon ou au Creusot, rendant inappropriée son appellation d’origine.

Dans ce bâtiment est donc aménagé un lieu de lectures : un gril technique au plafond le circonscrit, et lors des manifestations s’y ajoutent un rideau de fond, une estrade et quatre projecteurs sur pied, à l’exemple de ceux que nous avons toujours trimballer pour nos interventions, et que désormais – un luxe ! - nous trouvons montés à notre arrivée. Et c’est là qu’il y a quelques jours, Colette Andriot et moi, faisant à cette occasion anniversaire une entorse à nos principes, avons accepté d’être pour une fois invités en tant que lecteurs de nos propres œuvres, dans une soirée dont nous étions aussi les organisateurs.

Gérard Barbier mourut sur la route et ne vit pas sa réalisation. Sans que nous en ayons eu alors conscience, la mort de ce militant discret, incroyablement timide, mais qui m’assurait – ça le faisait rire lui-même, en douce derrière sa main – avoir été un meneur étudiant en 1968, a cassé un ressort de ce qui aurait dû être le développement de la poésie dans notre région. Nous avons certes encore, par la suite, connu de belles soirées, mais jamais nous n’avons retrouvé le public incroyable, qui se pressait dans la salle à manger de la résidence des personnes âgées, lieu où le festival prit son essor : je me souviens qu’on vint se plaindre auprès de moi, l’organisateur, de n’avoir trouvé de places assises et d’avoir dû rester debout en fond de salle, sans même une bonne visibilité de la scène, à cause du nombre de spectateurs. Ce fut une réalité.

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mots clés : Andriot Barbier

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