articles trouvé(s) dans la catégorie : "Les I.D. de Claude Vercey"
Sur la couverture, moins un titre qu’un estampillage : "à reconstruire". Comme un coup de tampon sur un dossier. Manière d’énoncer sans détour le projet et la teneur d’un livre, qu’on placerait volontiers sous la formule de Paul Eluard et sa visée d’une vérité pratique. De ce fait, l’appréciation critique est rendue difficile, relèverait moins de quelque jugement esthétique que d’une estimation de résultat.
« Détruite /raclée/récurée /ravaudée/rongée/chimiquée//déstabilisée » ... Danielle Allain-Guesdon écrit après l’épreuve, qu’on devine mortelle : « Pas moi/ pas moi encore». Après la maladie, il s’agit d’affronter un mal-à-dire : A reconstruire s’écrit au présent, quasiment à vue ; le poème du jour s’appuie sur celui de la veille; l’écriture participe au processus de rétablissement.
Le délicat est que cette poésie se doit, pour être crédible et peut-être à son corps défendant, de s’inscrire contre la poésie même, du moins – nous sommes loin d’une radicalité – d’en éviter les effets et fioritures les plus repérables. Or l’auteur ne résiste pas toujours à la pente de la poétisation, même si l’on peut parfois hésiter à juger : ainsi, ces inversions (telles : « Pleins d’envie/ de projets/ tu as ») sont-elles affèteries, - déplacées dans ce contexte de douleur -, ou déconstruction de la phrase, à mettre au compte de l’urgence de l’écriture? Si, de manière plus générale, les excès sont évités, une tendance à la joliesse, des mollesses de rythme, nuisent pourtant, à mon sens, à l’efficacité requise, à une mise à nu sans fard.
Quoi qu’il en soit, l’on suit avec émotion les trois phases de cette reconstruction : 1 – l’acceptation de soi-même (« savoir dire les paroles de l’âme/ les tréfonds de son être/ de sa chair enrobeuse »), 2 – l’acceptation par le regard des autres (« pour se faire admettre »), avant 3 - une renaissance. D’où, alors que l’espoir se fait jour, des poèmes construits sur le modèle identique d’une élévation, pour remonter à la surface d’une eau où l’on a failli se noyer et « oser un nouvel envol ». Allegro final :
Joie
commence
à habiter
mon malmené
corps passif exécutant
réceptacle involontaire
de poisons-pour
-survivre
se reprend à chanter
mon âme
délestée
Repères : Danielle Allain-Guesdon : A reconstruire – Editions Gros Textes – 6€ (Fontfourane – 03580 – Châteauroux les Alpes).