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Passage des Vanneaux au-dessus du Château-lyre
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La collection « Présence de la poésie » aux Éditions des Vanneaux, dont on retenait au début surtout la parenté avec les Poètes d'aujourd'hui de Pierre Seghers, impose peu à peu sa pertinence : à l'écart des hiérarchies convenues, elle dessine touche par touche un panorama original d'une poésie actuelle plus secrète, mais jubilatoire, - non celle qui vise à une unanimité, mais qui suscite la passion d'aficionados. Dans une certaine mesure, et par d'autres moyens, elle rejoint les ambitions de l'anthologie des Riverains du feu, de Christophe Dauphin (au Nouvel Athanor) : montrer que « les grands noms ne résument pas à eux seuls toute la richesse » d'une époque. Dans cette perspective, le 7ème titre de la collection, dédié à Louis-François Delisse, est à la fois des moins attendus et des plus justifiés.
(De loin en loin on s'étonne (on s'inquiète) de ce que je sacrifie tant de mon temps si admirablement, si bêtement, à rédiger notes et notules. Qu'on se rassure, rédiger une chronique n'est pas une marque d'altruisme, elle répond au plaisir égoïste de son auteur, lui permet sans se livrer à une trop visible introspection, de s'interroger sur le fonctionnement de son esprit : pourquoi, par exemple, à quelques poètes, parmi ceux précisément que j'admire le plus, m'est-il si difficile de me référer ? Frank Venaille, pendant longtemps, comme ici même je l'ai confié, me fut inabordable, et je n'ai pu lui rendre hommage que par le détour du numéro spécial de la revue Europe.)
Louis-François Delisse est de ceux-là, que la longue préface de Laurent Albarracin, bien écrite et bien documentée, me permet enfin d'évoquer. Certaines œuvres, parmi les plus saisissantes, sont-elles appelées à demeurer secrètes ? Ce secret, il revient au lecteur, si enthousiaste qu'il soit, de le respecter. Pire, il est certaines pages, d'emblée tellement sidérantes, qu'il devient impossible de poursuivre au-delà des premières bribes entrevues : on aime ces livres, bien que les tenant soigneusement fermés. Étrange paradoxe, dont je peux cependant témoigner. La beauté est terrible, comme Rilke a su l'énoncer.
Que ce phénomène, dont j'ignore s'il est partagé par d'autres lecteurs, me frappe précisément à propos de Louis-François Delisse, n'est peut-être pas un hasard, tant sa vie semble s'organiser sous ce que le poncif romantique désignerait comme une malédiction. Poète maudit ? « Voici un poète âgé (il est né en 1931) … détenteur d'une œuvre éclatante et non entendue, dont la reconnaissance ne dépasse guère un cercle restreint d'amateurs, qui aura eu une trajectoire assez fulgurante et durable pour alimenter ce qu'il faut bien appeler une légende de poète. » (L. Albarracin).
Si dès 1961 René Char et Henri Michaux le saluent, - il est alors publié par Guy Lévis Mano - le silence retombe assez vite. Les raisons en sont assez clairement discernées dans l'ouvrage auquel, plutôt que de le paraphraser, je renvoie : plus d'une clé est fournie pour comprendre l'œuvre, dont le destin est tellement lié à la vie, aventureuse et difficile ; et l'analyse de la poésie, - le rapprochement avec celle de Malcolm de Chazal me paraît particulièrement judicieux, - y est éclairante.
C'est à partir de 1980, grâce à François Leperlier, que le nom de Louis-François Delisse fera retour, dans le cercle restreint toutefois des revues surréalisantes du Château-lyre, du Grand Nord de Guy Ferdinande et de ses éditions du Rewidiage, des éditions Myrrdin de Peuchmaurd. Dans la trajectoire sans cesse brisée, éclatée en diverses publications parfois confidentielles, d'une œuvre qui reste en partie inédite, le présent album, étude et anthologie, me paraît d'un a-propos particulièrement aigu : il condense les données éparses, fait le point, installe Louis-François Delisse à sa juste place dans notre histoire, à portée de l'admiration du plus grand nombre.
Référence : De Présence de la poésie, j'ai rendu compte précédemment du volume dédié à Serge Wellens. Y sont également honorés : Pierre Garnier, Jean Malrieu, Pierre Dhainaut, Gaston Puel, Werner Lambersy. Un parcours sans faute, pour cette collection et l'éditrice Cécile Odartchenko. ( 15€ - 64 rue de la vallée de Crème - 60480 - Montreuil sur Brèche.)
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« Après son retour en France, près de trente ans de silence s'écoulent avant sa réapparition dans le paysage éditoriale, écrit Laurent Albarracin dans l'étude qu'il consacre à Louis-François Delisse (cf : I.D précédent, n° 211). On doit cette redécouverte à François Leperlier qui tombe par hasard dans une librairie de Montmartre sur Soleil total, est frappé par la qualité des poèmes, retrouve le poète et le relance... » d'abord dans le Château-Lyre, dont le premier numéro, en juin 1989, sous la direction de Guy Girard, avec Leperlier, Jimmy Gladiator, Peuchmaurd au sommaire, donnent à lire des extraits de Faveur des arbres et de Dieu-tige. C'est afin de poursuivre la découverte de ce poète que je me rapproche alors des publications de Guy Ferdinande, un de ceux qui font s'activer à la suite pour redonner voix à Louis-François Delisse.
dieu-tige (extraits)
Feu bleu du ciel
dans tes mains
la huppe sous ton ventre
sautille
piégée aux rues de l'air
tu t'en reviens aile
lacée au vent
*
Partir
mouchait les arbres
ciel pleurait
avec les dents vertes
du rire
il irait
le nu du lavoir
*
Herbes chaudes
s'il est nu
et s'il est nu
les quatre citrons
*
Douceur de lui
l'eau revient à la calebasse
serpent boit son venin
douceur de moi
il me regarde
Louis-François Delisse : dieu-tige, in Le Château-Lyre n° 1 – juin 1989.
Remarque : Les abonnés de Décharge ont eu le privilège de lire, dans le n° 138 de la revue (Juin 2008) « trois Poésies tombées de paysage » (6€ - A commander : 20, rue du Pâtis – 89130 - Toucy)
A réception des I.D 211 & 212 qui lui étaient consacrés, Louis-François Delisse nous adresse à la date du 17 X 09 une lettre fort informative, qu'il me semble intéressant de mettre à la portée du lecteur, - après autorisation de l'auteur, - et en m'efforçant de respecter ses partis-pris, comme celui de commencer un paragraphe par une minuscule (contre la volonté de la machine qui cherche à m'imposer la majuscule malgré tout!) et de le terminer le plus souvent par un point d'interrogation.
Louis-François Delisse : « à vous nous signaler poezibao.com du 24.09.09 que j'ai rédigé au téléphone avec François-Xavier Farine pour sa partie bio-blibliographique qui donne les sites où trouver mes principaux ouvrages.
je vous remercie de votre article qui a beaucoup plu, on me l'a envoyé de 3 côtés, même s'il est surtout un éloge de la collection de Cécile Odartchenko, que je lui conseillais d'ouvrir plutôt qu'une revue et c'est bien parti, j'espère y trouver 1 Peuchmaurd et 1 Valprémy pour un suite de morts encore vifs ? comme chez Seghers 1 Izoard !
je suis heureux d'avoir cédé à la demande de Jacques Morin ces poésies tombées de mes manuscrits africains, du Décharge n° 138 en juin 2008, auxquelles vous vous êtes directement référées ? cependant mon œuvre a été publiée jusqu'ici à l'envers de sa chronologie, Jean Michel Place ayant hésité 10 ans à me rendre le premier titre et volume « le Logis des gémeaux », de mes poésies écrites avant le torride Niger et après, où l'érotisme n'enflamme pas autant le verbe, vous pourriez en retirer votre coude [?], et lire plus posément ces poésies d'amitié, d'évènements familiaux, d'un lyrisme plus apaisé ?
le Corridor bleu en annonce la parution depuis celle qu'il fit en 2000 et 2007 de mon choix de poésies amoureuses des touaregs, composé sur les cahiers du Père de Foucault jamais réédités, sur leur mot à mot, dans la case de la bibliothèque de l'Institut d'Afrique noire où ils avaient été enfermés depuis 1939
car la poésie de ces peuples et celles des andalous que je m'attache à traduire depuis mon retour en France, m'importe beaucoup !
chants des hautes époques auxquels j'ai naïvement cru oser les approcher de ma voix? Reste à ce que Charles Mézence Briseul, qui fut écolier à Tombouctou, trouve l'argent de les imprimer, alors qu'il a très peu de rentrées de ses dernières parutions, d'Albarracin et de Ch'Vavar.
croyez en mon heureuse amitié
ainsi que Jacques Morin
Erratum : Dans une lettre suivante, du 23 X 09, L.F Delisse attire l'attention sur une coquille, qui s'est glissée dans Chèvre, poème reproduit p. 4 de Décharge 138, coquille qui « lui fait aussi mal aux yeux que la fausse note à l'oreille » (« et j'ai joué 7 ans de violon », tient-il à préciser !) :
Lire, vers 6 : « De ma main inutile je la flatte pour ce que nous avons / en commun ».
Lire : Au Corridor bleu : Louis-François Delisse : Aile, elle (anthologie nigérienne 1954 – 1976) ; Choix de poésies amoureuses des Touaregs ; Laurent Albarracin : Le Verre de l'eau et autres poèmes ; Ivar Ch'Vavar : Cadavre grand m'a raconté . Un riche catalogue, à explorer avec attention. http://www.lecorridorbleu.fr/catalogue_livre_poesie.php