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Les I.D.

de Claude Vercey

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I.D n° 179 : Un mois plus tard...

vendredi 27 mars 2009 [10:27:49]

Clermont09

Mars 2009 : L'occasion de rencontrer des poètes présents par leurs textes dans les I.D : ici, du proche au lointain : Chantal Dupuy-Dunier, Bernard Bretonnière et Maïté, la modératrice de la Semaine de la poésie de Clermont.

La pause, imposée par le Printemps des poètes à ces Itinéraires de Délestage, n'a évidemment pas plongé l'équipe rédactionnelle de Décharge dans l'inertie : le lecteur a pu s'en rendre compte, dès l'éditorial du récent n° 141 (Mars 2009). Ainsi, oùtre le fait déjà souligné ici, que la revue, orpheline de l'Idée Bleue, est à la recherche d'un nouveau diffuseur, un effort de clarification a été tenté afin de distinguer entre la revue et son supplément Polder, qui tend de plus en plus à fonctionner comme une édition. Ce qui concerne la revue ( manuscrit, service de presse, etc) continuera d'être adressé à l'ancienne adresse, soit : chez Jacques Morin, 20 rue du Pâtis, 89130 – Toucy. En revanche, les manuscrits soumis au comité de lecture de Polder seront envoyés à mon adresse : Claude Vercey - La Frégate – 25 bis rue de Lattre de T. - 71100 – Chalon-sur-Saône. Ce qui ne signifie nullement, je tiens à le préciser, que je viens de bénéficier de je ne sais quelle promotion : la règle d'édition reste la même, l'accord des quatre lecteurs demeure nécessaire.

Une première cependant, pour le prochain Polder puisqu'il s'agira d'une traduction des poèmes d'Anas Alaili, poète palestinien vivant à Lyon et écrivant en arabe. La traduction d'Avec Une Petite Différence sera principalement assurée par Mohammed El Amraoui. En avant-première ci-dessous, un poème d'Anas Alaili, qui enrichit du même coup notre petite anthologie de la pomme de terre, développée de loin en loin dans ces chroniques.

Cheveux de filles

( En Palestine, on appelle « cheveux de filles » la barbe à baba, - ou à papa, comme d'autres disent.)

Sur la chaise de la cuisine
Je te souris...et je pense à toi.

Alors que tu épluches une pomme de terre
J’entends un air qui sort de tes doigts
Tu enlèves Une à une les épluchures
Et tu mets dans l’eau
Les lamelles
Elancées comme tes doigts.

Alors, tu dis :
Quand la pomme de terre est nue
Il faut la mettre dans l’eau
Ou la cuisiner tout du suite
Sinon « elle séchera comme le bois »
J’ai dit, en cachant mon regard entre tes pieds :
Exactement comme l’homme…
Tu as ri comme un vieillard pris
De vertige.

Vêtue
D’un tablier bleu
Tu ressemblais à la fois à une écolière
Et à une femme au foyer
J’allais te dire :
« Ma faim se confond avec mon désir de toi »
Mais tes mains étaient tendues vers l’étagère
Et tes cheveux tombaient en longue cascade
Je restai silencieux et me dis :
Quand j’étais petit, j’en ai mangés, des cheveux de fille !

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mots clés : Alaili

I.D n° 218 : Une petite différence

mardi 10 novembre 2009 [08:32:02]

Ce 6 novembre 2009, l’Autre Salon de Grigny (69) rendait hommage à Mahmoud Darwich avec la participation du poète palestinien Anas Alaili et son traducteur, le poète marocain Mohammed El Amraoui, accompagnés par l’oud du musicien palestinien Adel Salamaleh. A cette occasion, Michel Ménaché, qui présentait la soirée, découvrait le premier recueil d'Anas Alaili traduit en français : "Avec une petite différence", (Polder n°142). En avant-première, nous publions ici sa lecture critique, prochainement disponible dans la revue Lieux d'être.

Michel Ménaché : L’hommage au grand poète disparu Marmoud Darwich m’a fait connaître Anas Alaili et découvrir son premier recueil traduit en français : Avec une petite différence. Le poète conjugue l’humour à la gravité, aborde le quotidien avec un regard tendre, faussement naïf, un peu désabusé aussi. Bernard Noël dit très bien dans la préface qu’il offre au jeune auteur la justesse de ces poèmes nés d’un rapport immédiat aux monde et aux événements intimes : « A force de naturel et de simplicité, la réalité – toujours là comme base de situation – se transforme en un clin d’œil fabuleux empreint de tendresse et d’humour. Rien de ‘’poétique‘’ (heureusement) mais le brusque et surprenant passage d’un détail quotidien à ce qui prend le tour à contre temps du vécu ordinaire. »

Ainsi d’un verre, d’une pince à linge ou d’une brosse à dents oubliée sur le bord du lavabo, Anas Alaili nous fait partager avec humour l’émotion d’une séparation amoureuse. De l’état de guerre à Ramallah, ce n’est pas la violence brutale qu’il donne à voir mais la conséquence insolite d’un bombardement, avec une touche d’humour qui renforce le sentiment d’absurdité de toute cette violence irrationnelle et mortifère. Un tableau saccagé devient vivant, s’anime au point de suggérer une scène érotique :

Elle est nue sur le mur
nue en papier
nue sans personne,
hier un obus, en passant,
l’a fait sursauter,
elle a avancé d’un pas
hors du tableau
avec deux seins doux
et des doigts blancs

un autre obus
et elle saute dans mon lit ! 

De la fausse naïveté des histoires de Nasrédine à l’humour désabusé de Boris Vian ou de Woody Allen, Anas Alaili s’inscrit dans la lignée des artistes et poètes qui abordent l’angoisse existentielle, les drames de l’histoire intime ou les événements tragiques de l’histoire collective avec une apparente légèreté qui nous touche d’autant mieux que celle-ci ne procède pas des artifices trompeurs de la rhétorique. Dans chacun de ses poèmes, un amour de la vie se dessine avec les nuances sensibles de l’émotion souriante, la tendresse fraternelle. De l’humour noir aux lueurs singulières de l’humour clair et limpide capté à la source…

Michel Ménaché

Lire : Anas Alaili : "Avec une petite différence" - Polder 142. Traduit par Mohammed El Amraoui. Préface de Bernard Noël. 6€. (Gros Textes – Fontfourane- 05380 Châteauroux les Alpes)
Sur Anas Alaili, (mais aussi sur Christian Garaud, Polder 141) : la critique de Guy Ferdinande in l'Igloo dans la dune n° 95 (10 € - 67 rue de l'église – 59840 – Lompret.)
Ménaché : "Ellis Island's dreams", aux Carnets du Dessert de Lune. "Venise hors champ" à la Passe du vent.

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mots clés : Alaili Ménaché Darwich Noël

jeudi 10 décembre 2009 [08:46:50]

Migrantes dans Long-Island - suite
( Début du poème : dans l'I.D précédent, n°224)

A cinq kilomètres de la ville de New-York,
à l'aube, avant l'heure de pointe, leurs mouvements
sont feutrés, délibérés, il est trop tôt pour
des ombres, trop tôt pour la plupart des gens.

La moitié d'entre elles portent les chemises
à col blanc de leurs maris
ou des vieux vêtements d'adolescent
qui leur tombent jusqu'aux genoux.

Si elles me remarquent,
elles lèvent la tête et sourient,
un éclat doré s'échappe
de leurs bouches larges et régulières.

Je  murmure "bonjour", tout en courant
pour le simple besoin
de m'épargner la mort, la maladie,
pour réveiller mon cœur, nettoyer mes artères,
les empêcher de boucher
ma mémoire avec des images
de ces nouvelles femmes
qui descendent maintenant

des Andes et des volcans
vers les allées d'Astoria
pour troquer des boîtes et des canettes vides
contre des pièces de cinq et dix centimes.

Maria Lisella

*Astoria : petite ville de la banlieue de New-York (Long-Island).

Références : Maria Lisella  a publié deux recueils de poèmes : "Two Naked Feet" et "Amore in Hope Street". Elle dirige l'association des écrivains italo-américains à New- York et organise de nombreuses lectures de poèmes au Cornelia Street Café, un endroit bien connu des écrivains et des musiciens.
La revue Gros Textes a désormais pris le relai de Liqueur 44, chez le même éditeur, comme la Revue du mois, de Jacmo. l'annonçait en novembre dernier .
Christian Garaud est l'auteur des Pommes clochards, - Polder 141. Une note critique à son propos est récemment parue sur le site de Jalel El Gharbi , où à notre attention a été mis en ligne un poème en arabe d'Anas Alaili, (Polder 142, Avec une petite différence) .

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mots clés : Lisella Garaud Alaili

I.D n° 224 : Migrantes dans Long-Island

jeudi 10 décembre 2009 [09:04:46]

Le numéro 75 de Liqueur 44 présentait à l'automne 2008 un intéressant dossier : Immigrants et immigrés aux États-Unis vus par cinq poètes new-yorkais, dans une traduction de Christian Garaud. Le numéro suivant, - 74/73 selon la numérotation régressive de la revue - incluait sur une page volante un rectificatif : la version revue et corrigée, féminisée serait peut-être dire mieux, d'un des poèmes précédemment publiés, celui de Maria Lisella. Son titre correct lui était restitué : les Andines à Astoria (au lieu de : Les Andins …), et il y gagnait en sus une strophe restée inédite, qui avait sauté de sa première publication. D'où, sans conteste, « un poème très différent – et bien meilleur » (Christian Garaud), mais dont on peut penser qu'il passa inaperçu de la plupart des lecteurs.

(Considèrera-t-on la mise en ligne de cette version comme notre contribution au prochain Printemps des Poètes ? )

Les Andines à Astoria

Elles arrivent d'Ecuador,
de Bolivie, du Pérou, sur les trottoirs
de Queens elles marchent
en sneakers sans chaussettes,
chapeaux melons à la cloche ronde
visages au teint doré
cheveux attachés par-derrière
en tresses de petite fille
se balançant d'un côté à l'autre
entre des omoplates arrondies.

Elles remplissent des sacs en plastique bleus
avec des bouteilles en verres et en plastique
en les empilant l'un sur l'autre comme des nuages d'un bleu étincelant
s'élevant au-dessus des caddies
bien au-dessus de leurs têtes.

Leurs corps sont silencieux
les roues des chariots grincent
des notes aiguës s'entrechoquent
des écureuils noirs se dispersent
dans les branches noires au-dessus d'elles.
Comme si elles grimpaient des collines abruptes, déchiquetées
elles gardent les poings serrés
et plantent les pieds dans le ciment
en manœuvrant leur précieux chargement.

Bâties près du sol
comme des montagnards trapus
sur de robustes jambes courtes
ici, rue du Croissant, à Astoria.

Si elles étaient de retour chez elles
à l'équinoxe du printemps
et se tenaient à Mita del Mundo, l'équateur
à midi, elles ne feraient pas d'ombre.

Le poème continue
dans la chronique suivante
(I.D n° 224 bis)

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mots clés : Lisella Garaud Alaili

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mots clés (Les I.D. de Claude Vercey)
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