I.D n° 221 : Les filiales Lichtenberg
lundi 23 novembre 2009 [08:58:10]
« ça commence à bien faire Il radote un peu le Mlash » Bazoches-en Morvan – Juillet 2009 : Alexis Pelletier en lecture (à moins que ce soit Mlash ?) Réagissant à l'Itinéraire de Délestage précédent (I.D n° 220), Alexis Pelletier a la gentillesse de le trouver excessivement juste . Il précise : « Il y a quelques années, est-ce dans Triages ? j'avais fait une longue note sur Lichtenberg, qui fait partie des papas de Mlash. Parmi les autres papas : Monsieur Songe de Robert Pinget, Monsieur Monsieur de Tardieu ». Il me rappelle aussi que « Jean-Pierre Georges est chez Tarabuste », et qu'en conséquence, « il y a longtemps qu'on se connaît, qu'on se lit et qu'on s'apprécie. » Fort de ce satisfecit et sur ma lancée, quelques aphorismes pour le plaisir, à savourer d'abord pour eux-mêmes, avant de les rendre chacun à son auteur, nommé en fin de chronique. Donner des coups à sa femme était pour lui une manière d'instinct sexuel, il ne battait que sa femme. (a) Je n'ai pas le temps d'avoir des fantasmes à moins que justement ce n'en soit un (b) Ma fatigue d'être là me tient lieu d'inspiration (c) Cet homme avait tant d'intelligence qu'il n'était presque plus bon à rien dans la vie (a) Tout de même il serait dommage de n'être pas vraiment heureux et n'avoir pas le temps d'y penser (f) Dire du mal de la vie, ultime et indépassable jouissance. (c) Je me sens le syndrome de la mouche qui rit. (f) Le moment sans fin où chacun sait accepter la salive de l'autre (b) Rien ne contribue autant à la paix de l'âme que l'absence absolue d'opinion.(a) Je ne me trouve pas très intéressant, mais je veux que ça se sache (c) En France, tout le monde écrit, sauf les enfants de six ans qui n'ont pas encore appris que b + a = ba = nrf (d) Prévenez-moi si la vie commence je ne voudrais pas rater ça les heures deviennent longues entre les apéritifs (g) La vie n'a toujours pas commencé (e) Le monde ne peut pas admirer trop de choses. Il a un quota d'admiration. (f) a) – Lichtenberg. b) Alexis Pelletier in « Encore un petit Mlash » (Ficelle éd.). c) Jean-Pierre Georges in "Car né" (La Bartavelle éd.) d) Claude Roy cité in "Car né " e) Titre du Polder 122 de Christophe Jubien f) Raphaële Bruyère « il est bon de se trouver légèrement affamé » (Polder 140) g) Jean-Pierre Georges « Je m'ennuie sur terre » (Le Dé Bleu éd.)
mots clés : Lichtenberg Pelletier Georges Bruyère Roy Jubien
I.D n° 220 : De la pensée Mlash
jeudi 19 novembre 2009 [07:59:07]
Mlash : Encycl. Onomatopée marquant l'impact d'un projectile, genre tomate mûre ou tarte crémeuse, s'écrasant sur un visage, le pare-brise d'une voiture officielle, le bouclier d'un CRS. Bruit d'une pensée percutante, dans l'instant où elle touche juste. Par ex. Personnage pratiquant cette pensée, qu'Alexis Pelletier a mis en circulation.
Exemple de pensée mlash : « Le cheval a-t-il conscience de bander ?» (version féminine : Que sont les règles d'une jument?) Je ne saurais cependant parler de Mlash avec autant de compétence que je le souhaiterais. Ma seule référence, suffisamment intrigante et convaincante au demeurant pour que j'en fasse l'objet de cet Itinéraire de Délestage, est une récente Ficelle (nov. & déc. 2009) : Encore un petit Mlash, qui à l'évidence vient augmenter la geste d'un personnage déjà solidement établi, par deux volumes (au moins) parus aux Éditions Tarabuste : Tout Mlash et Mlash ou encore. Judicieuse, la pensée de ce Mlash. Jugez-en : « Accéder à un pouvoir devrait être passible d'emprisonnement » : pareille proposition, dès qu'on y songe, paraît des plus raisonnables. Au point qu'on serait curieux de savoir si Alexis Pelletier partage ou non la pensée mlash. Si oui, pourquoi se camoufle-t-il derrière une fiction ? Crainte de heurter les bien-pensants de l'époque : « Le spectacle de la nature / paraît toujours vide », et en surenchérissant : « Comment s'extasier d'une montagne ou d'une plage? » Ou d'être enfermé dans une forme plaisante et sentencieuse, alors que par ailleurs, il s'applique à prendre Quelques mesures dans l'époque (Voix d'encre éd.), sur un registre autrement sérieux, que le Menuet donné en prime dans cette même Ficelle donne à entendre ? Il y a du Jean-Pierre Georges dans ce Mlash. Quel a écrit : « Je passe des heures à ne rien faire » ? Si je note ce rapprochement, c'est que j'ai vu ces deux poètes se côtoyer, en juillet dernier, aux premières rencontres de Bazoches : se sont-ils alors reconnus ? Ont-ils fraternisé ? L'un et l'autre ne seraient accordés, je crois, sur ce point : Refuser une nouvelle expérience sexuelle ne tient pas seulement d'un manque de curiosité c'est d'une inélégance fondamentale. Jean-Pierre Georges, je le note au passage, n'arrête pas de me surprendre. Non seulement il a accepté, après quelques tergiversations certes, sans lesquelles il n'aurait pas été lui-même, de préfacer de mon dernier livre, - mais le voilà qui se risque à rédiger chronique dans le récent Poil au Genou (n° 26, du 30 octobre 2009), nous introduisant à l'œuvre de Lichtenberg. Mais insister serait de mauvais goût : « Laissons tranquillement croître l'herbe sur le sujet. » De qui, dites-moi, ce dernier conseil ? De Lichtenberg à Mlash court à l'évidence le fil d'une même pensée. Références : J'aurais davantage parler de ces Ficelles (7 € - Les Forettes – 61380 – Soligny-la -Trappe), que tire avec goût Vincent Rougier et dont en outre me sont parvenues, en un temps très court, les contributions de Thomas Vinau, Luce Guilbaud et Joël Bastard, si elles n'allaient être placées sous les Phares de Georges Cathalo, dans le numéro de Décharge actuellement sous presse. Aux abonnés, la primeur. "Mlash ou encore" d'Alexis Pelletier : 15€, Ed. Tarabuste, Rue du Fort 36170 – Saint-Benoît-du-Sault. "Du Poil aux Genoux" : revuette gratuite et distrayante (pour personnes sérieuses), qu'on se procure auprès de Geneviève Peigne et Jean-François Seron – Rue du Bourg – 58190 – Bazoches-en-Morvan. (Quelques beaux timbres sont toutefois les bienvenus). De Jean-Pierre Georges, on lira le "Moi chronique" (Carnets du Dessert de Lune), et la préface à "Mes escaliers " de Claude Vercey (chez le même éditeur). .
mots clés : Pelletier Georges Lichtenberg Cathalo Rougier
I.D n° 219 : Le poète qui aimait la guerre
samedi 14 novembre 2009 [14:08:14]
L'ouvrage de Jean Pierre Thuillat, aux Editions Fanlac a reçu le Prix Brantôme 2009 de biographie historique [cliquer sur l'image]
La poésie de Bertran de Born n'est pas des plus aimables. Elle ne chante pas la fin'amor comme on l'attend communément d'un troubadour du XIIème siècle, tel Bernart de Ventadour, mais « la guerre et les batailles, qu'il paraît aimer par-dessus tout » (Pierre Seghers) ; - et non pas la guerre défensive, qui demeurerait légitime aux yeux du plus grand nombre, mais l'agression pure et simple, et sans vergogne. Un grand jeu : Aussi me plaît quand un seigneur Est le premier à envahir A cheval, bien armé, sans peur …
(trad. René Nelli et René Lavaud) Autre temps, autre mœurs, aurait-on envie de tempérer ; ou en notant avec Pierre Seghers dans son Livre d'or, à propos des prouesses guerrières : « Il n'y participe pas toujours mais les narre comme personne. ». Quoiqu'il en soit, cet « impétueux troubadour politique en querelle continuelle contre ses voisins du Périgord » traîne mauvaise réputation, au point que Dante le voua aux enfers. Il fallut l'Occupation nazi pour que le nom de ce combattant fût évoqué de manière positive, et qu'Aragon trouve quelque vertu à cet esprit belliqueux. Dans la biographie qu'il lui consacre, sur laquelle le prix Brantôme attire l'attention, Jean-Pierre Thuillat s'est à l'évidence donné pour tache de retrouver sous la légende le véritable personnage, de rétablir dans sa vérité le condottiere lyrique . On lira, on verra. On ne s'attardera pas à s'étonner que Jean-Pierre Thuillat soit l'auteur d'un tel ouvrage : certes pour tout lecteur un peu informé son nom renvoie à celui de la revue Friches qu'il cultive depuis 1983, dans la proximité de la création contemporaine, où il inscrit une œuvre personnelle des plus estimables. Mais ce serait négliger que ce qui le caractérise au mieux, - et son ami Alain Lacouchie traçant son portrait pour le dossier Friches paru dans Décharge 114 de juin 2002 souligne avec force ce trait – c'est son enracinement dans un territoire, dans une histoire, « dans la langue, l'occitan bien sûr, et au sein de l'occitan, dans cette langue limousine, particulière ». Et de rappeler que Jean Pierre Thuillat « a créé le prix Troubadours/trobadors (…) en hommage à Bernart de Vantadour, Bertran de Born à Hautefor, à Gaulcem Faidit à Uzerche. » Le Limousin est son fief (je parle ici de poésie) : il le dessina en 1980 dans Poésie 1 ( n° 79/80) avec une anthologie de la Poésie limousine d'expression française et occitane ; et Bertran de Born sa figure tutélaire, à qui, médiéviste de formation, il a naguère consacré une étude universitaire. Tout se tient : on découvre sans trop de surprise que sur le site du Printemps des Poètes il se présente par un planh dédié à Bernard de Ventadour et Bertran de Born, poètes vivants. Où s’en vont les poètes morts ?, interrogeait-il dans un poème paru dans le numéro de Décharge déjà évoqué. Question rhétorique : morts ou vivants, les poètes participent à une seule et même entité, à la fois réelle et imaginaire, enracinée dans un passé que le présent à tout moment réinvente, et au service de laquelle Jean-Pierre Thuillat s'active depuis longtemps avec une constance exemplaire. Références : Jean Pierre Thuillat – Bertran de Born – Editions Fanlac Sur la revue Friches (Le gravier de Glandon - 87500 Saint Yrieix ) : Dossier dans Décharge 114, avec la participation d'Alain Lacouchie, Joseph Rouffanche, Gilles Lades et Jean-Pierre Thuillat. Voir aussi sur le site Décharge la revue du mois de décembre 2008.
mots clés : BertrandeBorn Thuillat Seghers Lacouchie
I.D n° 218 : Une petite différence
mardi 10 novembre 2009 [08:32:02]
Ce 6 novembre 2009, l’Autre Salon de Grigny (69) rendait hommage à Mahmoud Darwich avec la participation du poète palestinien Anas Alaili et son traducteur, le poète marocain Mohammed El Amraoui, accompagnés par l’oud du musicien palestinien Adel Salamaleh. A cette occasion, Michel Ménaché, qui présentait la soirée, découvrait le premier recueil d'Anas Alaili traduit en français : "Avec une petite différence", (Polder n°142). En avant-première, nous publions ici sa lecture critique, prochainement disponible dans la revue Lieux d'être. Michel Ménaché : L’hommage au grand poète disparu Marmoud Darwich m’a fait connaître Anas Alaili et découvrir son premier recueil traduit en français : Avec une petite différence. Le poète conjugue l’humour à la gravité, aborde le quotidien avec un regard tendre, faussement naïf, un peu désabusé aussi. Bernard Noël dit très bien dans la préface qu’il offre au jeune auteur la justesse de ces poèmes nés d’un rapport immédiat aux monde et aux événements intimes : « A force de naturel et de simplicité, la réalité – toujours là comme base de situation – se transforme en un clin d’œil fabuleux empreint de tendresse et d’humour. Rien de ‘’poétique‘’ (heureusement) mais le brusque et surprenant passage d’un détail quotidien à ce qui prend le tour à contre temps du vécu ordinaire. » Ainsi d’un verre, d’une pince à linge ou d’une brosse à dents oubliée sur le bord du lavabo, Anas Alaili nous fait partager avec humour l’émotion d’une séparation amoureuse. De l’état de guerre à Ramallah, ce n’est pas la violence brutale qu’il donne à voir mais la conséquence insolite d’un bombardement, avec une touche d’humour qui renforce le sentiment d’absurdité de toute cette violence irrationnelle et mortifère. Un tableau saccagé devient vivant, s’anime au point de suggérer une scène érotique : Elle est nue sur le mur nue en papier nue sans personne, hier un obus, en passant, l’a fait sursauter, elle a avancé d’un pas hors du tableau avec deux seins doux et des doigts blancs
un autre obus et elle saute dans mon lit ! De la fausse naïveté des histoires de Nasrédine à l’humour désabusé de Boris Vian ou de Woody Allen, Anas Alaili s’inscrit dans la lignée des artistes et poètes qui abordent l’angoisse existentielle, les drames de l’histoire intime ou les événements tragiques de l’histoire collective avec une apparente légèreté qui nous touche d’autant mieux que celle-ci ne procède pas des artifices trompeurs de la rhétorique. Dans chacun de ses poèmes, un amour de la vie se dessine avec les nuances sensibles de l’émotion souriante, la tendresse fraternelle. De l’humour noir aux lueurs singulières de l’humour clair et limpide capté à la source…
Michel Ménaché Lire : Anas Alaili : "Avec une petite différence" - Polder 142. Traduit par Mohammed El Amraoui. Préface de Bernard Noël. 6€. (Gros Textes – Fontfourane- 05380 Châteauroux les Alpes) Sur Anas Alaili, (mais aussi sur Christian Garaud, Polder 141) : la critique de Guy Ferdinande in l'Igloo dans la dune n° 95 (10 € - 67 rue de l'église – 59840 – Lompret.) Ménaché : "Ellis Island's dreams", aux Carnets du Dessert de Lune. "Venise hors champ" à la Passe du vent.
mots clés : Alaili Ménaché Darwich Noël
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