I.D n° 262 : Nouvelles des Plats pays
jeudi 20 mai 2010 [08:11:16]
Vu par l'auteur néerlandais A. Van Dis « Paris selon les Parisiens » in Septentrion [cliquer sur l'image] En couverture, un pont. Qui renvoie circonstanciellement, en ce 4ème trimestre 2009, à une étude sur ces ouvrages d'art, en pages intérieures du magazine. Mais qui surtout illustre de la meilleure façon l'ambition de Septentrion, revue de langue française qui depuis 38 années jette des ponts entre le lecteur francophone et la culture des Plats Pays, Flandres et Pays-Bas. De l'architecture à la sociologie, en passant par les arts et les lettres, le sommaire est riche et divers. Les points de convergence entre les deux cultures sont comme de juste mis en valeur : émigration néerlandaise en Wallonnie ( « un pays comme les autres », somme toute), et déclarations d'amour du Promeneur Andriaan Van Dis pour Paris (trad. éd. Gallimard – 2008). On y découvre aussi les installations d'Honoré δ'O, et que l'œuvre de Cees Noteboom, nom rendu familier en France grâce à Acte-Sud, n'est plus méconnue dans son pays, qui désormais le couvre de récompenses. Personnellement, j'ai été retenu d'abord par la présentation prometteuse de « Léona, héroïne du surréaliste » d'Hester Albach, (toujours à Acte-Sud), livre qui évolue autour de la lecture de Nadja et de la rencontre historique entre André Breton et la bien réelle Léona Camille Ghislaine, - un drame au final, celui de Léona devenue personnage, celui de la littérature qui tue la vie. Découverte attachante ensuite de Jan Baetens, poète néerlandais qui écrit en français, ayant choisi explique-t-il « la langue des littératures à contraintes », - de l'Oulipo entre autres. Ce goût des contraintes aujourd'hui effacé, il garde l'amour pour certaines œuvres, de Raymond Queneau à Ponge, et pour la beauté de la langue, mais tient ses distances avec la poésie française actuelle, « tragiquement muselée par la confusion entre philosophie et poésie ». On aimerait lire davantage que les trois poèmes présentés, dont celui-ci : Pour en finir (d'emblée)
Il caresse la balle comme une métaphore ; Fait une passe en guise d'asyndète; Arrête de dribbler, feint, shoote, Prend le rebond et marque (ou non) Afin de rythmer et de ponctuer sa phrase. C'est faux : basket-ball et poésie n'ont rien en commun, Pas plus en tout cas que Guillaume Tell et un lanceur de tartes, Fût-il (ce dernier) le plus imperturbable de sa corporation. La poésie n'est qu'un jeu, La poésie ne tire pas à conséquence, On peut toujours rectifier quand c'est raté, On peut copier sur le voisin, On peut dire, Comme le Poète-Poète qui se vantait De tirer sur les passants Ou comme son ami signataire d'un appel aux soldats A tirer sur leurs officiers, Que ce n'est que ça : de la littérature. (D'ailleurs j'ai commencé à faire ce poème au lit Et je ne me suis pas levé pour l'écrire d'un coup)
Jan Baetens. Extrait de Slam. Poèmes sur le basket-ball (2006) Repères : Septentrion : abonnement à 4 numéros : 45€. Voir le blog http://septentrionblog.onserfdeel.be/
mots clés : Baetens
I.D n° 261 : Réchauffement éditorial autour de la presqu'île
samedi 15 mai 2010 [09:26:22]
et autres nouvelles. Le 27 octobre dernier, depuis le plateau du Vercors, Bruno Doucey annonçait son obligation de cesser le combat qu'il menait au sein des Éditions Seghers, auxquelles il s'efforçait donner un avenir digne de leur passé. En termes moins solennelles, une lettre de licenciement économique mettait fin à ses fonctions de directeur des dites éditions dont les activités étaient, comme il était joliment écrit, gelées. Était-ce le haut-lieu de résistance d'où l'information était énoncée ? On était en droit de subodorer que la capitulation n'était pas complète. « Ce qui a été semé continuera à vivre », était-il affirmé. Et voici que nous parvient en ce début mai le faire-part de naissance des Editions Bruno Doucey, dont l'officiel lancement aura lieu le 27 de ce mois à la mairie du 2ème arrondissement de Paris, avec rebond obligé et stratégique au Marché de la poésie de la Paris (qui se déroulera du 17 au 20 Juin place St Sulpice), sous forme d'une soirée où seront présentés les auteurs des quatre premiers livres : Oscar Mandel, Salah Al Hamdani, James Noël et Jeanine Baude, à laquelle Décharge 128 a ouvert ses pages dans un dossier initié par Luce Guilbaud. Un tel démarrage, et l'ancrage de Bruno Doucey dans le monde éditorial, laissent augurer une entreprise sérieusement réfléchie, autour de laquelle s'est constituée en sus une association d'Amis, sous l'appellation de la Presqu'île : on adhère par une cotisation de 10 € à l'adresse 110 rue Petit, - 75009 – Paris. * Du Grognard, revue anachronique et curieuse, qui « affiche ouvertement sa nostalgie pour les revues mythiques du 19e siècle », et pour l'anarchisme de cette même époque, j'ai déjà parlé ici même. Un quarteron issu du Grognard et de ses alentours lance le site Non de Non : « Non de non ! Nous ne nous y reconnaissons pas dans ce monde que l’on dit être le nôtre… », dit l'éditorial du 10 mai. « Et nous ne sommes pas les seuls.” D'où la création de cet espace internet où, est-il dit, “nous pourrons clamer notre effarement, notre colère, mais aussi nos coups de blues, nos coups de cœurs, nos dégoûts et nos tendresses. ». Faisons crédit, et embarquons. * Retour à Voronca, à l'occasion cette fois du prix Voronca, attribué tous les deux ans depuis Rodez “à un jeune poète qui a encore peu ou pas publié”. En 2010, Yann Mirallès l'emporte pour son manuscrit "Jondura Jondura". Ce poète n'est pas un inconnu, c'est un de ceux auxquels nous sommes attentifs : il a participé à l'anthologie : Et si le rouge n'existait pas (au Temps des cerises) ; et cet auteur de Travail au drap rouge, qu'on peut lire sur Publie.net, sera présent dans les textes rouges que j'ai rassemblés, pour un prochain Comme en poésie. Quant à “Jondura jondura”, il aura droit à une édition chez Jacques Bremond. Aubaine : Charlotte Chambelland, présidente de l'Ange Cycliste, association dont l'objectif est de préserver et promouvoir l''œuvre personnelle et éditoriale de Guy Chambelland, nous fait savoir qu'il reste quelques exemplaires de Patmos, d'Ilarie Voronca, soit le n° 59 de la revue du Pont de l'Épée (1er trimestre 1977), avec les avant-propos de Tristan Tzara, Guy Chambelland, Yves Martin et Alain Simon. Elle propose cette rareté pour 15€ (port compris). Chèque à l'ordre de l'Ange Cycliste et à envoyer à Marie France Canet, Chemin de la Croix St Laurent – 89240 Orgy par Chevannes. Les envois seront effectués lors de la venue de Charlotte Chambelland en France, soit en Juillet 2010.
mots clés : Doucey Voronca Mirallès Chambelland Tzara Simon Martin
I.D n° 260 : Tu es un homme, mon vieux
jeudi 13 mai 2010 [07:57:42]
Frontispice de René Claude pour Poèmes de l'inconfort Vient de paraître chez Folle Avoine le livre attendu, annoncé, de Serge Wellens, Poèmes de l'inconfort, dont on savait que l'auteur avait corrigé les épreuves avant que la mort ne l'emporte brusquement, au dernier jour de janvier (I.D n° 237). On ne peut lire sans émotion cet ouvrage, dont je rendrai compte plus longuement dans le prochain Décharge (juin 2010) où seront également recueillis à propos de cet auteur les hommages de François Teyssandier et Christian Sapin. Il me suffira pour l'heure de placer ces Poèmes de l'inconfort sous le signe de la fidélité, valeur à laquelle Wellens n'a jamais dérogé : fidélité de l'auteur envers lui-même, envers ses mots et de ses images ; fidélité aux amis, vivants auxquels beaucoup de poèmes sont dédiés, et disparus, convoqués un soir où l'auteur ouvre l'album photo « pour ne pas être seul », fidélité envers son illustrateur René Claude qui cette fois encore signe le frontispice, et bien sûr envers Yves Prié et sa Folle Avoine, auxquels l'œuvre poétique est confiée depuis 1986 pour, au final, 6 livres publiés. Réponse à Kipling
Extrait de Poèmes de l'inconfort © Folle avoine éd. Si le froid de l'aube te poignarde dans le dos si le soir est un manteau trop lourd pour tes épaules si les paroles alentour ne sont que du bruit au milieu du bruit si tes yeux prennent feu sous les loupes de tes larmes si des visages sans nom traversent ton sommeil si des noms sans visage t'empêchent de dormir si tu croises ta mort dans le regard de tes amis et s'il te vient aux lèvres un mot retrouvé dans un trou de [ mémoire un mot pour rire pour rire et pour faire rire autour de toi alors oui tu es un homme mon vieux. Repères : Serge Wellens – Poèmes de l'inconfort – 48 pages – 9€ aux Éditions Folle Avoine - (Le Housset – 35 137 – Bedée) Dossier Wellens, dont un entretien avec Claude Vercey, dans la revue Décharge 125 (mars 2005).
mots clés : Wellens Prié Claude Teyssandier Sapin Vercey
I.D n° 259 : Le point de vue du danseur
dimanche 9 mai 2010 [10:47:28]
Retour sur l'I.D n° 251, écrit à la suite de la rencontre à Dijon avec Véronique Janzyk, Antoine Wauters et Serge Delaive. A cette occasion, les Trois poètes wallons étaient réunis en une anthologie publiée aux éditions du Murmure sous une préface de Karel Logist. Et je dus me rendre à l'évidence, combien était important cet absent, auquel il était référé avec une surprenante constance, ce qui suscita ma curiosité envers une poésie que, je l'avoue, je méconnaissais jusque-là. Fort à propos, Tout emporter au Castor astral est venu pallier mes lacunes, m'offrir en accéléré une vue sur l'œuvre. Thématique, l'anthologie couvre les douze livres énoncés dans la bibliographie, du Séismographe aux Eperonniers (1988) au Sens de la visite, à la Différence ( 2008). Liliane Wouters, grande dame des lettres belges, le présente avec allégresse et frappe juste en écrivant que Karel Logist « ne parle qu'à mi-voix, en confidences. Mais entre les phrases anodines, anecdotiques, humoristiques, une petite flèche frappe qui n'a l'air de rien et peut briser le cœur. » Il est vrai que ce qui séduit d'emblée, c'est la légèreté de la démarche, une apparente insouciance, un côté "fleur bleue", ou comme un qui va sifflotant, ce qui peut laisser à penser que l'auteur vaque à l'étourdie, se laisse emporter par les rythmes, les rimes aussi parfois, de la chansonnette : S'il vend toutes ses roses sur le môle et dans le bruit il ira s'assoir s'il ose aux terrasses de minuit voir passer les filles roses Norge, avec cet air de se foutre du monde, n'est pas si loin. Où qu'il aille, quoi qu'il observe, Karel Logist paraît danser sa vie : Le danseur évident, dit un de ses titres. Non qu'il ne souhaite être « dans la vie » ; la plupart du temps il se tient pourtant à distance, malhabile, ironique, attendri. Et c'est cette juste distance qu'il entretient, dans le constat ou le poème d'amour, qui donne son prix à cette poésie. Avez-vous jamais remarqué qu'au poète quoi qu'il souhaite, quoi qu'il fasse quoiqu'il tente, il ne lui arrive rien ? Il a beau concevoir des projets d'aventure creuser des tunnels sous la nappe s'épiler les sourcils avec une pince à sucre porter des pull-overs aux coudes recousus : il ne rêve qu'assis et ne fleurit qu'en pot. Un jour, on l'habille chaudement (car un hiver précoce profile sa rude haleine), on le met dans un train qui part de Pepinster à destination du Népal. Mais un vol de billets, un mal de dos suspect une grève de sherpas, un complot de criquets un courrier en retard l'obliger à tester d'autres itinéraires. En transit et transi, il se retrouve à Blankenberge où de nuages blancs l'hébergent. Repères : Karel Logist : Tout emporter – 176 p. - Castor Astral – (Juin 2008) - 14€ Trois poètes wallons (Janzyk, Wauters, Delaive) – Éditions du Murmure ( Janvier 2010)
mots clés : Logist Janzyk Delaive Wouters Norge
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