Couverture : L'outre-ciel
Gravure de Simone et Henri Jean
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Saraswati est, me dit-on, la déesse de la connaissance et de la sagesse, mais aussi de la musique et des arts dans la mythologie hindoue. Ne doutons pas que c'est en toute connaissance de cause que Silvaine Arabo a depuis 2001 choisi de placer sous ce patronage la revue qu'elle a liée à ses Éditions de l'Atlantique, lesquelles acquièrent peu à peu une visibilité méritée : pour ne me reporter qu'au dernier Décharge, (n° 144 – Décembre 2010), deux titres atlantiques y sont signalés : de Jean Dubacq : Les joies testamentaires, et d'Hélène Vidal : Les plis de l'éventail. Au catalogue, des recueils notables de Jean-Pierre Lesieur, Anne-Lise Blanchard et Mathieu Gosztola, et plus récemment : Au gré des regs contondants d'Olivier Verdun et Au crible de la folie, d'Anna Jouy, (on n'a pas oublié Ciseaux à puits, polder 137).
Ces derniers auteurs cités figurent parmi les cinquante-et-un, d'Ancet (Jacques) à Werstinck (Patrick), qui prennent position et croisent leurs opinions à propos de l'Expérience poétique, objet déclaré du n° 10 de Saraswati : copieuse livraison de plus de 200 pages grand format, richement illustrée par les gravures de Simone et Henri Jean, les pastels augmentés d'Alain Simon, les interventions graphiques de Michel-François Lavaur (dont on s'étonne de ne pas trouver le point de vue de poète).
La démarche qui mena à ce fort volume fut assez simple : Silvaine Arabo soumit à ses invités un questionnaire en 16 points, tous plus ou moins cruciaux, qui raisonnablement auraient dû fournir matière à plusieurs numéros. Malgré l'élagage de plusieurs questions « moins essentielles », l'impression générale reste une confuse profusion que vient ordonner le seul classement alphabétique dans la cinquantaine de réponses apportées à chacune des onze questions rescapées; et alors que, me semble-t-il, la fonction d'une revue est de guider le lecteur, il faut bien reconnaître que celui-ci est abandonné à lui-même dans cette caverne d'abondance : on retrouve au final cette impression familière de vide-grenier à laquelle la toile internet nous a habitués, où chacun décide par lui-même de ce qui est important et ce qui ne l'est pas.
Sans doute, pour avoir apporté mon tribut à cette enquête, ne suis-je pas le mieux placé pour à présent fournir un juste commentaire. Néanmoins, et malgré la profusion de réponses dont on aurait plutôt attendu qu'elle apporte une diversité d'éclairages, je suis frappé de la convergence d'une majorité de points de vue, résultat assez contradictoire avec l'idée qu'en général les poètes se font d'eux mêmes, se définissant volontiers comme « des électrons libres », « récusant les codes, [car] la liberté de création doit être totale », « pensant ne pas appartenir à un quelconque courant », ou « ne se sentant liés à aucune mode poétique.»
Toutefois, chaque invité présentant en contre-point une page de poèmes, il est permis de faire le point sur chacun, dont pas mal d'inconnus qui émergent là pour la première fois au sommaire d'une publication d'importance ; on mesure alors l'écart entre une pratique réelle et les illusions qu'un poète nourrit sur son propre compte. D'autant que, comme Silvaine Arabo le souligne avec raison, « chacun a beaucoup donné de lui-même, avec une grande sincérité », si bien qu'il nous est fourni, grâce à ces données livrées telles quelles, une riche matière à réflexion, où au final on apprend moins sur l'expérience poétique que sur les croyances et opinions en 2010 d'un certain nombre d'individus se définissant eux-mêmes comme poètes.
Repères : Silvaine Arabo est une spadipontaine, selon le mot d'Alain Simon pour définir un poète du Pont de l'Epée. Mais elle a aussi publié au Club des poètes, de Jean-Pierre Rosnay (décédé ce 19 décembre 2009), auquel elle a précédemment consacré un numéro spécial.
Saraswati n° 10 - « L'Expérience poétique » - 25€ - B.P 70041 – 17102 – Saintes.
Même adresse pour les Éditions de l'Atlantique.