L'ouvrage de Jean Pierre Thuillat, aux Editions Fanlac a reçu le Prix Brantôme 2009 de biographie historique
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La poésie de Bertran de Born n'est pas des plus aimables. Elle ne chante pas la fin'amor comme on l'attend communément d'un troubadour du XIIème siècle, tel Bernart de Ventadour, mais « la guerre et les batailles, qu'il paraît aimer par-dessus tout » (Pierre Seghers) ; - et non pas la guerre défensive, qui demeurerait légitime aux yeux du plus grand nombre, mais l'agression pure et simple, et sans vergogne. Un grand jeu :
Aussi me plaît quand un seigneur
Est le premier à envahir
A cheval, bien armé, sans peur …
(trad. René Nelli et René Lavaud)
Autre temps, autre mœurs, aurait-on envie de tempérer ; ou en notant avec Pierre Seghers dans son Livre d'or, à propos des prouesses guerrières : « Il n'y participe pas toujours mais les narre comme personne. ». Quoiqu'il en soit, cet « impétueux troubadour politique en querelle continuelle contre ses voisins du Périgord » traîne mauvaise réputation, au point que Dante le voua aux enfers. Il fallut l'Occupation nazi pour que le nom de ce combattant fût évoqué de manière positive, et qu'Aragon trouve quelque vertu à cet esprit belliqueux. Dans la biographie qu'il lui consacre, sur laquelle le prix Brantôme attire l'attention, Jean-Pierre Thuillat s'est à l'évidence donné pour tache de retrouver sous la légende le véritable personnage, de rétablir dans sa vérité le condottiere lyrique . On lira, on verra.
On ne s'attardera pas à s'étonner que Jean-Pierre Thuillat soit l'auteur d'un tel ouvrage : certes pour tout lecteur un peu informé son nom renvoie à celui de la revue Friches qu'il cultive depuis 1983, dans la proximité de la création contemporaine, où il inscrit une œuvre personnelle des plus estimables. Mais ce serait négliger que ce qui le caractérise au mieux, - et son ami Alain Lacouchie traçant son portrait pour le dossier Friches paru dans Décharge 114 de juin 2002 souligne avec force ce trait – c'est son enracinement dans un territoire, dans une histoire, « dans la langue, l'occitan bien sûr, et au sein de l'occitan, dans cette langue limousine, particulière ». Et de rappeler que Jean Pierre Thuillat « a créé le prix Troubadours/trobadors (…) en hommage à Bernart de Vantadour, Bertran de Born à Hautefor, à Gaulcem Faidit à Uzerche. »
Le Limousin est son fief (je parle ici de poésie) : il le dessina en 1980 dans Poésie 1 ( n° 79/80) avec une anthologie de la Poésie limousine d'expression française et occitane ; et Bertran de Born sa figure tutélaire, à qui, médiéviste de formation, il a naguère consacré une étude universitaire. Tout se tient : on découvre sans trop de surprise que sur le site du Printemps des Poètes il se présente par un planh dédié à Bernard de Ventadour et Bertran de Born, poètes vivants.
Où s’en vont les poètes morts ?, interrogeait-il dans un poème paru dans le numéro de Décharge déjà évoqué. Question rhétorique : morts ou vivants, les poètes participent à une seule et même entité, à la fois réelle et imaginaire, enracinée dans un passé que le présent à tout moment réinvente, et au service de laquelle Jean-Pierre Thuillat s'active depuis longtemps avec une constance exemplaire.
Références : Jean Pierre Thuillat – Bertran de Born – Editions Fanlac
Sur la revue Friches (Le gravier de Glandon - 87500 Saint Yrieix ) : Dossier dans Décharge 114, avec la participation d'Alain Lacouchie, Joseph Rouffanche, Gilles Lades et Jean-Pierre Thuillat.
Voir aussi sur le site Décharge la revue du mois de décembre 2008.