“Triste, très triste que la Maison de la Poésie de Haute-Normandie ferme ses portes », écrivait François Teyssandier dès le 9 octobre, guère après que l'annonce nous fut rendue publique. Tristesse partagée, oui : après 7 années d'activités intenses, mais intermittentes, portées par un rare enthousiasme, avec l'espoir d'installer durablement à Dieppe une Maison de la Poésie, l'association qui sous cette cette appellation anticipée, en cela un rien trompeuse, entendait par ses actions en démontrer la nécessité, a renoncé. Au cours du Conseil d'administration du 23 septembre 2009, constat était dressé de l'incapacité à passer du stade du bénévolat militant à la pérennisation désirée, qui passait par la création d'un emploi et l'attribution d'un lieu fixe et permanent. En conséquence, l'équipe groupée autour d'Eric Sénécal décidait à son grand regret de stopper sur le champ [ses ] activités.
« Toutes les actions en attente de la Maison de la poésie de Haute-Normandie sont annulées et l’association mise en sommeil. » On devine la difficulté de prendre une décision aussi radicale. Mais elle est à la mesure de la désillusion, amplifiée certainement par le fait que le passage tellement souhaité d'une activité intermittente, à laquelle l'association depuis 7 ans s'était adonnée avec ferveur et une compétence que tous ses invités ont pu apprécier, à l'installation effective d'une Maison de la poésie, que ce passage donc avait semblé à portée de main. La déception n'en fut que plus cruelle. Je me souviens, lors de mon séjour à Dieppe (I.D n° 163), des espoirs qui se levaient, à cette époque d'élections municipales où la ville de Dieppe basculait à gauche. Le but se rapprocha encore davantage lorsqu'à quelque temps de là, la Direction régionale des Affaires Culturelles (DRAC) - représentant en province le Ministère de la culture, comme on sait - octroya une subvention importante et fit savoir qu'elle était prête à signer avec l'association une convention pluriannuelle.
Un signal fort. Quand on a un tant soit peu travaillé dans ce milieu, au contact avec les Pouvoirs publics, on connait cette manière de faire, où chacun se déclare intéressé par un projet, mais se renvoie la balle en se gardant d'ouvrir le jeu. En revanche, dès lors où l'un d'eux a avancé une proposition, il s'en suit la plupart du temps une sorte de surenchère, aucun ne voulant demeurer en reste. Or, il advint que cette fois ( allons, créer un emploi aujourd'hui …! Et en faveur de la poésie, y songez-vous ?) le premier pas ne fut pas emboité, du moins les promesses qu'il suscita furent décevantes, les garanties pour assurer un emploi durable insuffisantes : fallait-il pourtant prendre le risque, tenter le diable ? Ou continuer comme par le passé ? On devine combien dans l'association chacun dut balancer; mais le choix fut fait, revendiqué comme responsable : la Maison de la poésie de Haute Normandie n'aura pas passé la promesse des fleurs, comme Malherbe n'aurait manqué de l'écrire.
Un coup dur, oui. Encore faut-il l'apprécier dans ses justes proportions : « Nous ne sommes pas morts dans un crash aérien », ironise le site dieppois. Le feu ne semble pas éteint : qui a côtoyé la chaleureuse et hospitalière équipe ne s'en étonnera guère. Et l'on rappellera que dans la hiérarchie de son engagement, les activités d'animations préfigurant une Maison de la poésie étaient secondes par rapport aux activités des Éditions Clarisse, que dirigent les mêmes bénévoles, si bien que ce passage raté à l'institutionnalisation n'est peut-être en effet qu'une péripétie, dans une aventure déjà riche, dont il reste à attendre un prochain rebond. « Nous allons repartir de plus belle avec l'édition et déjà quelques idées d'animation », prédit Eric Sénécal dans une lettre récente. A suivre.
Repères : On se reportera sur le site de la Maison de la poésie de Haute-Normandie et celui des Éditions Clarisse. On lira en réactions sur notre site l'intégralité du message de François Teyssandier.