Décharge
Décharge ]

les I.D.
tête de gondole
revue du mois
inventaire
Polder
anthologie
liens
vos réactions

Les I.D.

de Claude Vercey

I.D n° 246 : Quitter l'île Titanic

mercredi 10 mars 2010 [09:24:19]

Touteterreestprison 1

Ilustration d'Etienne Bienvenue pour
Toute terre est une prison de Gary Klang

Depuis le Québec où il a émigré de longue date, le poète haïtien Gary Klang fut le premier à pouvoir nous informer, après le tremblement de terre qui ravagea son île natale. Puis, à travers cette émotion, il sut nous rejoindre par le poème le Rouge aimé dans la thématique du Festival Temps de parole qui alors s'inaugurait (voir I.D n° 232). Mais c'est aujourd'hui, à travers Toute terre est une prison, son plus récent recueil, que j'aborde véritablement son œuvre et découvre son écriture.

Une courte préface fait le point : Gary Klang y exprime la nécessité de tourner la page, de s'éloigner des premiers poèmes où était évoquée l'île de son enfance, tout ce qui fondait [son] bonheur et ne reviendrait pas. « Peu à peu, explique-t-il, j'ai pris conscience que l'exil était définitif et qu'il fallait transcender le passé.» Un objectif alors lui apparaît : rompre le nœud qui le rattache à la terre mère, afin de s'ouvrir à l'universel. Davantage que la réalisation de cette déclaration programmatique, ce qui se lit ici est l'effort du poète pour s'arracher à l'écriture ancienne : traduire l'ex-île dans le langage, « quitter la peine et ce qui fut », « être enfin libre de toute attache ». 

L'expression première de Toute terre est prison, et qui touche, est celle d'un désarroi: « Les mots me manquent », lit-on d'emblée.« D'où me vient / Mais d'où me vient ce malaise » …:

On a beau faire
Beau vouloir fuir
Toujours revient ce qui n'est plus

Dans cet échec apparent, cette incapacité à rompre avec un passé trop prégnant, se tient la tension du poème. Il apparaît qu'il ne suffira pas d'un seul livre à Gary Klang pour venir à bout de son projet, « découvrir un chant / qu'on ne connaissait pas encore / et qui à voir n'avait plus rien / avec celui d'hier ». Et sans doute ce chant à venir devra-t-il passer par l'acceptation d'un douloureux désenchantement, à l'exemple de ce poème d'une belle lucidité :

Nous habitons
L'île à la dérive
L'ile du bout du vent
L'île Titanic

Nous subissons
La mort
Le mauvais sort
Les vents blafards

Abandonnés par la nature
Et par l'histoire des hommes

Nous sommes Personne
Ou plutôt ces gens-là
Sans nom et sans avenir
Juste ces gens-là

Références : Gary Klang : Toute terre est prisonMémoire d'encrier éd. (1260, rue Bélanger, bureau 201 – Montréal, Québec, H2S 1H9. )

 

lien permanent

mots clés : Klang

I.D n° 245 : Rouge pouce

dimanche 7 mars 2010 [10:44:16]

Promis depuis l'I.D précédent, un poème de Sylvia Plath, traduit par Valérie Rouzeau.

Pouce

Pour Susan O'Neill Roe

D'un coup tran
Ché mon pouce, coupé pour un oignon.
L'extrémité presque arrachée,
Retenue par comme un chapeau

De peau,
Un pauvre fichu en lambeaux,
Blanc extrême.
Et puis cette peluche rouge.

Petit pèlerin,
Il t'a scalpé, l'Indien.
Tout droit sorti du cœur
Ton tapis se déroule

En barbiche de dindon.
Je l'écrase comme j'empoigne
Ma fiole de pur alcool,
Mon flacon qui pétille.

C'est parti pour une cérémonie.
Un million de soldats
Tous habillés de rouge
Accourent comme un seul homme.

Pour quel camps se battent-ils ?
Dis donc,
Homuncules, je défaille.
J'ai pris un cachet vaille que vaille

Contre ce malaise pitoyable
De papier pelure.
Saboteur,
Kamikaze -

La tache sur ta
Gaze Ku Klux Klan,
Babouchka
Devient sombre et terne et quand

La pulpe
En rondeur de ton cœur
Affronte sa petite
Meule de silence

Tu fais un de ces bonds -
Ancien combattant, pouce
Trépané
Moignon, poupée souillon

extrait d'Ariel de Sylvia Plath
Traduction et édition de Valérie Rouzeau
Gallimard éd, 2009 ( Du monde entier)

Reine d'un jour : Les habitants de Romorantin auront-ils fait le rapprochement entre la poète présente en chair et en os ce vendredi à la médiathèque de la ville et cette Valérie Rouzeau célébrée dans le Télérama de cette semaine ?

lien permanent

mots clés : Plath Rouzeau

I.D n° 244 : L'invitation à Romorantin

jeudi 4 mars 2010 [10:48:08]

En a-t-on jamais fini avec le rouge ? Avec la fin du Festival consacré à cette couleur, j'avais cru qu'allait se clore ma période rouge. En prévision de quoi, et pour me dégager de ce qui tendait à tourner à l'obsession (oh! légère et, somme toute, pas si désagréable que cela), j'avais pris mes précautions : un Itinéraire de Délestage qui se voulait conclusif (I.D n° 239 ), et l'initiative de rassembler en anthologie les poèmes recueillis (c'est décidé, la revue Comme en poésie, dans un numéro prochain, s'y colle. Je vous tiens au courant).

La réception d'un livret de la médiathèque municipale de Romorantin, et la découverte d'un poème de Sylvia Plath, qu'en tout arbitraire j'ai aussitôt intitulé Rouge pouce comme on le lira dans l'I.D suivant, extrait d'Ariel et traduit par Valérie Rouzeau, en ont décidé autrement.

Opportunité d'abord de saluer un lieu exemplaire. Si la poésie continue d'imposer malgré tout sa présence, malgré – oui - les difficultés bien réelles qu'il ne faut manquer d'énoncer, il ne faut en contre-partie omettre de rendre hommage à quelques lieux miraculeux, véritables zones de survie, comme cette médiathèque de Romorantin Au cours des années, en tournée avec lectures et spectacles, j'ai à plusieurs occasions apprécié l'excellence de son accueil, sa capacité à réunir un public, l'action d'une équipe compétente et motivée autour de Chantal Georges, la conservatrice. La fidélité est une autre de ses vertus : je continue de recevoir aujourd'hui, au rythme de son actualité qui fait écho à l'actualité poétique et littéraire, ces livrets introductifs à l'œuvre de l'invité, élégamment imprimés, documentaires et anthologiques, et que malgré l'envahissement de sa bibliothèque personnelle en écrits, plaquettes et livres, on s'applique à conserver.

Vendredi 5 Mars, l'invitée est la désormais très appréciée Valérie Rouzeau, « reconnue par ses pairs comme un inventrice talentueuse » et « qui jouit aujourd'hui d'une aura tout particulière », pour s'en référer à Angèle Paoli et son blog Terres de femmes. Invitation on ne peut plus judicieuse, et lancée à double titre : à l'auteur de Quand je me deux, son dernier livre au Temps qu'il fait, et alors que ses premiers titres Pas revoir et Neige rien retrouvent un second éclat avec leur réédition en poche, dans la collection La Petite Vermillon, à la Table ronde ; à la traductrice d'Ariel de Sylvia Plath et d'une partie des Poèmes de Ted Hughes, chez Gallimard.

"Voici venue la fin des poétesses", lit-on en tête de chapitre de ce livret, et qui me renvoie, à travers ce terme de poétesse, à quelque discussion passée, dont le mot de la fin, sans que nous le sachions, avait depuis longtemps été prononcé. Cette exclamation est celle, apprends-je, du poète américain Robert Lowell à la parution d'Ariel, en 1965, deux ans après le suicide de Sylvia Plath. Il écrivait : « Ariel est un événement majeur de l'histoire de la littérature. Voici venue la fin des poétesses. » Afin que désormais nul ne l'ignore.

Références : Médiathèque municipale de Romorantin- 18 fbg St Roch 41200 Romorantin-Lanthenay  - mediatheque@romorantin.fr   
Décharge est particulièrement attentif à l'œuvre de Valérie Rouzeau, (polder 62 : A cause de l'automne ), qui y fut chroniqueuse, et dont Jacmo rend compte régulièrement des parutions (Quand je me deux, in Décharge 144). Dernière intervention de Valérie Rouzeau dans le n° 142 de Décharge, où elle présente Bernard Bretonnière.

lien permanent

mots clés : Plath Rouzeau Paoli Lowell

I.D n° 243 : Parler de l'arbre

dimanche 28 février 2010 [08:57:35]

Arbres Schiele

Egon Schiele : Quatre Arbres, 1917 - Huile sur toile
© Galeries nationales du Grand Palais
(sur une suggestion de Fabrice Marzuolo)

L'appel à contribution d'Isabelle Pinçon, demandant à chacun de s'exprimer à propos de l'arbre, (lire I.D n° 241) m'a irrésistiblement renvoyé à un recueil de Georges Drano, recueil apprécié, quoique je ne l'aie au final jamais évoqué par écrit : Premier soleil sur les buissons, chez Rougerie. Le titre est celui des poèmes en prose de la quatrième partie ; mais la troisième (Échardes) et surtout la première (Arbres), l'une et l'autre en vers, et après un détour vers la vigne :

Boire le vin à la cave
C'est boire le vin par la racine
Debout dans le terrier
A la lueur des bouteilles

font écho à la proposition d'Isabelle Pinçon (même si celle-ci n'exige pas un poème).

Parler de l'arbre
où s'assemble
la lumière

De sa demeure
verticale

De sa solitude
où nous entendons
la voix inconnue

Parler de son ombre
où le temps s'arrête

Des feuillages
à la largeur du jour

De l'arbre à l'homme il n'y a à l'évidence qu'un pas, l'un et l'autre sont du même bois. L'arbre marche vers nous, et bientôt nous parlons comme des arbres. Et la sérénité des premières interrogations se trouble : arbre écorcé, arbre écorché. Le poème semble d'abord s'inscrire à la suite de Ronsard, implorant les bûcherons d'épargner la forêt ; mais les exactions ne sont pas qu'images lointaines de massacres d'arbres:

c'est ici que cela se passe
dans la cour, devant la maison
derrière l'immeuble
on arrache,
on éradique le bosquet,
on incendie la forêt
on désherbe
on déserte

De sa parole économe et solaire, où chaque mot fait son poids, Georges Drano continue à se construire un pays intérieur, à la fois concret et métaphorique, « où les pas les mots ne font qu'un », à la recherche toujours d'un lieu « pour habiter ».

Repères : Georges Drano : Premier soleil sur les buissons – Rougerie éd. - 13€. Voir le site Texture .
La plupart des titres de Georges Drano sont aux éditions Rougerie :
Consulter : Georges Drano : Pour habiter – anthologie composée et présentée par Serge Meitinger – Le Dé bleu – 13, 50€

 

lien permanent

mots clés : Pinçon Drano

pages (1) 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 -> 68
nombre de pages visitées: 1 266 289 | nombre de requêtes 12

Les derniers ID

I.D n° 246 : Quitter l'île Titanic
I.D n° 245 : Rouge pouce
I.D n° 244 : L'invitation à Romorantin
I.D n° 243 : Parler de l'arbre
I.D n° 242 : Gabriel Cousin coupe le fil

L
M
M
J
V
S
D
mots clés
Abril Akhmatova Alaili Albarracin Alexandrian Allain Guesdon Allard Allix Althen Andriot Angibaud Anonyme Anselmet Apollinaire Arabo ArmandLePoête Artufel Ascal Autin Grenier Béalu Baglin Barbier Bartoli Baudelaire Beau Beausoleil Bellevaux Belleveaux Berchoud Berchoux Berger Bernard BertrandeBorn Besnier Billard Billon Birot Blondeau Bobillot Boddaert Bohi Bongiraud Bonnefoy Bordini Bouchard Boudet Bougel Bouhier Bouin Bourçon Bourdelier Brassens Brejar Breton Bretonnière Brière Briseul Brisset Brodini Bruyère Burko Burneau Césaire Cabanel Cadou Caizergues Calaferte Caplanne Carême Carlot Cathalo Ceira Cendrars Ch'Vavar Chabert Chaissac Chambelland Char Charles Chatard Chenet Chenot Chevet Chirac Cixous Collin Commère Cordebard Corman Cornuault Corre Cottron Daubigné Cousin Couval Criel Cummings Curie Daive Darwich Dauphin David Debreuille DeBrosses DeBurine Decaunes DeCornière Degoutte Delaive Delisse Deluy Demarcq DeMelo DeMeyrac Desbrosse diManno DiManno Dombasle Drano Dreyfus Dubost DuBouchet Duchamp Dumortier Dupuy Durigneux Eluard Emaz Eniger Esnault Euzen Fagne Fagnes Farasse Farine Faure Favier Favretto Ferdinance Ferdinande Fernandes Fischer Follain Forte Foucault Fournier Frédérique Frénaud Freixe Fustier Gamarra Garaud Garcia Garnier Gellé Georges Gicquel Ginsberg Giovannoni Girard Godeau Gorius Gramsci Gravier Grisel Guallino Guilbaud Guillard Guillaume Guillevic Hélène Hélissen Hölderlin Haddad Harkness Heaney Held Henein Herry Huglo Hugo Igé Illès Izoard Jacquier Roux Jean Jean André Jegou Jimenez Josse Joubert Joubet Jouy Jubien Judice Jullian Kenneth White Kewès Khoury Ghata Klée Klang Kober Koutsaftis Coulmin Krembel L'Anselme Laâbi Labé Labedan Laborit Lacouchie Lahu Lalot Langlois Larizza Laude Lavilliers Le Mauve LeBigot Leiris Lemaire LeMauve Leperlier Lesage Lesieur Lewigue Libert Lichtenberg Lisella Littell Llansol Lowell Lucas Lucchesi Lysland Ménaché Ménard Ménassé Môquet Maïakovski MacEvan Maffaraud Mahlen MalcolmdeChazal Malhen Maltaverne Mandelstam Manon Mansour Marchal Marcourel Marembert Martin Martinez Marzuolo Masson Massot Mathy Maubé Maxence Mazo Menanteau Merlen Merlot Meunier Miguel Montalban Montmaneix Morin Mougin Mounin Nédélec Nédelec Nadaud Nadaus Naz Neruda Nerval Noël Odartchenko Odartchenlo Olivennes Otte Pélieu Pépin Pérémarti Pérol Paire Pajot Paoli Para Paris Pasternak Pelieu Pelletier Pennequin Pessoa Peuchmaurd Pierre Pinçon Piquet Pirotte Plath Poiré Ponge PontusdeThiard Présumey Prager Prié Quelen Queneau Quinta Quintane Réda Rambour Rancour Rannou Reboux Recouvrot Renard Rilke Rimbaud Ritman Rivet Robert Rosnay Rossi Rothenbert Roubaud Rougier Rousselot Rouzeau Roy Rozyski Sénécal Saïd Mohamed Sabatier Sacré Scève Schlee Schoener Seghers Senecal Senghor Seyve Siméon Simao Simeon Simon Sorrente Stétié Suel Takahashi Tarkos Teyssandier Thuillat Tixier Touzeil Tuwin Valprémy VanGogh Vargaftig Vargas Venaille Vercey Verheggen Verlaine Veschambre Vigée Vignes Vinau Viviers Vodaine Wazemski Wellens Wexler

liens

Alain Simon Amourier Autre Sud Biloba (Touzeil) Clarisse éd. CNL comme en poésie danger-poésie Daniel Labedan Dessert de lune Guallino Guy Chambelland Impulsions Jean Foucault Jean Michel Robert L'idée bleue L'or des tigres La luxiotte la toile de l'un L'alamblog MP Namur NRM (Nouvelle Revue Moderne) Olivier Favier Poésie Maintenant Poezibao Printemps des poètes remue.net Saïd Mohamed (Ressacs) sitaudis Temps de Paroles Yves Barré