I.D n° 280 : Le mystère Von Neff
mardi 31 août 2010 [08:47:53]
Erich Von Neff, et son nom tellement improbable pour un poète californien né à Manille, mais aussi à cause de ses proses et poèmes, insolites, exotiques, déroutants, souvent jubilatoires, m'a depuis longtemps intrigué. Sa participation au récent Triages, où après les historiques Serge Féray et Claude Ibrahimoff apparaît un troisième traducteur Jean Hautepierre (voir l'I.D précédent : n°279), a ravivé l'attention que je lui porte et le questionnement à son égard. Je précise que je n'ai eu avec lui aucun échange, épistolaire ou autre, ni avec ses traducteurs : je reste un lecteur dubitatif, réagissant à ce qu'il écrit – ou à ce qu'on propose sous son nom –, et à ce qu'on écrit à son sujet. Erich Von Neff occupe une place atypique dans le paysage de la poésie française, tel qu'il se dessine à travers revues et publications de petits éditeurs. Quelle n'a pas un jour inscrit le nom de ce poète à son sommaire ? Cette impression d'omni- présence, d'autant plus surprenante qu'il s'agit d'un poète traduit - dont on est nullement assuré qu'il ait un début de notoriété dans son propre pays - paraît confirmée par une note bio-bibliographique de la revue Verso, où en décembre 2006, il est estimé qu'il avait alors publié en France « 678 poèmes, 97 histoires courtes, 8 romans et obtenus 14 prix ». Une telle immixtion laisse supposer une connaissance du milieu poétique, que beaucoup d'auteurs français pourraient lui envier ; ou il faut supposer que ses traducteurs déploient en sa faveur une activité inlassable et quasi exclusive. Notons que Verso brouille encore davantage les pistes, en ne créditant plus aucun traducteur pour ses poèmes ou récits. Eric Von Neff tend à devenir un "petit poète" français, duquel il emprunte le parcours littéraire typique. Pourtant cette production prolifique, l'étrangeté de son statut, la qualité de ces écrits – leur érotisme joyeux met souvent à mal la platitude du quotidien routinier de l'actuelle poésie dominante qu'il côtoie - n'ont nourri en retour que peu de curiosité : à ma connaissance, le poète Erich Von Neff n'a jamais suscité de numéro spécial, et pas plus de dossier ; ni enquête, ni reportage. Nul interview. Il y a bien là comme un mystère. Décharge a accueilli elle aussi le poète californien, assez tôt - en 1998 ( ses écrits se répandent en France à partir de 1994) -, sous la forme d'un polder (n° 97), au titre assez croquignol : Les réfections de nos corps. Cette première collaboration n'eut pas de suite, bizarrement. Ces Réfections fut donc longtemps le seul texte traduit de la collection, où l'a rejoint récemment celui du Palestinien Anas Alaili ( Avec une petite différence – polder 142 – mai 2009 ). La fin de cette chronique, avec l'I.D suivant : n° 280 bis.
mots clés : VonNeff Féray Alaili
I.D n° 280 bis : Le mystère Von Neff
mardi 31 août 2010 [08:32:13]
Lire le début de cet I.D Cliquer sur l'image pour en obtenir l'intégralité et trouver le point commun entre un polder 1998 et Triages 2010
En y repensant On fut un peu surpris Lorsque les demoiselles nues Sortirent du Louvre en rebondissant Sur des bâtons sauteurs Était-ce une performance artistique Ou un manifeste politique Du genre café bourgeois? Il est certain Qu'on prenait hautement conscience Des hémisphères sautillants On découvrait une vision du monde, une Weltanschauung Jusqu'ici inconnue Les spéculations allaient bon train Était-ce une performance artistique Ou un manifeste politique? Un tel phénomène pouvait-il influer sur les ondes cervicales ?
Erich Von Neff (Extrait de : Les réfections de nos corps – Polder 97) A l'occasion de ce polder, son traducteur d'alors, Serge Féray, qui lui ouvrit ses Cahiers de nuit pour pas moins de 5 ouvrages, livrait les renseignements les plus complets qu'on puisse trouver sur ce mystérieux auteur, lesquels, sempiter- nellement repris, lui confèrent les traits immuables d'un personnage de fiction : Né en 1939. « Peu avant la seconde guerre mondiale, sa famille vient des Philippines s'installer aux États-Unis. Erich Viktor Von Neff sert dans les Marines, puis travaille comme inspecteur de terrains, brasseur, postier, jardinier pour la ville de San Francisco, docker enfin sur les quais de cette ville où il réside aujourd'hui. » Études universitaires de philosophie à San Francisco et Dundee. « Également coureur cycliste, il a côtoyé les grands pistards des années soixante.» Il serait temps, à mon sens, de faire le point sur Erich Von Neff ; par exemple, qu'une anthologie rende justice à ce compagnon lointain, insaisissable et si proche à la fois, ne me semblerait pas déplacé.
mots clés : Féray VonNeff
I.D n° 279 : La gare de triage de St Benoît du Sault
mercredi 25 août 2010 [10:17:30]
Entre les mains ( enfin), le dernier opus de Triages : fort attirant volume de 200 pages, d'une présentation élégante et sobre, à l'égal des autres ouvrages tirés sur les presses du maitre imprimeur – et aussi poète quelquefois (très peu) – de Saint-Benoît du Sault : Djamel Meskache. (A Bazoches, - ne cachons rien -, lors des récentes rencontres de juillet, j'avais eu une forte envie de l'acquérir, cette revue à parution aléatoire mais néanmoins annuelle. Et j'y avais renoncé : 23€ ! Trop coûteuse (pour moi, soit!). Étonnant parti-pris, à mes yeux, que de proposer une revue à un prix supérieur à celui des livres. D'autant que, comme je le remarquerai à la suite, celle-ci ne joue pas la facilité : les auteurs-phares des éditions Tarabuste, dont elle est issue, y sont peu mis en avant : à l'évidence, elle entend intéresser le lecteur à des noms nouveaux ou à découvrir (ce qui est tout à son honneur). Cette politique éditoriale était-elle bien cohérente ? ) Si je rends compte aujourd'hui de cette livraison 2010 (opus 22), c'est que me l'a confiée Colette Andriot, poète amie et polder (Carnet de notes – n° 112), dont sont publiés des extraits du journal de l'année 2005 en son Cheminement/ sentier / traces : un fil une méditation une écriture sur le temps sur mon histoire ordinaire au fil des saisons celles qui chaque année fixent les mêmes rendez-vous dans les mêmes lieux presque le même quotidien. (Ce faisant je mets fin à une anomalie, - ou ce qui pourrait passer pour telle : que jusqu'alors jamais Triages n'ait été référencée dans Décharge. Guère plus d'ailleurs dans les revues amies et concurrentes. On supputera en conséquence, et sans doute à bon droit, que le service de presse en est réduit, ou peut-être nul. Autre conséquence, possiblement, d'un choix éditorial, assez contradictoire quand on y songe avec le souci de faire connaître des auteurs.) Triages mise peu, je l'ai dit, sur la réputation des auteurs Tarabuste. Une apparente exception nonobstant, avec le texte d'ouverture présentant Michel Nicoletti, mort accidentellement en 1981, qui fut le protégé de Pierre Albert-Birot , et dont Poèmes 1 et Poèmes 2 figurent au catalogue des éditions. Mais ce texte inaugural sonne davantage comme un hommage à Arlette Albert-Birot, "fée directrice du Marché de la poésie St Sulpice" (Alain Kewès sur notre site), décédée ce 2 Juillet 2010. De l'important ensemble de création, je retiendrai quant à moi les noms de Michèle Dujardin (« Migraine ») et Christiane Lévêque, dont le désespoir « prend la couleur du rire » ; et y ressurgit le toujours détonant et énigmatique Erich Von Neff ( ici traduit par Jean Hautepierre), qui en quatre poèmes tirés de Dans l'année du rat règle la question du rapport du poétique avec la narration, sujet sur lequel, à l'invite d'Alexis Pelletier, s'escriment doctement par ailleurs Antoine Emaz, Dominique Grandmont, James Sacré, entre autres pointures. Avant que la revue ne se close, comme il convient, par des chroniques diverses, dont une culinaire. Revue au sommaire copieux et diversifié. Qui peut décevoir si l'on ne la replace dans le dispositif Tarabuste : d'un mot, elle rend compte d'une activité essentielle et peu souvent mise en évidence, celle du comité de lecture : Triages. En conséquence de quoi sont distribués encouragements et lots de consolation, modérées les déceptions et les impatiences, tenue à jour une pépinière de poètes futurs. Repères : Éditions Tarabuste – rue du fort – 36 170 – Saint-Benoît du Sault.
mots clés : Meskache Andriot Sacré Emaz Dujardin Albert-Birot Lévêque Nicoletti VonNeff Pelletier Grandmont
I.D n°278 : Derrière le polder
jeudi 19 août 2010 [09:06:51]
Couverture : Julien Malardenti. A l'intérieur du livret, ses dessins accompagnent et interprètent les récits d'Etienne Paulin.
Entrez donc, la place est occupée. Venez ne rien faire ici, c’est plus copieusement flasque qu’ailleurs. Avec moi c’est moi-même, je n’ai pas autre chose, je claudique. Armez-moi de vous, vous m’êtes quelque chose d’entre Lear et son ombre, peut-être sa barbe. Par ce poème intitulé 2014, s'ouvre Corps né athée, le nouveau recueil d'Étienne Paulin, récent polder (n°145 – Mai 2010) avec Tuf, toc. Il est toujours plaisant de connaître l'évolution de ceux sur lesquels, à travers notre collection, nous avons parié. Étienne Paulin n'a guère tardé à nous la faire connaître. Après son premier galop, prometteur, où il semblait cependant hésiter entre deux voix, autant que pouvaient l'indiquer les deux termes du titre, il n'a pas tardé à choisir sa voie, celle de la fantaisie sérieuse sur le modèle de Max Jacob comme l'euphonie du titre le laisse devine, et auquel ce recueil en prose (qui pour l'heure cherche son éditeur), rend hommage. J'avoue être sensible également à la création des multiples personnages, aux noms suggestifs : Whitey le Pauvre (poète, un seul poème retrouvé), le docteur Lonlalu, le chef Konchi, Gras-Jean Bourgeois, André Perséphone enfin : Alors il y a sur le quai du bruit, des paupières, des riens, des cloportes, de lourdes années vagissantes, Le Théâtre et son double et mes regrets qui font l’article : tout ça remue, nul ne l’entend, je vais pour voir l’oblitérant. Il est ganté, képié, tout en faux-ors-et-marbres, qu’il a l’air beau, l’oblitérant. C’est André Perséphone, il a grand faim. Je le mène au buffet, un banal mât de cocagne transperçant la verrière de la gare et surplombant la ville, où pendent, négligés, quelques chapons suintants, férocement bourrelés, qui appètent. Nous parlons d’animaux diurnes, de la façon dont Péguy berce son lecteur et de la forme nouvelle des urinoirs du quai. « Le trafic est d’ardoise, geint-il, c’est à cause des douves. Et l’ancolie, la joie de vivre extrême, et le papier buvard, alors voyez. » Il prend alors un air mystérieux et replet, répétant : « À cause des douves. » Sa compagnie m’encombre. « Elle devenait de plus en plus belle », agonise-t-il encore, parodiant peut-être un récit licencieux de Louÿs. (André Perséphone – extrait de Le corps né athée – inédit d'Étienne Paulin) Actualité du Polder. Valérie Harkness avec son polder "Sauve" (n° 146 – Mai 2010) a retenu l'attention de l'anthologiste et poète Pierre Maubé : un extrait du recueil figure désormais sur le site poesiemaintenant, à la date du 3 août 2010. On y apprend que le prochain livre de Valérie Harkness "Je glisse", paraîtra aux éditions Jacques André. Deux noms nouveaux dans la ronde des poètes : ceux de Jean-Marc Proust et de Pierre Anselmet, qui feront leur entrée dans la collection Polder au cours du second semestre 2010. Un poème de l'un et de l'autre figurent déjà sur notre site : celui de Jean-Marc Proust en I.D n° 257; celui de Pierre Anselmet en I.D n° 225.
mots clés : Paulin Jacob Harkness Proust Anselmet Maubé
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