Edito 103 Ici ou là, chez les revues qui m'importent - les revues amies, j'ai un peu l'impression qu'on m'en veut - un peu - d'avoir changé la forme de Décharge, d'avoir évolué. (Ou bien suis-je parano ou trop susceptible, ce qui est très possible, d'ailleurs !). La couverture glacée passe mal, et reste sur certains estomacs. - J'ajoute en passant qu'on m'a plus que conseillé le pelliculage pour, d'une part, que les couleurs ne bavent pas (mon imprimeur) et, d'autre part, qu'en librairie soit conservée une certaine netteté malgré les manipulations (mon éditeur). Il y a un certain confort intellectuel à rester petit maudit. On se comptait dans le rôle du martyr. J'en parle d'autant plus simplement que j'ai tenu cette pose pendant pas mal de temps. Un peu obligé aussi... L'opportunité se présentant, j'ai essayé d'aller de l'avant ce qui n'était pas l'attitude la plus facile. Mais au bout de 100 numéros, je voulais tenter une autre forme d'aventure. J'avais, je crois, fait le tour de l'expérience kraft, et voulais essayer cette fois d'imposer ma revue qui n'avait jusque là essuyé qu'indifférence et mépris. Je perçois devant les notes critiques que je lis à mon propos, comme un parfum de trahison. J'aurais trahi, je ne ferais plus partie du petit groupe dans lequel il me plaît jusque là de me reconnaître. Ce serait de la part de ceux qui me jugent ainsi, faire à l'envers la démarche bornée que je reprochais aux officiels... A savoir que la forme change tout à l'extérieur, et rien à l'intérieur, que dans ce monde du paraître, on ne se fie qu'à l'apparence. A présent que j'ai une bonne présentation, on me lit on me respecte (!), on me donne des subventions... Décharge a mis sa cravate, a coupé ses cheveux longs (pas pour ressembler à Barthez !) Mais les pages dedans, les chroniques dedans, les textes dedans, sont ma foi, sensiblement les mêmes que depuis 1981, et qu'ils demeurent hirsutes et débraillés comme ils l'ont toujours été. Que mes compagnons de route me reprochent ce nouveau costard, certes, mais c'est chouette aussi d'offrir des couvrantes qui « pètent ». Décharge n'a pas perdu un poil de son identité. Pour dire vrai, cette forme quadri/dos carré me permet de prétendre aux subventions qui m'autorisent à perpétuer cette forme dos carré/quadri, laquelle indéniablement présente mieux les textes, passe bien en librairies, et fait gagner à la revue de nouveaux lecteurs... Décharge n'a jamais eu autant d'abonnés. Le but final n'est-il pas de faire lire la poésie que je suis fier de défendre ?