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Abonnement 2012 : 4 n° : 22 €.

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2012

Mai, c’est…

CHIENDENTS n° 7 :

 

Chiendents se présente sous forme de cahier, relié à la ficelle ; cahier d’arts et de littératures, à savoir que ce n’est pas toujours de poésie dont il est question, loin s’en faut. Cette livraison est consacrée à Jean-Louis Rambour, mais nouvellistes, peintres ou autres romanciers l’ont été ou le seront également. Enfin pour achever les présentations, cette revue est une émanation des éditions nantaises du Petit Véhicule. Jean-Louis Rambour vient de faire paraître La vie crue chez Corps Puce, et je renvoie à l’ID n° 388 de Claude Vercey, ainsi qu’à ma note critique à paraître sous peu dans le prochain numéro de Décharge (154). « Poète en temps réel », est-il sous-titré. Ce sont ses voisins du Nord et de Picardie qui ouvrent le bal : Lucien Suel qui en reste au niveau classement des livres sur étagère et plus tard Ivar Ch’Vavar qui reprend sa présentation au livre déjà mentionné. Le gros morceau vient au milieu avec cette « conversation légère au coin de l’hiver » entre Jean-Louis Rambour et Roger Wallet, le rédacteur en chef de la revue. Lequel remonte les livres et recueils de Jean-Louis, dont on retrouve toutes les couvertures reproduites en  petit dans une bibliographie en vue aérienne, impressionnante : 32 jaquettes sont exposées, parmi lesquelles je reconnais celle du Polder n° 80 (1994) : « Le bois de l’assassin ». Sous-titré poème-reportage, une sorte d’enquête, tout à fait atypique dans la collection, un peu à l’image des publications de Jean-Louis qui écrit toujours des ensembles inattendus, non convenus et chaque fois renouvelés. Il écrit de façon empirique, dit-il dans cette conversation, également : il n’aime guère le mot poète qui fait prétentieux… ou désuet, ou méprisant, il préfère le mot créateur… Je suis du même avis. Dans l’article qui suit (de 1999), il montre les relations complexes qui se tissent entre peinture et écriture, et ses rapports aux musées (il en a même été en charge d’un, où il a découvert des dessins de Picabia, et l’on retrouve son sens étonnant de l’histoire dans tous les sens du mot). Plusieurs de ses recueils trouvent leur origine dans des toiles ou des reproductions qu’il a constamment sous les yeux. (Comment j’ai peint certains de mes poèmes). François Huglo revient sur son œuvre majeure : Théo, le grand-père qui a connu la Grande Guerre et y est mort en 1916. De cet itinéraire individuel, microscopique au sein de l'ignoble tuerie, il remonte et démonte le système de la boucherie mondiale. André Doms revient sur un recueil récent : La nuit revenante, la nuit (2005, aux Vanneaux). Enfin l’auteur illustre cet hommage par plusieurs textes extraits de différents livres. Jean-Louis Rambour ne dépare pas dans cette revue dont le titre lui convient parfaitement.

 

6 €. 20, rue du Coudray – 44000 Nantes.

 

Avril, c'est...

Dossier n° 27 INITIALES :

Initiales est une association qui regroupe une bonne quarantaine de librairies françaises et belges, qui propose des dossiers périodiquement. A la lettre P comme Poésie, ce dossier est consacré, par le libraire de Vent d’Ouest à Nantes, Alain Girard-Daudon. Alors s’il n’y a pas tout, il y a déjà pas mal de choses. Côté éditions, un entretien avec POL qui remarque : Je n’ai au long de ces années constaté aucune baisse d’intensité ou de niveau dans la création. La scène est toujours aussi animée. Et cela est encourageant  alors même que la critique a pratiquement disparu, en tout cas dans les journaux et revues à grande diffusion. Egalement Yves Di Manno, pour les éditons Flammarion, qui identifie comme nouveaux courants : l’importance de la narration dans le travail poétique actuel, la matérialité de ses formes (contre le spéculations éthérées), la présence importante des femmes… Jean-François Manier pour Cheyne et Bruno Doucey complètent le tableau des éditeurs. Deux mouvements, ou écoles, sont mis à l’honneur : l’Oulipo  avec Frédéric Forte et la poésie spatiale avec Ilse Garnier. Enfin la poésie sur la toile n’est pas oubliée puisqu’on peut lire deux entretiens, l’un avec Florence Trocmé pour Poezibao et l’autre avec Pierre Le Pillouër pour Sitaudis. Bien sûr, la part laissée aux poètes demeure essentielle : Ainsi après les aînés : Philippe Jaccottet, Jacques Dupin ou Michel Deguy, on peut lire Caroline Sagot Duvauroux, Valérie Rouzeau, Antoine Emaz, Lucien Suel, Yvon Le Men, Stéphane Bouquet, Dominique Quélen et Ludovic Degroote dans des portraits croisés, Charles Pennequin (écrire, c’est bidouiller la bande passante du vivant…) Ce dossier conçu  et coordonné par un libraire, acteur indispensable dans la chaîne du livre, avec son angle propre et sa perception personnelle, est un outil fort utile pour mieux envisager la complexité et l’ampleur de la poésie actuelle.

 

Gratuit, disponible dans les librairies de l’association Initiales : 5, rue de Bagnolet - 75020 Paris.

 

Mars, c’est…

COMME EN POESIE n° 49 :

    Sans attendre le 50° numéro, il faut reconnaître sans tarder, la régularité et la ténacité de Jean-Pierre Lesieur. Et mettre Comme en poésie en revue-du-mois de mars n’est pas anodin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que notre JPL mériterait d’être hors classe au tableau des revuistes. Cette fois, il a pulvérisé son record de 27 livraisons avec son ancienne publication très prisée le Pilon, puisqu’il va sous peu doubler la performance. Il arbore fièrement en édito son statut d’artisan poète, qu’il partage avec de grands noms tels Lavaur, Birot ou Le Mauve et se plaint à juste raison de la difficulté pour une revue en ce qui concerne la diffusion. Il égrène un ombre important de poètes au sommaire, ce qui leur permet d’ouvrir cette fenêtre éditoriale et également ses différentes chroniques au long des pages donnent le liant et le sourire qui les rendent indispensables. Il a depuis quelque temps ajouté des pages couleur, après avoir investi le net (site et blog), et c’est la partie éditions qu’il a tendance à développer à présent… J’ai été accroché par ce qu’il dit sur les revues, puisqu’il constate que les trimestrielles ont la fâcheuse manie à fausser compagnie ces temps derniers. Il faut, avant cela, saluer celles qui sont bimestrielles comme Pages insulaires ou Traction-Brabant, ou l’Autobus, tous les deux mois, c’est une perf’ ! Viennent donc celles qui tiennent bravement le cap, les encore trimestrielles comme Verso ou l’Arbre à paroles, les quadrimestrielles (trois fois par an) telles Friches ou Poésie Première  et c’est ensuite que ça se corse, avec celles qu’on aimerait lire davantage, pouvoir fixer des rendez-vous plus fréquents et avoir la joie d’en ouvrir l’enveloppe comme Contre-allées qui propose des numéros doubles et pour le coup annuels, même si leurs animateurs tiennent très efficacement cette périodicité. Enfin il y a celles qui s’arrêtent brusquement comme Pyro, ou celles qui avaient qui avaient déjà leur place réservée au panthéon des revues comme Ici é la, qui semble devoir s’arrêter pour surcharge d’activité. Je suis loin d’avoir tout cité, et je ne les reçois pas toutes, mais force est de remarquer une raréfaction du nombre et de la périodicité des revues-papier. Raison de plus pour celles qui demeurent de se serrer les coudes et de persister malgré tout.

 

Abonnement : 4 n° : 12 €. 2149, avenue du Tour du lac – 40150 Hossegor.

comme.en.poesie.over-blog.com

//pagesperso-orange.fr/jean-pierre.lesieur

 

Février, c'est...

DIÉRÈSE n° 54 :

      Sous une belle couverture renouvelée, un numéro consacré pour moitié au poète Richard Rognet. Deux types d’hommages lui sont réservés, d’abord des poèmes avec Guy Goffette, Pierre Dhainaut, Daniel Martinez (le rédacteur en chef de la revue), Gérard Le Gouic (…on confectionnait un balai de genets / dont l’usure serait le calendrier des jours / vers un triste retour), Jean Chatard ou Jacques Réda dont la poésie astronomique est réjouissante, et qui va jusqu’à décliner le mot supernova à tous les cas du latin ! Ensuite des études sur l’œuvre (en particulier : Le Transi & Je suis cet homme) signées entre autres Richard Blin, Lionel Ray, Isabelle Lévesque, Romain Verger, Danielle Corre, Bernard Fournier… Richard Rognet offre à la revue 21 poèmes inédits extraits d’un recueil à paraître chez Gallimard : « Elégies pour le temps de vivre ». Ses poèmes se présentent tous sous la forme du sonnet. Les vers sont pour la plupart des alexandrins, mais le découpage échappe à la logique prosodique habituelle, par de nombreux enjambements, rejets et contre-rejets, ce qui confère une toute autre vigueur à la forme fixe désuète. Ces élégies tressent trois thématiques omniprésentes : la mémoire, la mort et la nature, et plus précisément celle dont est originaire Richard Rognet : la montagne des Vosges, les forêts et les oiseaux. Tu as vu, au flanc de la montagne, dans la sombre / masse des sapins, le feuillage, doré d’un groupe de / bouleaux dont tu te souviendras pour alléger ta vie. Ou bien : …parmi les jours qui te / rebutent e les paroles superflues, mieux vaut / étreindre un arbre, n’écouter que lui – se taire. La mort laisse toujours désarçonné, on ne peut que se réfugier dans le souvenir d’autant que la vie / est ainsi faite qu’elle ne sait pas entendre la / mort approcher. Ses poèmes sur la disparition de ses proches sont très émouvants, tout en restant retenus et pudiques. Richard Rognet sait avec acuité définir le sentiment flou et lâche, circonscrire ces états d’âme ou de conscience vagues, évanescents et nébuleux qu’on perçoit mal et qui fuient aussitôt. et n’oublie pas non plus / cette mélancolie qui donne au temps qui / passe la douceur d’une étreinte imprévue. Le mot douceur est important, puisqu’il l’emporte sur le chagrin ou le regret. Richard Rognet présente une belle poésie, qu’on a envie de citer en continu : A chacun de mes pas, / j’épouserai le temps et l’âme des étoiles.

    Le n° n’est qu’à moitié déroulé ! Ensuite se succèdent Jean-Claude Pirotte (je vais à Détroit / je marche à l’envers / je vais à Anvers / je marche à l’endroit…), Chantal Dupuy-Dunier, plutôt dans un registre noir (Dans le bassin / l’ombre des arbres se mêle aux mouvements des carpes), Isabelle Lévesque, avec cet aphorisme, presque proverbe : Trop naviguons si sans boussole. Puis dans la partie : Poésie du monde, l’Estonien Robert Gernhardt (1937-2006), des haïkus du Suisse Martin Schweitzer : Dégoût de la vie qui / s’endurcit sans cesse / tartre du temps… la suite d’une chronique d’Alain Helissen, une étude du peintre Gilbert Rigaud (1911-2004) par Jacques Kober, le cinéma par Jacques Sicard… enfin une forte partie critique (plus de 50 pages !). 270 pages en tout ! Diérèse, énorme boulot, chapeau !

 

  12 €. (+ 3 € de port). Abonnement : 4 n° : 38 €. (étranger : 48 €.)

Daniel Martinez : 8, avenue Hoche – 77330 Ozoir-la-Ferrière.

 

Janvier, c'est...

GARE MARITIME 2011 :

Revue annuelle de la Maison de la Poésie de Nantes qui se décline en deux volets (ou modules, ou éléments) complémentaires. D’un côté la revue papier, avec trois pages consacrées à chaque auteur (ou intervenant, ou poète) ainsi réparties : une photo + une présentation, et deux pages de textes ; de l’autre un CD où l’on peut entendre un extrait lu de ces mêmes textes. 26 auteurs au total qui sont passés tout au long de l’année à la Maison de la Poésie de Nantes, pour répéter ma phrase initiale. « Anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine », est-il écrit aussi, ce qui résume bien tout ce que j’ai dit en plus concis. Cette revue dresse un bilan d’activités. La poésie contemporaine qu’elle présente repose sur deux tendances principales : une poésie expérimentée où l’on fait appel à des poètes confirmés comme Jacques Roubaud, Marc Cholodenko, Jean Ristat, Paol Keineg ou Joël Bastard, où la voix n’apporte pas forcément grand-chose et une poésie expérimentale où cette fois la partie sonore devient première, ainsi certains textes, qui peuvent paraître anodins ou insipides à la lecture, prennent du relief et de l’ampleur portés par la voix, voire par des accompagnements musicaux ou autres. On se tient dans la performance qui ouvre indéniablement des perspectives inédites à l’écriture. Qu’on se rassure, des textes sans saveur à l’écrit le demeurent même déclamés façon tragédien (Sébastien Lespinasse). Chacun fera son marché dans cette anthologie où est exposé ce qui est en train de se faire de mieux (Christophe Manon, Linda Maria Baros…), ce qui se cherche aussi. Le meilleur argument reste dans la curiosité et le culot. La revue Gare maritime, la seule qui n’arbore pas de numérotation, mais un millésime, pourra fêter dignement son dixième anniversaire l’an prochain.

  17 €. 2, rue des Carmes – 44000 Nantes.

2011

Décembre, c'est...

SPERED GOUEZ n° 17 :

  Spered Gouez a vingt ans ! Et ce n’est pas tous les jours ! Ça vaut bien un petit rappel de ses fondamentaux : …la revue a voulu relancer une éthique poétique et rendre visible une poésie qui vit, témoigne et atteste de la présence au monde, en embrayant carrément sur une définition de l’esprit sauvage que la revue arbore fièrement en titre comme un étendard : …c’est-à-dire la réunion du sens et des sens, l’alliance entre le sensible et l’intelligence, dans l’extraction du je de tout narcissisme… voilà pour la théorie. La pratique, ce sont donc 17 numéros, la revue étant devenue annuelle. Deux auteurs à la une de ce dernier : Fritz Werf et Eve Lerner. Fritz Werf d’abord, interrogé par Alain Jégou, sur sa poésie et son parcours d’auteur allemand qui s’est rapproché de la Bretagne ; preuve en est : il a publié une anthologie de poètes (bilingue) à ses propres éditions AVA. Eve Lerner, membre de la revue Hopala !, s’entretient ensuite avec Marie-Josée Christien. On est surtout sensible à son dynamisme et à sa générosité. Poète bilingue, (long séjour à San Francisco), elle analyse parfaitement la pratique de la traduction (dans les deux sens) et le fonctionnement de son écriture poétique (« condensation et déplacement »). Pour le reste, publication d’un inédit d’Armand Robin, figure tutélaire de la revue ; Coup de gueule de Gérard Cléry, pas si fréquent dans le domaine des revues poétiques ; Forte part critique - revues, recueils - (plus de 40 pages de l’ensemble) par Marie-Josée Christien et sept collaborateurs. Enfin volet thématique ouvert, sur le thème de l’Atlantique, avec la participation d’une trentaine d’auteurs, (avec l’index en tête de la publication) dont on peut citer arbitrairement : Danielle Allain-Guesdon, Eliane Biederman, Chantal Couliou, Jean-François Dubois, Marylise Leroux, Patrice Perron,  Jacqueline Saint-Jean… (Illustrations de couverture : J.G. Gwezenneg)…

Une revue dense (170 pages) qui ressemble dans la conception et la facture à Décharge, avec la Bretagne au cœur et dix ans de moins.

  15 €. Centre Culturel Breton Egin : 6, Place des Droits de l’Homme – BP 103 – 29833 Carhaix Cedex.

 

Novembre, c'est...

SUPÉRIEUR INCONNU n° 30 :

C’est la première fois que je parle de cette revue et ce sera l’ultime puisqu’il s’agit d’un numéro spécial consacré à son fondateur : Sarane Alexandrian, décédé en 2009.  Ce dernier a longtemps été considéré comme le successeur désigné d’André Breton, c’est dire dans quelle mouvance, surréaliste, il s’est positionné toute sa vie. Le titre de la revue d’ailleurs, Supérieur inconnu, a été trouvé par André Breton lui-même en 1947, pour une revue qui n’a pas vu le jour alors. La publication a connu trois séries : la première de 1995 à 2001, avec 21 numéros, et un nombre impressionnant de poètes reconnus aujourd’hui ; la deuxième de 2005 à 2006 (4 n°), avec au comité de lecture des membres plus jeunes comme Marc Kober ou Christophe Dauphin qui rejoignent Alexandrian et les plus anciens, prenant comme axes principaux quatre vertus cardinales que sont le rêve, l’amour, la connaissance et la révolution. Cette série sera interrompue, faute de subvention du CNL, mais suivie par la troisième et finale (2005-2011) avec un comité de rédaction élargi : 5 numéros dont ce dernier. Sarane Alexandrian exerçait une véritable fascination sur tous ceux qui l’ont approché et qui témoignent dans cet ouvrage. Né en 1927 à Bagdad, son père était médecin du roi Fayçal 1er, il vient en France en 1934. Il rencontre le dadasophe Raoul Hausmann, ce qui va être déterminant dans son apprentissage intellectuel, puis André Breton, Victor Brauner et Madeleine Novarina, qui va devenir sa femme et à laquelle sont consacrés deux articles forts de la livraison. Théoricien  n° 2 du surréalisme, il rompt rapidement avec André Breton, dès 1948. Christophe Dauphin montre comment il écrit sous autohypnose, à la Robert Desnos, autour de l’onirisme, la magie sexuelle et la gnose moderne. Une idée intéressante, c’est qu’il a souhaité être un anti-père pour les jeunes qui l’admiraient, afin qu’ils le dépassent à leur tour. Ses conceptions romanesques sont très éclairantes, puisqu’il a voulu certainement être davantage reconnu comme écrivain de romans plutôt que poète. Beaucoup de contributions suivent à la gloire de ce grand personnage, dont le charisme et l’ouverture intellectuelle impressionnaient grandement ses interlocuteurs, à noter la fausse note signée Alain Jouffroy qui donne en contrepoint un éclairage inverse au concert de louanges ; également avant de renvoyer à la revue qui propose une quarantaine de témoignages (dont Jehan Van Langenhoven ou Michel Perdrial entre autres), le Sarane Alexandrian, critique d’art, lequel lui confère pour conclure sa véritable dimension. Un homme hors du commun, sans contestation possible. Un grand écrivain de la fin du surréalisme.

 

12 € (nombreuses photos et reproductions). 128 pages. c/o Les Hommes sans épaules : 8 rue Charles Moiroud - 95440 Ecouen.

Octobre, c'est...

PLACE DE LA SORBONNE n° 1 :

  C’est une forte revue qui se place d’entrée de jeu au niveau des toutes grandes. Son principal atout est d’être tenue en majorité par des universitaires réputés, ce qui pourrait tout à la fois être son travers essentiel, à savoir pratiquer parfois une langue de bois dommageable, et chercher l’élitisme boursouflé. A vrai dire, je n’ai ressenti cette impression que dans le texte de « l’invité » (président de l’Université Paris IV, où je fus étudiant en Lettres), où le langage complexe ne va guère dans « l’allure de simplicité » dont il est question à la fin du texte, et dans « les notices sur les poètes » avec le côté éclairant de l’analyse à chaud, qui pâtit quelquefois de la paraphrase inhérente à ce genre d’exercice. La structure de la publication a été pensée, elle est solide dans tous les compartiments que je liste au fur et à mesure : « Poésie française de langue contemporaine », qui occupe à elle seule la moitié du volume. Vingt auteurs au total, déjà triés dans la catégorie des connus. On relèvera parmi d’autres William Cliff, Ariane Dreyfus, Antoine Emaz, Alain Freixe, Pierre Guarrigues et ses sonnets (… Je n’attends // rien de la poésie, je rime…), Jacques Josse… On notera deux « Oulipo » : Jacques Jouet (…j’étais une sphère  / forme parfaite dont mon estomac était le nombril / planète à moi tout seul…) et Jacques Roubaud… M’ont encore retenu par leurs textes Paul de Brancion, Loïc Braunstein, Yves  Le Festipon, Béatrice Libert… Trop de pages pour certains, pas assez pour d’autres à mon avis, ceci dépend du goût de chacun certainement… Bref, suite à cette section viennent des « notices sur les poètes », je le répète, ce qui est une des grandes innovations de cette nouvelle revue, malgré la critique déjà formulée, avec un point complet sur l’auteur et un éclairage sur le sens de son écriture en s’appuyant aussi sur les poèmes présentés. (Une autre rubrique « Vis-à-vis » va un peu plus loin dans la même direction). En pendant, « Langues du monde » proposent quatre auteurs avec les traductions : Elisa Biagini (italienne), Svetlana Cârtsean (roumaine), Vera  Pavlova (russe) et Sibila Petlevski (croate). « Contrepoints »  ouvre entre autres à des œuvres plastiques, avec des dessins en pages insérées de Gudrun von Maltzan qui ne m’a guère convaincu. « Confrontations » interroge cette fois le rapport de la poésie actuelle au sens et j’ai trouvé la contribution de Gabrielle Althen très riche, et surtout accessible Celle-ci constate clairement qu’en poésie aujourd’hui « aucune norme ne s’impose […] Il faut donc toujours inventer. » Et comme elle ajoute qu’il n’y a pas de poésie sans forme, il faut donc inventer sans cesse sa propre forme au risque suivant : « que trop de liberté parfois peut mener au vertige et au cafouillage… » Enfin « Comptes-rendus » portent sur livres et sites, et à tout seigneur, tout honneur, Poezibao pour commencer.

Place de la Sorbonne (PLS) parait tous les ans (en mars). C’est d’évidence une revue de référence internationale.

 

15 €. Editions du Relief : 6, rue Foucault – 75016 Paris. (Diffusion : Vilo).

 

Septembre, c'est...

COMME UN TERRIER DANS L’IGLOO DANS LA DUNE n° 97 :

 

La revue de Guy Ferdinande paraît de loin en loin, mais c’est chaque fois atypique, original et pertinent. 132 pages, agrafées s’il vous plait, - faut-il que la reliure « fers à cheval » soient solides pour tenir un tel cahier ! Le thème pour cette fois ne m’étonne guère, puisque Guy et moi sommes de la même année et c’est le genre de question qu’on se pose à nos âges, à propos « du temps perdu ». Le sujet est suffisamment personnel, intérieur et philosophique pour que la plupart des intervenants s’y soient attelés en prose afin de dire et signifier, essayant de cerner ce qui par essence échappe ou a déjà fui. Guy donne le la avec des considérations dont nous le savons friand, en opposant le temps au progrès, ou le temps à l’argent, et j’ai souligné cette formule choc : « le temps est avant tout une inquiétante illusion normative que nous avons avalée »… Malika Smati-Haddad raconte une sorte de fable moderne, située en Chine alors que Dominique Pernoo narre un retour en train ; là, on est en plein dans le récit. Jean-Michel Bongiraud avec lequel des affinités se sont créées donne cette définition : le temps perdu est ce que l’on ne récupère pas, montrant bien l’extrême individualité du vécu et de conclure : le futur s’écrit avec le passé de chacun, évoquant presque à son corps défendant l’inévitable Proust. François Huglo dresse une galerie assez hétéroclite de références avec Marx en tête, puis Chaplin, Hergé, Lavoisier, Taigu Ryökan, Char et Montaigne, en opposant aussi time et money. David Van Robays et Roland Hinnekens en profitent avant tout pour travailler sur la langue. Patrice Maltaverne est le seul à donner à ses textes l’apparence de poèmes, deux citations : …demain / Nous serons prêts / A déménager hors du langage et Encore un peu de langage est perdu comme le sperme dans la piscine… Enfin trois aphorismes du spécialiste du genre, Denis Langlois : Le temps perdu se rattrape toujours à la porte des cimetières (version pessimiste), Perdre du temps prouve qu’on en a encore (version optimiste) et (version lucide et ironique) Guy Ferdinande n’a pas conscience du temps qu’il fait perdre à ceux qui coopèrent à ses numéros aux thèmes farfelus…Lequel demeure un point de repère indispensable en ce qui concerne la critique, et il pointe à propos du dossier dans Décharge (n° 149 et 150) qu’il doit être un des seuls (critiques) à faire état de tout ce qu’il reçoit, même ce qui ne l’intéresse pas ou qu’il trouve mauvais, et au moins le dit-il en tentant d’en donner les raisons. Ainsi en ce qui concerne nos deux derniers Polders (Jaen et Taos), il parle honnêtement (de son point de vue) de recueil hermétique, abscons pour le premier auteur, mais rien sur la seconde, ce qui est dommage. Il me titille aussi un peu sur mes éditos, répétitifs semble-t-il, ce qui n’est sans doute pas faux, mais je prends ça aussi comme un signe d’amitié d’un vieux revuiste à un autre, qui  ont tous les deux gaspillé un peu leur temps parallèlement de la même manière. Moi-même, à Manosque, n’ai-je pas travaillé un moment à un "Lycée du temps perdu", rebaptisé depuis lors….

 

67, rue de l’église – 59840 Lompret. 10 €  (avec un DVD inclus).

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Août, c’est…

PAGES INSULAIRES n° 19 :

Une très bonne idée de la part de Jean-Michel Bongiraud : un n° consacré à Yves-Jacques Bouin, dont plusieurs photos plein cadre illustrent la chose. Alors du beau monde et pas mal de femmes dressent des lauriers à l’invité, parfois en lui dédiant des textes : Sylvie Durbec, Claudine Bohi, Luce Guilbaud, Françoise Coulmin et Christiane Veschambre, auxquelles il faut rajouter Claude Vercey et Salah Al Hamdani… Cependant à l’exception de Sylvie Durbec, la plupart parle du comédien, de ses expériences ou des invitations autour de festivals dont il s’occupe et de son talent d’organisateur, et peu s’attèlent à la face plus cachée du personnage : l’auteur, le poète. Avec une dizaine de recueils à présent, Yves Jacques s’est constitué mezza voce une œuvre respectable. Il n’y a qu’à lire les textes inédits qu’il donne à la fin de son dossier pour s’en convaincre. La page « De l’un à l’autre » est admirable dans le style et dans la finesse de l’écriture et de l’esprit. Quiconque voudrait résumer le tout et prendre conscience de l’importance du poète Bouin n’aura qu’à la lire. L’entretien avec l’animateur de Pages insulaires est également intéressant, puisqu’Yves-Jacques parle aussi, en partie, de son écriture. Ainsi quand il analyse la nature particulière de chacun de ses derniers recueils, en y montrant bien leur spécificité, et en n’hésitant pas à pointer d’apparentes contradictions, honnêteté qui ne doit pas être très courante aujourd’hui. Ce qui plait chez Yves-Jacques Bouin,, c’est l'enthousiasme communicatif chez l’homme qui balaie toute critique si tant est qu’une seule se présentât et cette subtilité sagace dans l’écriture dont ses recueils regorgent.

Quel plaisir de vider la poche de chaque mot pour en ravir le noyau sucé jusqu’à l’amande

 

Abonnement : 6 n° : 20 €. 3 Impasse du Poirier – 39700 Rochefort-sur-Nenon.

 

Juillet, c'est...

DIÉRÈSE n° 52/53 :DIÉRÈSE n° 52/53 :

  En juillet 1988, toute la vie de Thierry Metz bascule en trois jours. Le 21, une lettre de Gérard Bourgadier l’informe de la publication de « Journal d’un manœuvre » chez l’Arpenteur/Gallimard, ce qui le fait entrer par la grand porte dans l’édition française en tant qu’écrivain. Trois jours plus tôt, son second garçon, Vincent, avait été fauché par un chauffard sous ses yeux. Il ne s’en remettra jamais et toute sa vie d’écriture va se confronter à cette douleur irrémédiable, cette souffrance vertigineuse. La revue de Daniel Martinez consacre un n° double à cet auteur qui se suicidera en avril 1997. Près de 300 pages sans les recensions critiques finales. Sous la direction d’Isabelle Lévesque. Beaucoup de témoignages, photos et inédits. Un « Je me souviens »  très éclairant de Didier Periz, son principal éditeur, Opales/pleine Page, (avec Jacques Brémond), qui apporte des pistes, des traits, des bribes du personnage qui va traverser crises éthyliques et séjours psychiatriques, parmi des indications du quotidien et du banal, jusqu’à son enterrement et le soudain intérêt autour de l’auteur de « L’homme qui penche ». Charles Juliet parle d’ « un être humble, ramassé dans sa douleur ». Jacques Ancet évoque le « mystique à l’état simple », sans Dieu, mais avec toutes les apparences de celui qui recherche à tout prix une réponse à sa quête. Jean Cussat-Blanc, décédé depuis lors, rappelle en 86 l’importance de sa revue Résurrection, et la fidélité de celle-ci à Thierry Metz. Elle l’a publié presque en continu tout le long de sa grande existence. Beaucoup de poèmes lui sont offerts, signés Françoise Hàn, Casimir Prat, Josette Ségura ou Jean-Luc Aribaud. Parmi les inédits, on pourra lire des extrais du « Grainetier », premier roman de Thierry Metz, et surtout « Carnet d’Orphée », dont les pages originales manuscrites sont données ensuite. Des instants de ciel sans les pas Véritable incarnation poétique de son travail, et « témoignage d’une tentative de réparation mais aussi de l’impossible séparation », comme le dit très justement Isabelle Lévesque. Orphée, en se retournant, n’aurait peut-être vu que le réel… Egalement le carnet d’une petite chronique de Bordeaux, ce passage dans la traduction italienne de L’homme qui penche : Il n’y aurait peut-être que deux mots pour se déplacer : / ici : qui accueille, / là-bas : qui raccompagne. Enfin Note sur le chemin, à la base de sa dernière œuvre : Terre. Dans les points de vue, Françoise Hàn fait bien le parallèle entre écriture et chantier, le mot œuvre étant à prendre dans ces deux acceptions : bâtiment et écriture. Eric Dazzan parle de l’homme de biais et Cédric le Penven, fait une étude très approfondie et pertinente à partir de quatre livres de Thierry Metz

 

On peut parler à propos de Thierry Metz de « grand brûlé de l’être ». Diérèse a vraiment consacré une livraison remarquable à cet ouvrier poète qui vécut le drame à l’état pur.

Poète ascendant étoile (Isabelle Lévesque)

 

15 €. Daniel Martinez : 8, avenue Hoche – 77330 Ozoir-la-Ferrière.

 

Juin, c'est...

FRICHES n° 107 :

  Deux noms en gras au sommaire de ce Cahier de Poésie Verte : Guillevic et Claude Vercey. Douze poèmes brefs, d’abord, de l’auteur de « Terraqué », apôtre du lapidaire, quasiment inédits, puisqu’ils avaient été édités pour un livre d’artiste à vingt exemplaires. Sur le thème de l’étang, suivis d’une étude de Bernard Fournier qui, habilement, reprend à gros traits le parcours du poète, pour mieux mettre en relief ce motif récurrent, qui rejaillit souvent dans sa poésie. Je te salue / Tu fais partie / De mes énigmes. Claude Vercey, pour suivre, qui s’entretient avec Georges Cathalo, autant dire qu’on est en pays de connaissance(s) ! Le maître du lieu, Jean-Pierre Thuillat, présente « l’invité du printemps » par ce titre : Claude Vercey ou la vie en poésie, ce qui n’est en rien exagéré, puisque de Chambelland en Louis Dubost et d’Alimentation générale en Décharge,  - il n’est pas évoqué l’épisode Matières, ce qui est dommage - Claude Vercey est devenue une figure incontournable de la poésie, quittant son métier d’enseignant très tôt pour se lancer dans des spectacles de lecture à haute voix, en même temps que François de Cornière. Le blog qu’il tient avec pertinence à une ou deux pages d’ici devenant comme l’aboutissement  de cette vie entièrement dédiée à la poésie. L’élaboration d’un article s’avère aussi soignée que celle plus auguste du poème. En outre, Claude pose bien la question de son écriture ainsi, je le cite : Est-ce que je tends à écrire comme on parle ? N’est-ce pas plutôt écrire comme on pense ? Suivent trois textes inédits dont un remarquable Pessoa bien dans sa manière pour lequel les qualifications d’études et de variations semblent convenir. Il y joue sans cesse sur le sens du nom et dédaigne à dessein les identités multiples du poète portugais. Un peuplier pour clore a un petit air La Fontaine qui ne lui messied pas. Enfin dans les cahiers de texte, trois noms à noter : Marie-Line Jacquet, Véra Kolessina et Jean-Marie Undriener.

Le Gravier du Glandon – 87500 Saint-Yrieix : 3 n° : 25 €. Celui-ci : 12 €.

Mai, c'est...

POESIE PREMIERE n° 49

Un gros dossier Kenneth White. Par Michèle Duclos. Lequel commence par définir le titre de la revue et j’aime assez les raccourcis qu’il donne aussi bien sur la poésie d’hier : rhétorique gonflée, états d’âme, cruciverbalisme, pots pourris de métaphores que sur celle d’aujourd’hui : hermétisme creux et slam simpliste… Ça, c’est fait. Kenneth White se situe évidemment à un autre niveau dans la spiritualité ou la philosophie, ainsi reprend-il : tout poète suppose une métaphysique. Remisant les "conceptules" des autres, il a inventé des trilogies conceptuelles intéressantes comme paysages physique, mental, verbal et surtout une notion capitale dans sa pensée : la géopoétique. Ensuite on est un peu largué dans les références philosophiques tout azimut, et il faut être universitaire ou intello pour se sentir encore concerné par l’entretien à mon avis un peu complexe et abstrait, qui donne un peu l’impression d’avoir affaire à deux spécialistes au détriment du lecteur lambda. Parfois les questions sont encore plus étoffées que les réponses. On rebondit un peu lorsque sont abordés ses rapports avec le cinéma, l’architecture, la peinture ou la musique. Ensuite, Romain Mathieux parle de deux poètes islandais : Steinn Steinarr, décédé en 1958 et Mathias Johnannessen, né en 1930, et de l’influence du premier sur le second. Patricio Sanchez insiste sur deux poètes chiliens importants : Vincent Huidobro, qui eut à pâtir d’une polémique malheureuse avec Pierre Reverdy et de l’inimitié de Pablo Neruda ; et Pablo de Rokha qui parcourait le pays pour vendre ses recueils afin de faire vivre sa famille et qui finit par se suicider en 68. Deux vers que j’extrais d’un des ses poèmes : tu as le cœur peuplé de cigales & tu es l’éternité dans la goutte de l’épouvante. Pour suivre Pascal Fobah Eblin s’intéresse à trois poètes ivoiriens : Bernard Zadi Zaourou, Toh Bi Tié Emmanuel et Azo Vauguy. Ils pratiquent tous la poésie orale, où le locuteur principal est souvent accompagné d’un conteur secondaire qui reprenait en résumé, et leurs poèmes sont très influencés par la situation politique du pays, de la colonisation française aux coups de force qu’a connus le pays. …Colons frais / Colons fumés, grillés ou gelés / Colons en conserve, livrés en gros ou en demi-gros et franco de port/ Colons à vie / Colons à naître / Blancs colons de Gaule / Blanblanblancs : moisson neuve de colons…(Bernard Zadi Zaourou). Toh Bi Tié Emmanuel célèbre les orphelins d’Afrique si nombreux. Enfin Azo Vauguy se rapproche de l’actualité la plus récente avec ce qui s’est passé à Bouaké avec l’armée française et finit même par l’éloge de Laurent Gbagbo, ce qui montre qu’il s’est fait dépasser par le sens de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Chantal Danjou montre l’empan, de sa poésie avec des extraits de quatre œuvres récentes : Aucun départ. Au-dessus, l’infini et l’avion qui croyait à son enclos. Les nuages se composent dans les flaques… Enfin Jacqueline Persini-Panorias s’entretient avec Patrick Joquel de la poésie jeunesse. A noter pour clore dans les voix nouvelles, celle de Jessica Tomas, un peu crue mais intéressante.

Poésie Première demeure une revue (quadrimestrielle) de tout premier plan, au seuil de son cinquantième numéro.

 

12 €. Le n° Abonnement 3 n° : 29 €. Maison Allegera – Lot. Ibai Ondoa – 64220 Ispoure.

 

Avril, c'est...

L’ARBRE À PAROLES n° 150 :

 

En partie pour le n° 150, auquel Décharge va sous peu accéder, avec cette avance d’un trimestre que nul retard ne permet de combler, la revue de la  Maison de la poésie d’Amay en Belgique, L’Arbre à paroles, propose un n° : « Mes tempes si choses »,  jeu de mots calamiteux pour : Métempsycose. Et cette transmigration des âmes, cette réincarnation,  inspire une douzaine d’auteurs, mécréants, imagine-t-on, pour la plupart. A partir de ces deux concepts : l’âme, et la palingénésie, un esprit inventif a certainement de quoi faire. Et pour commencer, ne se rapproche-t-on pas de la métaphore ? François Huglo se réfère au cycle de la vie, qui est moins une réincarnation qu’une révolution permanente. Marc Bonetto offre des possibles renaissances. Paul Dulieu croise décès et avatar crustacé. Eric Dejaeger se projette, une façon d’être encore ici plutôt que déjà là-bas. Patrice Maltaverne choisit des « formes moins élaborées », telle une vieille éolienne, on ne passera plus dans un champ détrempé sans y penser à présent. Pierre Soletti se projette aussi, mais au moment précis où la mort arrivant, il faudra procéder au transfert, une façon d’être déjà là-bas, plutôt que d’être encore ici. Jean-Jacques Didier s’interroge avec humour sur le concept du rené, le bien prénommé. Claude Vercey entre autres métamorphoses se liquéfie jaune d’œuf ! Enfin Théophile de Giraud dresse un abécédaire un peu absurde à la mots-valises, mais plutôt sans bagage en l’occurrence. Donc le thème, insolite au départ, incongru presque, a fait germer pas mal de bonnes idées, et l’on ne peut que féliciter Pierre Tréfois, responsable de ce n°. Quant à Francis Chenot, l’animateur de la revue, il pose une question fort intéressante pour conclure : Et l’âme d’une revue condamnée à disparaître, que devient-elle ? 

 

Abonnement : 4 n° : 25 €.. Le n° : 7,50 €. B.P. 12 – 4540 Amay (Belgique)

 

Mars, c'est...

Pages insulaires n° 16 :

 

C’est un peu un n° spécial de la revue de Jean-Michel Bongiraud avec ce thème inattendu : La littérature et les moutons. Sans doute la thématique est-elle porteuse, mais cette fois l’ambition d’unir poésie et réflexion au sein de la revue fonctionne bien. C’est Georges Cathalo qui ouvre le bal avec trois poèmes bien sentis  sur le déboussolage, la révolte et l’isolement (fable moderne ?). Guy Braun apporte un regard d’historien sur le phénomène des « enclosures » en Angleterre au XVI°. Eric Simon  donne un article drôle et cultivé : A sa manière l’écrivain est une société de consommation à lui tout seul. Daniel Giraud fait une bonne critique des critiques : qui ressassent les mêmes éloges ou désapprobations, mais il rétablit le tir en admettant que le pire est sans doute l’indifférence ou l’oubli… Jean-Louis Bernard oppose littérature facile et exigeante sous un  titre calamiteux. Claude Margat livre une page qui se veut poilante, mais qui ne m’a pas amusé du tout. Anne Mounic déplace le centre de gravité sur la nourriture, opposant carnivores et végétariens avec une belle traduction d’un poème de William Blake. Jean-Claude Tardif curieusement écrit très bien pour ne rien dire. Patrick Marienneau conclut sur deux points : un constat : la littérature est devenue un vulgaire produit de consommation et une ouverture : tout courant novateur semble donc condamné à ne s’exprimer qu’à travers des éditions parallèles pour lesquelles le profit n’est en aucun cas la motivation première, ce qui rappellera pas mal de choses aux anciens tenants de la contreculture et de l’underground ! François Huglo joue sur les sons : on / opinion / légion et s’en réfère à la Commune et à la Résistance. Le pouvoir médiatique flatte servilement la servitude volontaire (allitération). Guy Ferdinande évoque le mouton noir à cinq pattes. Enfin Jean-Marc Couvé nous fait des jeux de mots en ribambêle..

A travers le n°, on aura tout recensé : de Rabelais à Saint-Exupéry, de Bresson à F’Murr, toutes les expressions autour du mouton auront été glanées. Mais tous ces textes, un peu dans tous les sens, auront stimulé le lecteur dans sa réflexion, ce qui est bel et bien le but de cette revue.

 

5 €. (Abonnement : 6 n° : 20 €) 3, Impasse du Poirier – 39700 Rochefort sur Nenon.

 

Février, c'est...

CONTRE-ALLÉES n° 27-28 :

 

La revue Contre-allées poursuit allègrement son parcours depuis 1998. N° double et périodicité annuelle à présent. Elle est toujours remarquablement calibrée. Une locomotive, trois tenders inscrits à la une et  un convoi de 12 auteurs pour suivre, à quatre pages chacun. Chaque n° épouse ce même patron avec rigueur et sobriété ainsi que la couverture en atteste. Pas de fantaisie ni de fioriture. Un quart du volume, ce qui n’est pas rien, reste consacré aux critiques.

 

C’est Yvon Le Men qui ouvre la danse, avec quelques textes très fins, ciselés sur la rétine du quotidien. Le trio qui suit ne dépare pas avec d’abord Luce Guilbaud, la mieux pourvue et la nuit distribue à chacun son étoile, elle parle comme pour elle-même de « l’émincé du verbe » ; puis Werner Lambersy qui composte les quatorze stations d’un chemin de croix amoureux ; enfin Cédric Le Penven en méditation autour d’un Saint-Matthieu à Florence qu’il finit par tutoyer. Vient la douzaine d’auteurs qui représentent tous peu ou prou la nouvelle génération. Je mettrai Alain Guillard de côté qui est le plus ancien et qui aurait aussi bien mérité d’être dans le trio de tête, tous les autres sont des années 70 ou 80. J’y découvre Sylvain Guillaumet, malgré son irrégularité, mais capable de belles trouvailles. Tous les poèmes se livrent sans problème. Les pages de Stéphane Page chacun rentre chez soi un poème dans la viande, aussi bien que la suite d’Etienne Paulin cris d’enfants bègues dans le goudron. Pour n’en citer que deux.

La dernière partie de la publication ne fait que l’enrichir avec un regard particulièrement judicieux sur les revues. Ce côté guide pratique se retrouve aussi avec le tour des sites et des blogs. Concision et acuité s’allient pour aider l’éventuel lecteur ou internaute à s’en sortir. Enfin, il faut noter que la revue se diffuse elle-même apparemment d’une façon très sérieuse et efficace, et qu’en cela, elle mène le travail, sa mission, jusqu’au bout. Et que pour tout cet ensemble remarquable, elle mérite bien ici même un petit coup de chapeau !

 

10 €. 16, rue Mizault – 03100 Montluçon. //contreallees.blogspot.com

 

Janvier, c'est...

LES CAHIERS DE LA RUE VENTURA n° 9 et 10 :

 

Cette revue aussi littéraire que poétique a passé le cap des deux années. Il n’y a qu’à lire les dossiers têtes d’affiche des numéros passés : Julien Gracq, Roger Martin du Gard, Marcel Arland, Hervé Bazin, Pierre Reverdy… pour confirmer cette orientation double. Plusieurs numéros sont particulièrement consacrés à la poésie dont le 9, « l’art naît de contraintes et meurt de liberté », et le 10 avec un dossier Serge Wellens, pour en venir à des poètes tout à fait contemporains, (de même qu’il y eut un Jean Joubert). Dire un mot de la forme, c’est un A4 avec de fait deux cahiers, le premier plutôt jaune, pour 50 pages, couverture comprise, agrafé, et l’autre bleu de 12 pages, pour les notes critiques, agrafé également, mais qui possède la particularité de ne pas être encarté mais collé. Un découpage ou une superposition assez originale finalement. J’ajoute que la première de couverture annonce la couleur en affichant tout simplement le sommaire.

Le n° 9 met en exergue cette belle phrase de Léonard de Vinci sous la plume du rédacteur en chef et maître d’œuvre de cette revue : Claude Cailleau qui nous fait un peu la leçon de poésie depuis Racine et nous montre le bon usage du mètre jusqu’au vers libre, en passant par Paul Valéry, et Henry de Régnier (« vrai poète »), et en s’appuyant sur les revues Le coin de table et Jalons. C’est dire le côté un peu rigide, voire réactionnaire de cette vision qui demeure assez méprisante sur la plupart des poètes actuels, aux « vers disloqués, squelettiques, embryons de messages avortés, délires de fonds de tiroirs, etc… ». Il lui sera cependant pardonné puisqu’il se réfère aussi à Pierre Reverdy, qui ne fait pas partie pour le coup des poètes traditionnels.

On lira parmi tous les poètes invités dans ces deux livraisons, ceux d’un certain âge, mais qui ont gardé fièrement le cap de la modernité comme Henri Heurtebise, Bernadette Throo ou Jacques Canut. La revue ouvre des « pages d’enfance » qui ne sont pas sans intérêt, signées Chantal Couliou ou Philippe Veyrunes. Michel Passelergue donne un Journal de traverse. Enfin le n° 10 rend hommage à Serge Wellens, avec entre autres Arlette Chaumorcel, André Doms et Claude Cailleau. Le cahier bleu de recensions comportent les critiques de Jean Chatard, Jean Pichet, Eric Simon ou Claude Cailleau, décidément à tous les postes de la manœuvre.

 

4 n° : 22 €. 9, rue Lino Ventura – 72300 Sable-sur-Sarthe.

cl.cailleau@worldonline.fr

 

 

2010

Décembre, c’est…

 

ICI é LÀ n° 13 :

 

C’est la troisième fois que je parle de cette revue dans cette rubrique. Faudrait pas qu’elle sorte tous les mois, sinon elle trusterait la place. Elle a fort heureusement l’élégance de paraître tous les semestres pour laisser un peu d’espace aux autres.

Roland Nadaus en éditorial pourfend, à côté de la pratique du compte d’auteur dont il est moins fait état à l’heure actuelle, celle plus florissante des concours, avec droits d’inscription prohibitifs. Si elle n’appauvrit pas chaque candidat, elle a pour effet d’enrichir par compensation les organisateurs. Et donc il n’est pas mauvais de décerner un prix quelconque, alors que le prix réel ne revient pas à celui qu’on pense. C’est pas clair ? En d’autres termes, laissez tomber les concours, c’est bidon, ça sert à rien et les honneurs sont ridicules. Encore que…Décharge va pas tarder à mettre en place, « les Faveurs mauves du sonnet bourguignon »… On en reparle.

Ensuite et plus sérieusement, le poète à la une, c’est Myriam Montoya, et l’on découvre à travers l’entretien accordé à Jacques Fournier une poète très attachante et très intéressante. Elle a connu une existence difficile en Colombie. Elle dit admirablement toute l’ambiguïté du créateur: « Je suis un être humain, avec sa faim de mémoire, de justice et de beauté, mais j’ai une tendance à l’oubli, à l’apathie, je me sens entraînée par une forme de nihilisme, une sorte d’autisme me gagne… La poésie est ma tactique, ma stratégie pour chasser, enrayer et exorciser toutes ces choses noires qui me guettent… » Et sa poésie transpire cette expérience violente et rugueuse, et cette lucidité à fleur de peau. C’est Linda Maria Baros qui chapeaute le dossier principal de la livraison consacré à la poésie roumaine d’expression française. Elle montre bien toutes les attirances, entre les langues, entre les lieux, Bucarest, Paris…Il y a beaucoup d’inventivité et une originalité propre à cette manière spécifique de percevoir la poésie. On relèvera la participation entre autres de Horia Badescu, Valeriu Stancu, Rodia Draghincescu, Linda Maria Baros elle-même et surtout Matéi Visniec, dont le poème « Décapitation »est tout bonnement exceptionnel par son côté grinçant et absurde..

Claude Billon fête Jules Mougin, juste au moment où celui-ci achevait la dernière lettre de sa vie, la célébration devient hommage. Dan Bouchery clôt son enquête sur les poètes en résidence, où l’on retrouve David Dumortier et Françoise Ascal qui aborde très honnêtement la nouvelle manière d’écrire son journal non plus sur un carnet ou un cahier mais directement sur l’écran de l’ordinateur, avec sa capacité de reflet et de renvoi immédiate de l’image  de soi-même. Elle dit aussi l’intérêt d’écrire « ailleurs » : je n’habitais pas le même endroit de mon corps. Un petit retour sur Pierre Reverdy, mort il y a 50 ans, et son rapport à la peinture cubiste en particulier. Je ne sais s’il tombe dans l’oubli, en tout cas il me semble un passage obligé pour tout auteur afin de saisir tous les enjeux de la poésie d’aujourd’hui.

Notes de lecture signés Jacques Fournier et Roland Nadaus, les tauliers de la boite. Illustrations en gros plan de machines détournées par François Trebbi.

Une revue complète et pleine.

 

Le n° : 10 €. La Maison de la Poésie : 10, Place Pierre Bérégovoy – 78280 Guyancourt.

www.maisondelapoesie.agglo-sqy.fr

 

 

 

En novembre, c’est…

 

SPERED GOUEZ n° 16 :

 

 

La revue de Marie-Josée Christien revient à des numéros ordinaires après un numéro spécial « Femmes en littérature ».. Plusieurs dossiers et d’abord : Pradip Choudhuri, poète bengali, né en 43, qui a fait partie de la Hungry Generation et qui est interviewé par Alain Jégou auquel il répond sur une vingtaine de pages. Ce qui est assez remarquable, rare est la place laissée de la sorte à un entretien. On fait donc bien connaissance avec lui, depuis son enfance, et l’on comprend ce que c’était que cette « génération des affamés » dans les années 60 qui remettait en cause les choses établies et surtout scandalisait les autorités hindoues par des poèmes considérées comme lestes, mais qui à la relecture d’aujourd’hui n’apparaissent pas chastes, mais presque. Un lien a été fait entre celle-ci et la Beat génération américaine, puisqu’il y a eu des passerelles et des rencontres entre les uns et les autres. Mais c’est davantage le rejet et la protestation qui ont permis cette solidarité, qui’il ne faut pas confondre avec un amalgame. Pradip Choudhuri est pour moi surtout le symbole du poète indien puisqu’il a fait de sa revue Pphoo une véritable plate-forme de la poésie internationale, publiant des auteurs étrangers et profitant de ce biais pour être publié à son tour. (Ainsi a-t-il participé au n° 58 et 95 de Décharge, en 1990 et 1997).

La seconde partie, centrale, est consacrée à la critique (30 pages), ce qui montre bien l’importance qui lui est accordée, à laquelle je souscris absolument. Ils sont au moins huit à officier autour de l’animatrice et consacrent des chroniques aux revues bretonnes, mais pas uniquement. Second gros dossier : Guy Allix interrogé par Marie-Josée Christien avec laquelle il élabore un recueil dont on peut lire un fragment : « Correspondance ». Je reprends quelques extraits de l’entretien : « …Je trouve indécent ces « poètes » qui parlent des « affres » de la création et vantent leur « travail ». L’écriture est un havre quand bien même elle me confronte à l’horreur et l’innommable. /… La poésie participe à un combat pour la dignité …/…  je suis, je resterai un fils du peuple…/… c’est à Rennes que j’ai appris à marcher et mâcher mes mots… » Il montre bien son attachement à la Bretagne dont la terre colle à ses souliers, et fait part avec franchise de toutes les questions qui l’assaillent et auxquelles il en sait pas souvent apporter de réponses. Guy Allix possède trois cordes à sa harpe : la poésie écrite, le site qu’il dirige comme une revue et enfin le spectacle où il se produit avec un pianiste.

Enfin dernier ensemble de ce numéro de 166 pages : Signe des traces où sont conviés un certain nombre de poètes, relativement nouveaux pour Spered Gouez comme Hervé Lesage, Serge Lanoë, Philippe Gicquel, Jacqueline Saint-Jean, Georges Cathalo (la vie devient simple comme l’air), Robert Nédelec et Jean-François Dubois, ces deux derniers avec des textes âpres et forts. Les photos de Roger Dautais, pierres et mer, donnent encore de l’élévation à cette livraison dense et riche.

 

15 €. Ti ar Vro, 6, Place des Droits de l’Homme – BP 103 – 29833 Carhaix cedex. (Chèque à l’ordre du Centre Culturel Breton Egin)

 

En octobre, c'est...

PROPOS DE CAMPAGNE n° 18 :

 

Ça ferait bien la troisième fois que je parle de cette revue, dans cette rubrique, ce qui constitue comme un record. Mais elle paraît peu souvent (octobre 2009, la dernière fois), un rythme annuel qui tourne chaque fois à la surprise, et une présentation soignée, impeccable comme une démonstration. Ajoutons, quitte à se répéter, que la revue Travers devenant rarissime, Propos de campagne se retrouve toute seul dans sa catégorie. Le thème de la livraison, est : « Transition », affublé d’un 1, qui présage une suite, sans doute l’an prochain. C’est le genre de thématique qui ne mange pas de pain, un poil insolite, passage entre deux choses, couloir, gué, bord… bref on est toujours dans une transition quelque part. Les photos de Jean de Breyne et Hamid Debarrah, qui agrémentent le numéro, toutes réussies autour de murs graffités n’offrent guère de clés supplémentaires, mais sont belles et intéressantes à regarder, ce qui est bien le moins pour des photos. PdC (on peut l’appeler comme ça aussi) a la bonne idée de présenter souvent des auteurs différents qu’on ne lit que là, et c’est une découverte enrichissante pour le lecteur. Jacques Allemand, qui de son côté publie pas mal, livre des textes qui se prêteraient bien à la lecture orale, contenant une dose inhérente de théâtralité. Guillaume Flouret propose de petites proses très soignées sur un séjour au Japon, où alors qu’il ressent méticuleusement de grandes différences entre nos civilisations, il écrit comme par mimétisme avec finesse et saveur. Hervé Bougel sort de son pré carré et donne des poèmes verticaux dans un journal appelé « Avant », sans nostalgie, où il essaie comme à la pêche à petit mots de taquiner le temps jadis. Jacques Norigeon qui n’écrit jamais comme tout le monde offre chaque fois deux versions sexuées d’un poème sur une même page. C’est moins drôle que d’habitude, mais curieux. Après des dessins vibratiles de Sylvie Deparis, la découverte de ce n° : Jean-Clair Bonnel ; dans une langue contrainte, comme médiévale, il écrit des poèmes sur le cyclisme « nostre sang » qui balaie toutes les diagonales du vélo. Etienne Veillon donne une presque partition, tout sur les sons des mots, Emmanuèle Jawad travaille sur l’aspect formel des mots, gras, italiques, mots liés : descorps, mots coupés, cassés, crochets, polices… La lecture est assaillie d’appels, d’indices, de croc-en-jambe. Enfin Alain Helissen apporte sa dose d’humour à cette livraison. « la voie lactée bat de l’l ». Chaque aphorisme commence par cette initiale, contrainte facile mais attrayante. Et surtout il y a de l’ironie, de l’absurde et de la drôlerie dans la plupart d’entre eux. Exemple : Lancer un pavé dans la mare et tuer par mégarde le dernier canard que des témoins déclaraient avoir vu vivant le samedi matin.

Encore un bon volume carré pour placer au-dessus de sa collection de pdc, et petit à petit un pilier se construit.

 

18 €. MJC : Allée de Provence – 04100 Manosque.

courrier@propos2editions.net

www.propos2editions.net

 

En septembre, c'est...

BRÈVES n° 93 :

 

J’étais ce week-end (9-10 octobre) au Salon de la nouvelle et de la petite édition à la Clayette. J’y remplaçais Alain Kewes pour les éditions Rhubarbe. Lorsqu’on s’occupe exclusivement de poésie, il y a un réel fossé qui sépare nouvelle et poésie. Ainsi, je ne connaissais personne parmi les participants dont bon nombre étaient bourguignons, à l’exception des animateurs de l’Atelier du Gué (Martine et Daniel Delort). Véritables retrouvailles, puisque nous avions guère eu l’occasion de discuter depuis belle lurette. Notre première rencontre remonte à la nuit des temps, tant et si bien que nous avons eu beaucoup de mal à la situer, certainement en 72 dans un café faisant l’angle des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain (le Cluny). J’avais reçu la veille le n° 93 de leur revue : Brèves, consacrée à Pascal Garnier, décédé au printemps dernier. Il a voyagé tôt, a fait peu d’études, on peut parler d’autodidacte en ce qui le concerne. Beaucoup de complices nouvellistes lui rendent hommage, ainsi Hubert Haddad qui a préparé le n°, Pierre Autin-Grenier, Christiane Baroche, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Claude Bologne, Francis Mizio ou Serge Cabrol pour n’en citer que quelques-uns. Le numéro offre d’abord une demi-douzaine de nouvelles de Pascal Garnier : cinq assez courtes et une dernière plus longue, inédite, à paraître chez Zulma. Je ne fais guère dans la critique de nouvelles, laissant cela à Alain Kewes dont c’est la spécialité, mais je comprends aussitôt que Pascal Garnier ait connu le succès. Son récit, aussi bref soit-il, prend son lecteur et le captive jusqu’à la chute, prévue ou inattendue. Peu de personnages forcément, une situation qu’on découvre petit à petit, les indices étant distribués de façon parcimonieuse, ce qui aiguise l’appétit d’assembler les éléments des protagonistes. Les dialogues sont ajustés aux petits oignons et le tout dans le peu d’espace qui est imparti fonctionne parfaitement. La situation progresse allègrement et la fin souvent concentre et éclaire le propos développé depuis le titre d’une manière confondante. La revue présente en plus des tableaux de Pascal Garnier assez étonnants, qu’on pourrait qualifier de sarcastiques.

Brèves est la revue de la nouvelle, il n’y a pas photo. Elle approche du n° 100, un boulot gigantesque et reconnu.

 

12 €. 1, rue du Village – 11300 Villelongue d’Aude.

e-mail : breves@atelierdugue.com

www.atelierdugue.com

 

En août, c'est...

                                DIÉRÈSE n° 48-49 :

 

La revue de Daniel Martinez consacre la moitié de sa livraison à Pasolini. Pier Paolo Pasolini, comme le note son traducteur Laurent Monges-Chevalier, était au moment de sa mort en 1975, beaucoup plus connu en France comme cinéaste, alors qu’en Italie, c’était le poète. Pasolini tenait un journal qui est présenté en fragments ici entre les années 1948 et 1953, inédit à ce jour. Ce sont des poèmes, notes, commentaires… Avec cette facilité de l’écriture quotidienne mais aussi le recul d’une pensée en perpétuelle réflexion, la poésie étant le flux, le véhicule transportant ces éléments de conscience mis en mots. Une fois n’est pas coutume, je donne un extrait de son journal, assez représentatif :

 

 

Plein de confiance et de tiédeur

est le sens des odeurs que dans l'air

matinal la fête reverdit :

odeurs des campagnes d'autres années

dans la ville que la chaleur étouffante de la pluie

reverdit et presse contre un corps

d'adolescent... Nous sommes à Sacile... à Idria...

Les châtaigniers transpirent ; l'intérieur

de la maison est envahi par une douce

vapeur ; la vie familiale

est plongée dans son sens inconscient,

et absolu. Par les fentes entre

l'odeur de l'ouvert, étouffante et fraîche,

celle des étoiles ; les nuages perdus

au-delà des vitres se figent légers

dans un ciel délavé, contre-lumière

entre les plantes lavées. Je ne suis plus

dans ce temps, et ce temps est toujours.

Garçon je me réveille, et je me retrouve

vieux ; la fraîcheur qui m'inonda

et la tiédeur de fête, ce sont les restes

d'une vie qui reflète son ombre.

 

Pour le reste le poète allemand Durs Grünbein né en 1962, en ex RDA, traduit par Joël Vincent. Et des pages offertes à plusieurs auteurs dont Pierre Oster, Chantal Dupuy-Dunier, Isabelle Lévesque et Anne Jullien-Pérouas, entre autres.

Je n’ai là, défloré à grands traits que les deux tiers de la revue qui comporte rien moins que 256 pages ! Une sacrée revue, épaisse et solide !

 

4 n° : 38 €. (Ce n° : 12 €). Daniel Martinez : 8 Avenue Hoche – 77330 Ozoir-la-Ferrière.

 

En juillet, c'est...

            DISSONANCES n° 18 :

 

Une revue plutôt littéraire que poétique. Sous-titre ? : « Revue pluridisciplinaire à but non objectif ». Voilà qui est dit. Proposant chaque fois un thème. Ce dix-huitième numéro n’y déroge pas avec « entrailles ». Qui n’est pas un sujet facile à aborder. Ratissant intérieur, boyaux, ventre… La vingtaine d’auteurs font assaut d’originalité pour traiter la chose .En commençant par Guillaume Vissac qui propose une autopsie littéraire guidée de a à z. Michel Reynaud, une vieille connaissance, égrène des vomissures exponentielles et hyperboliques, avec ce côté absurde et désopilant au bout du compte. Eric Dejaeger revisite une vierge américanisée, imité en cela par Tristan Félix, alors que Cathy Garcia réagit avec le verbe dans sa force, comme le pendant des chairs contraintes. Elodie Le Bail parodie une prière, et sa voisine de page, Marlène T, joue de l’aiguille à tricoter dans ses dedans intimes. Marc Bonetto en un texte gros comme un paragraphe explique la prise de pouvoir du pancréas, en un putsch organique. Dans les mêmes longueurs Cendres Lavy parle de ses abats. Jean-Marc Flapp, l’un des animateurs, se vide ventre à terre. On voit donc pas mal de revuistes travailler ici (ainsi Eric Dejaeger, Marc Bonetto, Tristan Félix ou Cathy Garcia), ce qui est un bon signe de reconnaissance, si ce n’est de réciprocité. A noter qu’à chaque signature d’auteur est adjointe son adresse informatique, on peut donc lui écrire de suite pour lui donner ses impressions. Viennent ensuite d’autres rubriques, avec des questions à Hubert Haddad. Et je reprends sa réponse, concernant un « bon éditeur » : « C’est quelqu’un qui vous lit avec pénétration et perspicacité, dans une perspective ouverte, qui prenne en compte l’œuvre en cours dans son déploiement , quitte à mettre le doigt sur telle faiblesse ou telle contradiction… » Bon, j’arrête là, parce que c’est trop long, mais le reste est bien aussi. Autre chose : critique par quatre collaborateurs d’un même livre : Jérôme, roman de Jean-Pierre Martinet. Et avec les recoupements, voire les répétitions, ces croisements de regards donnent vraiment envie de s’y coller à son tour. Enfin « fenêtre sur » les éditions Hermaphrodite, dont la revue est de même thématique. Enfin une page : nos auteurs ont aimé, avec chaque fois un livre, un film, un disque…

L’ensemble est de bonne tenue, et la mise en image d’Erik Massé parfaite.

Prochain thème : Idiot (avant le 20/7)

 

5 €. La Grande-Maison – 49570 Montjean-sur-Loire.

revuedissonances.over-blog.com/

 

 

 

En juin, c’est…

                                             POD

C’est le genre de chronique qui risque de s’autodétruire dans les quelques secondes qui suivent son écriture…

En fait, Pod, c’est un poézine ou un webzine. Ca y est, j’ai lâché le morceau. C’est la première fois que ma revue-du-mois ne recense pas une revue papier. Mais une revue à lire sur la toile. Pod en est à son n° 9, je traduis en langage cybernétique : # 9. Son maître d’œuvre, son animateur, son webmaster, ne pas rayer de mention, c’est Roger Lahu, bien connu par chez nous, et ailleurs. Il a officié dans Noniouze d’abord avant de faire front commun dans Liqueur 44 avec deux autres compagnons de son acabit. Et fort de ces deux expériences enrichissantes, il s’est lancé dans ce nouveau concept : une revue sur la toile. Il faut ajouter qu’il a adopté le support « calaméo » qui propose à l’écran une formule livre qu’on feuillète, avec bruit adéquat à l’appui.

La difficulté de lecture reste basique sur l’écran : la rétine se bat avec la luminosité. Il faut aussi régler le zoom proposé afin d’éviter tout tremblement de la page, donc prière d’acquérir une certaine dextérité à ce genre de lecture. Tout cela n’est pas aisé, au début. Une fois ces obstacles optiques de confort dépassés, on peut  l i r e !

Donc le n° 9. Preuve que ce n’est pas nouveau. 82 pages, puisqu’on peut parler de pages. Des reproductions couleurs, de tableau par exemple. Des liens à cliquer, et comme on n’est pas dans le multimedia pour rien, possibilité d’aller écouter telle chanteuse dont on parle. Toute la magie internet mise en branle à la fois.

Le point de départ, c’est ou c’était le printemps des poètes et la pauvreté insigne de certains textes proposés, critiqués vertement, voire véhémentement par Roger Lahu, le coach. Deuxièmement, un choix de poèmes érotiques (thème : couleur femme) à travers les âges où l’on ne peut se passer de Verlaine entre autres,  l’ensemble magnifiquement illustré par des toiles polissonnes d’époque et autres gravures. Pour suivre l’invité du n° en quelque sorte, un vieux complice en la personne de Jean-Christophe Belleveaux avec poèmes sur l’Inde et photos idoines. Puis dossier « comment reconnaître un poème » avec moult détails et exemples ad hoc, et même des tests.

Lisant tout cela de près, je me vois cité en page 38, ce qui est toujours un peu surprenant quand on ne s’y attend pas. Roger Lahu me reprend l’expression parlante : « la poésie est en état de coma dépassé », c’est vrai que je n’y ai pas été avec le dos de la cuiller, mais c’était de manière hyperbolique, pour aller au bout de ce qui était dit en substance. Je ne m’inscrivais pas forcément dans ces propos profondément pessimistes ou alarmistes. Ah citation hors du contexte ! Ah fameuses petites phrases ! Je ne ferai pas de tonitruante mise au point…

Pourquoi considérais-je au départ qu’il y avait un aspect suicidaire dans cet article ? Tout bonnement parce que plutôt que de me lire à propos de… Autant y aller par soi-même voir d’un clic de souris. C’est finalement là toute la gratuité de notre activité, la critique est quasi inutile. Au moins aura-t-telle servi de guide ou d’aiguillage !

 

Pod  C’est en plus, surtout, et bien entendu gratuit !

http://fr.calameo.com/read/000023214297a097f02f8

 

Mai, c’est…

  CHEMIN DES LIVRES n°  19 :

 

Des revues de poésie, il en existe un certain nombre dont la plupart paraissent en mars où il y a soudaine affluence. Des revues de poésie, qui possèdent une partie critique sont largement représentées également.  Mais des revues de poésie uniquement consacrées à la critique, on les compte sur les doigts d’une main. CCP, la revue de la CIPM à Marseille, par exemple, et celle-ci : Chemin des livres aux éditions Alidades.

C’est un cahier léger dont l’élégance extérieure est à la semblance de la pensée subtile qui l’habite. On est donc dans la critique, et les noms qui ornent le fronton sont ceux des auteurs des livres recensés. On relèvera le nom des critiques derrière Emmanuel Malherbet, le responsable des éditions Alidades : Frédéric Calmettes, Gérard Bocholier, Lucien Wasselin, Gérard  Paris, que des signatures déjà réputées par ailleurs. Et sur la une donc, les noms des auteurs des ouvrages choisis avec une ouverture certaine à l’international : le Hongrois Áron Tamási, les Italiens Edmondo de Amicis et Piero Calamandrei, le Géorgien Besik Kharanaouli, les Russes Maxime Gorki et Boris Pilniak. Je n’omettrai pas pour autant Jean-Pierre Chambon, Jean-Pierre Lemaire, Chantal Dupuy-Dunier, Béatrice Bonhomme-Villani, Jean-Pierre Nedelec…

Il n’est pas aisé de faire une critique d’une revue critique. Chaque lecteur expert apporte son érudition et sa perspicacité dans son investigation. On analyse, croise, rapproche, recoupe, en évitant principalement de déflorer l’intérêt ou l’intrigue du livre. La structure est souvent la même : une introduction relativement générale qui débouche sur l’étude particulière de l’ouvrage en question, un peu comme je l’ai fait ici même.

Chemin des livres se veut « moins revue critique que cabinet de lecture », ce à quoi j’adhère tout à fait. Les contributeurs ayant décidé de ne parler que de ce qu’ils ont aimé et d’écarter le reste quitte à ne rien éreinter. On reste dans le positif, ce qui est un parti-pris auquel on ne peut qu’adhérer.

Lire une critique donne envie de lire le livre élu. Mais c’est en soi un exercice littéraire à prendre en tant que tel. En toute hypothèse, il est du devoir des revues d’éclairer les recueils qui paraissent. Sur qui d’autres compter ? Consacrer exhaustivement une publication à ce travail ingrat mais savoureux est à saluer.

 

Chemin des livres paraît trois fois l’an : Abonnement : 10 €.

Chaque cahier peut être accompagné de deux cahiers de création (ainsi : Par hasard vivants du Syrien Nazîh Abou Afach, traduit par Claude Krul)

Abonnement : 3 Chemins des livres + 6 cahiers de création : 35 €.

Alidades : 1, Place du Port – 74500 Evian-les-Bains

www.alidades.fr

 

Avril, c'est...

BORBORYGMES n° 16 :

 

Le mois de Mars avec le Printemps des Poètes est devenue une période toute en effervescence pour la poésie. Et en particulier le mois où les revues quelle que soit leur périodicité fleurissent toutes en même temps. Les trimestrielles sortent en mars, les « trois fois par an » sortent en mars, jusqu’aux semestrielles itou. On imagine le généreux abonné crouler sous l’abondance. On finirait par redouter cette échéance pour sa prolixité. Je n’ai par conséquent que l’embarras du choix pour ma chronique. Et j’ai opté pour celle-ci que je ne connaissais pas, à la faveur de la nouveauté qui sied aussi en ce même mois.

 

Borborygmes se donnent deux surtitres qui éclairent assez judicieusement la publication. « Le trimestriel le plus petit du monde ». Voilà pour le périodique, et le format : celui de Polder pour s’y reconnaître, ou encore la revue Microbe, franco-belge, preuve qu’il y en a d’autres. Mais ça donne une idée. « Revue de littérature et d’images », ensuite. Et l’on comprend la largeur de l’échantillon proposé. L’on peut craindre le paradoxe, entre la forme minimale et l’objectif élargi. Cependant, nouvelles, poèmes, et dessins d’artiste se suivent impeccablement. J’ai noté Thomas Vinau, connu par ailleurs, avec une mélancolie moderne, Robin Czarniak, aux vers rimés ou comptés, Patrick Aveline, au poème narratif et fantastique et Axl Cendres. Les images sont signées Bruno Martin, elles me rappellent deux plasticiens américains publiés jadis dans la revue . John Elkerr et Roger Hayes, ce qui n’a pas été étranger à ma sélection. La revue se « tient » bien. Elle a été créée en 2006 et tire à 500 exemplaires. On ne peut que souhaiter qu’elle poursuive sa longévité.

Un autre slogan : Borborygmes ? De la ventriloquie à la portée de toutes les oreilles et de toutes les bourses…

 

4 €. 104 bis, rue Pelleport – 75020 Paris.

 

Mars, c'est...

        LE MONDE DIPLOMATIQUE n° 670 :

 

L’événement en soi, c’est que le Diplo consacre deux pages de son mensuel (du mois de janvier) plutôt politique à la poésie, par Jacques Roubaud. Ce simple fait exceptionnel peut créer une attente ou une crispation. Ensuite, quel que soit l’auteur, assez prestigieux, pour avoir cet honneur, ses prises de position seront commentées selon les points de vue multiples des lecteurs.  Il n’est que de se rappeler le n° du Magazine littéraire consacré à « la Nouvelle Poésie française » en 2001. Un tollé s’en était suivi !

Tout le monde en convient, la poésie ne représente rien, mais quelle tempête ce rien a tout de même déclenché, immédiatement sur le net. D’abord, un article allant dans le même sens signé Smirou sur le site de POL. Ensuite une réplique incendiaire de Christian Prigent . Enfin sur Sitaudis une suite moins polémique et plus argumentée de Jean-Pierre Bobillot. Puis sur Poezibao, un article assez virulent de Dominique Dou. Et pour clore une analyse mesurée de tous ces éléments sur le blog de Cynthia par Gregory Haleux.

En très peu de temps, un article de presse a provoqué de vives réactions, avec une surprenante rapidité, due à la vitesse éclair de la toile. Ce qui donne finalement de quoi se réjouir.

En résumé, on entre dans le registre de la polémique, avec ce qu’elle comporte de mauvaise foi possible. Ici une certaine suffisance d’avoir raison, sans l’ombre d’un doute, là du mépris envers quiconque penserait autrement, voire encore de l’intolérance de lire des arguments à l’opposé des siens.

Le sujet qui demeurait sous-jacent depuis un moment, et qui revient en plein lumière ici, c’est poésie écrite ou orale ? Et les deux écoles se font face : la page opposée à la scène, l’écriture contre la performance, la lecture vs la voix. Chaque logique a ses atouts, ses raisons et ses défenseurs. Chacune essaie de redonner un peu d’air à la poésie, depuis longtemps au bord de l’asphyxie.

On est en droit de juger qu’il faut renvoyer les uns et les autres dos à dos. Il y a des choses vraies ici et là, et moi, sans vouloir rentrer dans le jeu manichéen du c’est moi qui ai raison, et tous les autres se trompent allégrement, ni chercher non plus un consensus mou, je pense modestement, que la poésie, si elle veut essayer de sortir de la situation de quasi anéantissement dans laquelle elle est tenue, peut jouer sur les deux tableaux qui possèdent chacun leurs avantages. La poésie écrite pour sa densité et la réflexion, la performance pour son côté spectaculaire et inventif. Sans oublier, me souffle Alain Kewes, que la bonne poésie performée est d’abord très écrite (Serge Pey) et que la poésie bien écrite est un bonheur à entendre dire. Il y aura du déchet des deux côtés, c’est certain. Mais quel est le risque ? Puisque je le répète et c’est le seul point dont les débatteurs conviennent, la poésie semble déjà en état de coma avancé…

 A lire entre autres : (jp bobillot http://www.sitaudis.fr/Excitations/les-humeurs-de-m-roubaud-et-autres.php ) ,christian prigent http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=editions-pol-blog&numpage=5&numrub=4&numcateg=&numsscateg=&lg=fr&numbillet=91) pierre assouline (http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/01/25/jacques-roubaud-denonce-le-vroum-vroum-poetique/comment-page-1/

gregory haleux : http://www.cynthia3000.info/index.php?option=com_jd-wp&Itemid=44&p=714

(- en kiosque).

 

Février, c’est…

NOUVEAUX DELITS n° 35 :

C’est Claude Vercey qui m’alerta dans ses I.D. sur cette revue que je ne connaissais pas, alors qu’elle possède un nombre très respectable de livraisons derrière elle. A présent trimestrielle, elle a de toute façon plusieurs années à son actif. Son allure me plait, elle me rappelle la période kraft de Décharge, il s’agit d’ailleurs d’un kraft épais, cartonné. La revue est sous-titrée : Revue de poésie vive et dérivés. Cette façon de ne pas cacher la couleur, de jouer franc jeu, me convient aussi. Ajoutons que ce n° précisément annonce la création d’une association du même nom que le titre qui atteste bien d’une évolution positive de l’histoire de la revue. Cette livraison se trouve être un numéro femmes. Sans jouer les anciens combattants, la plupart des revues dirigées par des femmes, comme c’est le cas ici avec Cathy Garcia, ne peuvent s’exonérer de ce passage obligé. Sept voix de femmes en tout, dont aucune ne m’était connue. J’ai essayé de dégager de ces lectures croisées une sorte de synthèse propre à faire le portrait sous morphing de la poète actuelle. Mais je pense qu’il y a trop d’écarts entre les unes et les autres et qu’il vaut mieux renoncer à ce genre de standardisation certainement réductrice. Je m’en tiendrai à quelques tendances que j’ai remarquées cependant, concernant celles-ci ou celles-là. D’abord, qu’on utilise le vers ou la phrase, on use d’un langage parlé, parfois familier, impropre à travailler la langue ou approfondir le sens. Ce jaillissement continu qui prête à la profusion et l’accumulation peut de même jouer de l’illusion de la quantité face à la qualité. Enfin dans ce même flux, l’abus du jeu de mots un peu stérile, n’est pas forcément salvateur. Ceci pour mettre dans la balance côté critiques. Sur l’autre plateau, la poète argentine Cristina Castello se montre émouvante dans ses poèmes engagés où elle rappelle la barbarie subie par son pays durant les années noires, comme l’atteste son poème « Ténèbres », ainsi que Cathy Garcia qui justifie le thème de son numéro, si besoin était, dans sa chronique du hamac, véhémente et juste. Nathalie Riera qui s’occupe de la revue numérique : Les carnets d’Eucharis fait montre d’une écriture sensuelle (viens me jouir) peu présente dans l’ensemble. Gaëlle Josse ajoute la touche urbaine au tableau de cette poésie contemporaine féminine. Un mot encore, pour revenir à la forme : la taille de la police de caractères est assez petite, ce qui confère une vraie cohésion factuelle au n°, et si l’on ajoute l’insertion de vignettes illustrées de Cathy Garcia ainsi que des citations en contrepoint des textes (« nous ne sommes plus excisées du réel »), l’on conclut que cette revue que je découvre seulement a déjà pas mal de bouteille et une belle expérience.

 

25 € pour 4 n° à l’association Nouveaux Délits : Létou – 46330 Saint Cirq-Lapopie.

 

Janvier, c'est...

INUITS DANS LA JUNGLE n ° 2 :

 

On sait que  cette revue est la résultante de deux autres revues qui ont marqué en leur temps : d'un côté In’hui de Jacques Darras, (et aussi très récemment Aujourd’hui poème, seul journal mensuel de poésie en France finalement disparu), et  de l'autre Jungle de Jean-Yves Reuzeau, publication brillante des années 90, éditée par le Castor Astral.  Le Luxembourgeois, Jean Portante, cimentant cette association. Le titre participe de la mondialisation et du réchauffement climatique, on ne sait à la réflexion s’il vaut. En tout cas, cette livraison investit deux continents : L’Amérique et l’Europe. La part faite à la traduction est importante et l’ouverture aux poésies étrangères essentielle. Si l’on connaît bien Borges, Cortázar et côté poésie, Roberto Juarroz, on connaît moins bien Juan Gelman que Jean Portante, son traducteur, qualifie de « plus grande voix vivante de l’Amérique latine ». Juan Gelman a vécu la période noire de la dictature militaire argentine et a fait montre d’une poésie incisive. Les poèmes proposés ici datent de 1963 ; ils se présentent sous une forme rassemblée, dense comme une pierre brute ou précieuse, tout d’un seul souffle. Le même Jean Portante présente ensuite un dossier consacré à 13 poètes allemands, plus 1 luxembourgeois. Il insiste sur la coupure (rhénane) entre poésie française et allemande, ce que modestement nous récusons quant à nous, puisque nous avons un collaborateur à Décharge, Rüdiger Fischer, qui très régulièrement traduit des poètes d’Outre-Rhin. Il rappelle ensuite le lourd traumatisme de la guerre et la longue coupure en deux états. Les auteurs choisis sont tous très contemporains, puisque le plus ancien, et le plus réputé, Volker Braun, est né en 1939, lequel rappelle l’existence du mur, qu’il compare au limes romain. Gerhard Falkner* montre sa culture classique se référant à Troie et Carthage ou Orphée. On retrouve cependant semblable préoccupation : Les nuages sont-ils des murs – les seuls – qui ne tombent pas  parce qu’ils voyagent ? Ulrike Draesner livre un très bon texte : « Hammam » écrit à Casablanca. Alors que Durs Grünbein dans son « Ode à la Joie » rappelle que son grand-père occupait Paris dans une sourde et progressive hostilité. Enfin Ron Winckler écrit que « la quantité de beauté dans l’univers est toujours pareille ». L’autre gros morceau du numéro, c’est le volet « poésie beat », avec une nouvelle traduction du poème « Howl » d’Allen Ginsberg par Jacques Darras. Ce hurlement date de 1956, et sa relecture réactualisée en quelque sorte, rappelle les grands chocs de l’appréhension d’œuvres, telles celles de Lautréamont ou Cendrars pour d'autres siècles, dans la longueur et le souffle. On y trouve à la fois de la violence mais aussi de l’humour, ce que j’avais oublié. On ne s’étonnera guère qu’elle fut censurée à l’époque et son éditeur Lawrence Ferlinghetti arrêté. Ce dernier donne à son tour quatre poèmes traduits de même par Jacques Darras, il y célèbre successivement et à sa manière Dylan Tomas, Yeats, Pound dans une prose très émouvante, et Whitman, dans un manifeste populiste où il s’en prend entre autres aux « cunilinguistes » ! Ensuite vient un entretien entre Jacques Sojcher et Jacques Darras, sur la Belgique à la fois au cœur de l’Europe et déchirée par sa querelle linguistique. On comprend mieux le hiatus qui existe entre les deux communautés, sur l’opposition des langues mais aussi les rapports économiques. C’est la capitale finalement, Bruxelles, qui sauve la mise, puisqu’elle réunit les inconciliables. Jacques Darras en profite, prenant son exemple reposant sur son bilinguisme français et anglais, pour proclamer au-delà des guéguerres intestines : « Je suis un poète européen ». Enfin Inuits dans la jungle, dans le cadre de sa défense de la poésie « hors la page » laisse la parole à Philippe Boisnard pour un « premier manifeste de poésie numérique » (Pan !), où l’on devine bien, malgré un langage inutilement compliqué, ce que peut apporter le virtuel aux prestations des performers. Il est certain que ce sont des manifestations à vivre et qu’il n’est pas simple de les théoriser. Pas de note critique, aucune illustration, mais un cahier de création final : Rony Desmaeseneer, Olivier Cousin, Jean-Luc Despax, ex-critique dans Aujourd’hui poème, et Jean-Paul Bota.

Une grosse revue  (192 pages), bien diffusée dans la francophonie, ouverte à toutes les créations poétiques, à un prix  correct. La place était vacante depuis un moment, - la nouvelle formule de Poésie 1 ayant apparemment fait long feu. Elle ne l’est plus.  

*Parmi les 5 poètes allemands traduits par François Mathieu dans notre n° 124 de Décharge (déc. 2004).

 

12 €. Abonnement : 3 n° : 30 €.

Le Castor Astral : 52 rue des Grilles – 93500 Pantin.  

 

 

 

 

2009

Décembre, c'est...

RÉTRO-VISEUR n° 114 :

Rétro.jpg (1257370 octets)

C’est son dernier numéro. Au même moment où l’Idée bleue de Louis Dubost ferme définitivement boutique, Rétro arrête aussi après 25 ans de revue. Pour un peu, on se laisserait aller à la déprime... Deux repères cruciaux, cardinaux de notre horizon poétique disparaissent d’un seul coup. On devient orphelin quelque part.

Alors cette ultime livraison est en tout point exceptionnelle et le but des animateurs était de finir en beauté, et, ma foi, c’est réussi, même si l’on ravale une sorte d'arrière-goût amer dans la gorge.

 

D’abord la couverture, glacée, couleur, qui confère une tenue à ce n°, le plus épais de tous les temps ! On reconnaîtra dans le rétro sur la photo le regard de Pierre Vaast, le rédac’chef du tout début. C’est un peu l’heure des bilans : 114 numéros en 25 ans avec changement de format de l’A6 à l’A4, en passant par l’A5. Des tirages montant jusqu’à 400 exemplaires. Une période faste entre 2001 et 2005. Plus de 800 participants divers. Vient ensuite un hommage rendu aux amis, collaborateurs et animateurs restés sur le chemin. Les six noms sont à citer : Jean Dauby, Bernard Desmaretz, Jean Loup Fontaine, Chantal Lammertyn, Jean Le Mauve et Daniel Thibaut. Tous des fortes personnalités, éditeur, revuiste et poète. Deuxième grosse partie : Rétro serre la main aux revuistes qui continuent le boulot et je cite les revues invitées (dans l’ordre) : Décharge, Coup de soleil, Inédit nouveau, Comme un terrier dans l’igloo dans la dune, Pages insulaires, La Passe, Multiples, Interventions à haute voix, Contre-allées. Chaque revuiste y va de son évolution et pose peu ou prou la question de savoir pourquoi il a commencé l’aventure et surtout pourquoi il persévère. Ça donne un bon éclairage du paysage revuïstique actuel. Troisième partie, plus créative si l’on veut, les quatre animateurs poètes de la revue se donnent à lire, et c’est bien leur tour, après avoir autant donné aux autres. Alain Lemoigne,  Hervé Lesage, Jean-Pierre Nicol et Pierre Vaast. Chacun raconte à sa façon son expérience de ce quart de siècle. J’ai retenu la tolérance dont tous les membres ont dû faire preuve pour accepter le groupe et ses contradictions jusqu’aux ruptures ou disparition qui ont émaillé le parcours. Enfin un dernier regard critique de la part du trio Lucien Wasselin, Jean Chatard et Georges Cathalo. Une « rétrovision » sur la chanson par le spécialiste-maison : Jean-Pierre Nicol, où j’apprends aussi la disparition de Gilles Elbaz. Enfin l’on referme la couverture, couleur, glacée.

 

108 pages. 7,50 €. Hervé Lesage : Les Échevins – 58, rue de la Barre – 59800 Lille.

Novembre, c'est...

GROS TEXTES n° 1 :

 

La revue Gros textes ancienne formule avait connu 40 numéros et duré 10 années, avant de laisser la place à Liqueur 44, il y a quelque temps (en 2005). C’est exactement l’inverse qui se produit à présent. Donc Gros textes, nouvelle formule, avec comme sous-titre : « Arts et résistances ». C’est un rien pompeux mais ça précise bien l’évolution. Les revues de poésie pur jus auraient tendance à disparaître, comme Rétro-Viseur qui publiera son ultime numéro ce mois-ci. Alors que d’autres prennent la relève comme Pages insulaires, mais avec ce même pivotement, en quart de tour : poésie encore, mais davantage de réflexion et d’idées. Il y a certainement dans la période sarkozyste que nous vivons, génératrice de colère et de révolte, une envie d’en découdre, qui ne peut se nicher dans une poésie engagée qui a fait son temps, et qui se traduira davantage dans des articles, des prises de position, des tribunes, qui pourront faire mouche plus frontalement. Alors les deux faces se trouveront mélangées aussi bien, passant de la présentation versifiée et aérée d’un côté aux colonnes serrées et drues de l’autre.

Et pour commencer Jules Mougin, le facteur pacifiste, par Francis Krembel qui l’a fréquenté lorsqu’ils habitaient l’un près de l’autre. Son écriture ronde, ses portraits croqués. Son message pour le bon dieu terrible dans  son apparente naïveté. On apprend avec tristesse que ce « grand vivant » comme c’est titré, humaniste hors pair, finit sa vie comme tous les vieux, dans un mouroir anonyme. Jean-Michel Bongiraud ensuite donne ses manières d’édito qu’il avait peaufinées naguère dans Parterre verbal et qu’il avait poursuivies un moment dans Décharge, avec de surcroît des poèmes inédits comme celui-ci : L’étau/peut-il être doux/à ton corps/et l’huître/fermée/à mon oreille. André Duprat propose un texte Le Tsarko show qui ferait un bon compromis entre la forme poétique et la dénonciation. Jean-Claude Liaudet, qui serait en outre chroniqueur à Décharge, m’a-t-on dit, livre des pages sur Mythes et légendes de la Sarkozie. Je reprocherai à son article très intéressant par ailleurs d’être un peu daté (2006-07). On doit coller à l’actualité à mon sens dans ce genre de problématique. Fin 2009, l’interview du président par Poivre d’Arvor semble légèrement antédiluvienne. Fernando Carreira passe au crible l’argent perdu après la crise. Retour poèmes avec Paul Henri Vincent qui invente un nouveau style télégraphique. Jean-Christophe Belleveaux donne un texte décapant, s’appuyant sur le Céline des Beaux draps. Peut-être y a-t-il là de nouveau une piste judicieuse entre poème et coup de gueule. Une nouvelle rapide de Nathalie Potain, avec un poil d’humour, ce qui ne fait pas de mal. Patrick Joquel dans un poème fumeux. Le gros morceau du numéro : Tassage du mortel (40 ans d’histoire brève) par Timothée Laraze. Où l’on peut lire dans un texte haché court-circuit zapping littéraire inédit tout ce qui a pu être dans l’air du temps entre 68 et aujourd’hui. A coup de slogans et de calembours. Et puisqu’il est cité, un retour aux pages hallucinées des années underground à la manière de Léon Cobra du Tréponème bleu pâle, dont le site très bien illustré rend compte de toute cette période des années 70 : http://leoncobra.canalblog.com/ .  Pour clore, le grand retour d’Hervé Merlot qui avait totalement disparu des parutions depuis une belle paire d’années où l’on retrouve intact son style à la fois majestueux et tranquille avec ses célèbres esperluettes. Fabrice Marzuolo chronique (?) enfin à sa façon désespérée sans mâcher ses mots. Lectures (en vrac et en dentelles) d'Yves Artufel.

L’amalgame n’est pas évident à faire entre arts et résistances et le passage ping-pong de l’un à l’autre demande à être plus huilé, mais le coup d’envoi est donné. Gros textes revue est ressuscitée !

 

9 €.  Abonnement 2 n° : 17 €..

Yves Artufel : Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes.

 

Octobre, c'est...

LANGUE VIVE n° 4 :

 

J’en ai déjà parlé en janvier 2009, mais c’est parmi les nouvelles revues (même si elle prolonge en réalité Matières à Poésie), une revue qui par sa présentation et son contenu accroche. Un étui dans lequel s’additionnent de petits cahiers de 8 à 12 pages, autant que d’auteurs présentés en rabat de couverture. Ici la plupart des intervenants sont belges de Liège ou de Namur en particulier. Et l’on perçoit deux lignes de force couplées de la poésie en Belgique : un esprit surréaliste et une aptitude à la fantaisie et à l’humour. Claude Godet et Yves Tenret (Suisse quant à lui) donnent deux nouvelles de bonne facture. L’une sur l’art de mourir à la Paul Deschanel, l’autre avec un personnage halluciné et captivant. Colette Decuyper est la caution féminine et artistique de la livraison. Yves Colley présente une suite poétique intéressante où j’ai coché : « les villages plus dents que villages », au début, et « Tirés sur des traîneaux en Sens contraires les jumeaux se rendent aveugles pour se voir », à la fin. Rudi Lippert écrit des Riens extraits de Ça, c’est tout dire. Est proposée une sorte d’art poétique de François Jacqmin, mort en 92, où l’auteur lucidement décortique sa pratique d’écriture. Alexis Alvarez Barbosa montre deux facettes : des textes courts, un peu déconcertants mais bienvenus ("épisodes délirants"), puis des poèmes verticaux lapidaires. Enfin avec Pierre Puttemans on rend hommage à Apollinaire et Cendrars, ainsi que dans la page bonus, intitulée Guillaumades, où est offert un calligramme en forme de pubis du meilleur effet.

 

« Même le plus friable des mots a des racines dans le soleil » (E. de Andrade). C’est l’exergue sur la couv’.

 

15, rue de la Liberté – 4020 Liège (Belgique)

4 n° : 16 €.

 

Septembre, c'est...

L’IGLOO DANS LA DUNE ! n° 95 :

 

Guy Ferdinande ne se donne plus de contrainte de périodicité. Après avoir manqué tout arrêter, il publie sa revue quand ça lui chante, quand nécessité se fait, en moyenne, à la louche, tous les six mois, pour bien matérialiser une présence… et puis le n° 100 très accessible doit le titiller. Lui qui a changé souvent de noms de revue, qui adore par ailleurs les multiples identités, doit sentir dans cet objectif une sorte de constance qui confère le réel suivi d’un tel travail de longue haleine. Alors deux choses se marient dans cette livraison, ce qui certainement au départ n’était pas concerté : un thème : la fin, et une actualité : Gaza.

L’anéantissement de la bande de Gaza par Tsahal et toute son horreur absurde et raisonnée est représentée tout au long des pages par des photos de guerre qui se lit comme une BD infernale. Armes, morts, ruines, pleurs, désolation, atrocités s’égrènent, sans plus de mot à dire. En parallèle, la thématique de la fin y répond parfois comme dans l’intervention de Dan Ferdinande.  Malika Smati-Haddad y décline la coda, cette fin musicale, qui doit aboutir à l’apothéose. D’autres cherchent à faire résonner le concept : ainsi Patrice Maltaverne avec « dernière fois », ou Claude Vercey, ou encore Daniel Giraud. Bruno Sourdin lance un exercice à la Pérec, « puisqu’il me faut quitter cette », et il adresse des adieux à tout ce qui lui importe…  . Guy Chaty multiplie à sa façon les fins possibles. Philippe Lemaire donne un long texte, très réussi, sur la ville du Havre, bombardée paradoxalement par les Alliés lors du Débarquement. Enfin José Millas-Martin pour finir joue sur le mot… En outre, un recueil interne « L’arrière-train du popotin du babouin est un don du ciel » de David Van Robays qui manie les concepts abstraits et animaliers comme un jongleur, ce qui aboutit à des textes souvent drolatiques, qui me font penser dans la manière de procéder à ceux de Michel Pierre. Enfin les notes de lecture de Guytou toujours très exhaustives et souvent pertinentes ainsi que ses pages BD (Les Dépliés).


Une revue pleine et caustique, y en a pas des masses.

 

10 €. avec un DVD (Jean-Louis Rambour, Julien Ferdinande...) 67, rue de l’église – 59840 Lompret.

(- Lire aussi la précédente chronique en janvier 2007 : "Jam-session")

Août, c'est...

    L’ARBRE À PAROLES n° 144 :

 

Un numéro biface. D’abord un thème : Lieux dits. Ensuite : la poésie d’un pays tout neuf : le Kosovo.

 

Lieux dits. Le poème est le plus souvent cela. On écrit à un endroit précis sur un endroit précis, qui peut être le même, et qui devient de fait le cadre du texte, voire sa raison. On peut écrire aussi sur un lieu inventé, mais souvent la poésie doit se placer, se localiser, ici ou ailleurs. Ainsi la plupart des poèmes peuvent entrer dans ce thème très large. Et une quinzaine de poètes s’y essaient. Véronique Joyaux, à l’écriture convaincante, numérote une dizaine de nuits, à la fois lieu et espace (nuit trouée de lune) ; Daniel Martinez cible plusieurs endroits, à la fois nets et fugaces comme des réminiscences ; André Doms remonte un chemin tel le fil d’un lieu mobile ; François Lallier se poste aux sources de la Seine ; quand Bernard Schürch stationne au Détroit de Behring ; Werner Lambersy donne dans ses vers progressifs les dernières nouvelles urbaines d’Ulysse ; enfin Mahrou M. Far rappelle son enfance persane avec une arrivée en train pour un bain de boue dans un lac en Azerbaïdjan.

Le Kosovo est devenu indépendant le 17 février 2008. Huit poètes illustrent la poésie de ce pays tout neuf. La plupart ont connu les différents conflits de l’ex-Yougoslavie, et en particulier la guerre du Kosovo en 99. A lire les traductions, on ressent en général une poésie assez classique dans l’inspiration et dans la composition avec des retours. On a peu de textes pour juger davantage. Quelques noms : Agim Gjakova, Rrahman Dedaj, Ali Podrimja, un des poètes majeurs kosovars, publié chez Cheyne, et Edi Shukriu, première femme à être publiée en 72…

Un médaillon signé André Aliamet, et des notes de lectures signées Claude Alabarède, Francis Chenot, Béatrice Libert, Pierre Schroven et Pierre Tréfois complètent la livraison.

 

Cette double direction confère à ce numéro toute son originalité.

 

4 n° : 25 €. Maison de la poésie d’Amay : B P 12 – 4500 Amay, Belgique.

 

Juillet, c'est...

 

TRAVERS 57 : VODAINE : 

LES CHANTS DE YUTZ

Claude Billon l’annonçait dans le n° 131 de Décharge, en septembre 2006, Travers publierait Les Chants de Yutz de Jean Vodaine. C’était une promesse faite au moment où Jean Vodaine a disparu. Tenue donc, presque trois ans plus tard. Avec la magnificence habituelle de la revue de Philippe Marchal, qui pour le coup a exécuté les gravures rouges et noires à la façon de Vodaine, qui rappelons-le était imprimeur, graveur, éditeur, revuiste et poète. Travers continue donc son itinéraire admirable, dans le sillage de cette grande figure. Il n’est que de rappeler le n° 17/18 : « Passeport pur la Vodainie » en 1983, et le n° 50 : « Contes de mon haut-fourneau » en 1996.

Presque trois ans d’attente, mais pour ceux qui connaissent la revue, le résultat explique le temps passé. Dans le paysage des revues qui persistent, Travers est tout à fait singulière, originale et inimitable. Et l’on est tout heureux de palper un tel objet pour fêter ses 30 ans !

Claude Billon donne un courrier comme présentation : « lucidium en Lotharingie ». Jean Vodaine, natif de Slovénie aimait rappeler l’histoire où Lorraine et Slovénie se trouvait réunies au sein de la Lotharingie. Et Claude Billon replace le poète Vodaine au centre de sa passion poésie. A travers ses propres recueils, ceux qu’il a édités et sa revue aussi, toute de kraft vêtue : Dire. Le recueil ensuite : Les Chants de Yutz, Yutz étant une commune près de Thionville, célèbre à présent grâce à Vodaine. Philippe Marchal explique en postface toutes les difficultés pour retrouver le texte intégral et la découverte émerveillée de quelques versions toutes originales ici et là. Le recueil selon les cas s’ornent de diverses dates, mais la plus fréquente et la plus ancienne serait 1961.

La poésie de Vodaine, malgré ce décalage dans le temps, ne fait pas du tout usée ou compassée, comme il serait légitime de le craindre. Elle empreinte une prose alerte qui a tout à voir avec la poésie. Il y une qualité dans le style : «… Une ville larvée morose et vaine avec ses rues irritées de pas ». On y trouve à la fois ce qui fonde son quotidien : une certaine âpreté du paysage, de l’usine, du travail pénible et aussi des ouvertures fulgurantes au monde alentour, déjà appréhendé comme une seule et même chose. Les souvenirs d’enfance ou d’adulte sont souvent préludes aux poèmes. Nostalgie ici, fureur là, avec la guerre entre autres, constamment dénoncée. L’amour est imparfait et la mort bien présente. Ce qui fait le fond de sa poésie, c’est vraiment cette dimension humaine dans le sentiment, l’attitude et les rêveries, implantée dans la terre et dans l’histoire. Les Chants de Yutz sont moins lyriques que des chants de gorge, murmurés et splendides.

Ajoutons que le volume en outre contient deux séries de photos par Pierre Verny, légendées au verso, où l’on peut voir les portraits des nombreux acteurs de cette épopée qu’est l’œuvre de Vodaine, relayée par celle de Travers. Où l’on voit chez l’une comme chez l’autre : amitié, fidélité et amour de la poésie.

 

10, rue des jardins – 70220 Fougerolles.

25 € + 5 € de port.

 

Juin,c’est…

 

ICIéLÀ n° 10 et 11 :

 

Iciélà fête sa dixième livraison, l’occasion d’offrir un numéro double. Elle a invité 20 éditeurs (2 x 10) à proposer chacun un auteur de son choix.. 4 éditeurs canadiens, 3 belges, 2 suisses et 1 néo-calédonien pour constituer une première dizaine. L’autre moitié étant formé de 10 autres éditeurs hexagonaux. Il y a ceux qui ont puisé dans leur vivier naturel : leur fonds propre, donc parmi leurs auteurs, et ceux qui ont choisi une voie transversale plus ouverte en présentant un poète de leur choix, extérieur à leurs productions.

D’abord sortons du lot, deux poètes que nous connaissons bien, auteurs Polder : Michel Pierre et Sophie G. Guillot. Le premier, c’est Henri Heurtebise de Multiples/Fondamente qui l’a invité, la seconde est auteur aux éditions Le chat qui tousse qui la reçoit. Les éditions Clarisse promeuvent Yann Sénécal, un des tenants de la toute récente Maison de la Poésie de Haute Normandie, simplement le titre du recueil claque à  l’oreille : « Je ne m’adresse plus la parole ». De même Encres vives ouvre ses colonnes à Gilles Lades qui fait partie du comité de rédaction. Ou encore Perce-Neige qui publie son directeur littéraire (« Solo »). Donner à voir rend hommage à un de ses auteurs les plus importants en la personne de Georges Jean, Empreinte également envers Pierre-Alain Tâche, ainsi qu’Esperluète à Paul André, décédé l’an dernier. Quant aux Ecrits des Forges, ils convient Jean-Marc Desgents… Je refais mon lit très lentement, mes draps respirent le vent froid. Le Noroît propose Louis-Jean Thibault avec ce titre uppercut : « Reculez les falaises ». Enfin sans être exhaustif, L’Arbre à paroles convoque  le bon poète, d’origine sicilienne Rio Di Maria. Voilà pour ceux qui sont restés à l’interne, en piochant dans leur propre matière. Plus audacieux, d’autres ont choisi des auteurs extérieurs : Cheyne offre la Suissesse Mary-Laure Zoss, au phrasé haletant, Samizdat Laurence Verrey et Tarabuste la québécoise Danielle Fournier. Ainsi sont tissées entre éditeurs et auteurs à travers la francophonie ces mailles créatives.

A découvrir au sein de cette même livraison, les superbes illustrations de Ben Ami Koller, une douzaine de photos de Louis Monnier d’écrivains très connus. Un article sur Pierre-Albert Birot par Arlette Albert-Birot, enfin le texte d’une conférence sur Salah Stétié par Jehan Despert. Sans oublier l’abondante partie critique.

Iciélà de par sa maquette très peaufinée et son contenu pertinent est sans conteste un poids lourd parmi les revues.

 

- Lire également l’ID 189 de Claude Vercey à propos de ce n°. (PS : également l'ID 193).

- Ainsi que la première chronique sur iciélà de décembre 2006.(dans cette même rubrique).

 

Ce n° : 18 €. Maison de la poésie : 10 Place Pierre Bérégovoy - 78280 Guyancourt.

 

Mai, c’est…

 

L’ANNÉE POÉTIQUE 2009

 

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Nul ne me contestera qu’il s’agit en somme d’une revue. Annuelle, il est vrai, mais peu importe la périodicité. Elle revient depuis quatre ans à présent, (2005, 2007 et 2008) et son retour au printemps marque une certaine bonne santé de la poésie. Cette fameuse année poétique avait été abandonnée par Seghers, rappelons-le, en 1977 !

On y dénombre au sommaire cent noms, auxquels il faut ajouter, le pays invité, comme dans les salons, étant la Belgique, vingt-cinq poètes supplémentaires d’outre Quiévrain, pour éviter la répétition.

100 + 25, c’est carré. Et cela fait souvent beaucoup moins de poètes élus que de poètes frustrés.

Ces derniers pourront parler de copinage, les auteurs : Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence, sous l’autorité du directeur des éditions Seghers : Bruno Doucey, connaissent le microcosme depuis lurette. Auxquels s’est adjoint cette fois Pierre Maubé, à la place de Florence Trocmé. Mais la liste des prétendants est pléthorique. En effet combien d’auteurs, de recueils publiés, de poèmes parus en revues, sur le net en un an ? Quelques milliers sans doute… A répartir dans cent vingt-cinq entrées, ni plus ni moins. Il y faudra de la diversité : que tous les pays francophones y soient peu ou prou représentés : Suisse, Québec, Cameroun, Maroc, Tunisie, Liban…Qu’hommage soit rendu aux poètes disparus de l’année, à commencer par Césaire, bien sûr, mais aussi Jacques Bancal, Emmanuel Brouillard, l’oulipien François Caradec, Alain Suied ou Jacques Taurand, ainsi que côté Belgique, Roger Foulon, et les regrettés Jacques Izoard et André Miguel. Que certains grands noms incontournables de la poésie française intègrent enfin l’inventaire : Bonnefoy ou Jaccottet, en particulier, mais aussi Jacques Ancet, Pascal Commère, Guy Benoit, Hubert Haddad, Jacques Jouet, Charles Le Quintrec décédé cette année, Pierre Peuchmaurd1, Gaston Puel, Werner Lambersy, Pierre Tilman ou Jehan Van Langhenhoven… (non exhaustif, c’est moi qui pioche…). Enfin, autre critère possible de sélection : avoir sorti dans l’année ses œuvres complètes, ou une anthologie,  ou encore avoir reçu un Prix prestigieux… ainsi Jean Orizet (Œuvres complètes), Gilbert Baqué (antho), Fernando d’Almeida (Prix Senghor), Seyhmus Dagtekin (Prix Yvan Goll), Azadée Nichapour (Prix Charles-Vildrac de la SGDL), Gabriel Mwéné Oukoundji (Prix PoésYvelines), Jan Bartens (Prix Communauté française de Belgique), Jacques Lartigue (numéro spécial de la revue : Faites entrer l’Infini)…

Il vaut mieux être édité évidemment chez Gallimard, La Différence, Flammarion, Le Seuil, la Table ronde, le Mercure de France ou le Castor Astral, mais on trouve aussi nos amis de l’Idée bleue (Nolween Euzen), Gros textes (Jean-Pierre Lesieur) ou Rhubarbe (Vincent Whal).

Le mieux bien entendu, pour être sûr de son coup, étant d’avoir publié dans l’année ses œuvres complètes, couronnées par un Prix international, chez un grand éditeur, être belge et décédé si possible.

En m’aidant du relevé effectué l’an dernier par Pierre Maubé (voir onglet « inventaire » de notre site, ici même – juste après le défilé des plus de mille auteurs de Décharge), j’ai recensé quelques poètes qui ont été retenus trois fois sur quatre. Il s’agit de Jean Orizet, Yvon Le Men, Jacques Izoard, Seyhmus Dagtekin, Pierre Dhainaut, Guy Goffette, Jacques Reda et Jean-Pierre Verheggen ; le grand vainqueur étant William Cliff, carton plein. (On y est bien : « un poète français sur deux est belge » ! comme le proclame la bande d’accompagnement du livre).

En tous les cas, composer un ensemble tel que celui-ci doit être aussi épineux et complexe que de constituer un gouvernement. L’ouvrage vaut en outre par sa partie « Guide 2009 de la poésie », puisqu’on peut y trouver plein de renseignements ou simplement d’adresses concernant les revues, les éditeurs, les Maisons de  poésie, et autres ressources sur internet.

Une très bonne idée : avoir chapeauté les différents pans de l’ensemble avec des titres de l’œuvre d’Henri Michaux, sorte d’invité d’honneur. Enfin, un dernier nom pour clore, (j’en aurai cité une quarantaine, c’est un bon pourcentage), celui d’Alain Guillard, avec un extrait de son « Ombre androgyne » chez Jacques Brémond, comme une réelle satisfaction personnelle.

 

        19 €. (364 pages)

        Robert Laffont, Julliard, NiL, Seghers

        24 avenue Marceau – 75008 Paris

1. qui vient juste de disparaître quelques jours après l'écriture de cette page.

 

avril, c'est...

INTERVENTIONS A HAUTE VOIX n° 43 :

 

  Cette revue qui existe depuis 32 ans est un peu un OVNI dans le paysage poétique français. C’est au départ une activité de la MJC de Chaville, en région parisienne, qui a échappé à la l’esprit de clocher pour devenir une revue nationale. Les adhérents, qui habitent parfois fort loin du 92, élisent un Comité de lecture (renouvelé tous les trois ans). C’est ce Comité de lecture qui retient les textes. Il faut 3 voix sur les 6 membres : Eliane Biedermann, Guy Chaty, actif dans d’autres rédactions, Marie-Josée Christien (revue Spered Gouez), Gérard Faucheux (directeur de publication), Ludmilla Podkosova et Monique Rosenberg. (Pour rappel : Jean-François Roger en fut également avant sa disparition).

  Deuxième originalité, la revue travaille à partir de thèmes : j’en cite quelques-uns : paysages, chambres, banlieues, nomades, voyages, l’arbre, matins… Le 43ème, c’est « îles ». On pourra discuter sur la validité des thèmes ou l’intérêt… En tous les cas, ça fonctionne depuis 32 ans.

  Une petite quarantaine de participants. C’est très hétérogène. Certains textes ont vraiment un rapport éloigné avec le thème. Un mot passerelle, voire le titre. En général, les poèmes les plus probants sont écrits par des auteurs ayant déjà roulé leur bosse dans d’autres publications auparavant, ou dont des vieux routiers. Les textes les plus indigents sont signés par les plus inconnus. Un seul fait exception à la règle : Francis Leroy,  qui a retenu mon attention. L’ordre de passage reste alphabétique, à part Marie-Josée Christien qui clôt le défilé alors que c’est Béatrice Machet qui a coordonné le n°. Les illustrations sont souvent moyennes.

  Chaque livraison donne à la fin des notes de lecture, ainsi qu’un regard sur les revues par Gérard Faucheux.

  , revue sobre et coriace apporte son contrepoint dans le panorama des revues persistantes.  Cette même enseigne édite par ailleurs des recueils.

 

  Abonnement : 4 publications : 2 n° + 2 recueils : 25 €

  MJC de la Vallée- Maison pour Tous : 47, rue de Stalingrad - 92370 Chaville.

mars, c'est...

       LE MATRICULE DES ANGES n° 100 :

 

    On le cite peu souvent, parce qu’il se trouve bien au-dessus des petites revues dont nous faisons partie, mais il est là, un peu comme un patriarche qui ne nous perd pas de l’œil. Le mensuel de la littérature contemporaine fête sa centième livraison, avec un numéro spécial tête-bêche : d’un côté le sommaire habituel et de l’autre un dossier spécial.  

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   Pour bien se rendre compte de la taille de ce magazine hors pair, quelques chiffres : 2250 abonnés (de quoi rêver !) dont le quart de bibliothèques. Nombre auquel il faut ajouter les  ventes en kiosques et librairies de 1600 exemplaires. Une unique subvention du CNL à hauteur de 10 % du chiffre d’affaire. Deux salariés à plein temps, un troisième à mi-temps. Et pour clore le bilan, moment où chacun doit baisser son chapeau : aucune publicité depuis le début, ce qui confère à l’ensemble une totale liberté de jugement, et une complète indépendance vis à vis des maisons d’édition quelles qu’elles soient. Donc Le Matricule, c’est depuis 1992, le seul journal critique de littérature. Tant et si bien que les suppléments Livres des quotidiens nationaux font pâle figure à côté de cette publication devenue mensuelle à partir de 2003.

    J’ai suivi cette aventure quasiment depuis le départ, puisque Thierry Guichard, alors pigiste à Radio Bleu Auxerre, souhaita me rencontrer (93 ou 94 ?), ayant lu une brève dans le Magazine littéraire sur Décharge, chose qui le surprit d’apprendre qu’il existât une petite revue de poésie dans l’Yonne.

    Le numéro habituel est consacré entre autres à Chloé Delaume, et aux éditions du Chemin de fer (nivernaises). Et le dossier spécial à cette question, en plein dans le sujet : Quelle critique littéraire attendez-vous ? Y répondent d’abord les collaborateurs du magazine. Quelques phrases que j’ai surlignées : …pour manifester une forme de reconnaissance (Richard Blain) ; …l’amour des mots, le vrai bonheur de vivre en eux (Didier Garcia) ; … La critique ne juge pas, elle signale. Elle signale que le texte est vivant. Elle est l’inverse de la pub, qui proclame que le produit est à vendre. (Camille Decisier). Ensuite, place aux écrivains qui ont fait la une tout au long des cent numéros. Philippe Forest insiste sur le point de vue et la conviction que doit avoir le critique. Marie Didier parle de subjectivité intelligente. Jude Stefan rejoint Pierre Bergounioux  et Claude-Louis Combet dans un constat implacable et désastreux de la misère marchande actuelle. Plusieurs comme Christian Prigent tendent à bien séparer le critique du journaliste. Emmanuelle Pagano conclut sa contribution par cette phrase étincelante : J’attends de la critique qu’elle me donne à lire des livres, qui me donnent à lire le monde. Jean-Loup Trassard et James Sacré aimeraient que le critique prenne « la peine de relier un peu à ce qui été publié avant ». Le même James Sacré est d’accord avec Hubert Haddad pour que le critique se remette sans cesse en question lui-même face à l’œuvre et qu’il se targue d’aucune attitude, Sacré parle de postures. Enfin Lydie Salvayre rappelle les critiques contrastées des Fleurs du Mal et Brigitte Giraud narre une anecdote personnelle amusante et instructive.

     Mon inventaire est très rapide, mais je ne voulais pas trop déflorer, ce qui est un des défauts (à mon sens) de la critique poétique actuelle qui cite à tour de bras et dénature ainsi la plupart des textes, qu’elle devrait servir…

      Donc éloge soit fait au Matricule des Anges en ce mois de mars, qui en sera déjà à son 101° numéro, pour avoir fait sa couverture (photos parfaites d’Olivier Roller) avec des Pierre Autin-Grenier, William Cliff, Antoine Emaz, Jacques Roubaud, Pascal Commère, Franck Venaille et autres James Sacré…

 

En kiosque, librairie : 6 €.

Abnt : 10 n° (un an) : 40 € : BP 20025 – 34004 Montpellier Cedex 1

février, c'est...

 

TRAVERSÉES n° 53 :

Cette revue belge sort très régulièrement. Ce sont soit des numéros ordinaires, soit des numéros spéciaux, consacrés pour moitié à des auteurs importants comme récemment Gaspard Hons ou Guy Goffette. Ce numéro 53 rend hommage au poète disparu l’été dernier : Jacques Izoard. La vie des revues est ainsi faite, où l’on pourrait classer en trois séries les publications : d’abord les découvertes des nouveaux venus, puis le suivi des voix qui prennent de l‘ampleur et gagnent en expérience, enfin… les nécrologies. C’est d’abord Pierre Dhainaut qui tend à « évoquer sa présence », au travers d’un rappel du proche voisinage qu’ils connurent. Werner Lambersy lui dédie un poème. Paul Mathieu, membre du comité de rédaction de la revue, étudie de près quatre recueils de Jacques Izoard, rappelant la langue d’excellence dont l’auteur usait, avec des glissements sonores signifiants. Véronique Daine, autre membre de la revue, s’intéresse à son dernier ensemble publié à la Différence. Quant à Jean-Paul Gavard-Perret, il ausculte aussi tous les échos qu’ils trouvent dans cette poésie polyphonique. Pour terminer, la suite « Brûle-pourpoint » de l’auteur de « Lieux épars » est offerte en lecture comme vérification de tout ce qui a pu être dit. Et j’en extrais ce sizain caractéristique :

    Tout n’est que gel en moi

    qui ne fais que mentir,

    que pétrifier voyelles et nuages

    par les matins d’hiver

    dès que partent les diligences

    emportant mes amants.

Après un cahier bleu critique au centre de la revue avec bon nombre de collaborateurs dont Alain Helissen,  Béatrice Gaudy, qui donne des textes dans la seconde partie et Patrice Breno, le responsable de Traversées. Autres auteurs qui complètent la livraison : Philippe Leuckx, Salvatore Guccardo et une vieille connaissance : Gérard Lemaire.

Traversées, revue soutenue par la Belgique et le Luxembourg, est une revue honnête, sérieuse, garantie par une régularité précise.

 

Abonnement pour la France  : 4 n° : 12 €. Chèque au nom de Colette Herman, à l’adresse : Patrice BRENO : Faubourg d’Arival, 43 – 6760 VIRTON (Belgique)

 

janvier, c'est...

LANGUE VIVE n° 1 :

 

   C’est un numéro 1 en trompe l’œil. Qui, de fait, relaie, reprend et relance la revue Matières à POESIE en sa vingt-deuxième livraison. Donc toutes les caractéristiques d’une nouvelle venue, avec l’expérience acquise d’une ancienne sur le circuit. Pas photo sur le titre, à l’appellation plus vigoureuse. Il y a au départ dans la forme un concept original : un étui pour couverture, (avec une illustration un peu élémentaire, à revoir à mon sens), et le nom des intervenants en fronton ; chacun ayant son cahier personnel entre 4 et 20 pages (sur du 90 grammes , ce qui donne de la tenue). 

    On lit chaque auteur dans une espèce d’intimité, d’isolement, qu’on ne trouve pas habituellement dans une revue où chacun se trouve ensemble attablé, effet de reliure certainement. Une huitaine d’auteurs au sommaire, un axe malgache pour les trois derniers. Trois lignes de force, au moins : d’abord, un travail sur la langue : échos, jeux de mots, de sons et de sens, dans lequel je classerais surtout Thomas Déjeammes ou Roland Hinnekens. Ensuite une écriture de l’émotion, avec un réel niveau de qualité où entreraient Philippe Leuckx et Pierre Maury. Enfin un verbe nerveux et prolixe où l’on s’inspire de l’actualité pour la dénoncer et l’asservir comme matière à écrire avec Paul de Troy, côté poème, et Jean-Luc Raharimanana ou Jean-Claude Mouyon vers la chronique ou le récit. Ne pas omettre Sofie Vangor, plasticienne. Ni surtout un vieux complice en revues : Roland Counard, qui fait sa revue de presse sur papier ivoire.

    Donc la nouveauté d’une forme inédite et le juste choix d’auteurs de bonne tenue, pas la peine de la retourner sept fois : Langue vive est bien décochée.

 

Ben Arès : 57, avenue des coteaux – 4030 Liège (Belgique)

 

Abonnement 4 n° : 16 €.

2008

décembre, c'est...

    MAI HORS SAISON n°15

C’est le genre de revue qui arrive sans prévenir. On ne l’attend plus, mais quand elle arrive, on n’est pas surpris. En quelque sorte, le titre est une garantie d’irrégularité. Donc je ne pourrais pas dire au juste quand j’ai parlé du plus récent numéro antérieur. Écrivant cette note, une chose évidente m’avait échappé: c’est le quinzième numéro. Lorsqu’on se penche sur la quatrième de couverture, on lit deux dates: 1969 et 2008, avec un tiret au milieu, ce qui semble bien indiquer les limites de l’expérience, suivies cependant de points de suspension, qui laisseraient un peu de flou à l’impression de tenir en main le numéro final de Mai hors saison. Sont rassemblés aussi en façon de bouquet les noms de tous ceux qui ont participé à la revue depuis son commencement. Une période s’achèverait, forte de quarante ans.
On retrouve au sommaire la plupart des auteurs fétiches de la revue. A commencer par Théo Lesoualc’h avec le poème «ci-vit», qui pourfend les chimères en s’incluant rageur dans les émanations du progrès: «l’Avenir en touche tapez ETOILE
». Puis Paul Valet, avec une suite d’aphorismes fulgurants: «Il faut cbimpanzer jusqu’à l’épuisement» ou « Qu’ai-je fait pour mériter tant d’atomes? ». Enfin Nanao Sakaki dont le «Casse le miroir» en 90 (chez Mai hors saison éditeur) m’avait fortement impressionné, qui donne une «lettre d’amour» magnifique.
On notera parmi les plus jeunes, Éric Ferrari, deux recueils chez Blockhaus de l’ami José Galdo, deux autres chez Cheyne, mais aussi la case Décharge: « On cahote sa langue
». Jean-Claude Leroy (« être ce rien qui leste le temps ») et Alain Roussel également.
Comme Mai est une revue qui croise poésie sous la forme d’une écriture charpentée, philosophie et politique, on lira Pierre Vandrepote qui s’interroge sur les rapports entre fiction et réalité et surtout le gros morceau de cette livraison : Serge Sautreau, (natif de Mailly-laVille, à deux pas d’ici !),
avec un texte admirable sur  « la forge », métaphore appliquée à la révolution (pour faire court). On comprend le poète lorsque le père disait « à propos d’un fer qu’il travaillait, qu’il fallait deviner son feu ».
Comme si la revue ne se suffisait pas encore, un dossier Extraits d’Algérie (1959-62) rappelle que la plupart des auteurs de Mhs, comme Jean-Pierre Bégot, et l’animateur Guy Benoit, font partie de la génération des poètes ayant connu la guerre d’Algérie. Le premier rappelle son expérience, où l’on ressent surtout la négation totale de l’individu par l’armée, en guerre qui plus est, constante depuis 14-18. Le second publie les lettres qu’il envoya à sa mère durant son incorporation. Cette partie est à l’image de la revue où l’on retrouve trois points cardinaux : la lucidité, l’engagement et la révolte.
Si ce n° 15 est l’ultime, il est sûr qu’il manquera un repère fondamental au paysage poétique.

8, Place de l’église 53470 Sacé.

 

novembre, c'est...

    LA NOUVELLE REVUE MODERNE n° 22 :

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               Créée en 2002, la Nouvelle Revue Moderne avance trimestriellement, avec une forme bien définie : ainsi une couverture épaisse qui fait office de sommaire et une cinquantaine de pages, format A5 agrafée (à accorder avec cinquantaine, pages ou format au choix). C'est Philippe Lemaire qui mène la barque, et il se retrouve un peu partout à la manœuvre : à la critique ("création-récréation"), placée au début, sous le nom de Phil Fax ; à l'édito, où, en bon revuiste, il présente la matière de son numéro ; à la chronique, puisque c'est lui qui parle d'un "Petit manuel de littérature d'outre-tombe" signé Stéphane Mahieu ; enfin et surtout aux illustrations, puisqu'il donne pas moins d'onze collages dans cette seule livraison, et ces images (en noir et blanc, ou couleurs) donnent vraiment la tonalité à la NRM, avec son côté à la fois rétro et explosif. Pour le reste, la revue propose poèmes ou textes qu'on peut qualifier de nouvelles comme "La copie" de l'Argentin Eduardo Berti. De même "L'ombre chinoise" de Fabrice Marzuolo, dont on connaissait moins cette facette. Poèmes aussi de Ménaché ou d'Anne Letoré. La découverte du numéro, c'est celle d'un auteur qui signe sous le pseudo de Flanjou et qui, sous le titre de "Le miroir aux papillons" (fatrasie guyanaise) donne des textes souvent très réussis et étonnants, l'ensemble valant bien la place centrale et principale de cette NRM n° 22.
Cette revue discrète du Nord mérite au choix le détour et le coup d'œil, ou les deux.

6 €. 68, rue du Moulin d'Ascq - 59493 Villeneuve d'Ascq.


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octobre, c'est...

         PROPOS DE CAMPAGNE n° 17 :

C’est la seconde fois que cette rubrique est consacrée à Propos de campagne, depuis avril 07. Parce qu’elle est tout bonnement magnifique et qu’on ne va pas se priver de le répéter. Le n° précédent était intitulé : Natures mortes, celui-ci : Dialogues autour de la peinture 2, à savoir qu’il prend la suite d’un numéro antérieur, et l’on voit bien ainsi toute l’importance que cette publication sait accorder en manière de pont entre écriture et peinture. La livraison porte comme sous-titre : autour des œuvres de Daniel Lacomme. Artiste central, moyeu. Que l’on découvre par la reproduction de ses toiles bien entendu, mais aussi grâce à un remarquable ensemble photographique signé Damien Dufresne, où l’on découvre le peintre en train de travailler, presque de batailler, dans son atelier. Ce second degré, cette façon de miroir ou de mise en abyme est enfin complété par une demi-douzaine d’écrivains qui se frottent aux arcanes de l’artiste et au dévoilement des tableaux.  Il y a une ouverture sur le « hors

champ » comme le dit Caroline Sagot Duvauroux. Chacun, Jean-Claude Meffre ou Alain Andreucci, se confronte à l’énigme des gravures ou à la rémanence des acryliques. Claude Held met au point une véritable stratégie en suivant un chemin de mise à plat pour rebondir de zéro, à l’aide de trois infinitifs nets comme un slogan : « démonter, désinstaller, reconstituer ». Toute la problématique d’évacuer les paysages que l’on porte en soi pour s’éveiller à ceux plus hermétiques et plus tenaces de l’abstrait. Antoine Emaz se coltine de plein front aux collages, avec sa langue à la fois heurtée et hésitante, propre à investir « la poubelle mentale ». Enfin Jacques Norigeon donne une suite de textes hallucinés, hypnotiques,où petit à petit le langage dérape sur lui-même, les consonnes se phagocytant les unes les autres avec un effet incantatoire, dérisoire et hilarant. Autant d’auteurs, autant de dialogues différents avec le peintre Daniel Lacomme, à la fois habité par son œuvre et ne cessant de l’expérimenter, pâte à découverte.

 21 €. MJC : allée de Provence – 04100 Manosque . www.propos2editions.net

septembre, c'est...

           PLEIN CHANT n° 83-84 :

Parmi les revues hors norme, il y a Plein Chant. A noter que si notre éditeur, l’Idée bleue, arrête fin 2009, c’est pour une part importante parce que son imprimeur, Plein Chant, en la personne d’Edmond Thomas, prend sa retraite à cette date et que l’on reconnaît bien les publications Plein Chant à leur style et leur élégance. Donc, la revue Plein Chant, « revue erratique de littérature », brille de ses derniers feux après 30 à 40 ans d’un travail magnifique, centrée surtout autour de la littérature prolétarienne. Ce numéro double présente une thématique guère représentative : Choses graves et moins graves, à partir de là, on peut s’attendre à tout. Mais Plein chant n’offre pas pour cela n’importe quoi. D’autant que pas mal des noms figurant au sommaire sont des collaborateurs et amis de longue date de la revue, acquis au cours de son parcours admirable. François Caradec, spécialiste entre autres d’Alphonse Allais, donne une bonne douzaine de poèmes, Joe Ryczko qui avait signé le numéro consacré à Jean Vodaine, quelques  calembredaines.

On retrouve aussi notre ami Fabrice Marzuolo, récent Polder, et grand écumeur de revues actuelles. Dominique Monteil recense des noms de village qu’il réunit selon leur consonance et leur sens, autour du jeu de mots et d'esprit. Ferrucio Brugnaro, poète italien né en 36, a beaucoup écrit sur le travail, les ouvriers et l’usine, dans une dénonciation militante de l’aliénation capitaliste ; Jean-Pierre Levaray (né en 55) également, en France, cette fois. Suivent deux parties un peu plus longues : Frédéric Allamel à propos du château de Lignan-sur-Orb et d’un autre facteur Cheval ; et Jean dau Melhau qui donne à lire la correspondance entre Jean Lécuyer et Zo d’Axa, qui se révèle de plus en plus poignante. Joël Cornuault de son côté fait découvrir le graveur Louis Poyet qui dans ses œuvres professionnelles fait preuve d’une même précision et objectivité et qui a certainement inspiré les surréalistes entre autres Max Ernst. Jean-François Dubois livre deux « limonaires » qui ferment une série comme un feuilleton. La partie critique est abondante et pointue avec Philippe Geneste  à propos de deux grands auteurs suédois : Eyvind Jonhson et Harry Martinson, ainsi que Jean-Pierre Levaray, déjà cité, et François Mary sur Gustave Roud, Marie Noël, chère à nos cœurs auxerrois, et Jean Sénac. Pour clore la « gazette critique » et les protagonistes...

Une revue pleine et magistrale.

 

18 €. Bassac – 16120 Châteauneuf-sur-Charente.

août c'est...

PAGES INSULAIRES n° 1

Décharge a toujours essayé de donner un coup de pouce aux nouvelles revues. Et celle-ci n’est pas une nouvelle venue comme les autres, puisque c’est Jean-Michel Bongiraud qui la lance. Il a animé pendant 10 ans, entre 1993 et 2002, Parterre verbal, et ses 40 numéros, une paille. Après avoir décidé d’arrêter, de se consacrer à la guitare et au vélo, entre autres, il remet ça, sans doute que le virus avait été insuffisamment éradiqué. On reconnaît l’expérience du revuiste puisqu’il a déjà choisi son rythme de parution : « tous les mois pairs », donc un bimestriel, c’est rare et donc courageux, « avec un supplément poétique de 60 pages en Avril et Octobre ». Voilà qui est carré. Autre différence avec sa publication précédente, elle sera davantage « ouverte », même si l’on reconnaît bien la marque Bongiraud : « …y trouveront place la critique, la réflexion, la proposition, qu’elle soit artistique, philosophique, poétique ou politique… » Il résume ceci en surtitre–slogan : « Bimestriel perméable aux idées » !

Elle se présente sous un format A3, fond bleu. 16 pages pour commencer. D’abord l’édito de Jean-Michel, dans la droite ligne de ce qu’il faisait antérieurement. Une rencontre avec Yves Artufel, à la fois éditeur de Gros textes, rédacteur de Liqueur 44, dont j’ai déjà parlé ici même, membre de l’équipe Polder, c’est dire qu’il nous est proche, et poète bien entendu, ne l’avons-nous pas publié dans notre n° 101 ? Je reprends cette phrase d'Yves qui me plait bien : « Nous œuvrons quelque part dans le dérisoire, cela me convient ». Daniel Giraud  recense tous les poètes momos, à savoir marseillais, de Neveu à Izzo. Slaheddine Haddad, quant à lui, donne deux poèmes, - toujours un plaisir de relire ce grand poète tunisien : Face au corps d’une femme / Que cherche une main ?... Claude Margat  entame une réflexion sur « Élargir son propre horizon » , alors que Jacques Cheminet s’interroge sur les points communs entre démocraties et dictatures. Enfin trois pages de critiques, dont une entière sur les revues par le rédac’chef.

Ce numéro de lancement méritait bien qu’on en fasse quelque publicité…

 

Abonnement : 12 € : 3 n° pour 2008. Jean-Michel Bongiraud : 3, Impasse du Poirier : 39700 Rochefort sur Nenon. « La nouvelle école de Rochefort vient de renaître !» (ce n’est pas de moi !...)

juillet c'est...

               GARE MARITIME 2008 :

La revue de la Maison de la poésie de Nantes existe depuis 1994, avec d’abord des parutions un peu irrégulières : numéros et  hors-séries. Elle acquiert sa forme actuelle en 2002, et adopte alors une périodicité annuelle. Ce qui la dispense de toute numérotation, puisque c’est le millésime qui la distingue depuis lors. Le sommaire est simple à concevoir : il reprend tous les invités de la saison. Chacun se retrouve sur trois pages : avec une présentation faite en général par un des membres de l’équipe de rédaction de la Maison de la poésie : Jean-Pascal Dubost (le rédac’chef), Bernard Bretonnière ou Jean-Damien Chéné, etc…, avec une photo prise pendant les lectures sur la première, des textes pour les deux suivantes. Comme les auteurs invités bénéficient chacun d’une certaine réputation, la lecture ne peut être qu’enrichissante. Ce qui fait l’originalité de l’entreprise et consolide l’ensemble, c’est l’ajout d’un CD (depuis 2003) où l’on peut écouter en outre chacun des poètes au sommaire. Cette dimension s’avère indispensable, étonnante et savoureuse.

La superposition des approches permet de mieux cerner les intervenants. D’abord l’audition de textes de langue étrangère, chinois, américain, irakien, portugais… se révèle étrange et magique pour les uns ou beau comme une leçon à l’accent parfait pour l’anglais (que je comprends un peu plus)par Steve Dalachinsky. Sinon la lecture comme un sketch pour Dominique Quelen, ou la récitation scandée qui suit le découpage syllabique pour Edith Azam, sans parler des accompagnements musicaux pour d’autres encore. On entend des voix graves, voilées, éraillées, énergiques, essoufflées… chacune apporte son timbre personnel, cette empreinte vocale, comme un style qui coiffe le style écrit. Certains lisent honnêtement, quand des Sylvie Nève proposent, depuis longtemps, des performances. Au bout de deux écoutes, on repère qui est qui ; on est encore fasciné par beaucoup, ou davantage irrité par d’autres. Cette face vocale confère à cette revue une originalité unique que nul ne peut lui disputer. Le sommaire est prolixe et profus : avec des Biga, Loivier, Sautou, Jouet, Bouquet, Quélen, Euzen, Ancet, AL Hamdani, pour n’en citer que quelques-uns sur la trentaine de participants, on saisit mieux la volonté d’embrasser les différents axes lourds de la poésie contemporaine dans toute son envergure. Ajoutons deux invitées spéciales : Florence Trocmé et son site Poezibao, devenu essentiel sur le net, ainsi que Françoise Favretto (Atelier de l’Agneau), une vieille connaissance, depuis la fameuse revue belge « 25 » qu’elle anima avec Robert Varlez.

Gare maritime est une revue complète, pour s’en mettre plein les yeux et les oreilles.

 

15 €. 2, rue des Carmes – 44000 Nantes

www.maisondelapoesie-nantes.com

juin, c'est...

LE MENSUEL LITTÉRAIRE ET POÉTIQUE n° 359 :

                

C’est un monument, que dis-je une institution. ..Plusieurs décennies que ce mensuel (ne paraissant pas en août), donc onze fois l’an !, publie son cahier format A4 sur un papier à la texture particulière, à la fois léger et opaque, et  couleur blanc virant au gris pâle, reconnaissable de suite. Un mensuel à mi-chemin du journal et du magazine. Son originalité s’affirme dans son positionnement entre la critique littéraire et son implantation théâtrale, l’intitulé du lieu en plein Bruxelles résumant bien l’interconnexion spécifique avec... « le Théâtre-poème ».  C’est donc à la fois une revue culturelle et un programme de spectacle et d’entretiens, fourmillant d’informations et de renseignements, et couvrant une bonne part de la création poétique belge et française, ce qui n’est pas rien, et d’où son rayonnement dans toute la francophonie. On reste sonné par le tirage de plus de 12.000 exemplaires, ce qui fait rêver tous les revuistes de base!

Pour citer une anecdote personnelle et montrer l’ancienneté de l’enseigne, il me souvient d’être allé au Théâtre-poème dans les années 75 (j’ai du mal à être plus précis) pour une exposition autour de la fabrication du livre et surtout contre l’édition à compte d’auteur avec mes amis du Crayon Noir. Ce lien restant activé depuis lors au-delà des années.

Autour de Monique Dorsel qui est l’âme par excellence de l’ensemble, à la fois directrice du Mensuel et responsable de la programmation théâtrale, se greffe un certain nombre de critiques (et poètes bien entendu) parmi lesquels Gaspard Hons en premier lieu, mais aussi Alain Hélissen, Jean Chatard, Gérard Paris ou Jeanpyer Poels… On y rencense aussi bien le dernier livre de Philippe Jaccottet chez Gallimard qu’un récent Polder. On y trouve enfin pas mal de photos des intervenants et acteurs théâtraux, la plupart avec des sourires avenants, ce qu est pour le moins sympathique

 

Membre : 15 € (Belgique) et 20 (France, à cause de l’envoi postal plus onéreux) : chèque à l’ordre de Monique Dorsel : 30, rue d'Ecosse – 1060 Bruxelles (Belgique).

www.theatrepoeme.be

 

mai c'est...

                      TRACTION-BRABANT n° 23 :



   Si je ne me trompe pas, la revue de Patrice Maltaverne va fêter à la prochaine livraison, ses quatre années d'existence. Elle est en effet bimestrielle, et le 24 ème à venir en verra l'anniversaire. La revue Traction-Brabant n'a pas changé de forme depuis sa création, un papier transparent faisant office de couverture. Elle a simplement épaissi avec le temps. Elle garde ses allures de fanzine, avec sa mise en page et ses crobards éparpillés. Elle a petit à petit constitué sa liste d'auteurs qui reviennent régulièrement, un peu comme dans une sorte de feuilleton perpétuel. Ainsi peut-on lire des poètes qu'on ne trouve pas forcément ailleurs mais qui trouvent là gîte et couvert : Béatrice Gaudy, Marc Bonetto, Régis Belloeil, Patrick Joquel, Fadila Baha, Michel Talon, Jean-Marc Thévenin ou Ludovic Kaspar... Liste établie en comparant deux numéros, sans doute constituerait-on une autre série en en jumelant d'autres. Chaque auteur jouit au minimum d'une page, ce qui n'est pas toujours le cas dans de qu'il est convenu d'appeler revues-catalogues. L'abondance et la diversité donnent une image un peu brouillonne de ce qui s'écrit aujourd'hui, d'autant qu'on trouve aussi bien des poèmes limite déstructurés que des reliquats de sonnets rimés qui résonnent un peu bizarre dans cet équipage. Les pages centrales sont consacrées aux critiques littéraires ou musicales. Patrice Maltaverne, le grand ordonnateur, ouvre et ferme la revue. Ici, initialement, par une sorte de fable moderne sur les jardins, et là ("incipits finissants" oxymorique) par un texte final souvent entre réflexion et science-fiction. 
   Traction-Brabant est un repère nécessaire pour les auteurs débutants ou déjà confirmés, son retour périodique assure un lien indispensable pour ceux qui souhaitent se situer dans un paysage où ils pourront mutuellement se reconnaître. Ainsi la machine creuse-t-elle inflexiblement son sillon.

5 exemplaires : 10 €. 
Patrice Maltaverne : Résidence Le Blason, 3è étage, 4 Place Valladier - 57000 Metz.
www.traction-brabant.blogspot.com

 

avril c'est...

                    POÉSIE 1 n° 51 :

La revue germano-pratine, après un passage à vide, repart en ayant changé d’éditeur et renouvelé son équipe. Un rappel dans un entretien entre Bertrand Lefort et Jean Orizet, « l’historique » de la revue : Poésie 1 a été créée en 69 par les frères Breton et Jean Orizet. Il s’agissait de mettre la poésie à la portée de tous avec un petit format et un petit prix (1 comme 1 franc). C’était la publicité qui finançait la majorité des frais, ce qui avait le don de m’exaspérer et de me mettre carrément en colère. Ajoutons qu’à l’époque, les éditions Saint-Germain-des-Prés animées par le même trio, étaient l’un des tenants les plus impliqués dans l’édition à compte d’auteur qui fonctionnait à plein régime (avec les éditions Pierre Jean Oswald, Millas Martin et quelques autres). Dans le genre de réclame qui me faisait m’étrangler, il y avait ce slogan pour une banque : « Poète , vous avez une surface commerciale… » Apoplexie garantie ! Le pari a cependant réussi puisque les chiffres de vente ont été considérables. Sans doute fallait-il vendre un peu son âme pour un tel résultat et certes faire lire Rimbaud, Mallarmé ou Cocteau… La revue par la suite a été éditée par le Cherche-Midi, puis passe aujourd’hui à Editorial-Poésie-1 où je retrouve comme rédacteur en chef mon condisciple d’hypokhâgne : Jean-Marc Debenedetti, lequel m’avait mis le pied à l’étrier, en me présentant aux membres de la revue de Nanterre Soror, en 1972, dont une scission formera l’équipe de base et de choc de ma première aventure revuïstique : Le Crayon noir. Ce petit préalable pour dire que ce n° 51 vaut pour un nouveau départ de cette revue quarantenaire.

Format agréable et bonne tenue du volume. Une enquête basique : « Pourquoi la poésie ? Pourquoi des poètes ? » Ça peut remettre les pendules à l’heure. Beaucoup de personnalités y répondent et pas seulement des poètes, mais aussi des scientifiques, philosophes… ou hommes politiques, ainsi Alain Juppé ou Dominique de Villepin, Jacques Barrot ou Pierre Mazeaud. C’est au final une question difficile, assez rebattue, mais la plupart s’en sortent avec honnêteté et sérieux. J’ai sorti du lot : Julien Derome, Gérard A. Jaeger et Dominique de Villepin, déjà cité. Ensuite dans une partie florilège, on remonte sur le même sujet le cours du temps à travers des extraits connus de Boileau à Denis Roche, de Hugo à Senghor, en passant par Rilke ou Pavese. Suivent « les inédits de Poésie 1 », avec quatre nouveaux auteurs, certains même en vers baudelairiens. Viennent enfin les chroniques avec deux hommages au peintre Philippe Collage d'abord qui avait participé entre autres à la revue de J-Marc Debenedetti : Ellébore, et ensuite au poète bulgare, Nikolaï Kantchev, déjà salué dans Décharge, par Denitza Bantcheva. Enfin les critiques fouillées de recueils par Michel Baglin et celles linéaires des revues par Jean Orizet.

Pour clore, le magazine de Poésie 1 n’est pas mal placé pour reprendre le flambeau abandonné, semble-t-il, par Aujourd’hui Poème. D’une façon plus large, cette renaissance montre bien qu’en 2008 et en plein sarkozysme la poésie n’est pas morte.

 

Ce n° : 4,50 €. 4 n° : 17 €. 93, rue Damrémont – 75018 Paris.

mars c'est...

                                RÉTROVISEUR n° 109 :

Cette chronique ne serait pas ce qu’elle est sans que vienne le tour de Rétroviseur. Mes cousins du Ch’Nord ! – c’est tendance, ces jours-ci – avec lesquels nous régatons dans le revuïsme depuis un bon paquet d’années. Rétro avec ses joies et ses épreuves, la dernière en date étant la disparition de son éditorialiste : Bernard Desmaretz, à qui la revue vient de consacrer un numéro-hommage. La revue va fêter ses vingt-cinq ans d’existence en octobre 2009. J’y ai tenu rubrique, j’ai même reçu deux « rétroviseurs d’or » attribués lors du dixième anniversaire de la revue, - Louis Dubost et le dé bleu un troisième. Bref, on possède ensemble une vieille histoire commune. Et je n’oublie pas que c’est Hervé Lesage qui m’a enseigné mes premiers rudiments d’informatique, alors que cette nouveauté paraissait opaque et compliquée comme un autre monde totalement hermétique…

Récemment la revue, lors de chicanes de la poste versant davantage dans la rentabilité et le système, a refusé de se plier aux contraintes exigées, (assez ridicules en ce qui concerne les petites publications comme les nôtres), et n’a plus pu se conformer au rythme de publication que demande la Commission Paritaire, grâce à quoi on bénéficie de tarifs postaux préférentiels. En clair, Rétro a changé de périodicité, quittant le trimestriel pour le quadrimestriel. Tous ces changements ont eu un coût financier, on en revient toujours au même !, et la revue s’est vu obliger de demander des subventions au Conseil Général ainsi qu’à la DRAC Nord/Pas-de-Calais, accordées fort heureusement. Donc Rétroviseur voit les choses plus sereinement pour l’heure.

Rétro est maquetté tel un magazine, comme indiqué dans son sous-titre, avec un format A4 et des rubriques réparties semblablement à chaque livraison. Un édito, attribué une fois encore à Bernard Desmaretz, en attendant que quelqu’un d’autre de l’équipe reprenne le poste, conjugué à un « Grain de sel » d’Hervé Lesage qui demeure infailliblement la cheville ouvrière de la publication depuis les débuts avec Pierre Vaast. Ensuite dans une sorte de faux éditorial, on peut lire un autre membre du « Comité » : Paul Roland, qui serait un peu l’étoile montante, si l’on parlait d’un parti. Le dossier qui suit, est soit consacré à un auteur, un éditeur, un mouvement, soit, comme c’est le cas ici, l’occasion de donner à lire un certain nombre de poètes, une dizaine en l’occurrence. Parmi lesquels on peut citer Véronique Joyaux, Saïd Mohamed et Line Szöllösi… Après les souvenirs personnels de Gérard Le Gouic sur Guillevic et la célébration nationale pour son centenaire,  Marie-Josée Christien rend un nouvel hommage à Jean-François Roger, comme elle l’avait fait récemment dans Décharge n° 135. « L’étrier » donne des textes d’un auteur peu connu : Laure Payen-Mulliez et « Voix d’ici » ceux d’un auteur de la région, à savoir Joël Aubert. Dimitri Wazemsky  est le dessinateur du n° et semble déjà posséder une certaine réputation, tout à fait justifiée ; peut-être le dessin de couv’ est-il un des plus quelconques de l’ensemble proposé ?  Après les « Brèves » de Françoise Valencien et les « Graffiti » d’Hervé Lesage, c’est Jeanne Salesse qui livre deux belles pages d’écriture sur son enfance, ainsi que des inédits. Yves Prié, animateur des éditions bretonnes Folle Avoine, étudie la poésie du Péruvien Jorge Najar. Viennent ensuite les parties critiques avec aux commandes : Paul Roland, Lucien Wasselin, Georges Cathalo et Jean Chatard. Enfin Jean-Pierre Nicol ferme la marche avec sa chronique originale et indispensable sur la chanson…

J’ai essayé de faire court, mais on voit bien que ce magazine fourmille d’infos et de textes et de choses diverses et de centres d’intérêt multiples, ce qui en fait tout le prix et la raison aussi de le soutenir.

Un mot pour clore, je ne comprends toujours pas, malgré tout, le relatif passéisme de l’entreprise qui se refuse à communiquer par internet. De fait, aucune adresse électronique, aucun site… pour l’instant ! 

Ainsi, qui je préviens, moi, par mail, de cette revue du mois ?...

 

2 n° : 22 €. Ce  n° : 7,50 €.

Hervé Lesage : Les Echevins – 58, rue de la Barre – 59800 Lille.

 

février c'est...

                                             VERSO 131 :

    Verso fête ses trente années d'existence, chapeau bas ! Trente ans qu'Alain Wexler se coltine avec du matériel d'impression qu'il a réussi à optimiser petit à petit, si bien qu'avec ce numéro anniversaire, cerise sur le gâteau, on découvre la revue sous une autre présentation... Non, ne n'est pas dans l'agencement intérieur avec toujours les culs-de-lampe à l'ancienne ici et là de bonnes photos ; non, ce n'est pas un changement de couleur du papier de couverture, on garde le brique du meilleur effet ; non, ce n'est pas non plus dans la présentation du contenu : les textes d'abord, pas moins d'une bonne trentaine d'auteurs avant les pages de chroniques bien serrées. Bon, vous me donnez votre langue ? C'est quand même sur l'aspect, pas la couverture ni la tranche, mais un changement de dos ! Foin d'agrafage à faire péter le cahier apoplectique......  Verso est passée au « dos carré », beaucoup plus élégant et seyant, on va pouvoir le repérer dans les rayons des bibliothèques. Une vraie petite révolution pour la publication trentenaire...

    Alors Verso, c'est chaque fois une bonne trentaine  d'auteurs, une sorte de catalogue Manufrance mais à Lyon. Alors pas facile de traiter une matière aussi prolixe et souvent hétérogène. D'abord, dire qu'il y a un savant mélange entre les poèmes,  -avec des vers, et les proses se rapprochant souvent de la nouvelle. On pourrait trouver une thématique récurrente, non pas du quotidien, le mot fait à présent daté, mais du social instantané. On écrit sur un fait minuscule, enregistré au cours de la journée, qui devient déclencheur d'un texte où le micro-événement demeure source, objet ou chute. Verso bordure toujours ses textes de création d'une rubrique : Notes sur les auteurs, où chacun aime bien picorer. Ainsi peut-on déjà établir déjà deux catégories tranchées : ceux qui publient régulièrement (et parfois exclusivement) dans Verso comme Stéphane Bernard, Michèle Bourgeais, Carole Dailly, Eric Jouanneau, Madeleine Melquiond, Isabelle Rolin, et ceux qui habitent Lyon ou alentour, (ce sont parfois les mêmes). Verso, par ailleurs, réhabilite des poètes comme Antoine Carrot, décédé en 2002, et méconnu, ou révèle des auteurs jamais édités comme Rebecca Ededliw (lyonnaise). Pour le reste, on trouve du bon, sans citer de nom pour ne vexer personne, et du moins bon aussi, on ne cite personne non plus pour ne vexer quiconque de même, mais à l'envers, ce qui revient un peu au même dans le fond.
En lisières de la partie création, il y a d'abord l'édito, pardon la préface, signée par le maître des lieux, Alain Wexler, qui chaque fois donne un texte à résonance : « La poésie est un lieu de critique et de désir... » à partir de quoi il sous-titre chaque numéro, ce 131 c'est : "L'autre, le désert, les ports". A chacun de constater si les textes qui suivent sont bien en phase avec cette thématique. A la fin, on trouve un certain nombre de critiques qui proposent des notes de lecture, parmi la bonne quinzaine de membres du comité de rédaction : Valérie Canat de Chizy, Gérard Paris, Anne-Lise Blanchard, Jean-Paul Gavard-Perret et Alain Wexler lui-même, bien sûr. On termine par la rubrique de notre ami Christian Degoutte ; j'ai déjà dit plusieurs fois que c'est sans doute la meilleure revue des revues du paysage poétique actuellement et ce depuis pas mal de temps. Je n'insiste pas outre mesure, ça finit par lui donner la grosse tête... Moi, par exemple je n'ai pas l'habitude me vanter et de dire par exemple que Roger Lahu fait aussi sa revue-du-mois dans Liqueur 44 (publication trimestrielle tout au plus) !


    Verso, 30 ans, une sacrée longévité !

20 € : 4 n° Alain Wexler : Le Genetay - 69480 Lucenay.

janvier, c'est...

                                DANS LA LUNE n° 10 :

    Depuis deux ans et demi, Valérie Rouzeau dirige la revue : Dans la lune.  Revue pour tous comme Tintin, des enfants trublions aux centenaires cacochymes… (Il y a longtemps déjà, elle s’était investie dans cette même expérience avec Le squelette laboureur). Ce numéro dix, mis à part que c’est toujours un premier cap à passer, renouvelle l’aventure avec un format fort différent des livraisons précédentes, plus classique : le format journal (- tabloïd), peu usité, à l’exception du Mensuel littéraire et poétique en Belgique, et d’Aujourd’hui poème en France, et quelques autres... Et, ma foi, cette réforme lui convient à mon sens.

 Le sommaire mélange les poètes invités et les permanents. Ainsi peut-on lire, à la fois Nolwenn Euzen, découverte il y a peu à l’Idée bleue, dans une autre déclinaison de son écriture ou Laurent Grisel, notre voisin, qui après « Chats » donnera un « Ver de terre » chez l’éditeur Benoît Jacques, qui, comme par hasard, est aussi l’illustrateur inspiré et explosif de cette livraison. Laurent Grisel livre ici en quelque sorte son travail préparatoire à l’élaboration de ce recueil. Recherche quasi scientifique, qui montre bien la part érudite de sa poésie. Le ver  de terre a un aspect sympathique, même attachant. On finirait par avoir envie d'en apprivoiser un, dans son for intérieur, genre lombric... Côté invités toujours, Sandra Moussempès qui fête la naissance de son fils, Virgile, ou la poète polonaise Maria Jastrzebska, traduite par Christophe Lamiot Enos. Chez les permanents : Bernard Bretonnière, lexicographe-maison, qui recense cette fois toutes les perles entendues à l’accueil d’une bibliothèque, où l’on reste confondus devant une telle naïveté aux confins de la bêtise ; ou Jacques Demarcq, qui continue un feuilleton bien venu.

Si l’on excepte le poème de couverture très noir, voire douteux, toute la revue additionne malice et vraie poésie, à l’image de son animatrice.

 

Le n° : 5 €.  Abonnement : 4 n° : 16 €. Centre de création pour l’enfance : 8, ruer Kleber – 51430 Tinqueux. www.danslalune.org

 

2007

décembre, c'est ...

FRICHES n° 97 :

La revue Friches a choisi depuis quelque temps une régularité différente et ralentie : trois numéros par an, à cause des complications postales, comme l’a fait pour les mêmes raisons Rétro-viseur. La revue, fondée en 1983 en est à son n° 97, il ne faut pas être fin calculateur pour saisir que l’an prochain, elle pourra fêter en même temps son centième numéro et ses 25 ans d’existence, les deux choses en soi n’étant pas de minces performances.

Friches, sous-titrée Cahiers de poésie verte, organise tous les deux ans, un prix, celui des Troubadours ou Trobadors, qui trouve son aboutissement dans une livraison spéciale de la revue ; elle se présente enfin toujours de la même manière avec une composition typo à l’ancienne, impeccable, et une couverture deux couleurs où le vert imprime une orientation rurale que le titre corrobore si besoin était, (ou l’inverse).

Friches fonctionne avec deux étages, un peu comme Contre-allées, une première partie consacrée à un poète contemporain expérimenté et réputé, ce qu’on peut appeler compendieusement une pointure. Cette fois c’est Franck Venaille, introduit et interrogé par Yves Ughes. Je renvoie aussi aux ID récents de Claude Vercey qui professe son admiration du poète, jusque dans sa difficulté à en parler. Franck Venaille, né en 36, a traversé événements et courants importants de toute la période récente : la guerre d’Algérie, l’après 68 avec la revue Chorus, puis sa propre quête poétique… Il sait placer au centre de tout la poésie, la poésie écriture et la poésie pensée, omniprésente et radiale. Ce qui donne à ses poèmes et proses une densité inégalée et une profondeur accrue.

La locomotive de tête entraîne à sa suite tout un train d’auteurs en deux cahiers d’inédits . On notera pour chacun une courte note bio-bibliographique, comme le fait également Verso de manière regroupée en fin de numéro. On peut citer rapidement, il y en a une douzaine : François Beaupréau, que Décharge a publié pour la première fois, Louis Dalla Fior, Nicolas Gille ou Christian Garaud qu vient de publier un premier recueil. Une nouvelle rubrique pour montrer que la revue sait encore se renouveler, avec « Sur la table inventée » : un poète donne un inédit de lui-même et choisit un poème d’un auteur qu’il apprécie. Ainsi Bertrand Degott et Pierre Garrigues font-ils mutuellement assaut de sonnets.

Enfin la rubrique critique « Défrichés pour vous », rejetée en fin de livraison, comme souvent, avec pas mal de participants comme Gilles Lades, Claude Albarède, Jeanpyer Poëls, Eliane Biedermann ou Jean Chatard… Alain Lacouchie a repris la critique des revues et donne deux longues notes.

Friches, dirigée de main d’orfèvre par Jean-Pierre Thuillat, est à l’évidence un des fleurons du paysage revuïstique depuis un quart de siècle.

Abonnement : 3 n° : 20 €. Ce n° : 10 (+ 2 de port) ! Le Gravier de Glandon – 87500 Saint-Yrieix - www.friches.org

novembre, c'est...

À L’INDEX n° 16 :

Cette revue normande s’est installée dans le paysage poétique et revuistique depuis quelques années. Après deux récents numéros spéciaux consacrés à Tahar Falhoun et Werner Lambersy (collection Empreintes), elle retrouve son allure habituelle, avec un déroulé de textes qui présentent continûment de l’intérêt. On ne souscrira pas forcément à tous, mais la barre étant placée haut, ce qui peut apparaître comme plus ordinaire restera d’un bon niveau. Après un édito plutôt musclé de l’animateur Jean-Claude Tardif, on lira avec un plaisir non dissimulé quatre inédits de Pierre Autin-Grenier, qui aime dévoiler ses récits en revues avant de les rassembler chez les éditeurs les plus prestigieux.

Un premier ensemble pour les auteurs de proximité (Normandie) comme Yves Barbier disparu en 2005 qui a dessiné la vignette de couverture, ou Michel Héroult, à signaler à plusieurs titres, en tant qu’imprimeur (un sacré boulot !), directeur des éditions du Soleil Natal, également revuiste de La nouvelle Tour de feu, qui donne de petites pièces à la suite sur l’escargot, les soleils ou le crapaud de très bonne facture, ainsi qu’Eric Sénécal, directeur des éditions Clarisse ou encore Jean Chatard dans un long poème sous le signe de Rimbaud mais d’un Rimbaud qui aurait traversé la vie et vieillissant se serait chargé d’expérience et de sagesse, poème à tonalité testamentaire. Hommage est rendu ensuite à Claude Vaillant décédé en 2004, que je connaissais par la revue Tesson, avec une lettre et des poèmes empreints d’une forte nature érotique et sensuelle. Jean-Marc Couvé dans des pages de ses Carnets montre à nouveau son tempérament très éclectique, capable d’aborder toute sortes de genre ; ici le journal, avec une analyse pertinente de célèbres diaristes.

Un second ensemble consacré aux auteurs d’ailleurs : hexagonaux d’abord tel Robert Momeux, qui forme comme un trio avec Michel Héroult et Jean Chatard, rappelant leur passé commun au sein de la revue Le Puits de l’ermite, ou tel Vincent Wahl, ou bien étrangers, ainsi : l’Italienne Paola Bonetto, l’Espagnol Santiago Ruiz Artéguy (1910-1980), l’Allemand Otto Ganz, le Congolais Gabiel Okoundji, et Jyrki Kiiskinen, poète finlandais que donne à découvrir la revue. Pour clore, une partie critique « Montrés du doigt ».

À l’index est une revue irrégulière de bonne tenue où il y a dans ses 168 pages bon poids beaucoup d’excellentes choses à glaner.

 

2 n° : 17 € à l’ordre de l’association : « À livre ouvert », 1 rue Pasteur – 76290 Montivilliers. (Ce n° 16 : 15 €)

octobre, c'est...

COMME EN POÉSIE n° 31 :

Comme en poésie avec son n° 31 a dépassé les 7 années (et les 28 numéros) qu’avait duré la précédente revue Le Pilon. Son animateur Jean-Pierre Lesieur, toujours aussi vert, est reparti pour de nouveaux records. (Il fut aussi l’un des tenants de la revue Le Puits de l’ermite, à laquelle appartenait Robert Momeux, récemment fêté dans Décharge…)

On reproche souvent à cette revue son côté catalogue de poèmes, lavaurisé, du nom de l’animateur d’une des doyennes du circuit : Traces, qui a tendance à empiler les textes et multiplier les auteurs. C’est de toute manière un fonctionnement habituel puisque d’autres procèdent de la même manière comme Verso, par exemple, laquelle rajoute en couverture un thème aléatoire pour rendre cohérent le tout.

Alors commençons à lire les poètes, puisqu’ils ne sont pas moins de 27 au sommaire. Après l’édito où Jean-Pierre Lesieur précise qu’il ne publie guère que ceux qui s’intéressent suffisamment à sa revue pour s’y abonner ou au moins commander un exemplaire, qui lit-on ? Luce Guilbaud, Catherine Mafaraud-Leray, Danielle Lambert, Jeanpyer Poëls, Fabrice Marzuolo, Guy Chaty et Alain Kewes. Autant dire que nous sommes en pays de connaissance. Et que chacun des poètes cités ne déçoit pas. Luce Guilbaud, avec trois superbes pages, la Mafaraud égale à elle-même, avec son style incisif, Danielle Lambert dans une Lorraine pathétique, pas très loin d’Alain Kewes, natif de Metz, qui donne de petits instantanés, après une savoureuse suite sur l’Eléphant dans la dernière livraison. Enfin Marzuolo qui est un peu notre chouchou actuellement et Chaty à qui j’ai cédé l’édito du 135, c’est tout dire…

Pour le reste, à l’exception peut-être d’Anne Blayo, c’est, comme on le dit en manière d’euphémisme, inégal. Voire quelquefois pis encore. Mais Jean-Pierre Lesieur sait tenir la baraque, avec ses rubriques qui redonnent du liant, comme ses cartes légendées ou chacun y va de son humour, son « pot au feu », ses aphorismes, ses recensions rapides de livres, ou éclair de revues. Il y a de quoi piocher, cueillir ou butiner pour demeurer dans le jardinage.

Enfin, Jean-Pierre Lesieur qui vient de passer à la photocopie couleur pour ses couvertures n’est pas en retard d’une révolution puisqu’il a tout un arsenal sur le net avec un site et son blog !

Abonnement : 4 n° : 12 €. Le n° : 3 €. 

2149 avenue du Tour du Lac – 40150 Hossegor.

Comme.en.poesie.over-blog.com

j.lesieur@wanadoo.fr

 

septembre, c'est ...

DIÉRÈSE n° 36 :

J'ai un sentiment on ne peut plus ambivalent envers cette revue indéniablement capitale dans le paysage revuïstique actuel.

D'un côté, j'admire le travail remarquable de son animateur : Daniel Martinez, lequel fabrique des numéros forts de 220 pages environ chaque trimestre, ce qui est une performance herculéenne. De l'autre, je ne peux m’empêcher de trouver que les couvertures d’un même artiste depuis 36 numéros, qui  certes confèrent une cohésion à la collection, pourraient ôter toute crédibilité à l'ensemble, tellement elles me semblent dignes d'un crayonnage académique et pauvre. Et ce paradoxe chaque fois : un volume admirable dans un pâle étui. *

 

La revue Diérèse  fête ses 9 ans d'existence. Elle se présente du fait de sa masse divisée en plusieurs parties : un premier cahier de poésie étrangères, européennes d'abord, entre l'Espagnol Jacinto-Luis Guerena et le Portuguais Marcos Siscar, puis trois autres cahiers de poésie française pour suivre. (Je n'ai jamais trop su si la numérotation des cahiers correspondaient à une quelconque hiérarchie). Successivement : Richard Rognet, Pierre Dhainaut, Gérard Le Gouic, puis Gaspard Hons, Anne-Lise Blanchard ou Fabrice Marzuolo, enfin un cahier thématique autour du chat... Un cahier critique ensuite, Diérèse a sa propre équipe avec Alain Hélissen qui travaille aussi au Journal mensuel littéraire et poétique ainsi qu’à Poézibao, Gérard Paris qui collabore aux Hommes sans épaule, Jean-Marc Couvé qui signe également dans Traction-Brabant, Jacques Lucchesi... entre autres.  Avant une partie "Récits" avec aussi une nouvelle de Michel Perdrial, et finalement un cahier "Libres propos", où l'on retrouve Jean-Louis Bernard, lequel signe  l'édito à la place de Daniel Martinez qui s'en occupe ordinairement.  Edito plutôt fumeux et verbeux qui penche du côté du Vide et de l'Obscur, ce qui pourrait faire craindre que la revue fasse dans l'hermétisme ou l'ésotérisme, ce qui n'est pas du tout le cas en réalité.

Bizarrement, cette livraison de la revue ne compte pas d'ours. On a l'accumulation de bons auteurs, parfois des textes plus inégaux, on pourrait se laisser aller à penser méchamment que parfois l'abondance nuit à la qualité.  Mais Daniel Martinez sait choisir de très bons poètes-locomotives comme récemment Michel Butor ou encore Michel-François Delisse. De plus, il abat ce travail de titan sans la moindre aide ni subvention. Mille pages par an, qui dit mieux ?

 

J’ai en écrivant cette note réussi  quelque peu à dénouer mes sentiments confus pour cette revue, à départager forces et faiblesses à mon sens. Tout bien pesé, elle mérite de toute évidence un coup de chapeau.

Abonnement annuel : 4 n° : 35€. (Etranger : 42€). Le n° : 8 €  + 2,90 € de port. Daniel Martinez - 8 avenue Hoche - 77330 Ozoir la Ferrière.

* Alain Kewes m’apprend que le n° 37, tout frais paru, arbore une toute nouvelle maquette de couverture !

août, c'est...

                                    L’ARBRE À PAROLES n° 136 :

       L’Arbre à paroles est une revue belge que j’estime depuis longtemps et dont j’ai fait écho plusieurs fois. Je l’avais perdue de vue quelque temps : déménagement… échange de SP qui ne fonctionne plus… mais c’est reparti . D’abord je constate que la revue s’est améliorée formellement, avec une maquette sobre et efficace, ainsi qu’une première de couverture couleur du meilleur effet. A noter chaque fois le bandeau bas de page : revue l’Arbre à paroles, certainement pour bien marquer la distinction avec les éditions éponymes. (La quatrième servant à présent d’éditorial à Francis Chenot). Ensuite, ils ont toujours eu un numéro d’avance, et lorsque je prépare de mon côté le 135, ils sortent le 136 ! D’une régularité sans faille, je ne les rattraperai jamais !

Cette livraison d’été rend hommage à Jacques Simonomis, disparu début 2005. Son décès a engendré depuis deux ans et demi beaucoup de réactions  et d’émotions, dont ce numéro spécial serait aussi l’apogée. C’est Gérard Cléry, que j’ai connu par Armand Olivennes, qui est le maître d’œuvre de ce dossier. D’abord une forte présentation où il met en relief les aspects saillants du poète : ce malaise durant la guerre d’Algérie et l’écriture de ses premiers poèmes, son travail de fond sur le lexique entre réanimation de mots obsolètes et assimilation de la langue verte, l’humour si particulier, un rien déroutant dont il usait dans maints poèmes, enfin l’érotisme discret qui savait échauffer son écriture. Ensuite un entretien inédit, et achevé juste avant sa mort, répète en quelque sorte avec la voix vivante de Simonomis ces mêmes facettes de sa personnalité poétique. L’autre grand pan du personnage, ce fut évidemment le revuiste.

Pendant dix ans, il anima la revue Le Cri d’os (40 numéros, 1993-2003). Jehan Despert revient sur cette période et cette activité haute en couleurs, à la fois exaltante et navrante aussi, de par la réaction de certains auteurs. D’autres intervenants comme André Doms ou Pierre Schroven, ainsi qu’une « conspiration amicale » achèvent cet hommage mérité, dans laquelle on retrouve Jean Chatard, Georges Cathalo, Jean-Paul Giraux, Roland Nadaus ou Jeanine Salesse, à qui j’emprunte ces vers : L’horizon n’est pour personne / Il meugle loin / sous terre.

Jacques Simonomis était un géant de générosité, une des choses les moins partagées de nos jours.

Ce n° : 7,50 €. (25 € pour 4 n°). Maison de la poésie d’Amay. B.P. 12 - 4540 Amay (Belgique)

Juillet, c’est...

POÉSIE  PREMIÈRE  n° 37 :

 

Le format en impose, intermédiaire entre A3 et A4. La première de couverture décline le sommaire, avec ce sous-titre explicatif et informatif : Poésie & Littérature. Emmanuel Hiriart, qui a succédé aux commandes au fondateur Robert Dadillon, essaie dans la mesure du possible de trouver un titre générique qui permette de coiffer l’ensemble des noms mis en relief. La diversité des personnalités retenues ne s’y prête pas toujours. Cette fois, le mot Découvertes a été choisi, un peu banal et passe-partout, mais, pour le coup, il convient aux cinq auteurs de la vitrine. Le sommaire plus détaillé s’affiche ensuite, pavé impeccable au-dessus du quantième. Poésie première sait varier études et entretiens avec un comité de rédaction constitué d’une douzaine de personnes, parmi lesquelles nous connaissons particulièrement Odile Caradec, Ludmilla Podkosova et Guy Chaty...

Et tout d’abord, Alice-Catherine Carls nous introduit à l’œuvre de Michael S. Harper, poète noir américain, né en 38, dont la poésie réside dans un combat pour le peuple noir ; poésie militante et revendicative, dont l’écriture musicalement se rapproche de très près du jazz. Michèle Duclos s’entretient ensuite avec Anne Mounic, laquelle détient une parole d’une réelle portée, à travers l’acuité et la pertinence de ses propos. Elle possède une bibliographie impressionnante, aussi bien dans son œuvre personnelle que dans ses études critiques et ses traductions. Emmanuel Hiriart de son côté parie sur la voix pure et cristalline du Syrien Saleh Diab. Jean-Paul Giraux présente ensuite Danièle Corre, qui vient de décrocher le prix Max Jacob, témoignage d’une certaine reconnaissance,  pour une œuvre écrite dans l’adversité, ce qui lui confère toute sa force et sa dignité. Enfin Ludmilla Podkosova s’arrête sur le poète Jean-Paul Mestas ; le moins convaincant pour deux raisons, les poèmes illustrant chaque auteur sont reportés en ce qui le concerne, et le ton employé est un rien hautain et condescendant, enfin l’appellation « Découvertes » ne lui convient guère puisqu’il est connu de longue date, si ce n’est par sa revue « Jalons ».

Pour le reste, la revue donne chaque fois une nouvelle, en plus ici des brèves de Françoise Valencien, et la rubrique Poètes au pluriel qui donne à lire entre autres Michel Cosem, Mita Vostok ou Jean L’Anselme. En outre, on retrouve aussi les chroniques de Daniel Leuwers et Laurent Bayart avant les notes de lecture, concernant entre parenthèses très peu de revues, établies par une demi-douzaine de signatures. Aucune illustration.

Poésie première paraît trois fois l'an, elle fait partie des revues de haute tenue et de tout premier plan dans le paysage poétique actuel. Chaque livraison offre approches riches de poètes et nombreuses pages de poèmes. Les différentes strates, chroniques, billets et textes composent un millefeuilles des plus savoureux.

 

Abonnement : 3 n° (+ un ouvrage offert des éditions Editinter) : 25 €. Le n° simple : 10 €.

Maison Allegera - Lot. Ibai Ondoa – 64220 Ispoure.

 

A peine ce numéro chroniqué, que le suivant paraît, « spécial femmes », à ce que j’ai pu entrevoir au Marché de la poésie…

Juin, c’est…

LES HOMMES SANS ÉPAULE n° 22 :

Une revue peut revêtir toute sorte d’apparence. Une des formes extrêmes de ses avatars possibles, c’est quand elle touche aux confins du livre. C’est le cas avec ce numéro des Hommes sans épaules qui est consacré entièrement à Jean Breton disparu il y a peu. La moitié du numéro est composée par le rédacteur en chef Christophe Dauphin d’études de son œuvre. Celles-ci sont ponctuées de morceaux d’entretien et suivent la chronologie des recueils, sans négliger l’apport biographique. La seconde offre une anthologie de ses proses et poèmes. Entre les deux, un cahier iconographique permet de mieux suivre et connaître le personnage.

Jean Breton, est né en 1930, il fait partie de la génération des poètes qui ont vécu la guerre d’Algérie, ce qui caractérise la césure avec la génération suivante. Il n’a jamais voulu être un poète engagé, même si nombre de ses vers comportent une coloration politique. Il s’est délibérément inscrit dans un courant nouveau dont il a dessiné les contours : celui du « poète ordinaire » qui trouve son inspiration dans son énergie intérieure aimantée par la femme, véritable muse permanente et moderne qui lui dicte sentiments et sensualité. Son manifeste « Poésie pour vivre » publié en 64 avec Serge Brindeau est resté dans les annales pour cette théorie nouvelle de « l’homme ordinaire », donné en extrait, complètement en opposition avec les tendances textualistes qui avaient le vent en poupe à l’époque. De même les textes empreints d’érotisme comme, entre autres, celui intitulé « Brigitte Bardot », aux antipodes de ce qu’elle est devenue à tous niveaux. S’il y a un Jean Breton qui restera, ce sera certainement le poète de l’amour, toujours à chercher à percer l’énigme au plus près du sexe, sans jamais y parvenir tout à fait, donc obligé de le refaire.

La revue HSE a dépassé les cinquante ans  d’existence, sous la direction de Jean Breton, à répartir en trois séries : fondation à Avignon en 1953 jusqu’en 56, reprise en 91 jusqu’en 94, et  nouveau départ en 97… Entre temps, il y aura eu un rapprochement avec la revue de Guy Chambelland : Le Pont de l’épée, créée à Dijon, (le n° précédent des HSE, le 21, célébrait les dix ans de la disparition de Guy Chambelland) et surtout en 1969 ce sera le lancement de Poésie 1, revue marquante internationalement, qui s’imposera jusqu’en 87.

Jean Breton a été, toute la deuxième partie du siècle dernier, un poète important et une figure de l’édition poétique. Je l’ai combattu dans les années 70 en tant que représentant d’un des fleurons du compte d’auteur avec les éditions Saint-Germain-des-Prés. Ce qui ne m’a pas empêché par la suite de dire tout le bien que je pensais de son œuvre poétique, ainsi le recueil « Serment-tison », publié en 90. Il est vrai qu’à le découvrir à nouveau, on est sensible à cette poésie libertaire qui fait claquer le drapeau de la révolte au-dessus des conformismes et des renoncements. Le lire donne envie d’écrire, tant son écriture rafraîchit et enthousiasme. En tous les cas, cette livraison fait le point exact sur cette personnalité à la fois humaine et solaire.

17 €. Librairie-Galerie Racine : 23 rue Racine – 75006 Paris. lgr@wanadoo.fr

 

mai, c'est...

                                N4728  n° 11 :

Quid du code ? N ne veut pas dire numéro, les 4 chiffres qui suivent ne sont pas non plus le rang dans la création des revues de poésie, non… N4728, c’est la latitude d’Angers : 47°28’ Nord. Ceux qui le savaient déjà ou s’en doutaient me rétorqueront : évidemment ! OK…

N4728 se décompose en trois parties : Mémoire vive : qui fait le point (résumé et textes) de rencontres organisées par l’association coiffant la revue : « Le Chant des mots ». Avec que des pointures : François Cheng et la pensée chinoise, Caroline Sagot Duvauroux dans sa singularité, Bernard Noël et sa poésie de résistance à la poésie, enfin Amina Saïd entre Tunisie et France. Michel Durigneux illustre chaque auteur de ses  portraits photographiques, toujours très réussis et fins dans le grain.

Ensuite : Plurielles, avec des textes inédits d’une bonne vingtaine de poètes dont on trouve les notices bio-bibliographiques rejetées en fin de volume. Il s’agit de la plus forte partie, la moitié du numéro. On y relève des traductions espagnole, portugaise, italienne et allemande. On peut citer quelques noms pour éviter le catalogue : ceux qu’on connaît à Décharge : Jacques Coly, Christian Garaud, Nicolas Gilles, Isabelle Grosse, Sophie Lucas-Guillot, Ludmilla Podkosova ou Annelyse Simao, et ceux qu’on remarque ou découvre par ailleurs : Seyhmus Dagtekin, Fabio Pusterla ou Beryl Schlossman. On notera une suite d’illustrations d’Anne Slacik.

Enfin : Libres approches offre des notes critiques uniquement sur des recueils. Aucune revue… bon !

La peau de l’ours ? Les soutiens et partenariats sont très nombreux. Au comité de lecture, sous la direction de Paul Badin, épaulé par Jacky Essirard (ancien de la revue Quimper est poésie), deux noms se détachent en ce qui nous concerne : Antoine Emaz et Albane Gellé. N4728 est semestrielle ; avec son n° 11, elle a passé les cinq ans d’âge et structure le paysage revuïstique de l’Ouest avec Gare maritime, la revue annuelle de la Maison de la  poésie de Nantes.

Angers-Nantes, un beau derby.

 

 2 n°/an : 20 €. C/o Paul Badin : 6, Quai de Port-Boulet - 49080 Bouchemaine.

avril, c'est...

                        PROPOS DE CAMPAGNE n° 16 :

            La revue de Michel Foissier donne après « Dialogues autour de la peinture » une autre livraison dans la même thématique : poésie et arts plastiques, intitulée cette fois : « Natures mortes ». C’est un numéro à la fois luxueux et sobre, luxueux parce que très bien conçu et composé comme d’habitude, parfaitement imprimé qui plus est, et sobre, parce que tout en noir et blanc. Les tableaux de natures mortes proposés (Philippe Agostini) jouent précisément sur une gamme infinie de gris, du franc contraste aux nuances ténues. Les photos (Anne Bénarouche) ajustent le gros plan pour rendre flou la profondeur de champ et laisser le regard dans la recherche panique de l’objet inconscient qui se dérobe. 

Une part importante du numéro (Cécile Graindorge) est consacrée à des sortes d’itinéraires de banlieues : avec plans intégrés, légendes comprises, et poèmes descriptifs, où la déambulation oculaire décrypte le cheminement bétonné et l’architecture urbaine. On est dans la matière moderne par excellence au détriment de la nature, déboisée et disparue, tête chauve aux implants synthétiques. Lampadaires bulles de savon ; poteaux d’acier ; plots de béton ; édicules techniques… La frontière urbaine est depuis longtemps passée outre, cependant là une rivière, une friche ici ou une vigne vierge qui reconquiert cette façade pavillonnaire, font de la résistance. La poésie s’immisce dans les lignes de fracture où la métamorphose n’est pas complète et traque quelques lézardes. La lumière artificielle n’éclipse-t-elle pas la transparence des étoiles ? Autre manière d’investir le thème (Stéphanie Ferrat, Joël-Claude Meffre), on travaille au bord de la mort, cadavre ou tombeau, on devient thanatopracteur du silence, ou taxidermiste onirique. Enfin, retour aux peintres et aux toiles (Alin Anseeuw, Jacqueline Persini-Panorias), les tableaux plus classiques, les images plus traditionnelles, les surfaces où s’exposent fruits, légumes, poissons, plantes, objets divers, donnent en écho dans l’imaginaire des écrivains des textes réflexifs, reflets symétriques, réminiscences lexicales. Les tons et les couleurs retrouvent leur part d’ombre, leur résidu d’encre. La revue Propos de campagne sait à merveille traverser les espaces qui offrent débat.

18 €. Editions Propos/2 – 04100 Manosque.

www.propos2editions.net

mars, c'est...

                                 SPERED GOUEZ n° 13 :

Zone de Texte:  La revue bretonne Spered Gouez fête son quinzième anniversaire et rentre dans le cercle chic des revues persistantes.  Au sommaire de cette livraison dédiée à Sophie Masson, deux gros dossiers. Le premier consacré à Slaheddine Haddad. Slaheddine, c’est notre poète tunisien de référence, à Décharge. On l’a publié en premier avec son Polder 95, en 1997 (« Les nuits cochères »), - un rien grillé par notre ami Christian Degoutte quand même, puis en 2003, un autre Polder (le 115 : « Rituels de chaleur et de ruissellement »). On aime à la fois sa délicatesse et sa sensualité. L’entretien accordé à Alain Jegou permet de mieux cerner son écriture, son enfance, son rapport avec la langue française, son attirance pour le désert ou son amitié pour James Sacré… Donc riche et intéressant, il est dommage simplement qu’il n’y ait pas davantage de poèmes à la suite pour ceux qui n’ont jamais goûté le miel de sa poésie. « … si l’anodin et parfois l’insignifiant tiennent une place prépondérante dans mon écriture, c’est parce que je sens que la vie est définitivement faite de toute cela ». Le second, agrémenté de photos, est consacré à Marie-Josée Christien qui n’est autre que la responsable de la rédaction avec un entretien conduit par Yann Faou. On comprend mieux le rapport particulier à la langue bretonne que parlait sa grand-mère : « Elle était peu à peu devenue comme une étrangère dans son propre pays, incapable de faire seule des démarches sans ‘traducteur’ » . Ainsi que de la prise de conscience de son identité bretonne lors de séjours dans la Somme, et les « curiosités envers nos différences culturelles ». Aucun texte malheureusement. La partie thématique s’articule autour de Tours et donjons. Il y a comme le dit M-J. C. en ouverture, un pouvoir de fascination envers les tours, donjons, beffrois, citadelles et phares. Donc le thème est porteur, puisque pas moins de 22 poètes y participent. Ensemble un peu inégal, avec de courtes nouvelles et des poèmes. Quelques noms de participants : Anne-Lise Blanchard, Jean-Paul Kermarrec, Bernard Le Blavec, Jean-Claude Bailleul ou Patrice Perron… Une forte partie critique pour clore, mais qui n’est pas rejetée pour le coup en fin de numéro, tenue par la rédac’chef.

15 €. Ti ar vro, 6, Place des Droits de l’Homme. BP 103 – 29833 Carhaix Cedex.  Encre de Didier Collobert.

février, c'est...  

                                        CONTRE-ALLÉES n° 19-20 :

C’est certainement la revue avec laquelle nous avons à l’heure actuelle le plus d’atomes crochus. Les deux principaux animateurs Amandine Marembert et Romain Fustier viennent de faire l’objet chacun d’un livret Polder (n° 130 et 131), et ce dernier a même publié dans le dernier Décharge ce qu’on peut appeler sa plate-forme théorique, enfin il n’est que de recenser les auteurs de leur livraison, à présent semestrielle, pour y lire des auteurs communs, soit à travers la petite collection, soit en publication dans notre revue. L’invité phare, la loco, c’est Valérie Rouzeau, dont le nom résonne toujours à notre oreille et preuve supplémentaire s’il en était besoin qu’elle est passée depuis un bon moment dans la cour des grands. Elle affûte son style de plus en plus ludique, à savoir basée sur une sorte de jeux de mots continus, ce qui pourrait paraître stérile si le texte s’arrêtait là d’ailleurs, auquel cas il n'y aurait pas de raison qu’il s’arrête, mais ce coulissement cocasse mène bien d’un point A à un point B et circonscrit l’objet bien identifié du poème et au-delà, en extrapolation, de l’accomplissement d’une œuvre en devenir.  Suivent trois auteurs inscrits au fronton, dans une hiérarchie mûrement réfléchie : Christian Degoutte qui dialogue, avec sa précision et finesse habituelles, à deux graphies, Thierry Le Pennec, qui possède, en tant qu’agriculteur, la particularité de composer ses poèmes à travers la fenêtre de son tracteur, et non par celle de son bureau comme bon nombre de poètes urbains, enfin S.G Lucas (récente Poldère 126) qui apporte, elle  aussi, une partition  différente  dans  la  nouvelle  poésie 

 féminine aujourd’hui. Suit une douzaine d’auteurs, par ordre alphabétique, parmi lesquels les cinq membres de l’équipe de Contre-allées, dont les trois suivants que je n’ai pas encore cités : Emmanuel Flory, Marie Laroche et Aurélien Perret. Également Jean-Christophe Belleveaux (récent Polder 127) qui invente le texte-minute où l’on consigne tout ce qu’on fait dans la banalité de l’ordinaire quotidien, entre un présent en devenir et un parfait bien achevé ; Frédéric Pouchol (récent Polder 128), Christian Garaud ou Anne Peslier, autre voix à suivre… La partie critique assumée par l’ensemble de l’équipe (revues et recueils) est complète et fournie. Seul bémol, peut-être, la photo de couverture, très moyenne. On peut dessiner un bassin d’écritures qui serait capturées par diverses publications (revues et éditions) dont Contre-allées, Wigwam, les Carnets des desserts de lune et Décharge/Polder. Rien n’est figé en ce domaine, mais indéniablement il existe là de fait une véritable confluence d’encre.

 

10 €. 16, rue Mizault – 03100 Montluçon. (Abonnement 2 n°/ an : 20 €.)

janvier, c'est... 

                                        JAM-SESSION

Non, ce n’est pas le nom d’une revue, mais la réunion de quatre revues du Nord, qui mise à part cette accointance locale, possèdent des affinités mutuelles. Ainsi des auteurs d’ici se retrouvent facilement là. Certains ont chroniqué chez d’autres. Il y aurait même des liens de parenté entre quelques animateurs ! En bref, on se rencontre facilement et collabore de même.

D’habitude, le fait de rendre compte d’une revue n’est pas chose aisée, parce que par essence la revue est multiple et complexe, donc difficile à appréhender. Je ne te dis pas quand il s’agit du quadruple…! Guy Ferdinande, mon vieil aminche de Comme un terrier dans l’igloo, signe l’édito général où il remet en perspective les revues depuis 1830, - pas moins. Guy a toujours cherché à fondre sa revue dans un mouvement plus collectif où d’autres interviendraient pour donner plus d’ampleur à la chose. Deux exemples : nous avons publié en mai 88 un numéro commun sous couverture rouge pour fêter les 20 ans de « l’esprit de mai » Le Dépli amoureux, son appellation de l’époque, et Décharge (n° 45). Plus récemment, il était à la tête d’une initiative plus ambitieuse : Le roman de la revue, où devait se rassembler un certain nombre de périodiques, comme Rimbaud revue dont l’animateur, Samuel Bréjar, vient de disparaître, Parterre verbal ou Quetton l’Artotal…. 

Cette entreprise, - c’était en 95, n’a pu être menée à terme, trop difficile, les lieux étant trop éloignés, par manque de coordination, et les moyens de communication n’étant pas ceux d’aujourd’hui. Guy réussit donc à mettre à jour avec ce Jam-Session un projet ancien.

Le même rappelle dans son édito particulier les différents avatars du nom de sa propre revue. Paraîtrait même que certain le charrierait sur ces changements d’appellation ! Et revient sur son histoire depuis 1984, c’est-à-dire un bail. Il propose des textes de pas mal de ses auteurs-phares comme Claude Vercey, Michel Pierre, Annie Wallois, Christian Degoutte, Michel Valprémy… pour ne prendre que le début de la liste. Suit la Nouvelle revue moderne de Philippe Lemaire, très illustrée avec des collages d’icelui. Le thème se situe entre humour et rêve, et l’on ne s’étonne pas d’y lire Jacques Abeille et Dan Ferdinande d’un côté et de l’autre Alfonso Jimenez et Jean L’Anselme. (Petit chiasme vite fait pour les amateurs initiés). Tertio, L’Échappée belle, c’est celle que je connais le moins, elle existe depuis dix ans néanmoins, sous la férule, comme on dit, de Laurence Durey et Nadège Fagoo. Elle propose davantage de pages par auteur, ce qui permet certainement de pouvoir mieux les apprécier, ainsi Alain Jegou, Jean-Louis Rambour ou Jean-François Dubois. Et je pense qu’en comparaison, c’est cet ensemble qui parait le plus réussi. Enfin Ozila, c’est la quatrième du quatuor, revue afro-française, dont j’ai rendu compte pour le premier numéro ; le second ayant disparu pendant l’expédition, je n’ai reçu qu’une enveloppe vide. C’est donc son n° 3. Mis à part l’angle d’attaque qui est original, elle publie aussi bien poèmes que nouvelles ou extraits de récit.  Julien Ferdinande coordonne toute cette créativité, jaillie entre café lillois et radio locale. Ada Bessomo, l’autre cheville ouvrière, tire son épingle du jeu ainsi que Zerbin Buler, qui serait bien, si ça se trouve, celui qui signe aussi Fred Vigny, et qui multiplie les pseudonymes. Clef de l’énigme : relire ma chronique du début pour découvrir l’identité de ce Pessoa septentrional.

Au final, Jam-session, c’est tout à la fois cette intention de superposer quatre périodiques voisins, dans tous les sens du mot, de tenir d’un coup 132 pages agglomérées et d’offrir aux lecteurs des uns ce que font les autres en parallèle. On dira pour clore, en jouant un peu les pisse-vinaigre, qu’on peut regretter qu’il n’y ait pas eu davantage de mixité, d’émulsion entre les quatre productions complices et que le gâteau présente des couches séparées. Belote muette. Mais il demeure très savoureux et donnera certainement une bonne idée de ce qui se fait poétiquement dans la région de Lille.

Bon, allez quatre pour le prix d’une… :  6 €.

Comme un terrier… : 67, rue de l’église – 59840 Lompret

La NRM : 68, rue du Moulin d’Ascq – 59493 Villeneuve d’Ascq

L’Échappée belle : pas d’adresse mentionnée

Ozila : 19, rue Kolb – 59800 Lille.

 

2006

 

décembre, c'est...

Ici é n° 5 :

Trois coups.

D’abord le coup de gueule : Comment se fait-il, alors que cette revue se pique de littérature et de poésie, que personne ne s’est aperçu qu’il y avait une grossière erreur dans le titre ? L’orthographe fout le camp et le directeur de publication écrit texto ? Effaçons l’accent sur le a, hein ? pendant qu’on y est ! Personne depuis cinq numéros n’aura rectifié, à croire que la faute est digérée, acceptée, sans barguigner…

Ensuite le coup de cœur… Il y a une sorte d’axe, de trajectoire entre Ici é là et Décharge. Chacun des auteurs à la une, depuis le début, sont des proches, voire des intimes de Décharge. Je les cite dans l’ordre d’apparition des livraisons : Yves-Jacques Bouin, Isabelle Guigou, Albane Gellé, à la une de notre 132 de décembre, Serge Delaive, tout récent Polder, enfin pour ce n° 5 : Rodica 

Draghincescu, à la une de notre 128… Autre auteur fêté dans la partie création de la revue : Jacques Kober ! (La moitié de notre n° 130 à lui tout seul !). Ce n’est plus un axe, ni une trajectoire commune, c’est un trait d’union mental, une passerelle poétique !

Ensuite, la partie de la revue chaque fois la plus étonnante, qui demande à la fois érudition et travail d’enquête, dont s’occupe lui-même le responsable de la Maison de la Poésie qui publie la revue : Jacques Fournier, est consacrée cette fois-ci à la Suisse romande. Editeurs comme Empreintes ou L’âge d’homme, auteurs comme Vahé Godel, - excellent texte appelé comme en écho au titre Ici ailleurs -, Jean-Pierre Vallotton ou Brigitte Gyr, ressortent de ce dossier très complet et synthétique. Pour mémoire les quatre précédents : la poésie belge d’expression française, la poésie d’Afrique noire d’expression française, poètes tunisiens d’expression française (par notre ami Slaheddine Haddad), et la poésie québécoise d’expression française. En tous les cas, des mines de renseignements chaque fois.

La revue se termine brillamment par des articles, des études et notes de lecture. (Ah oui, quand même, cette note sur la revue Multiples, qui a dépassé les trente années d’existence... C’est son n° 68 et non le 9 ! Non seulement on fait des fautes, mais on ne sait pas compter. - C’est du propre !)…

Une revue complète, solide, avec une maquette professionnelle et une qualité à la hauteur.

Respect.

 

2 numéros par an : septembre et mars. Le n° : 10 €. Les deux : 18 €.

Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines : 10, Place Pierre Bérégovoy  - 78280 Guyancourt.

 

Enfin un coup de bourre, je suis en retard pour ma revue du mois, comme d’hab’ ! Je vais me faire gronder par Aka…

novembre, c'est...

                                     "Pyro" n°8

 

 

La revue Pyro a bouclé sa deuxième année de longs et boyaux services, en ayant affermi ses orientations de départ : un axe franco-canadien, une poésie résolument moderne et une ouverture à d’autres formes artistiques, telles que le dessin ou la photo. Cette livraison précisément se concentre autour de la danse entre citations de Jean-Marie Pelletier, tirées de son « Petit traité des mouvements » et les encres, épures élancées, postures lévites ou prostrées, qui ne manquent jamais cependant de grâce, signées David Hébert. Le tout lié par un Jérôme Nicolle très actif avec photos et poèmes, comme le fil rouge du numéro. Deux auteurs sortent du lot : l’invité Roger Lahu, tel qu’en lui-même, pétaradant sur son stylo, à se faire un film, bien calé entre Céline et un certain hussard perché, et Julia Musté-Marchand, la dirlo, en roadmovie canadien et sensuel. Mention spéciale pour Lise Lefebvre, Bernard Schürch et Jean-Pierre Daoust, ainsi que pour les sténopés, photos solarisées, de Didier Osso.  

Pyro, que j’avais déjà signalée à ses tout débuts sur feu le site d’Editer&Editer possède le sien propre, à consulter sitôt cette note de lecture achevée (quand même !) : poésie, littérature, arts alternatifs :

www.legrandincendie.net  

J’avais joué sur tous les sens et registres du feu. Aujourd’hui, rien de tel, si ce n’est pas se renouveler, alors ?

Abonnement : 4 n° : 20 €. 7, rue Louis Braille – 75012 Paris.

octobre, c’est…

                                  « ARPA » n° 89  

Arpa, la revue de Clermont-Ferrand, est trimestrielle. Et à ce rythme, pour atteindre le numéro canonique de 89, il faut avoir dépassé les vingt ans d’existence. Décharge est un peu plus âgée, et cependant durant ces deux décennies où nous avons régaté sur des mers voisines, très peu de passerelles ont été tendues entre nos deux revues. A vrai dire, je ne sais pas ou plus si j’ai déjà parlé d’Arpa, et j’ai oublié si Arpa a cité Décharge.

 C’est Chantal Dupuy-Dunier dont j’apprécie depuis longtemps la poésie qui a joué le petit télégraphiste, elle siège au Conseil de Rédaction avec Gérard Bocholier qu’on lira prochainement dans Décharge à propos d’un dossier Robert Momeux, et quelques autres comme Jean-Pierre Farines.

 Chaque livraison tourne autour d’un thème, ou bien deux à trois auteurs. Le thème de ce 89, c’est « Airs de voyage ». A partir de là, après un petit hommage rendu à Claude de Burine disparue en 2005 et récemment invitée dans le n° 86, se succèdent textes et auteurs sur le sujet. On relèvera les noms de Jean-Pierre Farines, Colette Minois et Michel Sauret qui font partie de l’équipe rédactionnelle, le dernier étant décédé en 87.

 Les « poèmes et proses » s’égrènent ; vingt-cinq auteurs s’affichent au sommaire. Les textes s’articulent souvent autour d’un lieu. Lieu nommé comme titre ou comme citation finale. Lieu plus intérieur, cérébral ou métaphysique. On visite à la fois les continents du monde et les hémisphères du cerveau. Deux poètes étrangers : Lauri Viita, poète finnois mort en 65 et Tiziana Colusso avec de bons textes dont le très réussi et sensuel « Hammam ». D’autres auteurs sortent du lot comme Gérard Le Gouic qui rappelle le drame du monastère de Tibéhirine, Colette Minois, Chantal Couliou, Danielle Terrien ou Jean-Pierre Farines.

 Un partie chronique et lectures achève le numéro avec Pierre Maubé et Claude Albarède ainsi que Gérard Bocholier qui recense un certain nombre de recueils, revues et événements et donne ainsi un petit journal de bord bienvenu.

Abonnement : 4 n° :  35 €. Le n° : 11 €.

44, rue Morel-Ladeuil - 63000 Clermont-Fd.

 

septembre, c’est…

« LIQUEUR  44 » n° 81 : 

C’est le n° du printemps dernier. Avec cette façon de compter à rebours, on ne sait plus à quel numéro ils en sont ! Ça doit être la trois- ou quatrième livraison…

On rappelle qu’au départ sur l’étiquette, il y avait trois appellations d’origine incontrôlée : les revues Comme ça et autrement de Jean-Christophe Belleveaux, Gros textes d’Yves Artufel, qui demeure l’imprimeur et la cheville ouvrière de l’entreprise, et Noniouze de Roger Lahu. Ils ont réuni leurs cépages pour ce nouveau cru, à consommer sans modération, of course.

On commence par le moment fort : le dossier consacré à 5 poètes new-yorkais contre la guerre. La guerre, c’est aussi bien celle du Viêt-Nam que celles d’Irak. Les textes d’Angelo Verga sont d’une noirceur et d’une violence absolues J’ai fait 19 mois outre-mer, ça m’a vieilli de 20 ans.  Chris Brandt profère pour Henry Kissinger un long poème de malédictions dénonçant ses nombreuses exactions qui devrait lui résonner aux oreilles jusqu’en enfer Victor Jara continue à chanter / même sans // sa langue. Veronica Golos revient sur la célèbre photo de la petite fille en panique, avec explosion au napalm en arrière-plan… Cette poésie de résistance est radicale et démentirait, si besoin était, l’image un peu facile d’une Amérique aux ordres et passablement abrutie.

Pour le reste, une bonne douzaine de poètes sont invités, dans des registres très divers, avec ceux qu’on connaît bien : Mathias Lair, Christian Bulting, Bruno Berchoud ou Michel Bourçon, et ceux qu’on découvre quasiment comme Fabrice Marzuello et Isabelle Grosse. Textes en tout cas où se retrouvent une même exigence et souci d’une recherche formelle. Les chroniqueurs maison  tels PKD ou Alain Sagault apportent leur grain de sable. Enfin les trois piliers, sorte de cerbère de la revue en plus sympa, assemblent leurs critiques sobres ou tonitruantes et autres Nures de lectotes.

A vrai dire, j’ai un peu du mal à me rendre compte si l’association des trois revuistes, pour lesquels en tant que poètes je professe admiration et amitié, a réussi à forger une réelle nouvelle revue, en un mot si l’amalgame a pris. Chacun du trio possédant un forte personnalité, on perçoit peut-être moins une ligne unique qu’une triangulation de voix séparées. En tout cas, c’est un fait : Liqueur 44 a du tonus et de la gueule ; une bonne lampée, ça ramone.

Une citation du poète new-yorkais contre la guerre, Angelo Verga,  pour clore :

J’ ai dégueulé un magma noir que je ne savais pas que j’avais en moi.

 

Abonnement simple : 16 € pour 3 n° (prix du n° : 6 €).

c/o Gros textes : Fontfourane 05380 - Châteauroux les Alpes.